L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE DE PARIS
PAR M. E. JUNGFLEISCH
1. Enseignement pratique de la chimie à l’Êcoie de pharmacie. — L’enseignement pratique de la chimie n’existait pas au commencement du siècle à l’École de pharmacie de Paris. L’organisation que cette école venait de recevoir de la loi de germinal an XI (1803), ne comportait qu’un enseignement théorique. Une semblable lacune n’est pas sans causer tout d’abord quelque étonnement lorsqu’il s’agit d’une institution à la tête de laquelle se trouvait placé un expérimentateur tel que Vauquelin; toutefois elle trouve son explication dans cette opinion admise alors que le stage des étudiants dans les officines était suffisant pour leur instruction pratique; on se proposait donc surtout de développer par des cours leurs connaissances théoriques. Un petit nombre d’élèves prenait part, il est vrai, aux travaux faits dans les laboratoires des professeurs et surtout aidait à la préparation des cours, mais c’était là une exception ; bien peu pouvaient jouir de la faveur enviée d’assister dans leurs rechèrches des maîtres tels que Pelletier, Sérullas ou Robiquet. D’ailleurs les développements plus que modestes des bâtiments n’auraient pas permis de faire davantage. En dehors de la préparation des cours, il n’existait qu’un seul laboratoire réservé aux examens pratiques.
Pendant les dernières années de Vauquelin, la nécessité d’adjoindre des manipulations à l’enseignement théorique étant généralement reconnue, des dispositions furent prises dans ce but. Quelque temps après la mort de cet illustre chimiste, le 25 mai 1831, Laugier, qui venait de lui succéder comme directeur, procédait solennellement à l’ouverture de l’École pratique et traçait un excellent programme à ses travaux. Les bâtiments avaient été agrandis et un local disposé pour les manipulations des élèves. Toutefois, ce local était encore bien exigu ; tellement, que les quarante places qui s’y trouvaient,
durent être mises au concours chaque année: une de ces places fut, en quelque sorte, la récompense réservée aux étudiants les plus instruits. D ailleurs, le cours pratique qui était confié à Gaultier de Claubry, ne comportait que les opérations les plus indispensables de la chimie et de la toxicologie
Malgré les doléances du corps enseignant, cette organisation fort insuffisante subsista longtemps : l’École de pharmacie, jusqu’alors établissement indépendant, ayant été appelée à faire partie de l’Université, l’esprit de réforme s était porté dans une autre direction, et surtout, les ressources accumulées par 1 ancienne institution privée aussi bien que celles fournies chaque jour par la nouvelle institution publique, disparaissaient dans la caisse de l’État, qui n’en rendait qu’une bien minime fraction. De plus, des laboratoires susceptibles de contenir simultanément quarante personnes, n’existaient alors nulle part ailleurs, et cette considération servait de réponse à tout ce que demandaient les professeurs.
C’est seulement en 1855 que, sous l’impulsion de M. Bussy, les travaux pratiques reçurent un plus grand développement : tous les élèves inscrits à l’Ecole furent appelés à y participer. Le progrès était, on le voit, capital ; en réalité, il équivalait pour l’immense majorité des jeunes pharmaciens à la création des manipulations de chimie. La reproduction des principales expériences d’un cours de chimie et la préparation, sur une échelle suffisante, des produits chimiques les plus employés, constituaient la majeure partie du programme; celui-ci comprenait également des recherches de toxicologie ainsi que l’essai des produits chimiques, des drogues simples, des matières commerciales les plus usitées dans l’alimentation et dans les arts, etc.
Au même moment furent instituées des manipulations de physique, bien propres à donner aux étudiants, en même temps que certaines connaissances indispensables, des habitudes de précision et d’exactitude très nécessaires à ceux qui veulent cultiver ia chimie. Organisées par E. Robiquet et par M. J. Regnauld, elles prirent vers 1861, sous la direction de Buignet, un déveveloppement bien justifié par l’intérêt que les élèves y apportaient.
