‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. 2e section (volume 2)Chapitre 77 sur 197 · Bull. Soc. Chim., t. XII, p · texte numérisé non relu

Bull. Soc. Chim., t. XII, p

CYANOGÈfiH. ■)7',l

SOUS rinfluence" d’une trace d’acide cyanliydrique, ce papier se colore en bleu. C’est ce qui arrive quand on met ce papier dans la fumée d’un cigare ou d’une pipe : il bleuit. On ne saurait attribuer cet effet aux vapeurs ammoniacales contenues dans la fumée, car le même papier dans lequel on n’a pas mis de gaïac, mais seulement le sulfate de cuivre, ne bkuit pas dans la fumée du tabac.

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES

L’acide cyanhydrique a une odeur spéciale; c’est à la présence de cet acide que l’eau de laurier-cerise doit son odeur particulière. Lorsqu’on en respire, même une petite quantité, il produit dans l’arrière-gorge une sensation de chaleur remarquable. 11 occasionne facilement, lorsqu’on le respire en petites quantités, des maux de tête puis des nausées; mais il s’élimine rapidement de l’cconomie. A la dose de 5 centigrammes, pris d’un coup, il peut tuer un homme.

Ce liquide bouta -f 26",1 et se solidifie à —14" quand il est absolument anhydre. Une quantité d’eau, même très faible, élève notablement la température d’ébullition et abaisse le point de fusion.

Lorsque l’acide anhydre s’évapore à l’air, le froid produit est suffisant pour solidifier une portion de l’acide cyanhydrique. Les cristaux sont nacrés et translucides comme la cire. Ils sont très élastiques ; ils paraissent appartenir au système du prisme orthorhombique.

Sa densité à l’état liquide est à 7“ de 0,7058, elle est 0,6969 à 18".

La tension de vapeur de l’acide cyanhydrique est à 7" de 569"'“,82 et à 13",25 de 472 millimètres.

11 se dissout dans l’alcool. Pour sa solubilité dans l’eau, voir plus loin : Propriétés chimiques.

Sa densité de vapeur présente des variations intéressantes avec la température (Gautier) L

Densité théorique, 0,9349.

Densités de vnpour.

t. Aim. Chim. Phys. (A), t. XVII, p. 119.

Ces divers nombres ont permis de construire la courbe suivante.

1 . Action delà chaleur. — Chauffé à lOO”, en vase clos, pendant plusieurs heures, acide cyanhydrique anhydre se transforme en une masse noire, et si l’on ouvre les tubes, on trouve qu’il ne s’est pas dégagé de gaz dans cette transformation. Si l’on chauffe alors la matière dans un tube ouvert, il ne se produit rien au-dessous de

50“ ; au delà, il se dégage d’abord du cyanhydrate d’ammoniaque, puis du cyanogène. 11 reste dans le tube un résidu charbonneux. Lorsqu’on fait passer un courant de vapeur d’acide cyanhydrique à travers un tube chauffé, il se décompose en cyanogène, hydrogène, azote et carbone. — En présence du fer chauffé la réaction est la même. Le cyanogène s’unit à l’hydrogène pour former l’acide cyanhydrique sous l’influence d’une douce chaleur; c’est la réaction inverse qui a lieu dans la décomposition de l’acide cyanhydrique par la chaleur. Ces deux réactions inverses se limitent l’une l’autre.

2. Aclim des étincelles électriques. — Une série d’étincelles électriques décompose ce gaz en acétylène et azote. 11 se dépose quelquefois un peu de carbone :

2C^Azll = C‘ff-t-Az^

Mais cette réaction est limitée comme on pouvait le prévoir, puisque, par l’action d’une série d’étincelles passant dans un mélange d’acétylène et d’azote, nous avons obtenu de l’acide cyanhydrique. Un courant électrique traversant l’acide cyanhydrique liquide le décompose; il se dégage de l’hydrogène au pôle négatif. Au pôle positif, aucun gaz ne se dégage. Gay-Lussac attribue ce fait à ce que le cyanogène se dissout dans l’acide cyanhydrique, et Davy l’attribue à la formation de cyanure de platine.

5. Action de l'oxygène et des corps oxydants. — L’acide cyanhydrique brûle avec une flamme blanche bordée de pourpre. Un mélange de ce corps et d’oxygène détone, en présence d’une flamme, avec une grande violence. Il se forme, dans ces circonstances, de l’acide carbonique, de l’eau, de l’azote et une petite quantité d’acide nitrique. L’acide cyanhydrique donne avec l’eau oxygénée un peu d’oxamide.

4. — De la vapeur de soufre réagissant sur l’acide cyanhydrique donne un composé semblable, sinon identique, à celui que fournissent le cyanogène et l’acide sulfhydrique.

5. — Le chlore sec* donne avec l’acide cyanhydrique anhydre de l’acide chlorhydrique et du chlorure de cyanogène ;

HCy + CUt=IlCH-CyCl.

Avec de l’acide cyanhydrique hydraté et du chlore, on ne trouve qu’une petite quantité de chlorure de cyanogène; il s’est formé en même temps de l’acide carbonique, de l’oxyde de carbone, de l’acide chlorhydrique et de l’ammoniaque. Cette eî^périence avait été faite par Berthollet ; il avait remarqué que l’acide cyanhydrique, traité par l’acide muriatique oxygéné, acquérait une odeur plus piquante, mais il ne put se rendre compte de la réaction qui se faisait.

L’acide hypochloreux et l’acide cyanhydrique donnent en présence de l’eau du

l. Bull. Soc. Chim., t. XIV, p. 88 et 382; t. XVII, p. 305.

chlorure de cyanogène; de l’acide cyanurique, de l’acide chlorhydrique et du chlore libre (Balard).

