L’ÉVOLUTION SIDÉRALE
La théorie cosmogonique de Laplace repose sur l’unité des forces mécaniques qui régnent sur les globes et en règlent les rapports mutuels; la théorie de l’évolution sidérale, ou, en d’autres termes, la théorie des transformations successives des globes, s’appuie sur l’unité de constitution de ceux-ci et sur l’unité des phénomènes géologiques qu’ils présentent.
Toutes choses égales d’ailleurs, les globes se refroidissent d’autant plus vile qu’ils sont plus petits. On peut donc, en les prenant successivement de volumes moindres, les étudier pour ainsi dire à des âges différents. Pour imiter une célèbre comparaison d’Herschel : de même que, dans une forêt de chênes, on sait, en examinant un certain nombre d’arbres, ce qu’était tel arbre en particulier, et ce qu’il deviendra ; de même on peut, par une simple comparaison entre les planètes, connaître les phases qu’un globe a traversées et celles qu'il lui reste à parcourir.
D’ailleurs, l’àge réel des globes se compose à la fois de l’âge absolu, c’est-à-dire du temps écoulé depuis leur séparation primitive du résidu central, et de l’âge relatif, qui dépend surtout du volume et des variations de la constitution chimique, causes évidemment déterminantes de la plus ou moins grande vitesse du refroidissement.
Dans le système solaire, l’astre le plus jeune est évidemment le Soleil. Certes, il ne représente plus exactement la masse primitive, mais c’est le corps sidéral qui s’en rapproche le plus.
Deux caractères surtout distinguent le Soleil des nébuleuses : 1° la séparation plus complète, en zones successives, des vapeurs de densités diverses qu’il renferme; 2" sa luminosité, qui résulte du refroidissement de sa région externe.
Il est facile de trouver des étoiles plus jeunes encore que le Soleil, c’est-à-dire moins refroidies que lui. On les reconnaît au moyen du spectroscope, à leur moindre éclat et surtout à la plus forte épaisseur de leur atmosphère absorbante.
L’étude des diverses phases par lesquelles passe une étoile sous l’influence du refroidissement est extrêmement intéressante. Parmi ces phases, deux sont tout à fait principales: elles sont caractérisées, la première par une luminosité très faible, révélant une constitution toute gazeuse ; cette faiblesse d’éclat est le cas de beaucoup d’étoiles, comme aussi celui des nébuleuses dont nous avons constaté l’état gazeux; la seconde phase est caractérisée, à l’inverse de la première, par la
vivacité de la lumière résultant de la condensation des éléments gazeux périphériques sous la forme d’une poussière solide ou liquide, ce qui est le cas du Soleil. Cette poussière joue le rôle du carbone, de la chaux ou de la magnésie dans nos llammes artificielles; elle rayonne énergiquement.
Or, entre ces deux phases s’établit une lutte de longue durée qui modifie sans cesse l’état de la surface de l’astre. La substance gazeuse du Soleil paraît être, jusqu’aux plus grandes profondeurs, dans un mouvement continu, et les immenses remous qui y prennent naissance sont vraisemblablement causés par les réactions diverses et par le triage des matières d’après leurs densités.
Ces mouvements, essentiellement tourbillonnaires, à la manière de ceux qui animent nos cyclones terrestres, précipitent vers les régions centrales certaines portions périphériques déjà condensées en givre irradiant et réchauffement qui en résulte, en volatilisant ce givre et en lui faisant perdre son éclat, donnent lieu au phénomène des taches. Le ciel nous offre au complet toute la série des termes qu’on peut concevoir entre les étoiles nébuleuses et les astres complètement brillants, c’est-à-dire dépourvus de taches.
C'est à des réchauffements du genre de ceux qui viennent d’être cités que se rapportent les disparitions d’étoiles signalées bien des fois, ainsi que les intermittences que présentent d’autres astres ; c’est au contraire par des refroidissements que s’expliquent les apparitions subites qui ont été constatées.
M. Faye a émis l’idée* que les étoiles disparues, les étoiles variables et les étoiles nouvelles représentent les diverses phases d’un même refroidissement ; idée bien différente, comme on va le voir, de celles que les astronomes des siècles précédents se faisaient de ces phénomènes.