Jusqu’à ces dernières années cependant, les séances de manipulation de chimie restèrent peu nombreuses, et, faute d’espace, plusieurs élèves durent travailler simultanément, faisant en commun la plupart des opérations. C’est tout récemment, sous l’active direction de M.Chatin, que cet enseignement pratique a prjs la grande importance qu’il possède. Aujourd’hui, tous les élèves, pendant leurs deux premières années d’étude, y consacrent trois après-midi par semaine ; ils travaillent isolément. Si l’on considère que depuis quelque temps le nombre des élèves a toujours dépassé six cents, on comprend le développement énorme que présentent les nouveaux laboratoires construits par M. l’architecte Laisné.
Il est nécessaire d’ajouter que les professeurs de chimie minérale, de chimie organique, de toxicologie, d’analyse chimique, de pharmacie et de minéralogie, MM. Riche, Jungfleisch, Bouis, Prunier, Baudrimont, Bourgoin et G. Bouchardat, pour ne parler que de ceux qui enseignent les sciences chimiques, .possèdent chacun un laboratoire particulier, destiné à la préparation des expériences de cours en même temps qu’aux travaux personnels. Des laboratoires
JUNGFLEISCB. — LES LABORATOIRES DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE. 799 de recherches, dans lesquels quelques élèves peuvent se livrer à certaines investigations et faire les thèses qu’ils présentent à l’École, se trouvent annexés à plusieurs des laboratoires de professeurs.
Nous ferons connaître d’abord la disposition des locaux consacrés aux manipulations ordinaires des élèves ; nous décrirons ensuite un laboratoire de professeur auquel se trouve adjoint un laboratoire de [recherches ; enfin nous dirons quelques mots de l’amphithéâtre de chimie.
2. Laboratoires des élèves. — Ces laboratoires, placés sous la direction des professeurs de chimie, ont à leur tête des chefs de travaux pratiques de première et de seconde année, ainsi qu’un certain nombre de. surveillants. Les premiers remplissent les fonctions de sous-directeurs et donnent dans des conférences les renseignemements pratiques propres à faciliter les préparations ou les analyses à exécuter. Les seconds ont pour mission d’assurer le service des garçons, de préparer les manipulations, et surtout de donner constamment à chaque élève les conseils nécessaires ; c’est dire que leur rôle a une importance véritable : chargés pendant la manipulation de fournir aux étudiants le commentaire des instructions exposées dans la conférence par le chef des travaux, ils doivent être en nombre suffisant et recrutés avec soin parmi les jeunes gens se consacrant spécialement à l’étude de la chimie.
Les laboratoires d’élèves sont réunis dans un vaste bâtiment longitudinal à trois étages, de 132 mètres sur 7m,50 (pi. VIII, fig. 1). Ce bâtiment est situé entre le jardin botanique, par lequel arrivent les élèves, et une cour C C C C, dont une partie vitrée D, forme passage de service. Le rez-de-chaussée est occupé par les laboratoires de première année et le premier étage par ceux de deuxième année. Quant au second étage, il est utilisé pour les manipulations de micrographie et de physique.
Chaque étage est partagé en quatre parties égales B B B B, d’abord par trois vestibules et cages d’escalier A A A, puis par deux pavillons F F, contenant les magasins ainsi que les locaux réservés aux chefs de travaux et aux surveillants. Tous les laboratoires B communiquent ainsi, par une de leurs extrémités, avec .un vestibule A, et par l’autre, avec l’une des pièces F. Ces dernières se trouvent donc placées de telle manière qu’on y aperçoit aisément tout ce qui se passe dans les deux laboratoires voisins. Les chefs de travaux et les surveillants, qui doivent périodiquement passer auprès de chaque élève et l’aider au besoin de leurs avis, se tiennent de plus dans les pièces F, à la disposition de ceux qui peuvent réclamer leur assistance; ces pièces, en dehors des heures consacrées aux élèves, leur servent de laboratoires. Elles sont munies de paillassespp, avec hottes, eau, gaz, départs d’eau, trompes, etc. Elles ont encore un autre usage : dans l’une des portes vitrées donnant de chaque côté sur les salles où travaillent les élèves, on a -ménagé un guichet g, par lequel un garçon fait la distribution de la verrerie et des produits chimiques. Pour faciliter ce service important, chaque salle F communique de plain pied avec la pièce G, qui sert simultanément de laverie et de magasin de verrerie, et par l’escalier de service e, avec une réserve de produits chimiques située au-dessus de G et du passage D, la hauteur de l’étage ayant été coupée en deux par un plancher dans le pavillon F G.
