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Comptes rendus, t. LVIII, p

METEORITES.

LA LODRANITE.

Quand on examine au microscope une lame mince de la méléorite de Lodran, on reconnaît manifestement que les minéraux silicates ne sont point de petits cristaux, comme on pourrait le croire à la vue de la fine poussière hyaline produite par la désagrégation de la météorite, mais des fragments ii’réguliers présentent quelquefois, mais exceptionnellement, des facettes propres aux mesures goniométriques.

Au point de vue lithologique, cette observation a pour ré.sultat de faire considérer la météorite de Lodran comme un véritable grès à ciment métallique.

Il s’en faut de beaucoup que les fragments lithoïdes soient ordinairement anguleux : dans un très grand nombre de points, ils sont au contraire fort arrondis, et le métal en suit le contour sans solution de continuité. Ou peut reconnaître qu’ils pi’oviennent d’une roche antérieure où le péridot et la bronzite étaient normalement associés, car certains grains présentent ces deux minéraux intimement soudés entre eux.

La structure de la masse de Lodran, tout exceptionnelle qu’elle soit parmi les météorites, n’est cependant pas sans analogies en lithologie. Parmi les roches terrestres, plusieurs, telles que le grès cupro-argentifère de Coro-Coro en Bolivie et le grès galénifère de Commern, dans la Prusse rhénane, ont avec cette météorite une si intime ressemblance de structure qu’il ne paraît pas possible de leur supposer un mode de formation radicalement différent. Dans ces deux cas, évidemment, l’arrivée du ciment métallique a été postérieure à l’accumulation du sable, et il en résulte la première notion certaine de vrai sable méléoriticjue. Si l’on suppose que celui-ci, au lieu d’être cimenté par le fer nickelé, fût resté libre, son arrivée dans l’atmosphère eût donné lieu à l’une de ces chutes de poussières fréquemment enregistrées à la suite de l’explosion de bolides. Quant au mode de formation de ce sable, il peut être attribué à des froissements de roches et ne suppose pas nécessairement l’intervention de l’eau.

Une fois le sable accumulé en certains points, il est devenu le siège de la concrétion métallique. C’est bien ainsi que les choses se sont passées à Coro-Coro et à Commern ; mais il est clair que la concrétion a pu se faire suivant des procédés fort différents dans ces localités distinctes. A Commern, le dépôt de galène est nettement filonien ; en Bolivie, il s’est peut-être développé des réactions électrochimiques. Dans le gisement originel de la météorite de Lodran, il y a eu certainement réduction des chlorures métalliques par l’hydrogène.

Ce qui le prouve d’une manière décisive, c’est la structure du fer qui cimente les grains où l’observation microscopique montre en quelques points la superposition de deux alliages d’aspect nettement différent et dont l’un encadre certains grains sableux d’une manière très exacte.

Comme on voit, il y a donc évidemment ici la trace de phénomènes analogues à ceux qui ont accompagné la formation des autres syssidères concrétionnées.

LES MÉTÉORITES ÉPIGÉNIQUES.

LA CATARlNiTE.

Si nous cherchons à nous faire une idée du mode de formation des fers de Sainte-Catherine, nous arrivons facilement à l’opinion qu’ils constituent de vraies brèches métalliques cimentées après coup par le sulfure, ün peut même supposer que le sulfure a été produit aux dépens du fer lui-même par un agent convenable, et déjà nous avons insisté sur l’état corrodé des fragments métalliques de la brèche cosmique.

L’hydrogène sulfuré à haute température paraissant très propre à produire ces effets, c’est de cette façon que j’ai pensé à tenter une sorte de reproduction synthétique de la brèche de Sainte-Catherine.