La première étoile périodique dont les variations aient frappé les observateurs est O de la Baleine {Mira Ceti). Elle fut signalée par Fabricius, l’un des auteurs de la découverte des taches solaires, et Bouillaud essaya, d’en donner la théorie. 11 supposa que l’étoile, possédant une face obscure et une face brillante, tournait sur elle-même, de façon à nous présenter successivement et périodiquement des disques différemment brillants.
A partir de cette époque le nombre des étoiles variables observées s’accrut rapidement, et la connaissance plus approfondie des faits fit justice des opinions de Bouillaud : les irrégularités des périodes de Mira Ceti, qui varient de 300 à 367 jours quand elles ne sont pas, comme cela s’est présenté une fois, d’une durée de quatre années, suffirent à en montrer le peu de réalité.
En même temps, ces opinions furent contredites non moins formellement par l’étude du phénomène des apparitions d'étoiles, phénomène dont on ne put méconnaître longtemps le lien avec les variations des astres périodiques, auxquelles les rattachent des transitions insensibles. Du même coup, il fallut renoncer aux idées de Tycho et de Kepler, pour qui les étoiles nouvelles étaient dues à l’agglomération subite de matière cosmique, jusque-là éparpillée dans l’espace, et à l’idée de Newton, qui voyait dans ces étoiles des soleils éteints, rallumés tout à coup par le choc d’une comète.
La question s’est considérablement simplifiée quand on eut reconnu; à la suite
t; Revue des cuun scieiililiques, t. III, p: 617.
METÈORIÏES.
(les découvertes de M. Schwabe, que le Soleil, dont l’étude est comparativement si facile, rentre dans la catégorie des étoiles variables. Ses variations sont faibles, il est vrai, mais M. Wolff (de Zurich) a pu néanmoins en déterminer la période, comprise entre 8 et lo ans.
Nous avons insisté sur ce point que les changements d’éclat du Soleil sont dus, sans aucune espèpe de doute, à des particularités de sa constitution physique, et spécialement à la quantité plus ou moins grande de ses taches : cette explication s’applique à toutes les étoiles variables.
De plus, maintenant qu’on a fait du ciel un catalogue si complet, on trouve que les prétendues étoiles nouvelles ne sont que l’exaltation d’étoiles variables, dont les éclats extrêmes sont très différents l’un de l’autre, et qui atteignent rapidement leur maximum. Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple, l’étoile de Janssen, qui apparut en 1600 avec un éclat correspondant à la troisième grandeur, et qu'on crut de nouvelle formation, disparut en 1621 après avoir subi des variations successives. Elle reparut en 1655, époque où Cassini la suivit, puis en 1665, d’après les observations d’Hévélius. Elle est maintenant connue comme étoile permanente et portée dans les catalogues sous la lettre P du Cygne.
On a donc le droit de dire que les étoiles nouvelles et les étoiles variables sont deux formes du même phénomène. Des études récentes ont fait connaître de chacune de ces formes un nombre infini de variétés.
Certaines étoiles variables, comme Algol et P de Céphée, offrent des périodes presque constantes, tandis que d’autres, par exemple R de l’Écu de Sobiesky et le Soleil, sont excessivement irrégulières. La durée des variations va de trois jours à dix ans et plus. L’état maximum est pour les uns considérable (de troisième grandeur par e,xemple), et très faible pour les autres (de septième, de huitième et même de neuvième grandeur). Enfin, la marche des variations est différente suivant l’astre dans lequel on f étudie : tantôt les oscillations sont si irrégulières qu’on est inhabile à dire quelle loi les régit; tantôt, au contraire, un ou même deux maxima apparaissent avec la plus gi-ande netteté.
D’ailleurs, il ne faut pas croire qu’aucun caractère commun ne relie entre eux les astres périodiques : la rapidité avec laquelle leur éclat augmente et la lenteur avec laquelle il diminue après le maximum, la longue durée du minimum ou de finvisibilité, comparée à la soudaineté de l’exaltation lumineuse, sont des traits de famille bien évidents.
« Les analogies entre ces deux catégories d’étoiles, dit M. Paye dans le travail auquel nous venons de renvoyer, sont non moins frappantes que les différences ; on passe des unes aux autres par des gradations presque insensibles, en sorte que les faits nombreux que nous possédons aujourd’hui nous conduisent à examiner si les étoiles variables et les étoiles nouvelles ne seraient pas, autre chose que les états successifs d’un même phénomène dont le ciel nous offrait à la fois toutes les phases : les étoiles à état constant, les étoiles à faibles variations périodiques, les étoiles à périodes irrégulières, celles qui s’éteignent presque dans leurs minima, celles qui cessent de varier pendant un temps pins ou moins long, mais qui reprennent de l’éclat et subissent alors des variations considérables pour s’affaiblir de nouveau pendant un long laps de temps.
