SYNTHÈSE DES FERS NICKELÉS
En fondant ensemble le fer et le nickel dans les diverses proportions où ils sont combinés dans les alliages précédemment décrits : tænite, kamacite, plessite, etc., on obtient des masses dont la composition élémentaire est celle de ces alliages. Cependant on l'econnaît qu’en général la reproduction n’a pas réellement été opérée ; les acides faibles révèlent la nature complexe du produit dont les divers éléments sont très inégalement solubles.
Dans le cours d’expériences qui sont décrites un peu plus loin, j’ai obtenu, au contraire, des résultats absolument conformes aux minéraux à produire.
Les manipulations auxquelles les fers météoriques ont été soumis par divers expérimentateurs n’ont pas tardé à montrer que ces roches cosmiques sont profondément désorganisées par le fait d’une fusion pure et simple, quelle que soit la lenteur du refroidissement subséquent. Cette opération y fait naître la structure
1. Voir le Mémoire de M. Daubrée, 'Coaqrlcs rendus, l. LXXXXIV, p. 482 (1877).
EiSCYCLOPlîDIE CHIMIQUE, confuse caractéristique des masses qui ayant été, comme la syssidère de Deesa, injectées par fusion au travers de roelies superposées, ont reçu la qualification générique de météorites éruptives.
Il était donc nécessaire de rechercher une méthode propre à fournir, autrement que par fusion, des alliages de fer et de nickel semblables à ceux des météorites. Gomme on voit, c’est exactement l’obligation où l’on se trouve lorsqu’on veut imiter les minéraux renfermés dans les filons métallifères, et j’aurai à diverses reprises l’occasion de signaler un véritable caractère filonien chez des météorites de types très variés .
En conséquence, il m’a paru que pour résoudre le problème qui nous occupe, il fallait s’inspirer de la méthode qui a si efficacement servi à dévoiler les conditions de formation de certains filons terrestres et en première ligne des filons stannifères. En d’autres termes, il fallait rechercher, parmi les agents volatils capables de donner lieu à des concrétions métalliques, ceux dont les caractères intimes des masses à reproduire peuvent trahir l’ancienne activité. On sait en effet que, dans ses études sur les amas de minerai d’étain, M. Daubrée * a conclu de la présence constante de composés fluorés, tourmaline, topaze, mica, à l’intervention primitive du fluor comme moteur de l’étain lui-même; et je n’ai pas à rappeler comment il a su tirer de l’expérimentation synthétique la confirmation de ces vues.
Or, cela, étant posé, on reconnaît parmi les nombreuses substances signalées par l’analyse dans la composition des fers météoriques, des corps auxquels il est naturel d’attribuer un rôle minéralisateur et qui apparaissent comme de simples résidus affirmant l’existence passée d’agents qui ont à peu près disparu.
Je fais allusion à l’hydrogène et au protochlorure de fer.
L’hydrogène existe, comme on sait, à l’état d'occlusion dans la plupart des fers météoriques. C’est Graham qui, dans le fer de Lenarlo, l’a décelé pour la première fois^, et la découverte du savant anglais a été confirmée depuis par un grand nombre de chimistes et pour un très grand nombre de fers différents.
Le protochlorure de fer a été signalé sous la forme cristalline au milieu même de deux masses de fer par Lawrence Smith®, et il est très ordinaire de trouver le chlore dans le métal cosmique.
D’après ce que nous savons à l’égard de l’occlusion, on est autorisé à penser que l’hydrogène représente un témoin de l’atmosphère même au sein de laquelle le fer s’est constitué. D’un autre côté, le protochlorure de fer étant décomposé au rouge par l’hydrogène, on peut admettre que ce qu’on en trouve a simplement échappé à la décomposition et représente la combinaison même d’où le fer a été tiré pour prendre l’état métallique. Il importe à ce point de vue de bien remarquer que le chlorure ferreux n’a pu être introduit dans les météorites postérieurement à leur formation : outre qu’il ne saurait exister sur la terre, où des actions oxydantes le détruiraient immédiatement, le gisement des cristaux découverts par M Smith ne laisse aucunement douter de leur contemporanéité avec la consolidation du métal lui-même.