Je dois ici tous mes remerciements à M. Albert Levallois, préparateur de chimie à l’Institut agronomique, qui, sur ma demande, a disposé et conduit l’expérience suivante de la manière la plus intelligente :

Des petits fragments de foute ont été placés dans une cornue de terre et soumis pendant huit heures à l’action simultanée de la température rouge et d’un courant continu d’hydrogène sulfuré. A])rès l'efroidissement, les fragments de fonte étaient incrustés de pyrrhotine et plusieurs d’enti'c eux étaient même cimentés ensemble par cette substance. La formation du sulfure par corrosion du fer a été naturellement accompagnée de l’élimination du graphite et celui-ci, loin de se mêler irrégulièrement avec la pyrrhotine, s’est certainement placé entre le sulfure et le métal, comme dans la météorite, en même temps qu’à la surface de ce sulfure. Dans l’intervalle de deux fragments de fer complètement cimentés, le graphite n’e.xiste qu’au contact du métal; celui qu’on devrait s’attendre à retrouver dans la région moyenne a été chassé vers la région supérieure (üg. 101). La structure

Fig. loi. — Imitation artilicielle de la météorite de .Sainte-Catherine ; fragments de fonte traités par l’hydrogène sulfuré et cimentés ainsi par de la pyrrhotine. Grandeur naturelle.

est donc précisément celle des échantillons naturels. On remarque enfin que la cornue contient beaucoup de carbone et de sulfure entraînés par le gaz.

Il y a deux autres faits qui appuient et justifient le rapprochement de ce produit

artificiel de la brèche de Sainte-Catherine ; le premier est relatif au peu de netteté des fin-ures que la météorite donne sous l’action des acides. On sait que cet état cacogrammique, pour employer une expression de M. Shepard, est très ordinairement l’effet d’un échauffement subi par un fer primitivement normal, et l’on peut en conclure que la masse météoritique a été comme notre fonte soumise à une température élevée.

Le second fait que nous avons en vue est la présence de l’hydrogène occlus également dans la fonte provenant de l’expérience et dans le fer météorique, ainsi qu'on s’en assure aisément en en chauffant au rouge de petits fragments dans un simple tube manométrique.

D’après cet ensemble d’observations, on peut conclure que le fer de Sainte- Catherine a conservé la trace de quatre phénomènes distincts qui ont accompagné sa formation et qui se sont succédé dans l’ordre suivant :

1“ Le fer métallique a été concassé et ses fragments se sont entassés de façon à laisser entre eux des vides plus ou moins considérables.

2" De l’hydrogène sulfuré, analogue à celui des volumes terrestres, s’est frayé passage dans les interstices de la masse métallique, sans doute portée à une haute température, et en a corrodé les éléments, qui ont donné naissance soit à du sulfure seul (1" type), soit à un mélange de pyrrhotine et de graphite (2' type). Une partie de ces substances est restée à la place môme où elle se produisait ; une autre a dû être entraînée par le courant gazeux de façon à s’accumuler irrégulièrement dans certains recoins où des remous du gaz donnaient lieu à un repos relatif.

5° Un phénomène mécanique, analogue à celui qui avait réduit au début, le fer en fragments, est venu broyer de nouveau toute la masse. Le sulfure a été par endroits réduit à l’état de brèche à petits éléments et de nouvelles fissures se sont ouvertes dans le fer, se continuant, sans déviation, dans les substances de remplissage.

4" Enfin il est arrivé de nouveau de la matière graphiteuse qui a rempli les fissures de seconde formation et est venue cimenter les éléments des brèches sulfureuses. Le mode d’arrivée de cette matière paraît se rattacher aux mêmes actions que les précédentes, mais on peut penser qu’il correspond à la sulfuration des portions métalliques situées originairement à une plus grande profondeur et qu’il est dû au transport des poussières les plus ténues arrachées à ces portions par le courant d’acide sulfhydrique.

Si l’on admet la réalité de cet ordre de succession dans les phénomènes dont les traces sont si évidentes dans la substance des fers du second type, la conséquence à laquelle on ne peut échapper est de considérer le fer de Sainte-Catherine comme représentant un filon d’un genre tout à fait nouveau parmi les météorites.