Les vastes sous-sols de l’École fournissent encore des magasins dans lesquels s’accumulent les produits et la verrerie, les locaux dont il vient d’être parlé, ne contenant que ce qui est nécessaire à la consommation journalière. Dans les mêmes sous-sols se trouvent aussi les calorifères et un appareil susceptible de fournir d’eau distillée tous les laboratoires de l’École.
3. Laboratoires de première année. — Les laboratoires de première année étant tous semblables, il nous suffira de parler de l’un d’eux (pl. VIH, fig. 2).
Ces laboratoires sont organisés en vue d’exercer les élèves à la préparation des produits minéraux et organiques, ainsi qu’à l’analyse qualitative. Le programme des manipulations qu’on y exécute comprend, en effet, la préparation de plus de 200 substances choisies parmi les plus intéressantes, soit parce qu’elles l’appellent une théorie importante, soit parce qu’elles sont l’objet d’applications pharmaceutiques ou industrielles. De plus, à toutes les séances, les élèves doivent donner le résultat de l’analyse qualitative d’un sel métallique ou de plusieurs sels métalliques mélangés, la difficulté des problèmes qui leur sont ainsi posés étant graduée avec soin, de manière à les conduire peu à peu à la reconnaissance de mélanges complexes et offrant une réelle difficulté.
La pièce B, éclairée des deux côtés, présente au-dessous des fenêtres deux paillasses longitudinales p p, surmontées de hottes ventilées artificiellement au moyen de brûleurs à gaz. Ces hottes sont disposées de telle manière qu’elles recouvrent partiellement les fenêtres ; ces dernières sont, à cet effet, divisées dans leur hauteur par une partie fixe sur laquelle la hotte vient s’adapter : si les dimensions sont convenables, la portion inférieure de la fenêtre éclaire la paillasse, tandis que la portion supérieure éclaire l’intérieur de la pièce. Les paillasses sont divisées en autant de places qu’il est nécessaire, et ces places sont séparées de deux en deux par des cuvettes en poterie émaillée d, servant de départ d’eau, insérées dans le carrelage et surmontées de deux robinets à eau, avec amorces pour tube de caoutchouc. Chaque élève a donc l’eau à sa disposition sur l’un des côtés de sa place. Une rampe à gaz portant des robinets avec amorces pour tubes de caoutchouc, est adossée au mur et s’étend sur toute la longueur de la paillasse. Lés manipulations peuvent se faire soit au gaz, soit au charbon de bois dont on a voulu ne pas rejeter absolument l’usage. Les fourneaux lourds employés pour les préparations, détériorant assez rapidement la faïence, les paillasses ont été recouvertes de carreaux de grès blanc, assez fortement vitrifiés, très durs, résistant au feu et analogues comme apparence au biscuit de porcelaine.
Au milieu du laboratoire sont des tables à étagères, a; elles servent aux opérations qui ne nécessitent pas l’emploi du feu et recouvrent les armoires réservées aux élèves.
4. Laboratoires de deuxième année. — Ils diffèrent un peu des laboratoires de première année ; ils sont disposés plus spécialement pour l’analyse qualitative et quantitative (pl. VIII, fig. 3).
Le programme des manipulations de deuxième année comprenait autrefois
JUNGFLEISCH. — LES LABORATOIRES DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE. 801 la série des analyses qui se présentent le plus fréquemment aux pharmaciens : il avait pour but à peu près exclusif de faire passer en revue le plus grand nombre possible de problèmes de ce genre. Actuellement, il correspond plutôt à un cours complet d’analyse: on se propose bien moins de faire connaître aux élèves tel ou tel cas spécial, d’une importance plus ou moins grande, que de les mettre en état 'de pratiquer les procédés généraux, volumétriques ou pondéraux, qui permettent de résoudre à peu près indistinctement toutes les questions d’analyse. Bien évidemment, les exemples sont toujours choisis parmi les plus usités en pharmacie, en toxicologie ou en industrie ; mais, comme il s’agit déformer autant que possible des analystes, on donne le pas aux méthodes générales sur les méthodes particulières. Si ces dernières sont parfois plus rapides, elles présentent toujours moins de ressources et peuvent même, en face des modifications incessantes de l’industrie, devenir l’origine d’erreurs nombreuses.
