Ibid., t. LUI, p
(le la Terre, et cette prévision a été justifiée par les études dont je vais donner un rapide résumé.
Les roches polies soit par les rivières ou les fleuves, soit par les chutes d’eau, soit par les vagues, ont été complètement laissées de côté, parce que luniformité de l’action mécanique qu’elles subissent, réalise, au moins dans la plupart des cas, des effets tout à fait différents de ceux que présentent les météorites. Pour la même raison j’ai dû écarter également les vernis produits par les glissements dans les failles ou par le rabotage des glaciers. En passant en revue ces diverses roches, j’ai rencontré quelqnefois des concrétions accidentelles très propres à indnire en erreur si l’on n’y faisait grande attention.
11 m’a paru préférable à tous égards de prendre mes termes de comparaison avec les météorites parmi les fragments de roches abandonnés depuis un temps suffisant à l’action des intempéries et surtout à l’influence prédominante des vents et des poussières qu’ils charrient.
Dans cet ordre de faits, mon attention a été tout d’abord attirée par un écban.. tillon rajiporté du Pérou par le voyageur Weddell et enregistré dans les collections du Muséum d’histoire naturelle, sous le signe fO. P. lo8 (fig. 124). C’est une
Fig. t24. — Echanlilton de doléritc provenant d’.4réquipa et remarquable par sa surface vernissée qui rappelle la croûte des météorites. — Grandeur naturelle.
mimosite à grains fins et un peu péridotifère constituant des blocs isolés dans le sable qui recouvre les flancs du volcan d’Aréquipa.
Les surfaces naturelles de l’échantillon offrent avec celle des météorites ordinaires une telle ressemblance que la dolérite péruvienne placée dans une vitrine au milieu de pierres cosmiques et tournée convenablement ne pourrait sans doute pas en être distinguée. La forme générale de l’écbantillon est plus anguleuse que ne le sont d’ordinaire celle des météorites ; mais il faut ajouter cependant que parfois celles-ci ne sont guère plus émoussées. C’est le cas par exemple de l’échantillon 2. Q. 405, delà chute de New-Concord, aux États-Unis, et plus encore de l’échan-
45i E>-CYCL0PÉI)1E CHIMIQUE.
tillon 2. Q. 18d, de la chute de Tourinne-Ia-Grosse, en Belgique (fig. 125) Mais le point sur lequel il importe d’insister, c’est l’existence sur la dolérite d’Aréquipa d’une véritable croûte noire qu’on attribuerait sans hésiter à une fusion superficielle si, entre autres considérations, l’examen microscopique dans la lumière polarisée ne montrait son état entièrement cristallin. Cette croûte n’offre pas
Fig. 12.0. — Mcléoi'ile do Tourinne-la-Giosse, donlla forme est celle d’un polyèdre à arêtes peu émoussées.
comme le vernis des météorites, les petits filaments externes qui sont certainement fondus; mais à part cette légère différence la ressemblance est intime.
Ainsi, comme on l’observe chez les météorites, le vernis de la dolérite est très nettement distinct de la roche sous-jacente et peut en être détaché plus ou moins nettement sous la forme d’éeailles extrêmement minces. Examinée à la loupe, cette croûte offre l’apparence de bulles et de bourrelets tantôt irradiants autour de certains points, tantôt dirigés dans des sens quelconques ; mais on reconnaît aisément que ces accidents sont simplement dus aux Irrégularités lentement émoussées de la cassure primitive.
Toutefois j’avoue que pendant quelque, temps j’ai conservé des doutes quant au mode de formation de l’écorce si remarquable de la dolérite péruvienne ; son aspect s’ajoutait à son gisement volcanique pour m’engager à n’accepter qu’avec défiance une conclusion d’après laquelle la chaleur n’est pour rien dans le phénomène.
Mais ces scrupules ont été complètement levés par l’observation de faits où la fusion ne saurait évidemment avoir rien à faire. Il s’agit de roches infusibles et placées d’ailleurs aussi loin que possible de toute action calorifique.
En effet, je veux parler de blocs de grès quartzeux répandus en grand nombre à la surface du sol entre Yilleneuve-Saint-Georges et Limeil (Seine-et-Oise). A la vue de ces blocs, on est immédiatement frappé de leur ressemblance avec les météorites, d’abord pour leur forme générale et ensuite en ce qui touche l’existence d’une croûte vernissée qui les enveloppe de toutes parts. La seule différence sensible
MÈTÉOUITES.
est que ce vernis, au lieu d’être noir, est d’un rouge ocracé, et j’ai déposé au Muséum un de ces blocs remarquable par son analogie de forme avec l’échantillon météoritique 2. Q. 384, provenant de la chute de Pultusk en Pologne.
