HO
L’évaporation rapide du sulfure de carbone, dans un courant d’air, produit un froid considérable. Dans le vide, la température peut descendre à — OO”.
Lorsqu’on distille le sulfure de carbone en présence de l’eau, le point d’ébullition s’établit régulièrement à 42°,6, sous la pression de 740 millimètres ; la vapeur qui distille contient 2'°‘,38 de vapeur d’eau pour 100 volumes de vapeur de sulfure de carbone. (Kundt, Pogg. inn.,GXL, p. 489 ; Nanmann,Deuts. chem. Geselh.,\%ll, p. 1427).
Le sulfure de carbone peut être facilement surchauffé ; il suffit de l’introduire dans un tube de verre nettoyé avec les précautions nécessaires pour ce genre d’expériences, et de l’échauffer lentement au bain-marie. On peut ainsi dépasser notablement le point d’ébullition. Mais la surchauffe est encore plus facile, si le sulfure de carbone est protégé du contact de l’air par une couche d’eau, et si les deux liquides ont été filtrés et purgés d’air. Un peut atteindre ainsi, sans déterminer l’ébullition du sulfure, la température de 100°. (Gernez. Ann. dephys. et de chim. (5),t.lV, p. 390.) M. Gernez a également étudié les vitesses d’évaporation du sulfure de carbone surchauffé dans des tubes librement ouverts à l’air. {Ibid. (5), t. Vil, p. H7.)
Le coefficient de compr.essibilité du sulfure de carbone est égal à 0,0000635 à 14", entre 1 et 10 atmosphères (Amaury et Descamps, Comptes rendus, LXVIII, p. 1564). M. Gailletet indique 0,0000980 à -f- 8" et à 607 atmosphères {Comptes rendus, t. LXXV, p. 77). D’après Amagat {ihid., LXXXV, p. 139), la compressibilité du sulfure de carbone, entre 9 et 38 atmosphères, est 0,000087 vers 15", et 0,000174 vers 100".
La densité de vapeur du sulfure de carbone a été trouvée égale à 2,68 (calculée 2.65).
La chaleur spécifique est, d’après Régnault, entre 0“ et 50“ : 0,239, soit pour la
SULFURE DE CARBONE
chaleur moléculaire 18.15 (C*S*); d’après Schüller ; 0.2468 entre 14“ et 29“,5 {Pogg. Ann., Erganzung. Y. p. 116-146, et 192-221); d’après Winkelmann, entre 40,5 et 18“,6 elle serait représentée par la formule 0.2575 + 0.000182 {ibid., t. CL, p. 592). La chaleur de volatilisation est égale (pour G®S‘) à 6,4 (Régnault).
Le pouvoir dispersif du sulfure de carbone est considérable : Indice de réfraction, 1.633. On sait que l’on emploie quelquefois en optique des prismes en sulfure de carbone. L’indice moyen de la vapeur du sulfure de carbone est 1,001592. (Groullebois. Comptes rendus, t. LXVII, p. 696).
La conductibilité électrique est 0,055, celle de l’eau étant prise pour unité. (Saïd-Effendi, Comptes rendus, t. LXVII, p. 1565.)
Certains métaux, agités en présence du sulfure de carbone, produisent des étincelles électriques. L’expérience réussit bien avec l’argent, moins bien avec l’aluminium et le fer : le platine, le zinc, le cuivre ne produisent aucun effet. Il convient pour ces essais, d’employer du sulfure de carbone pur et sec, qu’on introduit avec le métal dans un matras d’essayeur on verre épais, bien sec et scellé ensuite à la lampe. Le phénomène est,activé quand on écliauffe légèrement le matras ; il cesse au contraire immédiatement quand on le refroidit par un courant d’eau. (Sidot, Comptes rendus, LXXIV, p. 179.)
Le cliarbon do bois absorbe de grandes quantités de vapeur de sulfure de carbone. (Ilunter, Journ. Chem. Boc. (2), t. VI, p. 186.) Le tableau suivant indique les volumes V absorbés par le charbon de noix de coco à la température T et à la pression II :
5. Solubilité. —Le sulfure de carbone est fort peu soluble dans l’eau. D’après M. Dumas, 1 litred’eau à 13“ dissout environ ls“’,78 de ce liquide. [Ann. de chim. etdephys. (5), t. VII, p. 5.)