« Ne dirait-on pas que ce sont là les phases successives et de plus en plus dégra-
dées de la vie d’une même étoile? phases qui, pour cette étoile unique, embrasseraient des myriades de siècles, mais que le ciel nous offre simultanément quand on considère à la fois tous les astres qui y brillent. » Toutefois, il faut bien remarquer, comme nous l’avons dit, que la période du plus grand éclat occupe le milieu entre deux périodes relativement sombres, la nébulosité totale et le passage à l’état planétaire.
En même temps que ces phénomènes se produisent, l’astre se contracte et se rapetisse : nous devons, à ee propos, rappeler que, pour rendre compte delà puissance et des earactères généraux de la végétation à d'anciennes périodes du globe, H. Lecoq suppose que le Soleil était alors bien plus volumineux qu’aujourd’hui et qu’il répandait bien plus de chaleur. Cette supposition a été reprise par différents auteurs.
A la suite des phases qui viennent d’être décrites, un phénomène tout différent prend naissanee : la croûte condensée, depuis longtemps trop épaisse pour que les taches puissent encore se produire, commence à se rel'roidir assez au dehors pour s’assombrir peu à peu. Elle finit à la longue par perdre toute lumière propre : de soleil qu’il était par rapport au corps circulant autour de lui, l’astre devient planète pour le centre autour duquel il gravite.
La ermite condensée n’est pas l’épiderme du globe. C’est une eloison établie entre le noyau interne toujours lumineux et les matières moins denses qui, gazéifiées par une énorme chaleur, forment ce qu’on appelle l’atmosphère. Elle est le point de départ d’une double formation : à l’intérieur elle s’accroît sans cesse en épaisseur, par suite de la solidification successive de ses parties sous-jacentes ; à l’extérieur, elle reçoit les uns après les autres, dans un ordre déterminé par leur degré de volatilité, les produits condensables que renferme l’oeéan gazeux. Soumise à des efforts variés, elle se rompt souvent, et la matière fluide interne s’échappe par des fissures, en éruptions plus ou moins importantes, dont les ehaînes de montagnes et les voleans actuels de la Terre nous offrent la représentation bien affaiblie.
La planète Jupiter paraît être à l’époque actuelle le théâtre de phénomènes de ce genre. Pendant les mois d’octobre et de novembre 1869, elle a présenté en effet un speetacle d’une beauté singulière. Les bandes de la planète, plus nombreuses que d’ordinaire, présentaient une plus grande variété de eouleurs que jamais. La bande équatoriale, qui depuis des années était la partie la plus brillante de la planète, fut dépassée en éclat par les bandes du nord et du sud. D’habitude rien ne faisait taehe sur le fond lumineux de cette bande ; à de fréquentes reprises on y vit se produire l’apparence de nuages accumulés. Elle était généralement incolore, brillant d’un gris d’argent ou d’un gris perlé; elle devint d’un jaune profond, ressemblant beaucoup à la couleur de l’or déposé par la pile.
M. John BrowningL à qui l’on doit ces importantes observations, a donné de la planète une description complète. « Les pôles sont bleus, écrit-il, et les bandes qm en sont le plus raproehées présentent une teinte foncée de la même couleur. Les bandes brillantes voisines sont d’un blanc perlé, et leur éclat l’emporte sur celui de toute autre partie de Tastre. Les bandes sont d’un rouge de cuivre, elles sont séparées par la ceinture équatoriale, qui est d’un jaune d’or. »
1. Monlhly notices of the roxjal aslronomical Society, t. XXX, p. 59, 75, 155 et 250 ; t. XXXI, page 33.
Ces changements, aujourd’hui remplacés par d’autres, coïncident avec la présence dans l’atmosphère de Jupiter de vapeurs inconnues dans la nôtre; ils conduisent à faire admettre que la plus grosse des planètes de notre système n’a pas encore perdu la faculté de luire quelque peu par elle-même. On a vu d’ailleurs précédemment que Neptune et TJranus ont une lumière propre.
