Comptes rendus, t. XIX, p
Ces remarques font envisager l’origine des fers météoriques sous un jour tout nouveau, qui ne doit cependant pas faire oublier que certains d’entre eux, tels que la brèche de Deesa, citée plus haut, ont manifestement passé par l’état de fusion.
Depuis les travaux de M. Péligot‘, la réduction du protochlorure de fer ou du chlorure de nickel au rouge par l’hydrogène n’a rien de nouveau et l’expérience est devenue classique ; mais on ne savait pas si le mélange des deux chlorures fournirait des alliages- S’il en devait être ainsi, on ignorait si ces alliages auraient de l’analogie avec les fers nickelés météoritiques.
Or, à ce double point de vue, le succès de mes expériences a été complet, et je tiens à exprimer ici à M. Fremy ma vive reconnaissance pour les précieux conseils que je lui dois.
J’ai d’abord reconnu que le mélange des chlorures de fer et de nickel donne par réduction dans l’hydrogène des alliages parfaitement définis et parfois même admirablement cristallisés. Je n’ai pas fait l’analyse de toutes les combinaisons que l’on peut ainsi obtenir, mais je signalerai l’aspect très différent sous lequel se présentent des alliages très voisins, les uns, de la tænile météoritique, les autres, de la kamacite.
Pour obtenir ces alliages, il suffit d’opérer sur des proportions convenables de deux chlorures élémentaires.
La tænite artificielle (Fe®Ni) produite dans une cornue de porcelaine de 250 grammes s’est développée en cristaux aciculaires de 4 à 5 centimètres de long sur 1 millimètre de grosseur (fig. 90). Ce sont évidemment des cubes déformés, et l’on observe
à leur sommet des troncatures qui devront être examinées de plus près. Cette forme de la tænite se rapproche de celle qu’elle affecte dans la masse même des fers météoriques où la décèle l’expérience de Widmannstætten.
La kamacite artificielle (Fe‘'‘Ni) est au contraire finement grenue et dès maintenant on peut reconnaître que chaque alliage offre, dans les mêmes conditions de formation, un grain particulier. Les uns sont en petits mamelons hémisphériques hérissés de cristaux ; d’autres en lamelles triangulaires régulièrement groupées d’autres en fines aiguilles disposées en dendrites ou feuilles de fougère ; d’autres, très riches en nickel, en masses contournées à peine cristallines, etc. J’ai constaté pour ces alliages des solubilités différentes dans les acides et qui sont d’autant moins faciles que la proportion de nickel est plus grande.