Selon Page [Chem. News, t. XLII, p. 195), la solubilité diminue à mesure que la température s’élève. Voici les proportions trouvées par cet auteur, à diverses températures, et après un contact ti ês prolongé de l’eau et du sulfure :
Liquide en contact pendant Températures.
30 jours. 12“-13“
id. id.
id. id.
CS’ dissous dans 100 p. d cau.
La solution de sulfure de carbone dans l’eau s’altère lentement, plus vite à la lumière que dans l’obscurité. D’après Se.stini (Bull, de la Soc. chim., t. XVII, p. 253), une solution récemment préparée peut contenir 0'',002 d’hydrogène sulfuré par litre. (Voir plus loin, action do l’eau, p. 177.)
■Ifiü ESCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
Solubilité dans l'alcool. — Le sulfure de carbone se dissout on toutes proportions dans l’alcool absolu : dans l’alcool aqueux, la quantité dissoute est d’autant plus grande que l’alcool est plus concentré; le point de saturation est très-facile à saisir, l’addition d’une goutte de sulfure de carbone en excès déterminant un trouble très marqué. La solubilité varie très rapidement avec la température, principalement au-dessous de -f-lS®. Une solution saturée, lorsqu’on la refroidit de
-t-lb" à —12“, laisse séparer la moitié du
sulfure qu’elle contient; de -+-15“ à
—10“, le tiers ; de-}-15“ à -|-10“, environ
le cinquième.
Voici, d’après Tnchscbmidt et Follenius,
les proportions de sulfure de carbone
que peuvent dissoudre 10“ d’alcool ?i divers degrés de concentration, à la température de + 17".
Volume de CS-
Degré ccnlésimal
dissous
de l'alcool.
en centimètres cubes.
Ces résultats peuvent être tradiiits par une courbe, et représentés par l’équation suivante :
(S—(S -|-z/fc)^-t-
iÿ
dans laquelle les constantes ont les valeurs: 8 = 1.065; & = 0.58 ; c= 0.592. y est le nombre de centimètres cubes de sulfure dissous dans 100“ d’alcool à x degrés centésimaux. {Deuts. chem. Gesells., 1871, p. 583 ; Bull, de la Soc. chim., t. XYI, p. 98.)
Le sulfure de carbone dissout un grand nombre d’autres liquides ou solides, minéraux et organiques. Tels sont l'iode, le brome, le pltosphore, le soufre, le sélénium, les eblorures, bromures, iodures de phosphore, d’arsenic, d’antimoine et de soufre ; le bisulfure d’hydrogène, les tétrachlorures d’étain et de titane : les chlorures, bromures, iodures, fluorures des divers métaux sont presque tons insolubles ainsi que les sels oxygénés. Il dissout encore les huiles grasses, les huiles essentielles, un grand nombre de corps gras, l’éther, le camphre, le caoutchouc. Ces propriétés dissolvantes sont fréquemment utilisées dans les laboratoires et dans l’industrie ; on sait que le sulfure de carbone est employé sur une large échelle, pour l’extraction des corps gras (huiles, graisses des chiffons de machines, etc.) et pour la vulcanisation du caoutchouc.
Le phosphore, le soufre, l’iode se séparent facilement à l’état cristallin de leurs
SULFURE I)E CARRONE.
solutions sulfocarboniques. La solution d’iode présente une belle couleur violette, souvent utilisée pour reconnaître de petites quantités d'iode libre; ou se sert aussi du sulfure de carbone pour l'econnaître le brome.
La solubilité du soufre dans le sulfure de carbone varie comme il suit avec la température :
Tempéiature.
— Il»
S dissous de 100 p. CS-.
Ces résultats sont sensdilemcnt traduits par la formule
La solution saturée de soufre bout à 55“. (Cossa, Bull, de la Soc. chim., XI, p. 137 ; Deutsch. chem. Ges. 1868, p. 117.)
La solubilité du phosphore est très grande : 1 p. CS® peut dissoudre près de 20 p. de phosphore ; cette solution est d’un maniement dangereux, le phosphore divisé qu’elle laisse pour résidu, après évaporation, pouvant s’enflammer spontanément.
La dissolution de ces corps simples dans le sulfure de carbone a lieu en général avec de faibles absorptions de chaleur. Ainsi un équivalent de soufre absorbe en se dissolvant — 0'^‘'‘,4 (Berthelot), l’iode — 2‘^,4, le phosphore — 0'^,46 fj. Ogier).