Les diverses faces du bloc en question ne sont d’ailleurs pas identiques entre elles. Le vernis n’a pas atteint sur toutes le même fini, et il en résulte qu’on peut, en les passant successivement en revne, voir comment la croûte e.vterne s’est produite peu à peu. La conclusion de cet examen est que le vernis résulte exclusivement de l'action des agents atmosphériques produisant le poli d’une manière toute mécanique et réalisant en outre par des procédés chimiques plus ou moins compliqués une modification sensible dans la nature primitive de la roche. Car si, comme on vient de le dire, la croûte est d’un rouge ocreux, l’intérieur de la roche est d’un jaune verdâtre. A première vue, on reconnaît dans la région externe la présence du fer oxydé anhydre tandis que c’est la limonite qui colore le grès en dedans.
La croûte du grès do Villeneuve est beaucoup plus épaisse que celle des météorites et en même temps elle est en général limitée moins nettement à sa surface interne; cependant on peut, dans certains points, l’enlever sous la forme d’écailles,
C’est surtout sur celle des faces où il est le plus parfait et, bien entendu, en faisant abstraction de sa couleur, que l’on constate l’identité du vernis avec l’écorce des météorites, dont il diffère surtout par l’absence des filaments fondus cités plus haut. A la loupe on le croirait presque bulleux et scoriacé, ce qui tient simplement comme pour la dolérite d’Aréquipa à la rugosité de la cassure. Certaines arêtes simulent des bourrelets à s’y méprendre. La surface est toute couverte de petites cupules décrites tant de^ fois à propos des météorites et qu’on a comparées à l’impression que feraient des doigts sur une pâte molle; ces cupules résultent de l’arrondissement et de l’émoussement des petites cassures bien connues que le marteau du paveur produit sur le premier pavé venu. Comme dans les météorites, elles sont de tailles très inégales et souvent les petites recouvrent le fond des plus grandes.
En présence d’une identité aussi complète, on est amené à reconnaître que le vernis des météorites et le vernis des roches terrestres qui viennent d’être citées, sont dus à la même cause. Seulement, dans un cas, la friction dé l’air est très énergique et de peu de durée tandis que l’inverse a lieu dans l’autre cas.
Il est impossible, en terminant, de ne pas remarquer un trait commun du vernis des trois roches comparées ci-dessus, savoir : la météorite, la dolérite d’Aréquipa et le grès quartzeux de Villeneuve-Saint-Georges, vernis qui dans tous les cas diffère de la roche qu’il recouvre, puisqu’il est noir pour les deux premières et rougeâtre pour l’autre. C’est que les trois roches en question prennent justement la couleur et les caractères de leur vernis, quand, éliminant l’action oxydante possible de l’air, on les chauffe à un degré convenable : la météorite et la dolérite deviennent noires, et le grès perdant son eau subit la rubéfaction.
Relativement à ce dernier, je ne prétends pas expliquer comment l’action de l’air détermine le singulier effet qu’on vient de signaler, mais il faut remarquer qu’il y a peut-être dans ce phénomène de quoi rendre compte des déshydratations si fréquentes parmi les roches et dont on a souvent tant de peine à saisir 1 e mécanisme. Du nombre serait peut-être la formation des meulières qui semblent si nettement, au moins en certains cas, dériver des geysérites.
Formes extérieures des météorites. — Il convient de revenir sur cette opinion que je viens d’émettre, d’après laquelle la forme émoussée (fig. 126) des météo rites est due à l’érosion produite par l’air traversé par le projectile'.
En effet, des hypothèses fort diverses ont été faites à cet égard, et tout spécialement pour expliquer les dépressions plus ou moins profondes que présente très ordinairement la surface des météorites, et qui ont été comparées quelquefois à
Fig. 126. — Méléorile de Pullusk dont In forme est arrondie.
l’impression que feraient des doigts sur une pâte molle. Souvent aussi on voit des sortes d’eneoches allongées semblables à celle que représente la figure l‘27.
Partant des résultats que lui ont donnés des expériences sur la rupture de blocs de fer au moyen de la dynamite, M. Daubrée a émis à ce sujet l’hypothèse que les dépressions qui nous occupent et qu’il appelle piézoglyples résultent i’affouUJements exercés sur la surface des météorites pendant le trajet atmosphérique, par des tourbillons gazeux Il est de fait que des grains de poudre incomplètement brûlés présentent des affouillements considérables, et on pourrait même souvent leur reprocher d’être, à ce point de vue, plus beaux que nature ; les météorites n’offrant pas des cavités aussi profondes que les leurs. De même des barres de fer rompues par l’explosion de la dynamite ont souvent présenté des érosions diversement orientées.
M. Maskelyne", qui ne partage aucunement l’opinion de M. Daubrée, a propose une autre explication. Selon lui, la chaleur produite par la résistance atmosphérique fond la surface de la météorite ; la matière fondue est rejetée aussi vite qu’elle est produite et la chaleur commence rapidement pénétrer vers l’intérieur