Bull. Soc. Giol., 1877, t. VI, p
de son voyage en Islande, ce géologue a remarqué que, dans cette contrée entièrement volcanique, les coulées de labradorite affectent nettement au microscope une structure tantôt traehytoïdê, tantôt ophitique, avec tous lés passages de l’une à l’autre. Il se produit encore de ces roches dans les éruptions contemporaines.
Il était donc à prévoir que les expériences de fusion ignée permettraient la réalisation synthétique des types ophitiques. Pour y arriver il fallait seulement obtenir la cristallisation de l’augite à une température nettement postérieure à celle de la consolidation du feldspath. Aussi il était à prévoir que .l’anorthite peu fusible, de préférence au labrador ou à l’oligoclase, se prêterait à l’exécution de l’expérience.
Un mélange des éléments de l’anorthite et de l’augite en diverses proportions est, après fusion, recuit quatre jours avec le dispositif n° 2, puis pendant un temps égal avec le dispositif n° 3. On recueille ainsi des mierolithes d’anorthite (0 mm ,43 sur 0 mm ,04) avec macles de l'albile et de Baveno. Ceux-ci sont moulés par de grandes plages d’augite (0 mm ,75) ; enfin on remarque un développement de petits octaèdres (0 mm ,0d5) de magnétite et de picotite.
Si le second recuit a lieu seulement avec le dispositif n° 4, on obtient dans le même culot des portions trachytoïdes et des portions ophitiques ; ces dernières se rapportent aux parties les plus chauffées.
On peut aussi par la même méthode préparer des ophites labradoriques, mais à cause de la plus grande fusibilité du labrador, on obtient toujours un mélange des deux structures traehytoïdê et ophitique dans le même culot.
On voit, par ce qui précède, que l’origine éruptive purement ignée des roches ophitiques se trouve démontrée par un procédé expérimental.
Tentatives infructueuses. — MM. Fouqué et Michel Lévy n’ont pas borné là leurs essais; dans un grand nombre d’expériences, ils ont cherché à reproduire de même divers types de roches, renfermant des minéraux autres que ceux que nous avons énumérés précédemment.
Ainsi ils se sont vainement efforcés d’obtenir par fusion ignée le quartz, l’orthose et l’albite, les wernérites, les micas (biotite et muscovite), la hornblende.
Ces substances cèdent toujours la place à d’autres : tantôt, il y a transformation en des espèces dimorphes; tantôt il se fait une décomposition chimique avec formation de types plus stables.
Ainsi la silice fondue avec des silicates (augite, enstatite, hypersthène) donne un produit à structure ophitique où les grandes plages de bisilicates sont lardées de mierolithes non maclés, à polarisation faible et extinctions longitudinales. Ces mierolithes ont pu être extraits et analysés ; ils sont constitués par de la silice pure, vraisemblablement de la tridymite.
Ni l’orthose ni l’albite n’ont cristallisé par fusion et recuit de leurs éléments (voy. ces mots). La biotite, dans les mêmes circonstances, se change en un produit cristallin brun, dichroïque, nettement biaxe, très arborisé.
Le inicrocline a etc fondu avec divers minéraux; la masse recuite n’a jamais fourni d’orthose ou de microciine régénéré. Avec l’augite, l’oligoclase, la néphéhne, associés au microciine, on obtient seulement ces minéraux, au milieu d'un magma vitreux, encore la cris'allisation est-elle difficile et imparfaite. Avec la muscovite le microciine ne donne aucun produit cristallin.
Le même feldspath (4 parties), fondu et recuit avec la biotite (4, 8 parties), a fourni une roche complètement différente de celle d’où l’on était parti : il se fait une leucitite à olivine (leucite, olivine, magnétite et mélilite).
La wernérite dipyre se transforme en labrador ; fondue avec la hornblende, elle fournit une labradorite augitique.
De même un mélange de hornblende et d’oligoclase ne donne pas d’andésite à hornblende, mais une andésite augitique.
Il convient, en terminant, de se reporter au tableau général de la classification des roches. On verra qu’un grand nombre de ces dernières se sont dérobées à toutes les tentatives de reproduction artificielle par fusion ignée ; ce sont celles qui renferment au nombre de leurs éléments du quartz, de l’orthose (ou de l’albite), des micas, de l’amphibole.
Quelles sont, d’auti’e part, les roches qui se produisent encore sous nos yeux dans les éruptions volcaniques contemporaines? Ce sont précisément celles dont la reproduction aété effectuée par MM. Fouqué et Michel Lévy, c’est-à-dire les andésites à pyroxène (augitiques ou non), les labradorites, les basaltes (labradoriques ou parfois andésitiques), les limburgites, lesnéphélinites et téphrites, leucitites et leu eotéplirites (avec ou sans olivine), les péridotites, les labradorites à structure ophitiques. Là se borne, d’après les observations des géologues, la liste des types de roches de formation contemporaine.; on ne connaît aucun exemple prouvé de volcans rejetant des roches quartzifères, orthosiques ou amphiboliques. II ne se fait plus de nos jours ni rhyolites, ni dacites, ni trachytes, ni même andésites à hornblende, leucitophyres ou phonolithes. Or ce sont là précisément les espèces dont la synthèse n’a pu jusqu’à présent être abordée avec succès.
Nous ajouterons même que ces types ont presque partout cessé de se produire depuis la fin du pliocène. Par exemple, eu Auvergne, après la cessation de l’éruption phonolithique, a lieu l’énorme épanchement du basalte des plateaux; et depuis celte époque il ne s’est plus constitué que des roches de fusion ignée (à part quelques exceptions, par exemple le trachyte du Puy de Dôme (dont 1 âge n’est pas connu avec certitude). Il en est de même dans les autres régions volcaniques (Vésuve, Etna, Santorin, Java, Açores, etc.).
Nous remarquerons d'autre part que les types de fusion ignée se sont produits dans les périodes géologiques les plus reculées comme de nos jours. Il en existe ainsi de précambriennes; tout le monde connaît l’abondante éruption des mélaphjTes permiens, identiques au point de vue pétrographique avec certains basaltes actuels.
Nous bornerons ici les considérations que nous voulions présenter au lecteur sur la genèse des roches. En terminant ce petit livre, nous croyons devoir formuler le vœu que la synthèse des types renfermant du quartz, des micas, de l’orthose et de l’amphibole, soit bientôt' abordée avec un succès aussi complet que l’a été celle des roches dont nous avons expliqué le mode de formation artificielle.