La solution de phosphore dans le sulfure de carbone s’altère assez rapidement; il se produit un dépôt rougeâtre. Procter {Chem. News, t. XXXIX, p. 245) dit avoir observé dans des flacons de cette solution, abandonnés depuis 5 ou 6 ans, la formation d’un composé explosif.
L’avidité de certains corps pour le sulfure de carbone peut être quelquefois mise à profit dans les laboratoires, pour extraire sans chauffer et à l’abri de l’air, des matières dissoutes dans le liquide : on place par exemple la solution sous une cloche au-dessus d’un vase renfermant des débris de caoutchouc : Liebermann recommande surtout pour cet usage, la paraffine qui absorbe jusqu’à 5 et 4 fois son poids de sulfure de carbone ; l’absorption continue même après que la paraffine est devenue liquide. {Deuts. chem. Geselk., XII, p. 1294.)
Le sulfure de carbone dissout lentement l’acide sulfureux liquide; par refroidissement le mélange se sépare en deux couches. (Sestini, Bull, de la Soc. chim., t. X, p. 227.)
La vapeur nitreuse se dissout dans le sulfure de carbone en donnant une coloration brune.
PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
1. Âclion de la chaleur. — Le sulfure de carbone est, comme nous le verrons, un composé formé avec absorpLion de chaleur, depuis ses éléments pris dans leur état actuel ; il n’est donc pas singulier qu’un tel corps soit décomposé par l’aclion de la chaleur ; ce qui est plus surprenant, c’est que sa décomposition commence précisément aux températures auxquelles il commence lui-même à prendre naissance: M. Berthelet a démontré ce fait par l’expérience suivante (fig. 56) :
On dispose dans un lourueau à réverbère uu tube de porcelaine enveloppé d’un second tube beaucoup plus large : l’espace annulaire est rempli de charbon concassé; dans cet espace on introduit de temps en temps des fragments de soufre, de manière à déterminer la production du sulfure de carbone : le tube intérieur, échauffé par le rayonnement du tube enveloppant, est traversé par un courant de vapeur de sulfure de carbone. Or tandis que, d’une part, le sulfure dans le tube enveloppant prend naissance par la combinaison des éléments, à une température qu’on ne saurait abaisser sans faire cesser la réaction elle-même, d’autre part, le sulfure de carbone qui traverse le tube intérieur est partiellement décomposé en soufre et en carbone formé de minces feuillets à l’éclat métallique et combustibles sans résidu. Les deux phénomènes, combinaison et décomposition, sont d’ailleurs tous deux incomplels. Entre le soufre, le carbone et le sulfure de carbone, il y a donc équilibre, de même que dans les expériences de dissociation de la vapeur d’eau ou de l’acide chlorhydrique, avec cette différence que, dans le cas de ces deux corps formés avec dégagement de chaleur, l’hydrogène et le chlore, ou l’hydrogène et l’oxygène, s’unissent totalement à des températures bien inférieures à celles où commence leur décomposition ; tandis que le sulfure de carbone ne commence à se former qu’aux limites de température où commence aussi sa destruction partielle. (Berthelet, Bull, de la Soc. chim., t. XI, p. 450.)
La décomposition ignée du sulfure de carbone peut être mise en évidence, au
SULFURE DE C.VRBOKE.
moyen d’un fil de platine plonge' dans de la vapeur de sulfure et rougi par un courant électrique.
Cette décomposition par la chaleur a lieu sans production de monosulfure.
M. Sidot [Comptes rendus, t. LXIX, p. 1504) a étudié la décomposition du sulfure de carbone en présence du charbon ; il se servait d’un tube de porcelaine rempli de braise portant à chacune de ses extrémités une cornue; l’une de ces cornues renfermait un poids connu de sulfure de carbone. Le tube étant chauffé au rouge, après avoir été purgé de l’air qu’il contenait, on distillait le sulfure de carbone de manière à le faire passer d’une cornue dans l’autre; puis la distillation était reproduite en sens inverse, et ainsi de suite ; au bout d’un certain nombre de passages, on constatait que le poids de la braise avait augmenté, et que le sulfure contenait du soufre et avait diminué de poids. La décomposition est d'autant plus rapide que la température est plus élevée ; le charbon acquiert en même temps des propriétés spéciales (voy. p. 53).