Action du chlore en solution alcoolique. — M. Wurtz, en faisant passer un courant de chlore à travers une solution étendue d’acide cyanhydrique, a obtenu un produit qu’il considère comme une combinaison d’acide cyanhydrique et de chlorure de cyanogène C^AzI[,2C^AzCl. Suivant Naumann et Vogt, ce corps ne serait qu’un mélange des deux autres, effectué suivant des rapports quelconques. La considération des densités de vapeur s’accorde avec ces conclusions, la densité de vapeurs des corps étant sensiblement celle que posséderait un pareil mélange.

Par l’action d’un courant de chlore sur un mélange d’acide cyanhydrique concentré et d’alcool, Stenhouse a obtenu le composé C‘«lI“CPAz-Os et Bischolf le composé C*®H*°ClAz^0*. Ce composé fond à 11 se dissout facilement dans

l’alcool, dans l’éther et dans divers acides; l’eau le précipite de sa solution dans l’acide azotique. Il se décompose lorsqu’on le chauffe en présence de l’acide sulfurique, en donnant de l’alcool, du bioxyde d’azote, du sulfate d’ammoniaque et de l’acide sulfureux. Chauffé à 100“, en tubes scellés, avec de l’acide chlorhydrique, il donne de l’éther chlorhydrique, de l’acide carbonique et divers composés appartenant à la série du glycol. Lorsqu’on le chauffe à d5Ü" avec une solution alcoolique d’ammoniaque, il donne divers composés doués de propriétés basiques et qui n’ont pas été examinés.

On a représenté la composition de ces deux corps par les formules :

/HÂz.GO.C^lPO.

3fl(

\HAz.GÔ.e^IPÔ.

yYikz.m.QAWQ.

' ^HAz.GÔ.G^lPO.

L’action du hrome a donné des résultats analogues. Lorsqu’on ajoute un léger excès de ce corps à une solution alcoolique d’acide cyanhydrique, on n’observe d’abord rien, mais en chauffant légèrement, la réaction commence ; elle est assez vive et il se volatilise du bromure de cyanogène. 11 se forme en même temps divers produits que l’on sépare en ajoutant de l’eau. Dans ces conditions, le bromure d’ammonium formé se dissout dans l’eau et il se sépare une couche huileuse consistant principalement en une solution du composé C^'H^^BrAz^O” dans de l’éther bromhydrique. Ce corps se dépose pendant l’évaporation spontanée de la liqueur. 11 fond à 142“. Le composé C’“fP“Br2Az20“ fond à une température un peu inférieure, entre 115 et 116 degrés.

Ces composés (chlorés ou bromés) ne sont pas décomposé par l’hydrogène naissant.

L’iode, employé dans les mêmes circonstances, n’a rien donné d’analogue. L’on n’a rien obtenu non plus dans l’action de l’iodure de potassium sur les composés précédents.

Le hrome donne pareillement de l’acide bromhydrique et du brpmure de cyano-

CYAiNOGÈNE.

gène avec les solutions aqueuses d’acide cyanhydrique. Dans les mômes conditions, l’iode donne, suivant Porrett, de l’acide iodhydrique et du cyanogène avec les solutions aqueuses d’acide cyanhydrique.

6. — Le phosphore volatilisé en présence de la vapeur d’acide cyanhydrique ne donne rien.

7. Corps hydroge'nants. — L’hydrogène dit naissant se fixe directement à la température ordinaire sur l’acide cyanhydrique étendu ; il se forme de ]a méthylamine^,

C^AzH+41I = (?lPAzIP.

On fait l’expérience de la façon suivante : On met du zinc, de l’acide sulfurique et de l’acide cyauliydrique étendus. La solution contient du sulfate de zinc, du sulfate de méthylamine et de l’acide sulfurique. On précipite le zinc par l’hydrogène sulfuré, l’acide sulfurique par l’acétate de plomb, puis on distille, en présence d’un excès de potasse caustique; il se dégage de la méthylamine; le rendement est d’un quart environ (Mendius)^.

Cette réaction est générale et s’applique aux homologues supérieurs : si l’on emploie non plus l’acide cyanhydrique ou cyanure d’hydrogène, mais le cyanure de méthyle C^AzC^H^, on obtient l’homologue immédiatement supérieur de la méthylamine ; c’est l’éthylamine, etc.

8. — Le potassium, chauffé dans de la vapeur d’acide prussique, donne du cyanure de potassium et il se dégage le volume d’hydrogène correspondant.

Les métaux autres que les métaux des premières sections sont sans action spécifique.

9. Action de Veau''. — L’acide cyanhydrique et l’eau se mêlent en toutes proportions : ce mélange s’effectue avec des particularités remarquables, étudiées par divers auteurs, principalement par MM. Bussy et Buignet et par M. Gautier. Ces phénomènes consistent en des phénomènes thermiques, des phénomènes de tensions de vapeurs, de contraction, de fusion. Nous allons les étudier successivement.

Lorsqu’on fait un mélange d’eau et d’acide cyanhydrique anhydre, il se produit un abaissement de température qui varie avec les proportions d’eau et d’acide mises en expérience. M.M. Bussy et Buignet, qui se sont occupés de cette question, prenaient ces deux liquides et les mélangeaient en diverses proportions de façon que le poids total du mélange fût toujours le même (12 grammes). Les deux corps étaient placés dans deux tubes d’essai de 25 centimètres cubes environ, fermés par un bouchon et contenant chacun un thermomètre très sensible : les indications de ces thermomètres avaient été comparées. Les deux tubes étaient placés dans une enceinte jusqu’à ce que les deux thermomètres fussent stationnaires. On versait

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