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CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Nous sommes parvenu au terme dé notre entreprise, qui était de poser les problèmes et d’assigner les premiers principes d’une science nouvelle, plus générale et plus abstraite que la description individuelle des propriétés, de la fabrication et des transformations des espèces chimiques. Nous avons envisagé les lois mêmes des transformations, et nous avons recherché les CaiiseS, c’està-dire les conditions prochaines qui les déterminent. Jetons utt coup d’œil en arrière, et dressons le tableau des résultats obtenus, afin de marquer l’objet proposé, la marche suivie, les résultats atteints, enfin le but idéal de la nouvelle science.

Dès le début, les affinités ont été définies, et l’on a établi que les quantités de chaleur développées par les actions réciproques des corps simples et composés donnent la mesure des travaux des forces moléculaires. Ces travaux ont été distingués en travaux d’ordre physique et travaux d’ordre chimique : dislinc-

BEllTHELOT. — ESSAI DE MÉCANIQUE CHIMIQUE. 67

tioîi surtout manifesté dans l’étude des combinaisons gazeuses effectuées sans changement de volume, et même, jüsqü'à un certain point, dans l’étude des combinaisons rapportées â l’état solide. Ainsi, les énergies chimiques se trouvent nettement caractérisées et mises en opposition avec les autres énergies naturelles : les unes et les autres obéissent également aux lois de la mécanique rationnelle.

! Par là nous avons pu déduire et démontrer d’üne maniéré rigoureuse les règles, énoncées en forme de théorèmes, qui président à la Calorimétrie chimique : on veut dire, â la mesure et à la comparaison des quantités de chaleur dégagées dans les phénomènes les plus généraux, tels que ies combinaisons, les décompositions et ies substitutions -, les réactions directes et les réactions indirectes ; lés actions rapides et les actions lentes ; la formation des sels, solides ou dissous ; ia formation des composés organiques ; enfin les métamorphoses de la matière dans les êtres vivants.

Après les règles de la théorie viennent celles de la pratique : en conséquence, nous avons présenté la description des méthodes expérimentales, et. la figure des appareils à l’aide desquels on mesure la chaleur dégagée, dans ces conditions multiples que la variété indéfinie des réactions oblige â examiner.

Les règles théoriques et pratiques de la calorimétrie ont servi à calculer les nombres contenus dans une centaine de tabieâüx, qui renferment les chaleurs de combinaison des éléments et des corps composés, les Chaleurs relatives aux ehângëments d’état (fusion, vaporisation, dissolution), les chaleurs spécifiques des corps gâzeüx, liquides, solides et dissous, etc.: vaste ensemble au sein duquel les travaux de plusieurs générations de physiciens et de chimistes se trouvent pour la première fois réunis et Coordonnés en Un système Commun. Noüs avons exécuté Ce long et pénible travail en vue dé la mesure précise des affinités ; ou, pour mieux dire, en VUe de la prévision des actions réciproques que les corps exercent les uns sur les autres.

Voilà le problème qui s6 présente maintenant à nous.

Ce problème së partage lui-même en deux autres, à savoir, l’étude de la combinaison et de la décomposition, envisagées en Soi : c’est la dynamique chimique; et l’étude de l’état final qui résulte des actions réciproques entre les corps simples et composés : .C’est la statique chimique.

On a présenté d’abord une exposition générale des faits Connus relativement â la combinaison et à la décomposition chimiques, en définissant le jeu Contraire des énergies calorifiques, électriques, lumineuses, qui déterminent les phénomènes. Les conditions qui président à l’existence et à la stabilité des Combinaisons étant ainsi spécifiées pour chaque corps traité Séparément, nous avons cru le moment venu d’examiner les conditions qui président aux actions réciproques.

C'est ici iè résultat fondamental du présent ouvrage. En effet, nous avons réussi à découvrir un principe nouveau de mécanique chimique, à l’aide duquel les actions réciproques des corps peuvent être prévüeS avec certitude, dès que l’bn sait les Conditions propres de l’existence de chacun d’eüx envisagé isolément, Le principe du travail maximum, aussi simple que facile à comprendre, ramène tout à une double connaissance : celle de la chaleur dégagée par les transforma-

lions, laquelle se calcule sans peine au moyen des tableaux numériques précédents, et celle de la stabilité propre de chaque composé.

Nous avons énoncé le principe et n ous l’avons démontré expérimentalement, par la discussion des phénomènes généraux de la chimie ; puis nous en avons développé l’application aux actions réciproques des principaux groupes de substances : telles que les actions entre les éléments et les composés binaires, les déplacements réciproques des composés binaires, et spécialement des hydracides opposés entre eux et avec l’eau ; les déplacements réciproques des acides entre eux dans les composés salins; enfin, les doubles décompositions salines.

Le tableau général des actions chimiques des corps, pris sous leurs divers états, gazeux, liquide, solide, dissous, a été ainsi présenté d’une manière générale et réduit à une règle unique de sialique moléculaire. Non seulement celte règle fournit des données nouvelles et fécondes pour la théorie, aussi bien que pour les applications; mais la figure même de la chimie et la forme de ses enseignements se trouvent par là changées.

Telle est la destinée de toute connaissance humaine. Nulle œuvre théorique n’est définitive; les principes de nos connaissances se transforment, et les points de vue se renouvellent par une incessante évolution.

La chimie des espèces, des séries et des constructions symboliques, qui a formé jusqu’ici presque toute la science, se trouvera désormais, sinon écartée,

— nulle science véritable nepeutainsi disparaître du domaine de l’esprit humain,

— du moins rejetée sur le second plan par la chimie plus générale des forces et des mécanismes : c’est celle-ci qui doit dominer celle-là, car elle lui fournit les règles et la mesure de ses actions.

La matière multiforme dont la chimie étudie la diversité obéit aux lois d’une mécanique commune, et qui est la même pour les particules invisibles des cristaux et des cellules que pour les organes sensibles des machines proprement dites. Au point de vue mécanique, deux données fondamentales caractérisent celte diversité en apparence indéfinie des substances chimiques, savoir : la masse des particules élémentaires c’est-à-dire leur équivalent, et la nature de leurs mouvements. La connaissance de ces deux données doit suffire pour tout expliquer. Yoilà ce qui justifie l’importance actuelle, et plus encore l’importance future de la thermochimie, science qui mesure les travaux des forces mises en jeu dans les actions moléculaires.

Certes, je ne me dissimule pas les lacunes et les imperfections de l’œuvre que. j’ai tentée ; mais cette œuvre, si limitée qu’elle soit, n’en représente pas moins un premier pas dans la voie nouvelle, que tous sont invités à agrandir et à pousser plus avant, jusqu’à ce que la science chimique entière ait été transformée. Le but est d’autant plus haut que, par une telle évolution, la chimie tend à sortir de l’ordre des sciences descriptives, pour rattacher ses principes et ses problèmes à ceux des sciences purement, physiques et mécaniques. Elle se rapproche ainsi de plus en plus de cette conception idéale, poursuivie depuis tant d’années par les efforts des savants et des philosophes, et dans laquelle toutes les spéculations et toutes les découvertes concourent vers l’unité de la loi universelle des mouvements et des forces naturelles.

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