Quoique l’analyse qualitative des matières minérales ait déjà été enseignée en première année, les élèves y sont encore exercés en deuxième année. On y joint l’analyse qualitative des matières organiques les plus répandues.
Les paillasses sont disposées à peu près comme il a été dit ci-dessus, mais elles sont carrelées en faïence; de plus, elles sont pourvues de cages à tirage, fc, dans lesquelles se font les calcinations, évaporations, etc., susceptibles de verser dans l’atmosphère du laboratoire des vapeurs abondantes que les hottes ordinaires seraient impuissantes à enlever. Les tables, dédoublées dans le sens de leur longueur, laissent un passage central; elles sont munies d’étagères fermées contenant les réactifs usuels. A l’extrémité de la pièce, des étuves i, réunies en nombre égal à celui des places de la salle et chauffées automatiquement à 100 degrés dans un même bain, se trouvent fixées au
Enfin, sur les vestibules A ont été prises des salles H, qui communiquent ainsi des deux côtés avec un laboratoire et dans lesquelles sont disposées les balances d’analyse; chaque instrument est affecté à l’usage d’un groupe d’élèves déterminé.
5. Laboratoire de chimie organique. — Comme exemple de laboratoire de professeur auquel se trouve annexé un laboratoire de recherches, nous choisirons l’un de ceux qui ont reçu le plus de développement, celui qui dépend de la chaire de chimie organique (pl. IX, fig. 1, 2 et 3). Sa construction a été commencée suivant les indications de M. Berthelot, mon maître et mon prédécesseur dans cette chaire.
Il occupe un petit bâtiment à deux étages de 22 mètres sur 7m,50. Le rez-de-chaussée est occupé par les services généraux, le premier étage par le laboratoire des élèves et des préparateurs, le second étage par le laboratoire particulier du professeur et par les collections de produits chimiques ou d’instruments. On accède à chaque étage et au rez-de-chaussée par un des grands escaliers E de l’École, mais pour la commodité du service, un petit escalier E', suivant l’axe duquel se meut un monte-charge m, a été placé dans l’intérieur du bâtiment.
Au rez-de-chaussée (pl. IX, fig. I) l’entrée principale se trouve dans le vesti-
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bule A, qui communique avec l’escalier E' et avec une laverie G. La petite entrée A', située de l’autre côté de l’escalier intérieur donne passage sur une cour, entourée par plusieurs laboratoires de professeurs et dans laquelle une paillasse, munie d’eau et de gaz, a été disposée sous un vitrage pour certaines opérations en plein air. La même entrée contient en z un système de trompes pour le service du second étage dans lequel, par suite de l’altitude de l’établissement, l’eau n’arrive qu’avec une pression parfois insuffisante au fonctionnement régulier de ces instruments.
La pièce G est destinée aux analyses organiques ; elle contient deux paillasses p p, avec eau, gaz et départ d’eau, séparées par une cuvette f basse et étanche, au-dessus de laquelle les gazomètres à oxygène se trouvent supportés par une grille métallique. Cette disposition rend facile l’usage des gazomètres ; ceux-ci sont d’ailleurs alimentés d’eau par un réservoir à niveau constant fixé au mur.
La pièce centrale S renferme un certain nombre d’ustensiles d’usage commun. Ellet contient, sur le côté gauche, une série d’appareils exigeant l’emploi du gaz sous pression réglée : les bains d’huile 1 1, les blocs à chauffer les tubes n n, etc. On y trouve également une paillasse p, destinée à certaines, préparations faites sur une grande échelle et pour lesquelles on se sert de vases de grandes dimensions, de presses, etc. A droite, est une petite chaudière o, fournissant de la vapeur aux étages supérieurs ; par une disposition spéciale, cette chaudière peut être chauffée soit au coke, soit au gaz, ou bien mise en pression au moyen du coke et maintenue sous pression régulière par le gaz fonctionnant d’une manière automatique. Dans le voisinage est un alambic q, puis un fourneau à vent r, et une grande étuve à gaz u. Des presses sont fixées en s et un petit filtre-presse en y, adossé à une table centrale t.
Quelques outils indispensables, un établi, un étau, etc., prennent place dans la chambre T, où se trouvent encore une chaudière autoclave, un four Perrot, etc. On peut également, au moyen d’un courant de vapeur, traversant le mur et venant de la chaudière o, y distiller à l’abri du feu les substances inflammables qui ne peuvent être maniées sans danger dans les laboratoires où se trouvent des foyers en combustion.
