Bull. Soc. Min., 1879. t. II, p
Il, p. 111.
Anorthitite augitique. — On obtient de même, par fusion à une température un peu plus élevée, en partant d’éléments convenables, un agrégat microlithique d’anorthite et d’augite. C’est, on le voit, un basalte anorthique sans péridot.
Basaltes et mélaphyres labradoriques 1 . — Pour réussir la préparation de ces roches, caractérisées par la présence du péridot en cristaux de première consolidation, il est indispensable de fractionner l’opération en deux temps bien marqués.
On part du verre noir homogène provenant de la fusion des éléments d’un basalte très riche en péridot (trois parties d’olivine, une d’augite, trois de labrador). Pendant 48 heures, on maintient ce verre au rouge blanc, avec le dispositif n° 2. C’est là le premier temps de l’opération, lequel permet la cristallisation du péridot, élément très peu fusible.
Si, en effet, on examine une section mince du culot après ce recuit à haute température, on remarque de nombreux cristaux de péridot développés au sein du magma vitreux. Leur allongement a lieu suivant pg 1 , avec facettes g % , a 1 et h 1 ; les clivages rectangulaires h 1 et gt sont très marqués. Les dimensions sont en moyenne de 0 mm ,5 sur 0 mœ ,2. La lumière polarisée montre des teintes vives, des extinctions longiludinales, avec axes optiques s’ouvrant transversalement. L’ensemble de tous les caractères se rapporte bien au péridot.
En même temps que celui-ci se forment de rares cristaux de pyroxène, ainsi que de petits octaèdres de magnétite et de picotite de 0 mm ,02 environ.
Occupons-nous maintenant de la seconde phase de l’opération : le culot est soumis pendant quarante-huit heures, à la température du rouge cerise, suivant le dispositif n° 4. Ce deuxième recuit amène la formation d’une pâte microlithique identique à celles des labradorites augitiques. On observe de nombreux microlithes de labrador (0 mm , 15 sur 0 mm , 03), allongés suivant^ 1 , des microlithes raccourcis d’augile (0 mm ,05 sur 0 mm ,025), des granules de fer oxydulé et de picotite (0mm,005), et ei) ou t re un p eu ( } e su l )s tance vitreuse.
Il y a lieu de remarquer que le fer oxydulé s’est produit aux deux temps de consolidation ; de plus le péridot présente des formes naissantes très curieuses (cristaux creux, ou encore grandes plages formées de l’agglomération de petits individus possédant la même orientation).
L’expérience que nous venons de rapporter présente un intérêt tout particulier en ce sens qu’elle donne l’explication du mode de formation des basaltes ; il y a identité parfaite de composition et de structure entre les culots préparés comme nous l’avons dit et les meilleurs types de basaltes naturels, par exemple ceux d’Auvergne. L’expérience n’a cependant porté que sur quelques grammes de substance ; le produit obtenu est, il est vrai, parfaitement anhydre, mais on sait par l’examen microscopique que la petite quantité d’eau renfermée dans les basaltes naturels provient d altérations secondaires. Il n’y a donc plus aucune raison de douter de l’origine purement ignée des roches basaltiques.
1. C. R., 1881. t. XCIII, p. 367. — Bull. Soc. Géol., 1877, t. VI, p. 156. — Bull. Soc. Win-, 1881, t. IV, p. 275. F
Néphélinites 1 . — On obtient aisément un agrégat intime de microlithes de néphéline et d’augile par fusion et recuit suivant le dispositif n° 4 de deux parties de néphéline et d’une partie d’augite.
La néphéline a cristallisé la première en petits prismes hexagonaux raccourcis (0 mm ,02); elle est moulée par de petits prismes d'augite (0 mm ,01 sur0 mm ,004). Ceux-ci sont jaune verdâtre et allongés à la façon de l’augite des phonolithes ; quelques échantillons de plus grande taille s’aperçoivent en divers points.
Il est à remarquer que, si la dose d’augite diminue au delà d’une certaine limite, ce minéral cesse de se produire ; il est détruit par l’excès de néphéline. Ainsi, en partant d’un mélange de 10 parties de néphéline avec 1 partie d’augite, on obtient de beaux prismes de néphéline avec petits octaèdres de spinelles et dodécaèdres de grenat mélanite.
Leucitites 2 . — On part d’un mélange de 9 parties de leucite pour 1 partie d’augite ; après fusion, ce mélange est recuit trois jours avec le dispositif n° 2.11 se transforme alors en un agrégat de cristaux sphéroïdaux de leucite, qu’entourent de i’augite et de la magnétite. Pour avoir de beaux échantillons d’augile, il convient, comme dans le cas du basalte, d’opérer un deuxième recuit avec le dispositif n° 4.
Les cristaux de leucite ont environ 0 mm ,06 de diamètre ; on y reconnaît aisément avec la lame de quartz les bandes hémitropes caractéristiques. Le pyroxène forme des microlithes verdâtres très allongés comme dans les roches naturelles à leucite ou néphéline; ses dimensions sont 0 mm ,025 sur 0 mm ,003. Quanta la magnétite, ses grains ne dépassent pas 0 mm ,005.