D’après Stein, lorsqu'on fait passer le sulfure de carbone dans un tube entièrement rempli de charbon, la décomposition au rouge n’est presque plus sensible, ou, si l’ou veut, le sulfure se régé.nère constamment ; on ne trouve en effet dans le produit condensé qu’un très petit excès de soufre ; cette observation n’est pas sans intérêt au point de vue de la production industrielle du sulfure de carbone : elle montre que la partie chauffée de la cornue doit toujours être entièrement pleine de charbon si l’on veut éviter toute perte de matière. (J. f. prackt. Chem., CVI, p. 316.)
2. Action de la lumière. — Le sulfure de carbone, même très pur, s’altère lentement à la lumière solaire, avec production d’un composé brun, insoluble, le monosulfure de carbone, qui se dépose (V. page 190) et de soufre qui se dissout.
3. Action de l’électricité. — D’après M. Lionnet, le sulfure de carbone serait décomposé, avec production de carbone cristallin, lorsqu’il est soumis à l’action électrique d’un couple formé d’une feuille d’or entourée d’une spirale d’étain; il se forme du sulfure d’étain et du carbone. [Comptes rendus, t. LXIII, p. 213.)
4. Chaleur de formation. — La chaleur de formation du sulfure de carbone peut être déduite de sa chaleur de combustion. La réaction
G®S‘ gaz. -h- 0** = C*0‘ + 2S^0‘
dégage, d’après les expériences que M. Berthelet a effectuées dans son appareil dit bombe calorimétrique.
A volume constant. -f 252®“‘,8
A pression constante. -1- 253 ,3.
Voici comment on procède, dans ce genre de combustions par détonation, quand il s’agit de liquides très volatils comme le sulfure de carbone. On introduit dans
la bombe calorimétrique de platine, dont nous reproduisons ici le dessin ‘ {Comptes rendus, XCI, p. 191) (fig. 57), une petite ampoule scellée de verre très mince, contenant une quantité de sulfure assez faible pour pouvoir se réduire entièrement en vapeur dans l’espace de la bombe, à la température de l’eau du calorimètre. On ferme alors tout le système, on y fait le vide par la vis obturatrice, on laisse rentrer de l’oxygène et on ferme la vis. Ceci fait, on brise l’ampoule par des secousses, et l'appareil est immergé dans l’eau du calorimètre; au bout de quelques minutes, les corrections étant devenues régulières, on enflamme le mélange par une étincelle électrique. En deux minutes environ le maximum est atteint.
La combustion du sulfure de carbone donne lieu à la formation d’une dose considérable d’acide sulfurique anhydre : on détermine cette quantité en dosant l’acide sulfureux produit, au moyen d’une solution titrée d’iode, et on compare cette quantité avec la pesée de sulfure de carbone dans l’ampoule; toutes corrections faites, on trouve que la combustion du sulfure de carbone li¬
quide
G\S‘ liq.-i-O*'=W-+-2SW dégage. ..... + 246c» ,fi
d’où la chaleur de formation :
G® diamant -f S* sol. = G®S* gaz absorbe. — 21'^''',1
— — = liq.. . . '.— 14 ,4
D’anciennes expériences de Fabre et Silbermann ont donné pour la chaleur de combustion un nombre notablement différent : -f- 258®“' ,5 ; mais ces savants n’ont pas tenu compte dans leurs expériences de la production d’acide sulfurique anhydre.
La formation du sulfure de carbone depuis ses éléments solides absorbe donc de la chaleur : il est vraisemblable qu’il y aurait au contraire dégagement à partir des éléments gazeux. Il est intéressant de rapprocher ces données thermiques du mode de formation synthétique du sulfure de carbone ; on sait en effet, d’après
Fig. .07.
i. La figure58 représenle le vase de platine enlouré d’acier; dans la figure59 se trouve le couvercle en platine, enlrant à frottement conique sur le haut du vase précédent : cette pièce porte une vis obturatrice, entièrement en platine, terminée en cône; un fil de jilatine isolé passe à travers le
Fig. 58. Fig. 59. Fig. tiO. Fig, fil.
couvercle et permet de faire jaillir une étincelle électrique à l’intérieur; la figure GO est la pièce de serrage du couvei’cle; en 61 se trouve un écrou supplémentaire, servant à serrer la pièce précédente, et ne faisant point partie de l’ensemble immei-gé dans le calorimètre.
