RECHERCHE ET DOSAGE DE L’OXYDE DE CARBONE
L’oxyde de carbone est caractérisé par la couleur de sa flamme ; celle-ci est d’un bleu plus net que celle de l’hydrogène : elle produit de l’acide carbonique facile à constater par l’eau de chaux : on aura donc soin de séparer d’abord par un alcali l’acide carbonique, si le gaz étudié peut en contenir.
Le meilleur réactif absorbant de l’oxyde de carbone est le protochlorure de cuivre en solution chlorhydrique : cette solution se conserve dans des flacons bien bouchés et remplis de tournure de cuivre pour éviter l’oxydation : elle doit absorber environ 20 fois son volume de gaz. Si elle est légèrement teintée de brun, comme il arrive souvent par le fait des transvasements en présence de l’air, elle se décolore au contact de l’oxyde de carbone, contrairement à ce qui arriverait avec l’oxygène. Ce réactif est excellent au point de vue analytique, parce qu’il permet, une fois l’absorption constatée et mesurée, d’extraire le gaz par la chaleur et de vérifier sa nature par d’autres épreuves, telles que la combustion, de manière à ne pas le confondre avec d’autres gaz absorbés aussi par le chlorure de cuivre acide, comme l’oxygène ou l’hydrogène phosphoré.
La solution de protochlorure de cuivre dans l’ammoniaque absorbe également l’oxyde de carbone.
Signalons encore, parmi les autres réactifs moins employés, l’acide chromique
lOG ENCYCLOPEDIE CHIMIQUE
qui transfoi-nriû à froid l'oxyde de carbone en acide carbonique; le papier imprégné de sous-chlorure de palladium, qui est coloré en noir par l'oxyde de carbone.
On peut doser l’oxyde de carbone par la combustion eiidiométrique : 2 volumes de ce gaz prennent 1 volume d’oxygène, et produisent 2 volumes d’acide carbonique. Un fd de palladium porté au rouge dans le mélange des deux gaz peut servir à déterminer l’oxydalion. (Bunte, Deuls. chevi. GeselL, 1878, p. H2a.)
Une méthode qualitative ingénieuse, proposée par Vogel, est fondée sur l’aspect que présente au spectroscope l’hémoglobine combinée à l’oxyde de carbone. On opère de la manière suivante ; Le gaz étudié est agité avec un peu d’eau dans laquelle on a délayé une goutte de sang ; puis on ajoute quelques gouttes de sullhydrate d’ammoniaque. Examiné au spectroscope, le liquide présente alors les bandes d’absorption caractéristiques de l’oxyde de carbone combiné à l’hémoglobine. Si l’oxygène est en excès dans le mélange gazeux, la réaction est moins sensible qu’en présence d’un gaz inerte, l’hémoglobine oxycarbonée tendant à se transformer en oxyhémoglobine au contact de l’oxygène ; d’après Vogel, on pourrait ainsi reconnaître dans l’air l’existence de 2,5 à 4 millièmes d’oxyde de carbone et de 1 millième dans un gaz inerte. {Dents, chem. Ges., t. X, p. 792 ; Bull. Soc. chim., t. XXIX, p. 580.)
Composition. — La composition de l’oxyde do carbone peut être facilement reconnue par l’analyse eudiométrique. En effet, mélangé d’oxygène, ce gaz détone dans l’eudiomètre et l’on constate que 2 vol. CO prennent 1 vol. d’oxygène, et produisent 2 vol. d’acide carbonique. On sait d’ailleurs (voir Analyse de l'acide carbonique) que l’acide carbonique renferme son propre volume d’oxygène. L’oxyde de carbone, ayant pris pour se transformer la moitié de son volume d’oxygène, il suit de là que, pour un même poids de carbone, il renferme moitié moins d’oxygène que l’acide carbonique : il sera donc représenté par la formule CO, l’acide carbonique étant CO^. Le poids du litre étant le'', 254, CO ou 14 grammes d’oxyde de carbone, occupent 11 litres 16, soit le même volume que H. La molécule CO correspond donc à 2 volumes.
APPLICATIONS
L'oxyde de carbone a reçu une très importante application, comme moyen de chauffage, dans les fours Siemens. Nous rappellerons brièvement le principe de ces ingénieux appareils :
Au lieu d’utiliser directement la chaleur produite par le combustible, on transforme le charbon en produits gazeux principalement composés d’azote et d’oxyde de carbone ; ces gaz mélangés d’air sont alors employés au chauffage : on obtient ainsi une température plus régulière, et on réalise en même temps une économie de combustible.
Pour produire cet oxyde de carbone, on détermine un courant d’air convenablement réglé, à travers une masse de coke incandescent : par des réactions dont nous avons vu plus haut le principe, l'oxygène disparaît, et il sort du foyer un gaz contenant un peu d’acide carbonique (4 à 5 0/0), de l’oxyde de carbone (20 à 50 0/0), et de l’azote. Ce mélange combustible reçoit, à la sortie du foyer, une
ACIDE CARBONIQDE. 107
certaine quantité d’air ; il brûle alors, cède sa clialeur aux appareils à cliauffer, et régénère de l’acide carbonique. Avant de sortir par la cheminée d’appel, les produits de la combustion se dépouillent de la chaleur qu’ils renferment encore, par un passage à travers des étages de briques réfractaires disposées à claire-voie (régénérateur).
L’oxyde de carbone joue un rôle essentiel dans plusieurs réactions métallurgiques, telles que la fabrication du fer. M. Schinz a proposé [Bulletin de la Soc. cliim., X, p. 536), dans certaines opérations métallurgiques d’injecter ce gaz mélangé à l’air, de manière à diminuer l’influence de l’azote qui ne prend point part à la combustion, et occasionne des pertes de chaleur : dans ce système on produit l’oxyde de carbone en calcinant du carbonate de chaux avec des combustibles sans valeur, et en dirigeant l’acide carbonique ainsi formé sur du coke incandescent. La dépense occasionnée par la production de l’oxyde de carbone est compensée par la valeur de la chaux vive obtenue.
Formule. CO-
Equivalenl. 22
Équivalent en volume. . 2
Densité. 1.529
Poids du litre. 1.9774