Cours de géologie comparée, p
première paraît en rapport soit avec certaines grenailles métalloïdes comme celles de troïlite, soit avec des traces de minéraux feldspathiques.
Comme conclusion de cette première série d’expériences, on peut dire que les noms de croûte fondue et de vernis donnés si souvent à l’écorce noire des pierres grises sont tellement exagérés qu’ils sont tout à fait impropres. A la première vue, et dans certains points, la croûte a un aspect bulleux et scoriacé, mais en regardant de très près on reconnaît qu’elle est simplement rugueuse exactement comme la cassure de la portion grise ; on croit y voir souvent des bourrelets, résultant, dit-on, de l’accumulation, sur certaines parties où elle aurait ruisselé, de la matière fondue : mais ce qui montre bien que l’explication est fausse et que ces soi-disant bourrelets sont simplement des accidents de forme de la pierre, c’est que si l’on casse celle-ci dans une direction perpendiculaire, on observe que l’épaisseur de la croûte noire n’y est pas plus grande qu’ailleurs. Quelquefois enfin, on observe à la surface de la croûte un fendillement qui rappelle une scorification ; il doit être dû, au moins dans beaucoup de cas, à la trempe que la surface chaude a éprouvée lors de son contact subit avec les corps terrestres.
Les expériences synthétiques au moyen desquelles j’ai cherché à imiter artificiellement la croûte noire viennent confirmer cette conclusion que la croûte n’est pas le résultat d’une fusion.
Si l’on chauffe au chalumeau un éclat de météorite grise, on n’obtient, en général, rien de comparable à l’écorce qui nous occupe; la pierre, par suite de l’action oxydante de l’air, devient d’abord d’un brun plus ou moins ocracé, puis elle fond très difficilement sur les bords très minces en un verre brunâtre. Cependant, en opérant dans la llamme réductrice et sur un très petit éclat, on peut obtenir d’abord la coloration en noir, puis la fusion en un verre à peu près incolore quoique piqueté de j^tits grains noirs.
Cette expérience reproduit les phases que traverse la surface de la pierre pour passer de son état normal à celui de vernis. D’abord sa coloration en noir, si facile à obtenir, comme je l’ai montré dans d’autres occasions, puis sa fusion, c’est-àdire sa désorganisation complète. Seulement on voit qu’en général le phénomène d’incandescence ne dure pas assez longtemps pour que la fusion atteigne autre chose que l’épiderme en quelque sorte géométrique de la pierre.
Une observation intéressante à faire à cet égard, est celle des points, où, après une fracture accidentelle, mais avant l’arrivée sur le sol, la croûte a commencé à se reconstituer ; on voit qu’il s'y est fait une sorte de demi-métamorphisme dont le résultat, comme dans les expériences de laboratoire, a été la production de marbrures noires analogues à celles de la chantonnite, et sans trace de fusion.
Enfin une dernière preuve que la partie principale de la croûte n’a rien de fondu et résulte simplement du métamorphisme de la pierre, est fournie par l’expérience suivante. On prend un petit fragment de météorite grise ayant de la croûte et on le soumet, suivant le procédé connu, au métamorphisme. Après refroidissement, on le brise perpendiculairement à la croûte, et l’on constate que celle-ci a absolument disparu ; c’est-à-dire que toute la matière de la pierre étant devenue noire, le prétendu vernis ne s’en distingue plus en aucune façon. On a réalisé alors la reproduction vigoureuse de la roche de Sétif (tadjérite), où l’on a
MÉrÉOltiTES.
signalé l’a&sewce de vernis en croyant pouvoir l’attribuer à une fusibilité plus difficile que celle des pierres grises
Il reste maintenant à expliquer la minceur de la croûte noire des météorites et . la régularité avec laquelle elle s’est répartie sur toute la surface de chaque pierre Or, ces faits tiennent sans aucun doute à la température extraordinairement basse dont la matière météoritique est douée au moment de son entrée dans l’atmosphère; température qu’il a été donné une fois d’observer quoique très grossièrement*. C'est à ce même froid interne (pour le dire en passant) qu’il faut rattacher la cohésion des météorites charhonneuses qui, au moment de leur chute, peuvent l’ehondir sur le sol sans se briser, tandis que ramenées à nos conditions ordinaires elles se désagrègent sous le moindre choc. Mais ce que je veux faire remarquer ici, c’est qu’on peut espérer de rattacher à l’étude du métamorphisme météoritique la mesure au moins approximative de la température de l’espace interplanétaire, qui a été, comme on sait, l'objet de tant de suppositions contradictoires : en effet, l’épaisseur de la croûte métamorphisée, indépendante de la grosseur de chaque pierre qu’elle recouvre, pourra donner, à la suite de quelques expériences faciles à imaginer, une idée de la température interne des météorites soumises à l'action subite de la chaleur.
En terminant il faut remarquer que l’un des faits qui ont le plus contribué à faire voir dans la croûte des météorites le produit d’une fusion, c’est la forme même des météorites et spécialement le contraste que présentent d’une manière si nette le côté d’avant et le côté d’arrière. Mais les faits connus maintenant ruinent complètement, il me semble, l’idée que la matière disparue sur les arêtes devenues mousses a été fondue. La température considérable de cette fusion aurait laissé sa trace dans la matière de la pierre, tandis que beaucoup de météorites très arrondies sont restées parfaitement blanches. Suivant moi, l’arrondissement d^la surface d’avant est dû à une véritable érosion produite par l’air et tout fait comparable à celle que ^eau^réalise sur les roches terrestres. Les rides et les bourrelets sont les résultats d’une simple sculpture, la croûte se reformant à l’intérieur de la masse au fur et à mesure qu’elle est usée au dehors et que la chaleur par conséquent gagne plus avant. Considérées à ce point de vue nouveau, certaines météorites, d’ailleurs très nombreuses, offrent pour la forme une ressemblance générale frappante avec ces îles Scandinaves dont la côte nord a subi le rabotage du phénomène erratique tandis que l’autre rive a été abritée.
On a vu précédemment à quelle conclusion conduit l’examen direct des météorites grises quant au mode de formation de l’écorce noire dont elles sont revêtues. La croûte dont il s’agit est due avant tout à l’action mécanique, exercée par l’air sur le bolide qui le traverse. 11 résulte de cette action mécanique, d’une part, un polissage qui donne lieu à une sorte de faux émail et, d’autre part, un échauffement qui développe la coloration noire. Le phénomène de fusion dont on observe des tracej incontestables à l’extérieur du vernis est d’importance tout à fait secondaire.
Il était naturel de se demander si ce résultat de l’examen direct des météorites ne pourrait pas être contrôlé par l’observation des faits qui se passent à la surface