En même temps que la croûte se consolide, elle subit extérieurement la double action d’une très forte chaleur et d’une énorme pression : la pression de l’épaisse atmosphère qui la recouvre. Ainsi les masses qui constituent cette croûte prennentelles des caractères que la fusion simple ne saurait leur donner : le granit et le gneiss sont les représentants lithologiques les plus importants de cette nouvelle période.
Pendant la formation de ces roches, l’épaississement ininterrompu de la paroi qui les sépare du foyer incandescent fait que la température externe s’abaisse progressivement. Il vient un moment où l’atmosphère, débarrassée de ses parties les plus denses, laisse déposer, à l’état liquide, les eaux quelle retenait en vapeur. Ainsi se fait la première mer, dont les eaux, saturées de toutes les matières solubles et portées à une température considérable, réalisent des réactions chimiques variées, aux dépens des masses qui constituent le fond de son bassin.
Sans cesse, ce puissant mécanisme fonctionne : les fonds de mer se soulèvent et deviennent des continents; les continents s’affaissent et deviennent des fonds de mer : mouvements alternatifs qui rappellent ceux d’une poitrine gigantesque. Et la formation de nouvelles couches stratifiées, la désagrégation partielle des couches d’ancienne formation, suivent leur cours, toujours déplacé mais ininterrompu.
C’est ainsi que peu à peu les conditions de la surface se modifient, s’adoucissent. Les eaux de la mer, qui étaient bouillantes, deviennent tièdes; et l’air, maintenant transparent, laisse arriver jusque dans ses profondeurs la lumière d’un soleil colossal. Un phénomène nouveau se déclare : l’apparition de la vie organique, sous toutes ses formes, depuis les algues élémentaires jusqu’à l’homme.
Arrivé à ce point, le globe est parvenu à la plénitude de la vie.
Par cela même que la forme planétaire constitue l’état adulte des astres, la réalisation de cette forme est nécessairement suivie de phases dont ce qui se passe chez les êtres vivants fait pressentir le caractère. Ce sont des phases de déclin, rattachées par des intermédiaires insensibles à la période d’apogée.
Le refroidissement continuant toujours, la croûte épaissit de la circonférence vers le centre, et en même temps un fait qui s’était produit dès le début, mais qui n’avait eu jusqu’alors que des conséquences négligeables, devient considérable ; ce fait, c’est l’absorption centripète des eaux et de l’atmosphère.
Les eaux pénètrent de proche en proche dans l’épaisseur des roches. 11 est de connaissance vulgaire que les pierres qu’on extrait des carrières et des mines sont saturées d’humidité. 11 résulte de là que la formation des terrains stratifiés qui, sur certains points, ont des épaisseurs si considérables, a fixé des quantités énormes d’eau auparavant liquides et faisant alors partie de l’océan. Ce que l’on sait moins généralement, c’est que les mêmes terrains qui supportent les couches de sédiment et constituent à proprement parler l’assise du globe, absorbent aussi beaucoup d’eau. Dans un travail spécial S Durocher a déterminé la proportion centésimale d’eau que
1. Bulletin de la Société géologique de France, 2' série, t. X. p. 431.
418 ENCYCLOPÉUm CIIIMIQOE.
renferment normalement les éléments des roches cristallines, et il a trouvé pour la moyenne le nombre 0,0127.
Or, l’épaisseur de l’assise cristalline allant constamment en augmentant, par suite du refroidissement intérieur, et, d’un autre côté, de nouvelles couches sédimentaires s’ajoutant sans cesse aux précédentes, la quantité d’eau que la croûte peut absorber s’accroît elle-même <à chaque instant. L’eau de la surface ainsi aspirée, imprègne donc une épaisseur de plus en plus grande de matériaux solides, et l’océan actuel, si considérable que soit son volume, n’est évidemment qu’un résidu de la mer, bien plus vaste, des époques primitives.
On peut répéter pour l’air ce qui vient d’être dit pour l’eau : notre atmosphère et notre océan sont simultanément bus par la partie solide de notre globe, et l’on peut assurer que plus la Terre vieillira, plus l’océan restreindra ses limites, plus l’atmosphère diminuera d’épaisseur.
Un coup d’œil jeté sur les planètes qui gravitent avec nous fera ressortir la justesse de cette prédiction.
Relativement à l’époque de leur séparation, les planètes sont d’autant plus âgées qu’elles sont plus distantes du Soleil. Et si en même temps elles sont de volume et de constitutions comparables, leur âge réel croît régulièrement avec leur distance. C’est ce qui a lieu très nettement pour les quatre planètes dites inférieures: Mercure, Vénus, la Terre et Mars.
