A SUIVRE DANS L’ANALYSE QUALITATIVE DES ACIDES
Une marche méthodique pour l'analyse qualitative des acides présente beaucoup plus de difficultés à tracer que pour l’analyse qualitative des bases. Il m’a été impossible, du reste, de trouver une méthode qui permette de caractériser et de séparer les uns des autres tous les acides minéraux connus, en supposant une liqueur qui les contienne tous, comme je l’ai fait pour les métaux. Aussi je ne donne dans la marche qui va suivre, que les moyens de caractériser les principaux acides que l’on rencontre le plus souvent mélangés ou combinés ensemble ; quant aux autres acides, l’élève pourra toujours bien les caractériser en consultant le tableau qui traite des caractères distinctifs des acides des sels solubles.
Les acides ne se caractérisent toujours qu’après avoir constaté la nature des bases avec lesquelles ils sont combinés, et la présence de certains métaux à l’état de sels solubles exclut nécessairement la présence de certains acides, comme je l’ai déjà fait observer en parlant des métaux; ainsi, dans une liqueur acide où il existe de l’argent en dissolution, il ne peut y avoir d’acide chlorhydrique, d’acide bromhydrique, d’acide iodhydrique, etc. ; également la présence de la baryte exclut la présence de l’acide sulfurique, etc.
Dans les substances insolubles dans l’eau et dans les acides, on recherche les acides au moyen du chalumeau. Ce qui va suivre ne s’applique donc qu’aux sels en dissolution.
Pour caractériser les acides dans une dissolution, on opère de la manière sHPrteMÜie : m concentre la liqueur si elle paraît trop étendue, puis on la divise en quatre parties, dont l’une est mise en réserve pour servir de contrôle au besoin.
Dans la première partie on verse de l’acide sulfurique étendu qui sert à caractériser les acides volatils suivants :
,f Acide carbonique. — L’acide carboniquese dégage des carbonates avec effervescence sous forme d’un gaz qui n’a point d’odeur et qui précipite l’eau de chaux.
Acide sulfureux. —Les sulfites dégagent un gaz (l’acide sulfureux) reconnaissable à son odeur de soufre qui brûle.
Acide hyposulfureux. — Les hyposulfites dégagent également de l’acide sulfureux, mais il se fait en même temps un dépôt de soufre.
Acide azoteux. — Les azotites dégagent des vapeurs rutilantes caractéristiques.
Acide sulfhydrique. — Les sulfures sont caractérisés par le dégagement d’hydrogène sulfuré qu’ils produisent et qui est reconnaissable à son odeur; en même temps il se fait un dépôt de soufre.
Acide cyanhydrique. — Les cyanures dégagent de l’acide cyanhydrique reconnaissable à son odeur caractéristique d’amandes amères.
Acide chlorique. — Les chlorates traités par l’acide sulfurique étendu colorent la liqueur [en jaune tandis qu’il se dégage une odeur désagréable d’acide hypochlorique.
Acide hypochloreux. — Les hypochlorites dégagent du chlore lorsqu’on les traite par l’acide sulfurique étendu.
Acide acétique. — Les acétates dégagent de l’acide acétique dont l’odeur est caractéristique ; la réaction est plus nette lorsqu’on chauffe la liqueur.
Lorsque la liqueur contient des iodures et des bromures, l’acide sulfurique étendu peut aussi les caractériser; ainsi les iodures précipitent de l’iode sous forme de poudre brune ou qui colore la liqueur en jaune brun. Les bromures colorent la liqueur en jaune d’or, et si on l’agite avec l’éther, celui-ci dissout le brome et vient former au-dessus du liquide une couche d’éther colorée en jaune par le brome.
On fait bouillir pour chasser complètement les acides volatils, on sature ensuite très exactement l’acide sulfurique par de l’ammoniaque, puis on y verse de l’azotate d’argent qui précipite : les chlorures, les bromures, les
iodures, les arsénites, les arséniates, les phosphates, les borates, les chromâtes et les oxalates . On jette le précipité sur un filtre, on le lave, puis on le traite par de l’acide azotique très étendu qui laisse à l’état insoluble les chlorure, bromure et iodure d’argent. Lorsque ce résidu est entièrement blanc, il ne renferme que du chlorure ; s’il a une légère teinte jaune, c’est qu’il contient du bromure ou de l’iodure d’argent.