SULl'ÜRK DE CAUDONE.
les travaux de M. Bertlielot, que la synthèse du sulfure de carbone a lieu précisément entre les limites de température l’épondant h la dissociation du composé. (Berthelot, Comptes rendus, XGl, p. 705.)
La nature endothermique du sulfure de carbone permet d’expliquer aisément les nombreuses transformations qu’il subit en présence des divers éléments ou corps composés : c’est, comme nous allons le voir, en exposant quelques-unes de ses réactions, un agent sulfurant très énergique.
5. Action âeVoxygéne. — Le sulfure de carbone s’enflamme facilement à l’air et brûle avec une flamme bleue. Gomme la tension de sa vapeur est considérable, il peut s’enflammer à distance : pour cette raison, c’est un des corps dont le maniement exige le plus de précautions. Son inflammabilité est plus grande même que celle de l’éther; il est facile de le montrer en plongeant un charbon rouge dans un verre contenant de l’éther : le charbon s’éteint sans enflammer l’éther, et cependant peut encore, si on le plonge immédiatement dans du sulfure de carbone, déterminer l’inflammation de ce dernier. Un mélange de vapeur de sulfure et d’air prend feu, dit-on, au contact d’une baguette de verre chauffée seulement vers 250”.
La combustion dans l’air ou dans l’oxygène produit de l’acide carbonique et de l'acide sulfureux :
CS^ + 0“ = GO^-l-2SOL
Le mélange de 6 volumes d’oxygène avec 2 volumes de vapeur de sulfure de carbone détone fortement dans l’eudiomètre ; mais, quoi qu’on fasse, la réaction est toujours un peu plus complexe que ne l’indique l’équation ci-dessus ; il se forme en effet des doses considérables d’acide sulfurique anhydre (il en est de même pendant la combustion du soufre pur).
Si l’on fait brûler du sulfure de carbone avec une quantité insuffisante d’oxygène, par exemple en l’enflammant à l’orifice d’une éprouvette étroite, il se dépose des quantités plus ou moins considérables de soufre.
Divers oxydants attaquent le sulfure de carbone. .Ainsi l’acide nitrique agit énergiquement sur la vapeur de CS-, et la change en acide sulfurique et vapeurs nitreuses. Avec le nitrate de potasse chauffé au rouge, le sulfure de carbone donne du sulfocyanure et de l’acide carbonique ; chauffé en présence des chlorates et des hypochforites, il ramène ces corps à l’état de chlorures et se transforme en soufre et acide carbonique. L’acide iodique dissous, chauffé en tube scellé avec le sulfure de carbone, produit de l’acide iodhydrique, et change le sulfure en soufre, acides sulfhydrique, sulfurique, sulfureux et carbonique :
IO»HO -1- CS^ = I -t- CO^ + SO‘H -h S 10410 -1- 2CS® -+-2110 = 2C0^ -d- HI + S04H- HS -d-
Le liquide se colore d’abord en violet par l’iode mis en liberté ; puis cette coloration disparaît par suite do la reaction de l’hydrogène sulfuré sur l’iode, qui régénère de l’acide iodhydrique et du soufre.
L’acide bromique produit une réaction du même genre.
Le sulfure de carbone est oxydé également par le permanganate de potasse. (Gloëz et Guignet, Comptes rendus, t. XLVI, p. 1110.)
6. Combustion dans le bioxyde d'azote. — Le sulfure de carbone brûle dans le bioxyde d’azote. La flamme prodnite, d’un bleu éblouissant, est très riche en rayons chimiqnes ; anssi peut-elle provoquer certaines réactions déterminées ordinairement sous l’influence seule de la lumière solaire. On se sert, par exemple, de cette flamme pour montrer dans les cours la combinaison directe de l’hydrogène et du chlore.
D’après Dibbits et Babo Müller, la flamme du sulfure de carbone brûlant dans le bioxyde d’azote, montre au spectroscope un spectre continu. Vogel y a observé un spectre primaire du soufre, apparaissant quand on examine la base de la flamme, et senlement au moment oû l’on insuffle le bioxyde d’azote. [Deuts. chem. Gesells. 1875, p. 96.)
La température théorique de combustion dn mélange de sulfure de carbone et de bioxyde d’azote est évaluée à TSOÛ® environ (voir : Berthelot, Sur les combustions opérées par le bioxyde d’azote ; Bull, de la Soc. chim., t. XXXVII, p. 5ol).
