Astronomie populaire, t. IV
308 ENCYCLOrÉDIE CHIMIQUE.
Beaucoup de jour est jeté sur les chutes de poussières par ce fait quelles accompagnent parfois les météorites proprement dites.
Fig. 86. — Poussière cosmique recueillie en 1859 dans la région située au sud de Java. Grandeur naturelle. D’après Ehrenberg.
Fig. 87. — L’un des grains de la poussière cosmique de 1859 ; très fortement grossi. , D’après Ehrenberg.
Fig. 88. — L’un des grains de la poussière cosmique de 1859 ; très ibrtomont grossi. D’après Ehrenberg.
Le 14 mars 1813, il tomba à Cutro, en Calabre, des météorites accompagnées des phénomènes de lumière et de bruit, qui ne manquent jamais en semblables circonstances ; mais, chose remarquable, en même temps que ces pierres, il tomba une grande quantité de poussière. De plus, cette poudre ne tomba pas seulement à l’endroit où l’on recueillit des pierres ; elle couvrit la Calabre, la Toscane et le Frioul.
Nous ne pouvions mieux faire que de reproduire les observations de ce phénomène faites en Calabre, par le professeur Sementini, de Naples*.
« Le vent qui, depuis deux jours, avait soufflé de l’est, se renforça le 14 mars 1813, et une nuée dense qu’on voyait sur la mer parut s’approcher du continent. Vers deux heures un quart après midi, le vent se calma un peu; mais la nuée, qui avait
■1. Bibliothèque britannique, t. LV, p. 356, 1814.
couvert toutes les montagnes, commença à obscurcir la lumière du jour et à prendre un aspect menaçant. Sa teinte n’était plus rougeâtre comme on l’avait vue de loin, mais véritablement couleur de feu, ou plutôt comme du fer rouge. A quatre heures et demie, les ténèbres furent complètes et on fut obligé d’allumer dans les maisons; le peuple effrayé courut en foule dans la cathédrale où il força le prêtre qui prêchait le carême et le vicaire capitulaire lui-même, à monter en chaire pour se mettre en prières. A peine le sous-préfet en eut-il connaissance qu’il se rendit à l’église pour essayer de calmer le peuple, mais réfléchissant au danger auquel il s’exposait en se mettant en opposition avec une impulsion populaire aussi prononcée, il se fit remplacer par quelques prêtres . La précaution fut inutile ; vers cinq heures, les clameurs redoublèrent, et véritablement les personnes timides pouvaient alors être alarmées . Le ciel était rouge jaunâtre ; la lumière du soleil presque totalement obscurcie; et le côté du nord offrait déjà d’épaisses ténèbres. Quoique la mer soit éloignée de six milles, ses mugissements profonds arrivaient jusque dans la ville; on entendait aussi des bruits sourds dans l’air, sillonné par les éclairs et secoué du tonnerre. Alors commencèrent à tomber de grosses gouttes d’eau chargées d’une poudre rougeâtre qu’on prit pour du sang, et que d’autres crurent être une pluie de feu. Dans cet état de choses, une circonstance extraordinaire mit le comble à la terreur. Le feu prit à la maison d’un particulier dans la ville, et le spectacle en devint bien plus imposant encore : alors la populace ne connut plus de frein ; elle se crut à la fin du monde, l’incendie était à ses yeux le commencement de l’embrasement universel. Le peuple courait çà et là en poussant des cris et des hurlements lamentables. Les uns tendaient les bras aux prêtres en les suppliant de les confesser sur l’heure : ceux qui n’en avaient pas à leur portée se confessaient en public et à haute voix, d’autres se donnaient la discipline, d’autres se frappaient le visage et la poitrine et s’arrachaient les cheveux, en attribuant à leurs péchés le fléau qui allait punir la race entière. On demanda à grands cris de porter en procession les images des saints, ce qui fut accordé de suite comme le seul moyen de prévenir les désordres inévitables dans un rassemblement pareil, et le mal qui pouvait en résulter pour la fabrique et pour l’église. On sortit donc les statues, et le peuple se mit jusqu’au soir autour d’elles en faisant retentir l’air de ses prières et de ses cris. Vers la nuit, le ciel commença à s’éclaircir, les éclairs cessèrent ainsi que la pluie, et le peuple se rassura, surtout lorsque la cause de l’incendie fut connue et que ses progrès furent arrêtés. »
Ce récit déjà ancien fait certainement ressortir l’intérêt de l’observation bien plus récente de poussières accompagnant les météorites de Hcssle, en Suède (1" janvier 1869). M. Nordenskjôld ayant promis une récompense aux paysans qui lui apporteraient les météorites, ceux-ci se plaignirent que beaucoup de pierres tombées sur la glace ou sur la neige étaient perdues parce qu’elles s’étaient réduites en poussière noire ou brune que l’on retrouvait çà et là sur la neige. « Je voulus, dit M. Nordenskjôld, me faire apporter aussitôt des preuves de la réalité de cette poussière ; mais la chute de la neige peu après le phénomène ne permit pas d’abord d’en retrouver. Ce n’est que vers le printemps, après la fonte de la neige, que je réussis à en obtenir un peu d’un paysan ; trop peu pour pouvoir
1. Société des sciences de (jOsUingne, si'ance du 16 juillet, 1869.
en faire une analyse chimique complèt.e, assez pour pouvoir prouver son origine météoritique et pour pouvoir en déduire sa composition chimique essentielle. »
La poudre a une couleur noire ; contient des parcelles attirées par l’aimant ; s’enflamme par la chaleur et brûle en laissant une cendre brun clair. Chauffée dans un tube, elle donne un peu d’un produit de distillation liquide et brun; desséchée à HO®, elle perd 4,3 pour 100 d’eau, et contient alors, d’après les analyses approximatives faites sur de petites quantités :
Carbone . 51,0
Hydrogène . 3,8