Malgré les variations, en apparence un peu irrégulières, de leurs densités et qui sont dues au degré inégal de leur développement, on reconnaît aisément que, ramenés aux mêmes conditions, et par exemple au refroidissement total, ces astres pèseraient d’autant plus qu’ils sont plus voisins du Soleil. Déjà Mercure, qui est la plus jeune des planètes que nous puissions observer, est en même temps la plus dense ; et la Terre et Mars vont, sous ce rapport, en décroissant régulièrement. Quant à Vénus, sa densité, plus faible que celle de notre globe, montre qu’elle est moins refroidie que lui, ce qui tient, avant tout, à sa position centrale et peut-être aussi à sa constitution chimique.
Le même fait d’une évolution progressive ressort nettement de la comparaison des atmosphères des quatre planètes. Mercure est enveloppé d’une couche aériforme épaisse et très dense, qui reproduit sans doute dans ses traits essentiels celle qui entourait la Terre primitive ; l’atmosphère de Vénus, déjà considérablement épurée, est encore très élevée, comme le prouve l’intensité du crépuscule qu’elle produit; et notre enveloppe aérienne transparente et pure sert de transition entre la précédente et celle qui entoure Mars d’une couche relativement très mince.
On retrouve la même série, quant à la grandeur de la mer dans ces divers astres, au moins dans ceux où la mer peut être observée. Ainsi, comme on l’a déjà dit, tandis que sur la Terre l’eau couvre les trois quarts de la surface du globe, sut Mars, qui est bien plus âgé, elle n’en baigne que la moitié.
La hauteur comparée des montagnes donnerait sans doute un résultat concordant si elle avait pu être l’objet de mesures suffisamment précises. Sur Mercure, où l’observation est difficile, on n’a étudié (et encore indirectement) qu’une seule montagne qui atteint 20 000 mètres ; et rien ne donne à croire qu’il n’y en ait pas de beaucoup plus hautes. Sur Vénus, qui a été beaucoup mieux observée, on a évalué à 44 000 mètres l’élévation des plus grands pics. Sur la Terrej les montagnes les plus
plus hautes n’ont pas 9000 mètres. Mars continue sans doute cette marche décroissante.
Mais, après ce dernier, la série est brusquement interrompue. Sans parler des astéroïdes, on trouve que Mars et Jupiter diffèrent profondément l’un de l’autre.
C’est ici le lieu de rappeler la distinction faite entre les trois groupes de planètes qu’il convient de distinguer et dont chacun correspond jusqu’à un certain point à l’une des trois enveloppes, gazeuse, liquide et solide, du globe terrestre : le Soleil représentant le noyau encore à l’état de fluidité ignée que renferme notre planète, Neptune et Uranus répondent à l’atmosphère, Saturne et Jupiter à la masse liquide, et le reste aux roches solides. Nous pouvons chercher comment on doit expliquer cette constitution remarquable du système solaire, et les observations spectrales dont le Soleil a été récemment l’objet viennent vivement éclairer la question.
En effet, dans le Soleil, les vapeurs, malgré la diffusion dont elles sont le siège, et qu’on ne saurait nier, sont rangées, au moins dans la partie visible, suivant un ordre conforme à celui de leurs densités. Les plus légères forment les couches les plus extérieures, et dans le fond des taches on trouve des gaz relativement très lourds. Le même fait s’est nécessairement produit dans la grosse nébuleuse originelle dont le Soleil représente le résidu. De façon que, malgré l’unité qui les relie, les diverses planètes sont formées de matériaux différents provenant de couches diverses de la nébuleuse.
Considérées à ce point de vue, les planètes supérieures correspondent, dans la série astrale, aux êtres atteints A’ arrêt de développement dans la série organique. Formées d’éléments qui, par leur nature même, sont incapables de recevoir, par le fait du refroidissement, les caractères que nous offrent les matériaux de l’écorce solide du globe, elles ne peuvent traverser que les premières phases de l’évolution sidérale, et s’arrêtent, si l’on nous permet l’expression, à l’état embryonnaire des globes plus complets.
Donc, la Lune est de tous les globes connus le plus avancé en développement; il s’en faut néanmoins de beaucoup qu’elle représente le dernier terme de l’évolution sidérale.