MM. Dclachanal et Mermet ont construit pour les usages photographiques une lampe à sulfure de carbone et bioxyde d’azote fournissant une flamme continue. L’appareil se compose d’un ballon à deux tubulures, de 500 centimètres cubes, renfermant des éponges, du coke ou de la pierre ponce imbibés de sulfure de carbone; par l’une des tubulures arrive le bioxyde d’azote, par l’autre sort le mélange éclairant qui est emmené, à travers un tube de verre large rempli de fils de fer fins et très serrés, formant une sorte de toile métallique destinée à empêcher la rétrogradation de la flamme et l’explosion du mélange gazeux contenu dans le ballon. (Bull, delà Soc. chim., t. XXIll,p. 521; Comptes rendus, LXXlX,p. 1078.)
Dans la lampe de M. Sell (Deuts. chem. Gesells., t. VII, p. 1522), les deux corps ne sont en contact qu’au moment de la combustion. Le sulfure est contenu dans une boule de verre refroidie par une autre boule pleine d’eau qui l’entoure ; la vapeur combustible monte par une mèche dans un bec d’Argand, à la partie centrale duquel s’engage un tube muni d’un robinet donnant accès au bioxyde d’azote : la flamme peut être aisément réglée.
7. Action de l'hydrogène. — L’hydrogène libre est sans action snr le sulfure de carbone, à la température ordinaire. Si l’on fait passer dans un tube chauffé au rouge de l’hydrogène chargé de vapeur de sulfure de carbone, il se forme nn peu d’hydrogène sulfuré, sans dépôt de charbon (voir page 192); le même mélange d’hydrogène et de vapeur de sulfure de carbone dirigé sur de la mousse de platine chauffée se décompose en hydrogène sulfuré et charbon. (Gossa, Deuts. chem. Gesells., 1868, p. 117.)
L’hydrogène naissant, tel qn’il est fourni par l’amalgame de sodium, détermine la formation d’un sulfure de carbone et d'hydrogène CMIS^ (Guignet, Loewig et Hermann, Lœw). D’après M. A. Girard, l’hydrogénation du sulfure de carbone par le zinc et l’acide chlorhydrique donne naissance au composé (CMPS®)', ou trisulfométhylène (voir page 192).
L'acide iodhydrique, au rouge naissant, hydrogène le sulfure de carbone et le change en gaz des maiais. Il se forme du carbone à l'aspect métallique, de l’iode, du soufre, de l’hydrogène, et du gaz des marais accompagné sans doute d’un peu d’éthylène (Bertbeloi, Ann. de chim. et de phys. (5), t. LUI, p. 69). Un autre
SULFURE DE CARUOiSE.
procédé très élégant de formation synthétique du gaz des marais, consiste à hydrogéner le sulfure de carbone par l’hydrogène sulfuré en présence du cuivre (grillé, puis réduit) chauffé au rouge sombre :
+ 16Cu = Cni‘ -f- 8Cu^S.
11 se forme en même temps une proportion sensible de gaz oléfiant et de naphtaline. Dans cette réaction, le cuivre peut être remplacé par le fer, et l’Iiydrogène sulfuré par de l’hydrogène phosphoré ou même de la vapeur d’eau. La proportion d’éthylène formé est plus considérable lorsqu’on fait agir sur le fer un mélange de sulfure de carbone, d’hydrogène sulfuré et d’oxyde de carbone. Ces belles expériences de M. Berthelot conduisent donc à une méthode nouvelle de synthèse du gaz des marais et du gaz oléfiant, depuis les éléments, et par suite à la synthèse des nombreux carbures et composés oxygénés qui dérivent régulièrement de ces gaz. [Ann. de chim. et de phys. (5), t. LUI, p. 118.)
La transformation du sulfure de carbone en gaz des marais peut être aussi effectuée au moyen de l’iodhydrate d’hydrogène phosphoré. Un mélange des deux corps chauffé à 120” — MO” en tubes scellés fournit de l’hydrogène sulfuré, de l’hydrogène phosphoré et du formène :
C^S‘-|-811=CqU + 4IlS.
