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1. Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, t. VU, p. 1 à 180-1850. 11 est juste d’ajouter que dès 1840, M. Angelot, traitant, dans le Bulletin de la Société géologique

Nous allons voir que cette constitution supposée est très différente de celle qu’il convient d’admettre.

En effet, l’existence de types très nombreux des roches météoritiques est un trait de ressemblance si frappant entre les épaves célestes et les roches terrestres, qu’ou est nécessairement conduit à se demander si les météorites ne constitueraient pas les parties diverses d’un seul ou de plusieurs ensembles géologiques construits sur un patron analogue à celui de la Terre.

Or, supposons que sur un astre autre que la Terre, on ait pu former, sans en connaître l’origine, une collection de roches terrestres ; les géologistes de cette planète pourront-ils, par l’étude de ces échantillons, découvrir quecelles-ciprovien-

Fij; 105. — Poudingue polygénique du Riglii. — Grandeur naturelle.

nent d’un même gisement primitif ou, pour nous servir de l’expression confirmée, qu’jls ont été quelque part en relations stratographiques ?

Évidemment, si ces géologues n’avaient à leur disposition que des échantillons

un sujet sur lequel il est revenu en 1845, disait : « Il y aurait tout lieu de croire que les météorites métalliques sont le noyau de petits astres dont les autres météorites sont la croûte et ce qui me semble un nouvel argument à l’appui de cette supposition, c’est que ce 1er est souvent cristallin, ce qui suppose un refroidissement assez lent, et que les autres aérolithes n’ont de cristaux que d un très petit volume, ce qui suppose un refroidissement plus rapide. »

1 Voyez mon Cours de Géologie comparée professé au Muséum, p. 14.5 et suiv. (1874).

monogéniques, c’est-à-dire composés d’une seule espèce lithologique, cette découverte serait imparfaite. Rien par exemple, dans la substance d’un calcaire cristallin ou dans celle d’un granit, ne saurait faire naître l’idée qu’ils ont été ensemble en relation de position. L’identité des denx échantillons d’une même roche n’est pas plus démonstrative, car il se peut que dans des points différents de l’espace, l’exercice des mêmes causes ait produit les mêmes effets.

Mais il n’en est plus de même dès que les géologues que nous supposons ont entre les mains des échantillons de roches polygéniques, des poudingues (fig. 105) ou des brèches (fig. 106).

Fig. tOfi. — Brèche ophilique de Giiomagny. — Grandeur naluretle.

On a vu qu’il existe par exemple, dans les collections du Muséum, une brèche (fig. 100) dans laquelle on reconnaît à première vue, à l’état de fragments anguleux, du granit, du talcschiste, du phyllade, du calcaire, etc. Elle n’a pu se faire que dans une région où préexistaient sous forme de masse distincte le granit, le talcschiste, le phyllade et le calcaire. Il a fallu ensuite que, par des actions spéciales, ces roches fussent concassées pour que les fragments en fussent mélangés et enfin qu’une substance, en s’interposant entre eux, les cimentât ensemble. C’est évidemment les raisonnements que feraient les géologues de l’astre sur lequel un échantillon de cette brèche viendrait à tomber, et ils auraient raison de le faire, car la roche dont il s’agit vient en effet des Pyrénées, où se trouvent des masses de granit et de taleschistes ainsi que de puissantes assises de calcaire et de phyllade.

Les peperinos de nos volcans, où l’on peut retrouver toute la collection des roches volcaniques réduites en fragments cimentés entre eux : basalte, waeke, gallinace, etc., donneraient lieu aux mêmes considérations. Ces peperinos ne pouvant se produire que là où se trouvent leurs éléments, dévoileraient par conséquent la communauté d’origine de ceux-ci aux confrères dont nous faisons l’hypothèse.

Ceux-ci trouveraient parmi nos roches un autre genre de brèches, celles qui

entrent dans la constitution des dykes des filons éruptifs. Ainsi on exploite dans le Calvados, auprès de Vire, de gros filons de pegmatite empâtant des fragments anguleux de gneiss. La vue d’un échantillon de cette roche leur attesterait que celleci provient d’une localité où la pegmatite et le gneiss existent simultanément.