Sous l’effet du refroidissement qui la gagne, elle continuera évidemment de se contracter, et la question se pose de savoir si le retrait ainsi produit n’aura pas pour résultat de la fendre et de la réduire en morceaux.
Or, il est impossible de ne pas reconnaître chez les astres une tendance à la rupture spontanée.
La Terre nous montre de toutes parts des fêlures en sens divers. Ces fêlures, connues sous le nom de faille», ne sont point dues à des causes locales, mais à une action générale, qui produit dans l’écorce terrestre ces mouvements désignés par Elie de Beaumont sous le nom de bossellemeiits généraux, action liée à la diminution progressive de volume du noyau interne, au fur et à mesure du refroidissement.
En effet, le premier revêtement solide de notre globe s’est nécessairement concrète sur un sphéroïde fluide beaucoup plus gros que n’est aujourd’hui la Terre, et à moins de supposer, contre toute vraisemblance, que ce revêtement ne repose plus sur la matière fondue interne, il faut admettre qu’au fur et à mesure de la contraction de celle-ci il a cédé, par places, de façon à la suivre dans son mouvement
centripète. 11 n’a pu le faire qu’en se fendillant, et les voussoirs, ainsi délimités ont glissé les uns sur les autres, en déterminant du même coup les grandes limies du relief du sol. En même temps une portion du magma Iluide s’injectait dans les fissures et venait, en les remplissant, former les filons, les dykes, les typhons, les culots que l’on rencontre de tous côtés.
A l’époque actuelle, la Terre étant encore fort loin d’être refroidie jusqu’au centre, cet ensemble de phénomènes se poursuit dans la profondeur, sans que la surface en éprouve autre chose que des mouvements lents. Mais on peut se demander si dans la suite les velléités de rupture, toujours contrariées par une cimentation profonde, ne feront pas place à une rupture véritable.
Si cette supposition est fondée, la Lune étant plus avancée que la Terre en développement, doit manifester cette tendance à la rupture avec une accentuation plus marquée.
Or, justement tout le monde connaît dans la Lune l’existence de rainures, c’està-dire de ces crevasses à la fois si étroites et si longues qui, avec une profondeur inconnue, traversent, sans s’infléchir, des plaines, des cratères et des montagnes. Ces crevasses n’ont nulle part leurs analogues sur la Terre : elles sont le commencement, déjà très caractérisé, de la rupture de l’astre mort.
La Terre aura un jour des rainures, et dans des proportions bien plus considérables.
Les petits astéroïdes situés entre les orbites de Mars et de Jupiter, nous montrent des effets encore plus nets de rupture spontanée.
La petitesse de leur masse totale, l’enchevêtrement de leurs orbites, la forme polyédrique qu’on lenr a reconnue, l’absence de toute atmosphère, enfin la grande distance qui les sépare du Soleil, sont autant de raisons pour voir dans ces planètes, à peu près comme te voulait Olbers, les fragments séparés d’un astre jadis unique.
A peu près, dis-je, car l'hypothèse si simple de la rupture spontanée, substituée à l’idée peu naturelle d’un choc ou d’une explosion, semble faciliter beaucoup la solution de certaines objections qui ont eu raison des idées de l’astronome de Brême. Du nombre serait peut-être cette circonstance que les orbites, extrêmement enchevêtrées, sont loin de se couper toutes au même point comme cela devrait être dans l’hypothèse d’Olbers. 11 n’y a en effet aucune raison de supposer que la désagrégation spontanée se soit fiute tout d’un coup. L’astre, sous l’influence longtemps continuée des actions déjà si fortement empreintes sur la Lune, a pu se réduire d’abord en un très petit nombre de fragments (2, par exemple), inégaux, de densités diverses, et dont les centres de gravité étaient éloignés du Soleil de quantités diflérentes. Ces fragments ont pu se séparer progressivement, et il suffirait, pour justifier l’hypothèse, de retrouver un seul point d’intersection de leurs orbites.
Les météorites représentent un terme encore bien jilus avancé de la désagrégation spontanée, et leur étude devient ici particulièrement riche en enseignements positifs.
A côté du globe lunaire, qui se fend de lui-même, elles nous montrent, en effet, les fragments d’un astre déjà brisé. Ne faudrait-il pas être aveugle pour méconnaître la nature du procédé par suite duquel elles ont acquis leur caractère fragmentaire ? N’est-il pas aussi évident que peut l’être un fait de cette nature que les crevasses de la Lune, successivement prolongées et approfondies, finiront par résoudre l’astre aujourd’hui unique en blocs distincts, et n’ayant d’autre lien que leur mouvement orbitaire simultané’?