Iode. — On lave ce résidu insoluble dans l’acide azotique, puis on le dissout dans de l’ammoniaque étendue d’un peu d’eau ; s’il reste un résidu insoluble dans l’ammoniaque, c’est de l’iodure d’argent, dont la couleur jaune a été transformée en blanc par l’ammoniaque ; on caractérise cet iodure au chalumeau.
Brome. — La liqueur ammoniacale est saturée par de l’acide chlorhydrique; après en avoir mis un peu en réserve, qui précipite l’argent à l’état de chlorure, on filtre, et dans la liqueur filtrée on verse quelques gouttes d’eau de chlore, puis on l’agite avec de l’éther qui dissout le brome mis en liberté et vient former à la surface de la liqueur une couche d’éther colorée en jaune.
Chlore. — Dans la partie mise en réserve on verse de l’acide azotique qui précipite le chlorure d’argent, qui possède une légère teinte jaune clair lorsqu’il renferme du brome. On le caractérise au chalumeau.
Après avoir caractérisé le chlore, le brome et l’iode, on verse dans la dissolution azotique des sels d’argent, de l’acide chlorhydrique qui précipite tout l’argent à l’état de chlorure, et la liqueur retient en dissolution les acides arsénieux, arsénique, phosphorique, borique, chromique et oxalique. On sature ces acides par de l’ammoniaque, on évapore ensuite à sec, mais sans calciner, puis on reprend par l’eau.
Acide arsénique. — Dans quelques gouttes de la dissolution, on verse de l’azotate d’argent, pour s’assurer de la présence de l’acide arsénique qui donne un précipité brun clair caractéristique d’arséniate d’argent.
Acide arsénieux. — Dans quelques gouttes d,e la liqueur on verse un peu de sulfate ou plutôt d’acétate de cuivre qui donne un précipité d’un beau vert d’herbe, lorsqu’il y a de l’acide arsénieux.
Les acides de l’arsenic peuvent encore être caractérisés avec l’appareil de Marsh.
Lorsque la liqueur renferme de l’arsenic, on y fait passer de l’hydrogène sulfuré jusqu’à ce qu’il ne se précipite plus de sulfure jaune d’arsenic.
Acide chromique. — On filtre pour séparer le sulfure d’arsenic, lorsqu’il y en a; la liqueur filtrée est devenue verte, si elle renfermait un chromate avant le passage de l’hvdrogène sulfuré, celui-ci le transformant en un sel de chrome.
L’acide chromique se caractérise surtout avec les sels de plomb qui donnent
un précipité jaune de chromate de plomb, soluble dans la potasse d’où les acides le reprécipitent.
Acide oxalique. — On fait bouillir la liqueur pour chasser l’acide sulfhydrique, on y ajoute ensuite de l’acide tartrique, on sature par un excès d’ammoniaque, puis on y verse du chlorure de calcium qui précipite l’acide oxalique à l’état d’oxalate de chaux.
Acide phosphorique. — Dans la liqueur ammoniacale, séparée de l’oxalate de chaux lorsqu’il y en a, on verse du sulfate de magnésie saturé de sel ammoniac, de manière qu’il ne précipite plus par l’ammoniaque; s’il y a des phosphates il se forme un précipité cristallin de phosphate ammoniaco-magnésien.
Acide borique. — On retrouve l’acide borique en évaporant la liqueur à sec, on calcine pour chasser les sels ammoniacaux, puis on mélange le résidu avec du bisulfate de potasse et du fluorure de calcium en poudre très line ; on chauffe alors le mélange au chalumeau sur le fil de platine : s’il y a de l’acide borique, la flamme se colore en vert.
Acide sulfurique. — Dans une deuxième partie de la liqueur mère, que l’on a acidifiée avec de l’acide azotique, on verse du chlorure de baryum qui forme un précipité blanc de sulfate de baryte lorsque la liqueur contient de l’acide sulfurique. Il faut ne pas oublier que le chlorure de baryum est insoluble dans l’acide azotique, et par conséquent il ne faut pas trop acidifier la liqueur avec cet acide.
Acide azotique. — La troisième partie de la liqueur sert à caractériser la présence de l’acide azotique. Pour cela il suffit d’introduire quelques gouttes seulement de la liqueur dans le mélange d’acide sulfurique et de sulfate de protoxyde de fer, qui se colore en violet foncé, lorsque la liqueur contient de l’acide azotique. Cet acide se caractérise encore en versant dans la liqueur un excès d’acide sulfurique concentré, puis des morceaux de rognures de cuivre ; s’il y a de l’acide azotique, il se dégage des vapeurs rutilantes.