Quant à la pièce du fond N, elle sert de réserve pour les produits chimiques. On y conserve dans des armoires les appareils qui doivent rester tout préparés pour le cours.
Le premier étage (pl. IX, fig. 2), est divisé en cinq pièces, tlne petite salle H, située un peu à l’écart des autres et hors d’atteinte des vapeurs des laboratoires, contient les balances de précision. Une armoire permet d’y resserrer les livres formant la petite bibliothèque du laboratoire. Le vestibule A sert de vestiaire pour les élèves; il communique avec les deux escaliers et donne entrée dans le laboratoire des préparateurs F. Ce dernier, dans lequel deux personnes peuvent travailler à l’aise, est pourvu d’une paillasse p, recouverte de faïence, avec eau, départ d’eau, gaz et trompes ; d’une cage à tirage fc; d’une table à deux places a , munie d’armoires en dessous et portant étagères, eau, départ d’eau, gaz et trompes ; d’une cuve à mercure w ;[d’armoires v, etc.
Enfin les deux pièces B B . sont disposées d’une façon analogue ; elles peuvent
JÜNGFLEISCH. — LES LABORATOIRES DE L ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE. 803 . donner place dans de bonnes conditions à huit chimistes s’occupant de recherches diverses. Les quatre places de chacune d’elles sont organisées de la même manière que celles de la salle des préparateurs F ; les- paillasses occupent les parois des murs intérieurs et sont séparées en deux parties égales par une cage vitrée, à manteau mobile, k, dans laquelle on peut provoquer un tirage très énergique et faire les opérations susceptibles de produire des vapeurs incommodes. Le départ d’eau sur ces paillasses s’effectue par de petits orifices analogues à une bonde d’évier, placés au niveau de la faïence et fermés par des bouchons plats qui ne forment pas saillie ; les tubes de Caoutchouc amenant l’eau à écouler, s’engagent et se maintiennent facilement dans ces ouvertures qui occupent d’ailleurs un fort petit espace. Une rampe à gaz et une rampe à eau parcourent toute la longueur des paillasses.
Les tables centrales a sont couvertes de faïence et adossées l’une à l’autre ; elles portent à leurs extrémités des cuvettes en grès émaillé d, par lesquelles se fait le départ d’eau, et au-dessus desquelles se trouvent placés les trompes et les l’obinets d’arrivée d’eau. Ces cuvettes reçoivent également ce qui peut s’écouler des flacons à eau distillée, lesquels reposent sur les extrémités des étagères.
Au-dessous des fenêtres sont des tables superposées à des armoires. Des lampes d’émailleur, des collections de réactifs, des casiers contenant la verrerie et les produits les plus employés, etc., garnissent les murailles.
Ajoutons que quatre fenêtres éclairent latéralement et des deux côtés les opérateurs.
Le second étage (pl. IX,fig. 3) comprend une antichambre-vestiaire M; une petite pièce D, pouvant être rendue obscure par des volets pleins et disposée pour les observations au polarimètre ou au spectroscope, pour la photographie, etc. ; une. salle I, dans laquelle sont conservés les instruments et où se font les déterminations physiques; une petite chambre à combustion C, qui contient en même temps un bain d’huile l et un bloc à tubes n ; le laboratoire du professeur R, organisé à peu près comme un des laboratoires de l’étage inférieur ; enfin une salle L, garnie de vitrines v, dans lesquelles se trouve rangée une collection de produits chimiques. Cette dernière pièce contient en même temps un bureau t et des balances de précision pour le professeur.
Les combles servent de magasin de verrerie.
6. Amphithéâtre de chimie. — Dans tous les cours de sciences expérimentales et en particulier dans les cours de chimie, il est indispensable de mettre sous les yeux des auditeurs les objets ou les faits dont parle le professeur. Cette nécessité transforme un amphithéâtre destiné à des cours de chimie en un véritable laboratoire. C’est à ce titre que nous croyons devoir ajouter ici quelques mots relatifs à celui de l’École de pharmacie.
