OXYDE ROUGE DE PHOSPHORE
L’oxyde rouge de phosphore est aujourd’hui considéré généralement comme étant du phosphore rouge L
Le corps décrit autrefois sous ce nom par plusieurs chimistes était le résidu rouge qu’on obtient presque toujours dans la combustion du phosphore. La préparation la plus recommandée consistait à faire arriver un courant d'oxygène sur du phosphore maintenu en fusion au fond d’une éprouvette pleine d’eau chaude- Le phosphore brûlait : l’oxyde de phosphore restait en suspension dans Teau sous forme de flocons rouges qui étaient recueillis et séchés. On les purifiait en traitant par différents dissolvants pour enlever l’excès de phosphore : Boettger employait un mélange de sulfure de carbone et d’alcool anhydre; c’est peut-être là ce qui a donné à Schroetter l’idée de séparer les deux états allotropiques du phosphore au moyen du sulfure de carbone.
Les propriétés du corps ainsi obtenu sont presque identiques à celles du phosphore rouge. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner la description suivante, donnée par M. Pelouze {Annales de chimie et de physique, 2' série, année 1832, tome L, page 83) :
Corps rouge, sans odeur, sans saveur; n’est pas lumineux dans l’obscurité; chauffé au contact de Pair, ne s’y enflamme que vers le rouge obscur.
Une petite quantité de cet oxyde a été introduite un quart d’heure dans un bain de mercure bouillant et a parfaitement résisté. (A SSO”, la transformation du phosphore rouge en phosphore ordinaire est tellement lente qu’en un quart d’heure elle est insensible.)
Chauffé dans un tube fermé par les deux bouts, se change en acide phosphorique et phosphore qui distille.
Il est attaqué vivement par l’acide azotique, probablement à cause de son grand état de division.
Le soufre ne le décompose que vers la température à laquelle il fond et sans détonation, comme cela a lieu si facilement avec le phosphore ordinaire. (Le phosphore rouge agit exactement de même.)
Malgré cette identité de propriétés, on hésite à conclure à l’identité de compo-
1. Cependant MM. Reinitzer et Goldschmidt, qui sont revenus récemment sur cette question, admettent l’existence de deux modifications isomériques de l’oxyde de phosphore. Us obtiennen a modification rouge en faisant réagir le phosphore vers 200 ou 250 degrés sur le chloroxyde phosphore. {Jahresberichtüberaic FoHschride der Chemie, année 1880, page 274, ai Bulletin e la Société chimique, année 1880, tome XXXIV, page 641.)
sition à cause des analyses qui ont donné toujours pour l’oxyde de phosphore une certaine quantité d’oxygène au lieu d’indiquer du phosphore pur. Mais on sait combien il est difficile de débarrasser le phosphore de produits d’oxydation : pour peu qu’il renferme d’acide phosphorique, ce dernier attire de l’eau et fixe ainsi sur le corps à analyser une nouvelle quantité d’oxygène. On remarquera enfin que les analyses publiées sont loin d’être concordantes et qu’on en avait conclu tantôt la formule Pli“Û^ (Pelouze) *, tantôt la formule Ph®0 (Le Verrier).
Il est fort possible que l’oxyde de phosphore (au moins l’oxyde jaune) renferme de l’hydrogène ; il appartiendrait alors à la série des composés ternaires contenant du phosphore, de l’oxygène et de l’hydrogène, et décrits par M. Gautier. Nous arrivons à ce sujet.