A chaque pas les dalles du trottoir nous donnent à constater des faits du même genre. Le granit éruptif qui les constitue empâte de nombreux fragments de leptynite normal, et cela suffirait pour prouver à tout géologue étranger (on sait dans quel sens nous prenons le mot) que les masses de leptynite sont en relation avec le granit dans la localité quelconque d’où ce granit éruptif provient. Nous pourrions, mais sans intérêt, multiplier ces exemples.

La découverte des relations stratigraphiques des roches d’origine inconnue pourrait résulter encore de l’existence de transitions minéralogiques entre ces roches. Ainsi le passage si insensible du granit au gneiss et du gneiss au granit est la preuve évidente que ces deux roches ont une même origine et qu’elles doivent leurs caractères distinctifs à certaines circonstances accessoires.

Enfin, pour borner nos exemples, tout en restant dans le même ordre de faits, si les géologues en question arrivaient à transformer métamorphiquement un de nos types de roches en un autre type, ce serait pour eux la preuve certaine que ces deux types proviennent d’un même gisement : une fois acquis pour eux, par exemple, que notre marbre blanc, soit celui d’Antrim en Irlande, représente l’état métamorphique de notre craie blanche, soumise à la chaleur dans de certaines conditions ; une fois prouvé que l’existence du marbre blanc suppose l’existence antérieure de la craie, ils ne seraient pas libres de ne pas conclure que les marbres blancs et la craie blanche sont, si je puis dire, compatriotes, et par cette voie encore ils arriveraient à la découverte des relations stratigraphiques.

D’ailleurs, les études de ce genre ne fourniraient pas seulement des notions sur les faits relatifs aux relations de position ; on ne saurait les faire sans en tirer des renseignements quant au mode spécial de formation des roches.

Il sera manifeste, par exemple, que la brèche pyrénéenne citée tout à l’heure, le granit fragmentaire de Vire, ou les filons dits en cocarde de Hirtz où des fragments de schiste sont enveloppés de couches concentriques de quartz et de minerais qui les cimentent entre eux; il sera manifeste, disons-nous, que ces diverses brèches ne se sont pas faites de la même manière. Et l’on pourra reconstituer, par des observations ou parfois même par des expériences, les caractères spéciaux qui les ont traversés.

Eh bien, tout ce que des roches terrestres tombant sur une planète y donneraient le moyen de découvrir, touchant leur passé, les météorites nous mettent en mesure de le constater à leur égard. Tous les faits énumérés tout à l’heure à propos de nos roches ont leurs analogues exacts parmi les météorites ; c’est ce qui résulte d’études auxquelles je me suis consacré durant de longues années.

Si donc on admet que le raisonnement qui vient d’être prêté à des géologues hypothétiques, serait légitime et les conduirait à des conséquences irréprochables, il faut, après les faits exposés dans le chapitre précédent, regarder comme démontré que les météorites sont des fragments ayant jadis été ensemble en relations stratigraphiques.

De plus, l’intérêt de la méthode géologique est encore accru par ce fait que les

astres dont clic nous fournit la découverte n’existent plus et qu’elle édifie ainsi, suivant l’expression déjà employée tout à l’heure, une y ént&hXe Paléontologie sidérale.

Avant tout, il faut rappeler l’existence des météorites primitives ; celles-ci, produits de concrétion, ne sont pas nécessairement les plus denses et c’est un point sur lequel il y a lieu d’insister.

La principale partie de leurs éléments consiste dans des silicates magnésiens (enstatite, pyroxène, péridot, etc). Les fers nickelés se sont constitués ensuite sous la double forme de masses entièrement métalliques (fers météoriques) et de granules disséminés sur les roches pierreuses.

Par ce double procédé de condensation de givre et d’incrustation s’est produite une coque fondamentale qui a été longtemps en s’épaississant.

Par-dessus se déposèrent des strates de roches de moins en moins denses, telles que les pierres charbonneuses et, par-dessous, les roches plus fusibles telles que les eukrites.

Le refroidissement progressif de l’astre détermina dans la coque des torsions qui bien des fois produisirent des ruptures : il s’ouvrit aussi des failles dont les météorites ont souvent gardé des témoignages très nets.