On vient de voir qu’on connaît déjà plusieurs échantillons de roches cosmiques qu'il faut, d’après leurs caractères, ranger parmi les filons.

Ainsi la masse chilienne de Deesa constitue un filon éruptif dont la substance principale, le fer, a été injectée au travers d’assisses pierreuses qui par le contact du métal fondu ont revêtu les caractères métamorphiques. — Le fer d’Atacama est un filon concrétionné où divers alliages de fer et de nickel sont successivement venus incruster des fragments irréguliers de la roche appelée dunite et qui appartient aussi bien à la géologie de la terre qu’à celle des météorites. — La célèbre

météorite dite de Pallas est analogue au fer précédent, mais les portions lilhoïdes y sont formées de péridot cristallisé. — Les échantillons recueillis dans la Sierra de Chaco proviennent aussi d’une brèche de filon où des matières pierreuses et métalliques variées ont été cimentées par une quantité relativement faible de fer fdonien, etc.

Mais le fer de Sainte-Catherine ne rentre dans aucune de ces catégories. C’est

Fij. 102. — Jaspe de Sicile dont la structure est comparable à celle de la météorite de Ste-Calherine. Grandeur naturelle.

d’après ce qu’on vient de voir, un fdon dont la substance filonienne est le sulfure et dont la gangue est le fer. Celui-ci y joue le môme rôle que la dunite dans la masse d’Atacama ou les fragments schisteux des filons de galène en cocardes du

Hartz. Mais on peut lui trouver des analogues terrestres dont la comparaison avec lui est beaucoup plus exacte et dès lors beaucoup plus instructive.

Je fais allusion surtout à un bel échantillon provenant de Sicile et qui fait partie des collections du Muséum (fig. 102). C’est une brèche jaspique, comme on en rencontre dans beaucoup de filons.

Le jaspe, rouge ici, jaune là, s’y voit en fragments (J.J.J.) tantôt anguleux, tantôt arrondis, le plus souvent ayant ces deux caractères contraires sur des faces différentes. Ces fragments sont cimentés par du quartz (Q.Q.Q.) et par de la calcite (C.C.C.), et la position relative de ces divers minéraux est telle que, pour l’exprimer, il n’y a pas de changement essentiel à faire à la description donnée plus haut du fer brésilien, pourvu qu’on y remplace le mot fer par le moi jaspe, le mot sulfure par le mot quartz et le mot graphite par le mot calcite.

L’échantillon silicien a en effet conservé les traces certaines d’au moins quatre phénomènes consécutifs :

1“ Concassement d’une masse de jaspe d’abord continue, correspondant au concassement primitif du fer nickelé.

2“ Arrivée d’eaux thermales qui, circulant dans les interstices du jaspe, paraissent avoir attaqué cette roche, puis avoir déposé sous forme de quartz concrétionné la silice qu’elles avaient dissoute. Ce phénomène est l’exact analogue de la corrosion du fer par l’acide sulfhydrique avec dépôt de sulfure et de graphite.

5“ Écrasement du filon, avec production de fines fissures (F.F.F.) traversant en même temps le jaspe et le quartz et offrant parfois une disposition rectangulaire analogue à celle des fines fissures de la météorite. Elles présentent également comme ces dernières une forme en fuseau, c’est-à-dire plus de largeur dans la région moyenne qu’aux extrémités, qui s’atténuent progressivement jusqu’à zéro.

4“ Enfin incrustation des fissures par la calcite, mêlée parfois de quartz. La calcite a complété en même temps le remplissage des interstices existant entre les fragments jaspiques, exactement comme a fait la matière noire dans la météorite.

Une conformité si complète paraît indiquer l’analogie la plus entière dans les conditions de formations de la masse cosmique et des filons terrestres de jaspe fragmentaire. Il en résulte une nouvelle preuve dé l’existence d’un milieu météoritique tout à fait comparable au point de vue géologique et abstraction faite de la nature chimique des substances qui le composent, avec l’écorce terrestre ellemême.

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