On observe en outre, dans ces circonstances, la production d’un ilépôt rouge auquel Baeyer a attribué la formule PI {Ann. der. Phys, und Chem., t. CLV, p. 266). D’après Jahn (Deats. chem. Gesells., t. Xlll, p. 127), ces cristaux rouges seraient plutôt une combinaison de biiodure de phosphore et de sulfure de carbone : ils sont décomposés par l’eau avec formation d’hydrogène sulfuré, d’acide hypophosphoreux, d’acide iodhydrique et d’un composé blanc complexe C*S’'PdPO“.
En chauffant du sulfure de carbone avec de l’iodhydrate d’hydrogène phosphoré, en tubes scellés, M. Drechsel dit n’avoir pas observé de réaction à 140”; à 150” il a obtenu une masse cristalline brune renfermant de l’iodhydrate de triméthylphosphine et emprisonnant des cristaux rouges. La réaction est sans doute la suivante :
6CS^ 4PH*I = (C^H”)”P. lit + OHS 4- 5PS*1.
(Joum. f.prack. Chem. (2), t. X, p. 180; Bull, de la Soc. chim., t. XXtll, p. 109).
L’hydrogène arsénié, saturé de vapeur de sulfure de carbone et chauffé dans une cloclie courbe, se décompose en donnant un peu de sulfure d’arsenic et d’hydrogène sulfuré, sans dépôt notable de carbone; il semble se former aussi un peu de gaz des marais. Le gaz chlorhydrique est sans action sensible ; le gaz ammoniac, même en présence du cuivre, ne fournit point de carbures gazeux.
L’hydrogénation du sulfure de carbone par le zinc et l’eau, à 275”, fournit de l’hydrogène et du gaz des marais en faible proportion. Le cuivre et l’eau n’agissent pas sensiblement à 250”. Le cuivre, l’eau et l’iodure de potassium, à 275”, détruisent complètement le sulfure avec formation d’acide carbonique, d’hydrogêne, d’hydrogène sulfuré et d’une trace de gaz carboné. Avec l’iodure de potassium et l’eau, ou n’a que de l’hydrogène sulfuré et de l’acide carbonique (Berthelot).
ENCYCLOPEDIE CltUllOUE.
8. Action du chlore et des divers métalloïdes. — L’action du chlore varie selon les conditions dans lesquelles on se place.
Le mélange gazeux des deux,corps secs, passant à travers un tube chauffé au rouge, produit du chlorure de soufre et du perchloruro de carbone : on peut facilement caractériser ces deux corps apres les avoir séparés par des distillations fractionnées. (Kolbe, Ann. derChem. Pharm., t. LIV, p. 148; XLV, p. 41). A froid, l’action est différente : du sulfure de carbone étant mis en contact pendant longtemps avec du chlore, on voit peu à peu disparaître la couleur verte du gaz, et le sulture se transformer en un liquide rouge, qui, contient du chlorosulfure de carbone C^S^Cl^ (Kolbe). D’après Rathke, ce corps ne se formerait qu’en petite quantité, et le produit principal serait encore le perchlorure de carbone. L’action du chlore sec sur le sulfure de carbone en présence d’une petite quantité d’iode, peut donner naissance à un composé plus riche en chlore G^S^GD (Rathke).
Avec le chlore humide, ou avec l'eau régale, un nouveau composé se forme, le chlorure trichlorométhijlsulfureux, ou sulfite de tétrachlorure de carbone, présentant la composition G^GDS^O’, et résultant, si l’on veut, de la combinaison du tétrachlorure de carbone avec l’acide sulfureux provenant de la décomposition du chlorure de soufre par l’eau (Kolbe).
En présence d'un chlorure métallique, capable de fixer une nouvelle dose de chlore, comme le trichlorure d’antimoine, la chloruration du sulfure de carbone est singulièrement facilitée, et engendre du perchlorure de carbone et du perchloruro de soufre. 11 est probable que, dans ces conditions, le trichlorure d’antimoine fixe deux atomes de chlore et que le pentachlorure est incessamment ramené à l'état de trichlorure, en sorte que le chlore agit ici comme à l’état naissant. L’influence de l’iode sur la chloruration doit s’expliquer de même par la formation du trichlorure qui régénère constamment le protochlorure.
Le trichlorure d’iode, d’après Weber, fournit, avec le sulfure de carbone, du perchlorure de carbone, du chlorure de soufre, et une combinaison cristallisée de trichlorure d’iode et de chlorure de soufre. D’après Hannay [Chem. News, t. XXVlll, p. 254), la réaction du sulfure de carbone sur le trichlorure d’iode devrait être représentée par l’équation suivante :