Poggendorff's Annalen, t. XXXIII, p. H
L’écorce épaisse se détache sur l’écorce mince par une sorte de rebord ou de bourrelet qui annonce qu’elle est postérieure à cette dernière, puisqu’elle s’est étendue à la surface.
On doit à M. Pisani* une analyse de la météorite d’Orgueil dont voici les ré¬
sultats :
Silice .
Magnésie. . , .
Protoxyde de fer .
Chaux .
Soude .
Potasse .
Oxyde de manganèse . . .
Alumine .
Fer chromé .
Fer oxydulé .
Sulfure de fer et de nickel Eau et matière organique.
S. Cloëz s’est occupé de déterminer la composition de la matière organique, et il a trouvé qu’elle l’enferme :
Carbone . 63,45
Hydrogène . 5,98
Oxygène . 30,57
Cette composition est très voisine de celle de diverses matières humiques terrestres, telles que les tourbes et les lignites.
Les pierres tombées à Âlais (Gard) sont intérieurement et extérieurement de couleur noire. Elles font varier l’aiguille aimantée et se délitent dans l’eau comme les argiles, en laissant dégager des bulles gazeuses.
Leur aspect général est analogue à celui d’une houille terreuse et sans éclat, friable et feuilletée, elles sont tachantes à la manière do la plombagine, prennent le poli des bitumes par le frottement, s’aplatissent sous le choc, et répandent au feu une légère odeur bitumineuse. Elles renferment des grains de sulfure jaune.
BOKKEVELITE. (Stan. Meus.)
Roche analogue à la précédente pour l'aspect, mais en différant par une cohésion bien supérieure, bien que sa dureté soit à peu près la même. — Densité : 2,69 (Rumler) à 2,94 (Faraday). — Composition minéralogique: Le péridot, un silicate magnésien plus acide, le fer sulfuré (pyrrhotine ou troïlitc), le chromite, le
ti Comptes rendus, etc., LIX, p. 132.
fer nickelé, le charbon, libre, une substance bitumineuse appelée kabaïle, ont été reconnus par l’analyse.
Chutes principales :
1838, 13 octobre. Gold-Bokkeveldt, Tulbagh (Cap de Bonne-Espérance).
1857, 15 avril. Kaba, Debreczin (Hongrie).
1880, 50 juin. Nogoga, Conception, Entre-Rios (République Argentine).
Fig. 85. — Bokkevelile tombée le 50 juin 4880 à Nogoga (République Argentine). Grandeur naturelle.
Cold-Bokkeveldt. — La météorite tombée le 15 octobre 1858 à Cold-Bokkeveldt, au Cap de Bonne-Espérance, présente une densité égale à 2,69. Elle n’agit que très faiblement sur l’aiguille aimantée.
La première analyse chimique qui en ait été faite est due à Faraday*.
Il y a trouvé :
Silice . 28,90
Protoxyde de fer . 53,22
Magnésie . 19,20
Alumine . 5,22
Protoxyde de nickel . 0,82
Sesquioxyde de chrome . 0,70
Cobalt, soude . traces
Cette analyse ne rendant pas compte de la coloration noire de la pierre, M. Harris entreprit, sur la demande de M. Wœhler, une nouvelle série d’expériences dont les
1. London and Edinburgh PhUosophical Magazine, 3* série, t. XIV, p. 368.
résultats très intéressants ont été publiés en 1 858 par le célèbre chimiste autrichien On reconnut de suite la présence d’une matière bitumineuse. Un fragment de métécite chauffé dans un tube laissa dégager une odeur très nette de bitume. Tous les fragments dont on pouvait disposer furent alors réduits en poudre et traités par l’alcool purifié avec soin et bouillant. La liqueur filtrée était colorée en jaune pâle et laissa déposer, par une évaporation ménagée, une substance jaunâtre, molle, d’un aspect résineux ou cireux. Le résidu pouvait se dissoudre complètement dans l’alcool ; il fut précipité par l’eau de la dissolution , comme si c’eût été une résine. Chauffé dans un tube, le précipité entra en fusion avec facilité et se décomposa ensuite, en laissant un résidu du charbon et en dégageant une odeur fortement bitumineuse.
Cette substance bitumineuse étant jaune, ne pouvait être la matière colorante de la météorite : il fut facile de voir que celle-ci n’est autre chose que du carbone à l’état de mélange intime dont la proportion s’élève à 1,67 pour 100.
En effet, la matière calcinée au rouge, au contact de l’air, prit une couleur d’un brun clair, et l’action des acides ne fit pas disparaître la couleur noire. Chauffée dans une atmosphère d’oxygène, elle prit soudain une coloration d’un brun clair, et il se produisit un brusque dégagement d’acide carbonique dont la quantité fut déterminée de la manière suivante : On fit passer le gaz à travers uii long tube rempli de peroxyde de plomb destiné à aixêter un peu d’acide sulfureux mêlé à l'acide carbonique, puis dans l’eau de baryte et sur des fragments humides d’hydrate de potasse. On remarque pendant la calcination un abondant dégagement d’eau, bien que la poudre eût été desséchée longtemps à 100 degrés. Wœhler regarde cette eau comme hygroscopique, bien qu’il faille la température rouge pour la chasser complètement, et en conséquence elle ne figure pas dans l’analyse de M. Harris.