Relativement à cette question, je ne m’en dissimule pas l’extrême difficulté : je pourrais, la laissant de côlé, m’en rapporter au témoignage de M. Paye, constatant, dans le Rapport cité plus haut, que nous « avons vu plusieurs fois dans le ciel » le phénomène de désagrégation dont il s’agit. Mais je crois devoir faire remarquer qu’il est légitime de rapprocher ce phénomène de l'égrènement évident des comètes le long de leurs orbites, d’où résultent les étoiles fdantes, radicalement différentes des météorites, bien que présentant quelque ressemblance avec les bolides dont la chute de celle-ci est précédée. D’ailleurs, l’acquisition d’orbites différentes les unes des autres par les fragments d’un même tout, pourrait peut-être provenir aussi, au moins pour une part, de la circonstance suivante ; déjà nous avons vu les failles résulter de la contraction du noyau interne; mais il est évident que sa solidification complète doit avoir pour conséquence inévitable la production, dans les régions souterraines, d’un immense vide correspondant, sur une échelle cosmique, à la chambre des anciens boulets d'artillerie. En d’aùtres termes, les fragments séparés par les crevasses finales ne constituent pas, par leur ensemble, une sphère pleine, mais simplement une coque crevassée quoique plus ou moins épaisse. Dès lors, les glissements vers le centre de gravité commun de tout le système peuvent déterminer entre ses parties des déplacements plus ou moins grands et, une fois’la séparation commencée, elle doit tendre à s’accentuer de plus en plus.
Quoi qu’il en soit et quelles que puissent être les particularités intimes de ces transformations, nous voyons les météorites venir tout naturellement compléter cette série d’états sidéraux représentés par le Soleil, Vénus, la Terre, Mars, la Lune, et les planètes télescopiques'.
Pour qui admet les faits précédents, la chute des météorites, loin d’être un accident, représente le mécanisme même par lequel la matière des globes morts retourne à ceux qui continuent de vivre et complète par un dernier chapitre la merveilleuse histoire dont Laplace n’a raconté que les débuts.
11 est possible encore qu’elle ait un autre rôle et que, fournissant à l’esprit l’exemple le plus grandiose qu’il puisse concevoir d’harmonies naturelles, des pluies de météorites, poussière de cadavre, en tombant sur le Soleil, restituent à chaque instant, sous forme mécanique, à notre astre central, la colossale quantité d’énergie calorifique et lumineuse qu'il irradie sans cesse vers tous les points de l’espace et qui est la vie même du monde.
LES CONDITIONS ASTRONONIIOUES DU PHÉNOMÈNE MÉTÉORITIQUE
Distribution topographique des météorites d'une même chute. — Lorsque les pierres d’une même chute sont nombreuses, comme il est arrivé à l’Aigle, à Orgueil, à Knyahinya, à Pultusk, à Hessle, etc., la distribution des pierres sur le terrain tenant avant tout à l’allure des masses dans l’Espace cosmique, est fort intéressante à étudier.
1. Il me sera permis de noter en passant que les idées générales dont on vient de lire un résumé et qui ont été soumises à l’Académie des sciences ont été adoptées par beaucoup de personnes ; parfois même par des auteurs qui les ont exposées à nouveau au public en négligeant de citer la source où ils les avaient puisées. Par exemple un volume intitulé le Commencement et la fin des mondes selon la science, par Henry Vivarès, ancien élève de l’École polytechnique (1878).
ENCYCLOPÉDIE CIIIMIOUE.
Dans tons les cas, les pierres sont distribuées sur une ellipse allongée dont l’axe répond à la projection de la trajeetoire et dans laquelle elles sont pour ainsi dire triées par ordre de grosseur. Les plus volumineuses sont à un bout, les petites à l'autre, et les moyennes entre ces deux situations.
I GauvOlè
10 rien
pierres métcoritiques do l’Aigle. D’après Biot.
Distribution
De plus, il paraît, d’après les documents réunis jusqu’ici, que les grosses pierres sont toujours situées à l’arrière de l’ellipse.
Ainsi, Biot, dans son Rapport sur la chute de l’Aigle (Orne)*, après être ar-