Stanislas Meunier ; Comptes rendus, t. LÏXV, p
33Ü ENCYCLOPÉDIE CllUIIQUE.
les grains lithoïdes dans une masse métallique, de façon à obtenir un ensemble dont la structure bréchiforme rappelle à première vue les syssidères conerétionnées qui viennent d’ètre citées. Toutefois, en général, la ressemblance n'est pas absolument parfaite, l’expérience de Widmannstætten ne donnant pas de figures concentriques à chaque grain pierreux.
Pour obtenir cette identité, il faut, appliquant ce qui a été dit pour les holosidères, replacer à diverses reprises, dans le milieu incrustant, alimenté successivement de mélanges divers des deux chlorures, les mêmes échantillons de roches. 11 se fait alors autour de ceux-ci des dépôts superposés d’alliages variés. Dans ces conditions, il suffit d’un peu de patience pour obtenir des fac-similé complets des roches cosmiques.
Que l’on place dans un tube de porcelaine, de petits fragments de péridot bien tassés et qu’on détermine dans leur voisinage la réduction par l’hydrogène d’un mélange de protocblorure de fer et de chlorure de nickel, on reconnaîtra, après refroidissement, en polissant une surface plane, au travers de la brèche cimentée par le métal, que l’alliage s’y est insinué en grenailles impossibles à distinguer des grenailles métalliques des météorites (fig. 95).
Fig. 96. — Production artilicielle, par voie de concrétion, des granules Ide fer nickelés des sporadosidères. Grandeur naturelle.
On a VU que parmi les particularités les plus curieuses de la structure de la portion pierreuse des sporadosidères, il faut citer l’existence des éléments globulaires connus sous le nom de chondres. Leur imitation est des plus intéressantes.
M. Daubréô* a cherché dans quelles circonstances spéciales la texture globulaire des météorites, telles que celles d’Ornans, a pu se former, en tâchant de l’imiter.
Dans des expériences antérieures*, il avait déjà obtenu, sous la forme globulaire, des silicates magnésiens de composition analogue à ceux des météorites, mais d’une manière accidentelle.
Si l’on fond du péridot, après l’avoir mélangé de charbon, de manière à le diviser suffisamment, la substance silicatée, en refroidissant, s’isole, sous forme de petits globules, les uns sphéroïdaux, les autres présentant des déformations comparables à celles qu’on observe dans les globules d'Ornans.
Les globules ainsi obtenus ne sont plus exclusivement formés de péridot, mais
1. Bulletin de la Société géologique de France, 7* série, t. XXVI, jp. 95, séance du 9 nov.
2. Expériences synlhéliques relatives aux météorites : Bulletin de la Soc. géolog. de France, 2« série, t. XXUI, p. 291.
ils sont iiUiinement mélangés de fer métallique-, très divise, résultant évidemment d’une réduction partielle du silicate primitif qui est, comme on sait, à base de magnésie et de protoxyde de fer.
Par suite de cette réduction partielle, il se reproduit, aux dépens du protosilicate (péridot), du bisilicate (enstatite ou pyroxène), tel qu’en présente aussi la météorite d’Ornans.
Les globules artificiels, examinés en tranches minces à l’aide de la lumière polarisée, manifestent cependant une tout autre structure que les globules de la pierre d’Ornans.
Il suffit de mélanger au péridot 1 huitième de son poids de charbon pour obtenir une granulation parfaitement nette.
Quant à l’état de division du fer au milieu des silicates qui constituent la pâte, il ressemble complètement à celui sous lequel il se sépare dans une masse de péridot que Ton réduit par l’hydrogène. La couleur d’une pareille masse est d’ailleurs identique à celle de la météorite d’Ornans.
L’expérience, dit M. Daubrée, vient encore à ra[)pui d’une supposition antérieure, émise d’une manière générale, que les météorites se seraient formées dans une atmosphère hydrogénée.
Mais parmi les chondres, il en est de fort nombreux dont la structure est extrêmement remarquable. Us consistent, comme on l’a déjà vu, en cristaux aciculaires de pyroxène magnésien rayonnant autour d’un point situé à la surface du chondre et plus ou moins incrustés de minéraux variés, lithoïdes ou métalliques.
Disséminés en petit nombre dans quelques pierres, les chondres composent la presque totalité des masses réunies dans les types montréjite, stawropolite, etc.
Leur structure tout à fait exceptionnelle diffère absolument de celle des roches globulifères terrestres ; pour l’expliquer, M. Hahn a rédigé gravement cettejoyeuse élucubration qui fait des chondres le produit de la fossilisation de polypiers et des spongiaires cosmiques^. L’illustre M. Cari Vogt^ a fait justice comme il convenait de ces rêveries saugrenues.
M. Cari Yogt"’, par une comparaison détaillée des spongiaires vivants et fossiles avec les prétendus spongiaires des météorites, démontre qu’il n’y a aucune ressemblance dans la structure microscopique. Il prouve également par des comparaisons, que ni les coraux, ni les crinoïdes que M. Halm croit avoir découverts dans les météorites, n’ont rien de commun, dans leur structure microscopique, avec les coraux et crinoïdes vivants ou fossiles.
Il réfute la théorie, au moins singulière, suivant laquelle les coraux ne seraient qu’un développement évolutif des spongiaires, et les crinoïdes une évolution ultérieure des coraux.
M. Cari Vogt démontre que, pour arriver à une connaissance aussi complète que possible de la constitution des chondres, il faut avoir recours à des observations de contrôle, basées sur la dissociation des éléments, opérée par des agents chimiques (acides, potasse caustique) ou par l’action mécanique du polissage