Chemical Society of London, février
de la masse. On peut supposer que le manque d’homogénéité de celle-ci procure à ]o chaleur plus de facilité pour pénétrer en certains points qu’en certains autres, de façon que l’expansion ■ soudaine due à la pénétration presque instantanée de cet énorme Ilux de chaleur arrache de petits fragments de la surface produisant ainsi les dépressions particulières qui nous occupent.
Toutefois l'origine des dépressions naturelles est certainement, au moins dans la grande majorité des cas, beaucoup plus simple et représente le résultat de l’émoussement de la cassure de la roche météoritique. C’est pour le prouver que je mets ici sous les yeux du lecteur la figure 127. On y voit, comme je l’ai déjà dit, une
Fig. tSV. — Dépression allongée, en rapport avec un joint, présentée par une des météorites tombées à l’.Ogle (Orne) en 1803.
encoche des mieux caractérisées que les météorites puissent offrir. Mais ce qui ajoute à son intérêt, c’est que l’échantillon qui la montre, et qui provient de la célèbre chute de l’Aigle (26 avril 1805), laisse voir le lien intime de cette encoche avec une fissure ou joint traversant la roche météoritique. Sur la gauche on voit ce joint, qui se prolonge dans la pierre, et l’on conçoit comment un faible émoussement des angles produirait là aussi une encoche véritable. L’opinion qu’on retire de la vue de cet échantillon et de plusieurs autres de la collection est que l’encoche dérive effectivement d’un émoussement pur et simple d’une cassure à angle rentrant.
On aperçoit dans la partie inférieure de cette même figure des dépressions grossièrement hémisphériques plus ou moins groupées, telles qu’on en rencontre si fréquemment sur les météorites les plus variées. Or, loin de se présenter comme les résultats d’un taraudage, elles semblent dériver, comme l’cneochc, d’un simple vernissage de la cassure. La roche est en effet richement pourvue de matériaux globulaires, les uns pierreux, les autres métalliques, qui, au moment de la cassure, laissent sur la paroi qu’ils quittent leurs empreintes en creux; de plus, ces roches grenues se cassent souvent sous le choc de façon à présenter des creux anguleux plus ou moins pyramidaux. L’adoucissement des angles de ces pyramides rentrantes doit donner des cavités grossièrement hémisphériques.
ENCXCLOPÉDIE CHIMIQUE.
La figure 128 fait bien voir la réalité de cette affirmation. Elle représente an échantillon de la météorite tombée le 9 décembre 1858 à Montréjeau (Haute Garonne). La face tournée vers le lecteur a une cassure qui recoupe la croûte visible à la partie supérieure. Or, cette cassure montre dans deux points des cavités du genre de celles qui nous occupent, et qui auraient besoin d’un bien faible travail de ciselure pour devenir des dépressions identiques aux piézoglyptes les mieux caractérisées.
Un autre argument en faveur de cette manière de voir est fourni par les grenailles métalliques formant de fortes saillies sur la croûte de maintes météorites (Salles,
Fig. 128. — Cassure de la môntréjile tombée le 9 décembre 1858 à Montréjeau (Haute-Garonne).
Grandeur naturelle.
Tadjera, etc.). Si, dans ce cas, les tourbillons de gaz oxygéné avaient joué un rôle prépondérant, c’est évidemment sur les grenailles qu’ils se seraient fait sentir de préférence, et celles-ci, en disparaissant par combustion, auraient déterminé la production de cavités : c’est le contraire qui a eu lieu, et la collection du Muséum montre que le fait est fort ordinaire.
L’expérience est d’ailleurs venue confirmer d’une manière très imprévue et très intéressante l'explication par érosion simple des accidents de forme des météorites, éonsisle dans des échantillons de ciment de Portland fabriqué par un procédé qui exige un refroidissement très rapide des pierres cuites : les pierres, chauffées à blanc, sont exposées à un courant forcé d’air froid. Les conditions des météorites sont donc exactement renversées, puisque c’est l’air qui se meut ici; mais 1 effet produit est le même. Or, dans les parties où les masses chaudes sont frappées par le courant, leur aspect anguleux change complètement. Il se produit une surface lisse, avec des dépressions arrondies qui ressemblent tout à fait à la surface des météorites. Au moment où le courant d’air frappe les pierres chauffées au blanc,
il s'en détache une poussière brûlante fournie par les aspérités des blocs d’abord anguleux.
Pour en revenir aux météorites, la direction des sillons d’érosion permet de retrouver la situation des blocs pendant leur trajet atmosphérique, de déterminer leur face ventrale et leur face dorsale et de reconnaître les diverses rotations qu’ils ont pu subir simultanément ou successivement*.
§ 2. Chute des météorites.
A la suite des détonations qui accompagnent l’explosion des bolides, on entend des sifflements tout à fait semblables à ceux que produisent les projectiles lancés avec vitesse comme les boulets et les balles des armes à feu. Ils sont dus à l’arrivée des météorites. D’après M. Abel Rémusat^, les Chinois les comparent au bruissement des ailes des oies sauvages ou encore à celui d’une étoffe qu’on déchire.
Nombre de météorites d’une même chute. — Le nombre des pierres d’une même chute est extrêmement variable. Voici quelques exemples pris au hasard :
On n’a ramassé qu’une seule masse après les chutes de Lucé, Sarthe (1768), Wold-Cottage, en Angleterre (1795), Salles, Rhône (1798), Apt, Vaucluse (1805), Chassigny, Haule-lLune (1815), Juviiias, Ardèche (1821), Vouillé, Vienne (1851), Château-Renard, Loiret (1841), Braunau, en Bohème (1847), etc.
On en a trou\é deux à Agram, en Croatie (1751).
Trois à Charsonville, Loiret (1810); à Saint-Mesmin, Aube (1866), etc.
Une dizaine à Toulouse, Haute-Garonne (1812).
Douze environ à Siène, en Italie (1794).
Un bien plus grand nombre à Barbotan, Gers (1790), Bénarès, Indes (1792), à Weston, Connecticut (1807).
Une centaine à Orgueil, Tarn-et-Garonne (1864).
Un millier à Knyahinya, Hongrie (1866).
Trois mille environ à l’Aigle, Orne (1803).
Beaucoup plus (on a été jusqu’à cent mille dans certaines appréciations), à Pultusk, Pologne (1869). Le Muséum d’histoire naturelle de Paris seul a eu en dépôt à un certain moment plus de 900 pierres de cette chute et on peut en voir encore dans les vitrines de la collection plusieurs centaines triées suivant leur grosseur ou d’autres particularités. Un marchand de minéraux de Bonn, M. le D' Krantz, en a possédé 2012 échantillons entiers. La chute de blocs, en Transylvanie (5 février 1882) a aussi été exlrèmement nombreuse.
Vitesse des météorites. — La vitesse des météorites ne paraît jamais très grande et n’offre, en tous cas, absolument aucun rapport avec celle des bolides. Ce qui suffit pour le prouver, c’est que d’ordinaire les pierres ne sont pas brisées par leur choc sur le sol ; or on sait que les anciens boulets de canon en pierre se brisaient
1 . La rotation des météorites a spécialement occupé de Haidinger, qui a écrit à son égard des mémoires intéressants sur la météorite de Juvinas, sur celle de Kralienberg, de Tuczon, etc. (Voy. Académie de Vienne, passim.)