Parmi les holosidères, nous devons rapporter à des étirements le long de failles, la déformation que présentent en divers points les figures, de Widmannstætten, de plusieurs fers. On va voir que la comparaison de cette déformation avec les faits présentés par les pierres donne beaucoup de vraisemblance à notre supposition. Parmi les masses où le fait que nous signalons peut être observé, il faut citer l’échantillon du fer météorique de Caille, enregistré dans les catalogues du Muséum , sous le signe 2. Q o36.

On retrouve de très belles surfaces de glissement chez certaines syssidères et spécialement dans le fer d’Atacama (2. Q 407), dont l’origine filonienne a été démontrée.

Mais c’est surtout parmi les sporadosidères-oligosidères que ces accidents sont fréquents; c’est là aussi que leur étude est particulièrement instructive, et nous allons y revenir dans un moment.

Cette fréquence contraste avec l’absence de toute trace d’action mécanique chez les poly sidères et chez les kryptosidères.

Les asidères n’ont présenté jusqu’ici aucun accident du genre de ceux qui vont nous occuper.

On voit donc, en somme que, parmi les pierres météoriques, les sporadosidèresoligosidères sont .seules à offrir des traces d’action mécanique. Il y a plus, ces traces n’existent pas indifféremment dans tous les types rentrant dans cette division : la montréjite, la mesminite, l’erxlébénite, etc., ne les ont pas présentées; elles sont au contraire plus ou moins fréquentes dans l’aumalite, la chantonnite, la lucéite, la limerickite, la canellite, la parnallite, l’aiglite, etc.

Étudiés dans ces derniers types, les accidents mécaniques des météorites se présentent sous trois formes qui ont été souvent confondues entre elles et qui résultent, comme on va voir, d’actions géologiques différentes.

Ce sont :

1“ Des surfaces s’accusant sur les cassures par de fines lignes noires qui traver-

sent fréquemment les échantillons de part en part et qui présentent tous les caractères de failles [lignes cosmiques, de Reichenbacb) ;

2“ Des surfaces frottées, de longueur en général peu considérable, s’entie-croisant en tous sens, déterminant souvent la rupture des fragments qui nous parviennent et rappelant sous tous les rapports les surfaces polies si fréquentes dans les serpentines ;

3“ Des marbrures noires qui ont fixé l’attention de beaucoup de minéralogistes et sur la nature desquelles on a longtemps hésité.

Ces trois genres d’accidents, quoique distincts, sont très habituellement en relations mutuelles et, dans certains cas, ils passent insensiblement de l’im à l’autre. Ainsi, les surfaces frottées se lient aux failles d’une manière intime, de façon que dans nos échantillons, vu la faible grosseur de ceux-ci, on ne peut parfois distinguer si c’est à l’un ou à l’autre de ces accidents qu’on a affaire. De même, les veines noires se lient aux failles et aux surfaces frottées en ce sens que c’est d’ordinaire le long de ces failles et de ces surfaces frottées qu’elles s’étendent. D’ailleurs, la couleur noire de ces lignes de fractures en fait en quelque .sorte de fines marbrures et met sur la voie de l’explication véritable de ces dernières.

Toutefois, les caractères différentiels de ces diverses formes l’emportent sur leurs analogies.

Avant tout, il importe de justifier le nom de failles donné plus haut aux fines lignes noires. Or, outre les caractères déjà connus qui les rapprochent de ces accidents de la géologie terrestre, nous signalerons les rejets que pai-fois les lignes noires météoritiques se sont fait mutuellement éprouver.

Le fait de ces rejets se montre d’une manière remarquablement nette sur les échantillons d’aumalite provenant de la chute de Château - Renard, Loiret (12 juin 1841), et enregistrés sous le signe 2. Q. 49. L’un de ces échantillons, qui sont au nombre de trois sous le même numéro, montre une faille qu’une seconde faille rejette de 47 millimètres. Un seeond offre un rejet du même genre, tout aussi net, mais de 7 millimètres seulement. Le troisième, le plus gros de tous, contient un grand nombre de failles dont beaucoup sont parallèles entre elles et qui sont accompagnées de nombreux rejets.