En voici les résultats :
Carbone . . 1,67
Substance bitumineu.sc . 0,25
Fer . 2,50
Nickel . 1,30
Soufre . 3,38
Silice . 30,80
Protoxyde de for . 29,94
Magnésie . 22,20
Chaux . 1,70
Alumine . 2,05
Oxyde de chrome . 0,76
Potasse et soude . 1,23
Protoxyde de manganèse . 0,97
Cuivre . 0,03
Cobalt . ) ,
Phosphore . \
1. Sitzungsherichle der k. k. Akademieder Wissemchafl enzu Wien, t. XXXI, p. 205. Voyez la traduction qui a été publiée en 1860 de la note de M. Wœhler par M. k. Rabuteau, répétiteur au lycée Napoléon.
On peut exprimer de la manière suivante la composition immédiate de la pierre
du Cap :
Péridot . 84,52
Silicate inattaquable . 5,46
Sulfure de nickel et de fer . 6,94
Fer chromé . 1,11
Carbone . 1,67
Matières bitumineuses . 0,25
Phospllore . )
Cobalt . ■ . > traces
Cuivre . )
Comme on voit, le fer métallique parait faire défaut dans cette météorite.
Kaba. — Presque tous les caractères de la météorite de Cold-Bokkeveldt se retrouvent dans celle qui est tombée le 15 avril 1857 à Kaba, au sud-ouest de Debreozin (Hongrie).
D’après l’analyse publiée par Wœbler*, elle renferme :
Charbon . 0,58
Fer . 2,88
Cuivre . : . 0,01
Fer chromé . 0,89
Fer sulfuré . 5,55
Protoxyde de fer . . . 26,20
Magnésie . 22,59
Aluniine . 5,58
Chaux . 0,66
Potasse (et soude) . 0,50
Protoxyde de manganèse . 0,05
Silice . 54,24
Matière organique inconnue . non dosée
Cobalt, phosphore . traces
Wœbler a montré que la matière organique qui vient d’ètre citée, et à laquelle 011 a donné quelquefois le nom de kabaïte, est un carbure d'hydrogène analogue à l’ozokérile ou à la schéerite. Elle a été retrouvée, comme on l’a vu plus haut, dans la pierre de Cold-Bokkeveldt.
NogûgaK — C’est à M. le b’ Burmeister, directeur du Musée public de Bueûos-
1. Sitiungsbenchte dér Akademie der Wissenschaften M Wicn, t. XXXIII, p. SOaetXXXH, page 7.
2. Voir une note de M. Daubrée dans les Comptes rendus, t. XCVI, p. 1764 (1883).
Ayres que notre Collection doit un échantillon de cette météorite. Sa cassure est lithoïde et d’un noir verdâtre qui rappelle celle de certains lignites. La roche très fendillée est fragile.
Même à l'oeil nu, on voit dans la pâte de nombreux grains pierreux et anguleux de à 1™'"; les uns sont hyalins et de la nuance vert bouteille du péridot,
d’autres sont blanchâtres. On y distingue en outre des grains beaucoup plus petits à éclat métallique et d’un jaune de laiton comme la pyrrhotine. En quelques points de petites taches rouges arrondies se détachent sur le fond noir. Elles ressemblent tout à fait à celles que déterminent l’exsudation du chlorure de fer dans plusieurs météorites et dans le fer natif d’Ovifak.
POUSSIÈRES, LIQUIDES ET GAZ d’ORIGINE MÉTÉORITIQUE
Poussières méléoritiques. — On vient de voir que les substances météoritiques sont de consistances très diverses. Les unes, comme certains fers, sont malléables; d’autres sont très fragiles. 11 y en a de fort dures, tandis que certaines autres sont tendres; enfin, pendant que les unes sont extrêmement tenaces, il en est qui sont faciles à désagréger.
Les méléoritcs peuvent même nous arriver sous la forme incohérente ; il en résulte ces pluies de poussières, précédées d’un bolide et d’explosions, dont les annales de la science ont enregistré de nombreux exemples.
D’après Natalis Comès, on observa en 1630, à Lillebonne, en Normandie, un météore igné qui fut suivi par la chute d’une pluie rouge. Un fait analogue se retrouve, au dire d’Arago*, dans les manuscrits de Salomon, sénateur de Brême : Le 5 décembre 1586, il tomba dans le Hanovre, à Verde, beaucoup de matière rouge et noirâtre, en même temps qu’on observa dans le ciel l’aiiparition de phénomènes lumineux et qu’on entendit beaucoup de bruit. Nous pourrions multiplier ces récits, mais il est préférable de donner la relation positive de faits mieux observés.
Le navire américain Josiah-Bates naviguant, dans la nuit du 24 au 25 janvier 1859, dans les eaux de la mer des Indes, au sud de Java, reçut une pluie composée d’une très fine poussière qui s’y accumula en assez grande abondance. Le capitaine du Josiah-Bates, M. Callam, homme instruit et actif, se rendit exprès à \Va.shington pour montrer au lieutenant Maury les objets qu’il avait recueillis en pleine mer. Celui-ci, se sentant incapable d’expliquer leur origine, les transmit à Ehrenberg.
Le savant micrograplie reconnut que éhaque grain de la poussière (fig. 86) consistait en une gouttelette solidifiée et creuse (fig. 87 et 88). L’analyse chimique n’y découvrit que du fer mélangé avec iiri peu d’oxyde ou plutôt d’oxydule.