L’ensemble de ce laboratoire spécial est constitué par la table à expériences auprès de laquelle se tient le professeur et parla partie de l’amphithéâtre située derrière cette table. Le tout a dû être disposé, non pas comme les locaux dont il a été question plus haut, dans des conditions favorables au travail, mais dans le but de rendre les expériences les plus diverses facilement visibles par un
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auditoire nombreux. Il faut en outre que le public soit maintenu à l’abri des accidents et des vapeurs incommodes. Devant ces deux conditions s’effacent toutes les autres.
La table à laquelle a été donnée une légère courbure s’accordant avec celle des gradins inférieurs, est recouverte de lave émaillée. A l’une de ses extrémités se trouve la cuve à mercure ; à l’autre, la cuve à eau. Elle dissimule toute une série d’appareils mettant à la disposition du professeur le gaz d’éclairage, l’eau, l’air comprimé, le vide, un courant électrique, etc.
Le gaz et l’eau sont fournis par deux rampes placées sous la table dont elles parcourent tout le bord postérieur. Des tubes de caoutchouc adaptés aux robinets peuvent aboutir aux appareils disposés en un point quelconque de la table. Pour éviter leur écrasement par compression sur le bord des plaques de lave, ces tubes passent entre celui-ci et une barre métallique fixée parallèlement à la table, un peu en contre-bas, mais à un faible écartement. Des orifices disposés de distance en distance, un peu au-dessous des robinets d’eau et de gaz, sont en relation avec la canalisation d’écoulement des eaux : on peut y engager les tubes de caoutchouc par lesquels s’échappe l’eau dont on veut se débarrasser.
Trois conduits métalliques de petit diamètre courent d’un bout à l’autre de la table, au-dessous des rampes à eau et à gaz, portant de place en place des robinets. Le premier conduit communique avec une trompe faisant le vide, et le deuxième avec une soufflerie ; ces instruments fonctionnant parfois avec bruit, ont été placés hors de l’amphithéâtre, mais les robinets qui les commandent sont à portée de la main des opérateurs. Quant au troisième tube, il permet de diriger sur la table un gaz quelconque venant d’un générateur ou d’un gazomètre placé hors de l’amphithéâtre.
Enfin, deux conducteurs en cuivre de gros diamètre sont fixés dans le voisinage des tubes précédents. Ils portent des bornes convenablement espacées et aboutissent dans le sous-sol où se trouvent les piles et les instruments générateurs d’électricité.
Pour expérimenter avec des gaz ou des vapeurs incommodes, une ouverture circulaire a été pratiquée dans le dessus de la table. Cette ouverture, qui disparaît entre temps sous un disque de lave émaillée pareille à celle qui forme le revêtement, constitue l’orifice inférieur de l’une des cheminées du bâtiment: un brûleur à gaz établissant dans cette cheminée un tirage énergique, il est possible de déverser dans le voisinage de l’ouverture, du chlore, de l’acide chlorhydrique, etc., sans que ceux-ci se répandent dans l’atmosphère et troublent les auditeurs.
La cuve à eau, dont les parois sont formées de glaces transparentes, laisse voir netlement les appareils qu’on y fait fonctionner. L’eau peut en être renouvelée facilement, des robinets étant disposés à cet effet.
Le fond de l’amphithéâtre faisant face au public est percé, en son milieu, d’une large baie qui s’ouvre dans une des pièces servant à la préparation des cours. Des tableaux noirs et des écrans, mobiles verticalement, sont placés à une certaine distance en avant ; ils peuvent masquer la baie, mais en laissant toujours libres des passages latéraux. Un instrument disposé dans la pièce posté-
JUNGFLEISCH. — LES LABORATOIRES DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE. 805. rieure, permet de projeter sur les écrans et de montrer par transparence les dessins d’appareils industriels, les préparations microscopiques ou l’image de tout autre objet, sans que l’auditoire soit dérangé par les préparatifs nécessaires De chaque côté des tableaux sont deux paillasses recouvertes de hottes et pourvues d’eau, de gaz, etc. Elles sont entièrement garnies de faïence et peuvent être fortement éclairées par des brûleurs à gaz que dissimule le manteau de la cheminée.
Ajoutons que derrière l’amphithéâtre, attenant à la pièce centrale dont il a été question plus haut et qui est occupée par les appareils à projection, se trouvent deux petits laboratoires servant à la préparation des expériences.