L’aumalite tombée à Girgenti, en Sicile, le 10 février 1853, présente de même (échantillon 2. Q. 534) des rejets très nets. (Voy. page 196 la figure 56.) Dans l’échantillon 2. Q. 302 de la même chute, on voit une faille ramifiée s’arrêter brusquement à une autre faille droite ; le rejet est encore évident, bien -({ue la portion rejetée ne soit pas visible, n’étant point comprise dans l’échantillon.

Dans la lucéite tombée à Aumière (Lozère), le 4 juin 1842 (2. Q. 245), on observe un système de faille, rejeté tout entier de plusieurs centimètres.

On pourrait citer un très grand nombre d’exemples tout à fait pareils dans beaucoup d’autres fragments d’aumalite provenant des chutes les plus diverses.

Dans tous ces cas et par exemple dans le gros échantillon de Château-Renard, cité plus haut, on remanjue que les failles sont d’autant plus noires que les rejets

sont plus grands et par conséquent que l’effort mécanique éprouvé par la roche a été plus considérable. C’est donc, conformément aux faits développés dans un Mémoire spécial S que la coloration noire résulte de réchauffement local déterminé par le glissement des deux parois de la faille.

Les surfaces frottées proprement dites qui caractérisent par exemple la chantonnite doivent être séparées des failles, non seulement à cause de leur aspect, mais parce qu’elles résultent évidemment de phénomènes différents. Au lieu d’être dues à de grandes fractures générales, elles sont causées par une série nombreuse de concassements en tous sens. Leur identité avec les surfaces polies des serpentines donnent à la chantonnite un faciès éruptif qui a déjà été signalé. Les marbrures noires qui les accompagnent très souvent témoignent de la chaleur considérable dont leur production a été contemporaine.

Comme la chantonnite, la lymerickite est abondamment pourvue de surfaces frottées et il en résulte une application utile au point de vue de la spécification des types lithologiques des roches météoriques. On a précédemment signalé le caractère ambigu de la météorite d’Ohaba, Siebenbourg (10 octobre 1857), par rapport à la montréjite et à la limerickite. .\u point de vue lithologique, il y a presque autant de raison pour comprendre la météorite en question dans l’un ou dans l’autre de ces deux types. Mais il n’en est plus de même si l’on fait intervenir les considérations qui viennent de nous occuper : la pierre d’Ohaba présentant une magnifique surface frottée, comme la limerickite et contrairement à la montréjite qui n'en offre jamais, c’est du premier de ces types qu’elle doit évidemment être rapprochée.

Enfin, les marbrures noires se présentent rarement seules et, dans ce cas, on doit présumer, d’après les faits observés, que si l’échantillon était un peu plus grand, il comprendrait des surfaces frottées ou des failles. Quand ces surfaces frottées existent, leur liaison avec les marbrures est, comme nous l’avons déjà dit, évidente à première vue : celles-ci eh rayonnent, pour ainsi dire.

Le fait se voit ti-ès bien, outre un nombre infini d’autres exemples, sur l’échantillon 2. Q. 144 de la chute de Salles, Rhône (8 mars 1798) et sur l’échantillon 2. Q. 180 de la chute de Ghantonnay, Vendée (.5 août 1812).

Lorsaue des surfaces frottées restent peu distantes l’un de l’autre, la zone intermédiaire est fréquemment métamorphisée d’une manière complète, au point ([ue des écailles enlevées dans ces régions auraient tous les caractères de la tadjérite. C’est par exemple ce que montre la chantonnite tombée à Mexico, dans les îles Philippines, en 1859 (2. Q. 581). Et l’on voit que le métamorphisme de l’aumalite a eu lieu dans le gisement originel des météorites, par deux procédés tout à fait distincts :

D’une part, réchauffement dû à l’injection du fer fondu, comme le montre le dyke de Deesa, et d’autre part, réchauffement causé par la friction énergique de fragments pierreux les uns contre les autres, ainsi qu’on l’observe dans la plupart des échantillons de chantonnite. Dans ce dernier cas, l’épaisseur de la zone noire le long des failles et des surfaces frottées pourra peut-être, à la suite d’expériences, permettre d’apjirécier la valeur des actions mécaniques dont il s’agit.

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