Leucotéphrites s .—Les auteurs ont opéré sur un mélange chimique représentant 8 parties de leucite, 4 de labrador et une d’augite. Un premier recuit consécutif à la fusion, effectué avec le dispositif n“ 2, pendant 48 heures, amène la formation de leucite en grands et petits trapézoèdres a 1 a 2 b 1 (0 mm ,3oen moyenne) accompagnés de magnétite et de picotite en petits octaèdres (0 lnm ,01).
On recuit alors le culot pendant 48 heures au rouge cerise avec le dispositif n° 4, de manière à permettre la cristallisation du feldspath. Il se constitue alors des microlithes de labrador (0 m ,05 sur 0 m ,02), d’augite (0 m ,025 sur 0 m ,005) et de fer oxydulé (0“,005).
Les microlithes augitiques sont verdâtres et allongés ; ils se développent avec une extrême rapidité. La leucite offre souvent des inclusions disposées en couronne à la manière de la leucite naturelle : celles-ci sont constituées par de la matière vitreuse ou par du pyroxène.
Péridotites et lherzolith.es. — Les auteurs ont répété les expériences de M. Daubrée et obtenu aisément par recuit les éléments des roches en question : péridot, enstatite, pyroxène, picotite. Un refroidissement brusque donne lieu à la
1. C. R., 1878, t. LXXXVI, p. 961. — Bull. Soc. Min., 1881, 1.11 p. 107
2. U. R., 1878, t. LXXXVI, p. 901. — Bull. Soc. Min., t. II, p. 100.
5. C. R., 1880, t. XC, p. 698. — Bull. Soc. Min., 1880, t. III, p. 118.
formation de longues aiguilles d’enstatite ; mais par recuit prolongé ce minéral affecte des formes raccourcies.
Il est à remarquer que l’on n’est pas encore parvenu à obtenir la picotite en grandes plages, comme dans les produits naturels ; ce spinelle ne forme dans les culots artificiels que de petits octaèdres groupés à la façon de la magnétite. D’autre part, les inclusions vitreuses jouent un rôle plus grand dans les lherzolithes artificielles que dans celles de la nature.
Météorites non feldspathiques.— MM. Fouqué et Michel Lévy se sont appliqués à reproduire les météorites non feldspathiques caractérisées par la présence du péridot, de l’enstatite, du pyroxène magnésien et du fer natif. Ils ont obtenu deux types principaux, celui de Rittersgrün et celui de Soko-Banya près Alexinac (Serbie); le premier est très riche en pyroxène magnésien, tandis que le second en est presque dépourvu.
Le caractère original de ces roches extra-terrestres consiste dans la présence de ce pyroxène magnésien Mg0,Si0 2 , dimorphe de l’enstatite et qu’Ebelmen avait déjà obtenu parmi ses produits artificiels (voy. p. 115). On reconnaît ce bisilicate de magnésie elinorhombiqueàses nombreuses lamelles maclées suivant h 1 avec extinction symétrique à 28° de cette face, lorsque le cristal' est couché suivant le plan de symétrie g 1 . L’enstatite, au contraire, minéral orthorhombique, ne présente jamais de macles apparentes, ni d’extinctions obliques.
Le type de Soko-Banya se reproduit par fusion et recuit pendant 3 jours avec le dispositif n° 3, d’un mélange de 12 grammes de silice, 3 grammes de magnésie et 5« r ,55 d’oxyde ferrique. On recueille ainsi un agrégat à structure granitoïde, formé principalement d’enstatite (0 mœ ,3 sur 0 mm ,105) et d’divine (0 mm ,12) ; du pyroxène magnésien se remarque aussi, mais en faible quantité, ainsi que des grains de magnétite produits à diverses époques de la consolidation de la roche.
Il est à noter que le grain de cette roche artificielle est très variable, ce qui la rapproche tout à fait des météorites naturelles similaires ; on observe en certains points la structure chondritique caractérisée par l’existence de petits cristaux globuleux d’enstatite. Les inclusions vitreuses sont aussi abondantes que dans les types de la nature.
L’identité serait complète si la structure bréchiforme était plus marquée d’une part, et, d’autre part, si la magnétite était remplacée par des amas irréguliers t:e fer métallique. Il est facile d’atteindre ce dernier résultat en recuisant pendant quelques heures au rouge sombre le eulot dans l’hydrogène ou le gaz de l’éclairage.
MM. Fouqué et Michel Lévy ont encore obtenu synthétiquement une association identique à la météorite de Rittersgrün, par fusion d’un mélange de 6 grammes de silice, 3 grammes de magnésie et l« r ,8 d’oxyde ferreux, introduit à l’état de sulfate double ammoniacal. Il se fait ainsi un agrégat granitoïde de péridot (0 mm ,05), d’enstatite (0 mm ,2 sur 0 mm ,125),de pyroxène magnésien (0 mm ,3 sur 0 m ,l) très finement maclé, et de magnétite en groupes irréguliers (de 0 mm ,005 àO mm ,l).
L’enstatite et le pyroxène magnésien s’accompagnent constamment en proportion relative très variable ; le second de ces minéraux moule les autres éléments.