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ACIDE ARSÉNIEUX

AsO\

75, 7G 1 vol.

1ÜÜ,0Ü Éq. en vol. = 1 vol.

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES

L’acide arsénieux, nommé aussi arsenic hlanc, est un corps solide, blanc, sans odeur, présentant une faible saveur âcre. Il se volatilise sans fondre au-dessous du rouge. Sa densité de vapeur est 15,85 ; elle correspond à 1 volume.

Les vapeurs d’acide arsénieux sont inodores, mais quand on projette ce corps

sur des charbons ardents, il y a réduction et on constate l’odeur alliacée dont nous avons parlé à propos de l'arsenic.

Lorsque, dans la distillation de l’acide arsénieux, les parois du vase de condensation se trouvent portées à une température élevée, les vapeurs de cet acide forment en se condensant une couche vitreuse et transparente. On peut obtenir ainsi des jjlaques incolores qui ont souvent la transparence du cristal.

Conservé pendant quelque temps, même à l’abri de l’air et de l’humidité, cet acide arsénieux vitreux perd peu à peu sa transparence ii partir de la surface et linit par se transformer en un corps blanc complètement opaque, ayant l’apparence de la porcelaine, ce qui a fait donner à ce produit le nom A’nciàeporcelanique.

Ce dernier est formé par un enchevêtrement de petits cristaux microscopiques, qui sont des octaèdres.

Cette transformation est accompagnée d’un dégagement de chaleur. On peut le mettre en évidence par l’expérience suivante, due à II. Rose. L’acide arsénieux vitreux, dissous dans l’acide chlorhydrique étendu et bouillant, cristallise par le refroidissement sous la forme d’octaèdres réguliers, et chaque cristal en se déposant est accompagné d’une émission de lumière. Si l’on agite le flacon où se fait la cristallisation, le nombre des cristaux augmente ainsi que l’intensité de la lumière produite. Lorsque la dissolution se refroidit lentement, les jets lumineux peuvent cqntinuer pendant quarante- huit heures.

L’acidè arsénieux opaque, dissous dans l’acide chlorhydrique, n’émet aucune lumière en cristallisant; il en est de même des cristaux provenant du refroidissement d’une dissolution chlorhydrique d’acide vitreux, lorqu’on les redissout dans l’acide chlorhydrique.

Ces observations démontrent donc que l’acide arsénieux vitreux se dissout dans l'acide chlorhydrique à l’état vitreux et ne passe à l’état d’acide opaque qu'au moment même de la cristallisation, et ce changement d’état est annoncé par un dégagement de chaleur, comme cela se présente souvent dans les modifications isomériques des différents corps.

L’acide arsénieux, examiné à l'état vitreux et à l’état opaque, présente dans les deux cas des propriétés différentes.

La densité de l’acide arsénieux vitreux est 3,7585, tandis que celle de l’acide opaque est 5,699 (Guibourt).

L’acide arsénieux vitreux est environ trois fois plus soluble que l’acide opaque; il est également plus soluble dans l’alcool (Bussy). L’acide arsénieux vitreux est soluble dans 25 fois son poids d’eau à 15"; l’acide opaque exige pour se dissoudre 80 fois son poids d’eau.

Par le broyage, l’acide vitreux passe rapidement à l’état d’acide porcclanique.

La chaleur tend au contraire à transformer l’acide opaque en acide vitreux. Ce résultat est obtenu lorsqu’on chauffe l’acide porcelanique à une température un peu inférieure à celle de sa sublimation, ou plus rapidement lorsqu’on le maintient en tube scellé un peu au-dessus de ce point.

Cette tendance se manifeste encore eu présence de l’eau : Ainsi l’acide opaipe se change en acide vitreux par une ébullition prolongée avec de 1 eau, et 1 aci e vitreux se transforme en acide opaque dans des liqueurs refroidies. On compren donc que les deux modifications de l’acide arsénieux doivent se trouver souven

ARSENIC

mêlées dans les mêmes dissolutions. Aussi la solubilité de l’un ou de l’autre acide ne paraît-elle pas constante ; une dissolution d’acide vitreux finit par s’abaisser au point de saturation qui appartient à la dissolution d’acide opaque pour la même température (Bussy).

L’acide arsénieux est un corps dimorphe.

Lorsque sa vapeur se condense avec lenteur sur un corps froid ou dont la température est inférieure à 200“, l’acide arsénieux cristallise sous forme d’octaèdres réguliers.

Wœhler [Annales de Poggendorff, t. XXXVI, p. 177) a fait connaître en 1852 une variété d’acide arsénieux, sous forme de petites plaques hexagonales, analogues d’aspect avec la stilbite. Obtenue dans un four à grillage de minerais de cobalt, cette variété n’avait pas été retrouvée depuis.

M. Masson, propriétaire des mines de cuivi’e de San-Domingos, en Portugal, a remis en 1868 à M. Claudel une matière qui présente exactement les mêmes caractères que le produit précédent. Il est en grandes lames mesurant quelquefois un pouce de côté; il est incolore, demi-transparent, flexible; son éclat est lustré et il se clive aisément en lames minces. Les cristaux ne sont pas parfaits, mais quelques-uns présentent une hémitropie semblable à celle du gypse. Leur densité =3,85 ; leur dureté, 2,5. Au microscope, ils dépolarisent la lumière polarisée. Traités par l’eau chaude après pulvérisation, ils présentent la même solubilité que les cristaux d’acide arsénieux ordinaire.

Cet acide dimorphe semble s’être formé dans des conditions singulières : Quelques anciennes galeries de la mine de San-Domingos ouvertes par les Romains, abandonnées par eux et depuis inondées, ayant été drainées par l’administration actuelle, la pyrite amoncelée dans ces galeries s’est mise depuis quelques années en combustion spontanée et c’est dans les crevasses de ce vaste appareil distillatoire que se sont déposés ces cristaux [Journal of the Chemical Society, 1868, p. 179).

M. Kuhn a obtenu les mêmes cristaux d’une dissolution d’arsénite d’argent dans l’acide azotique [Pharm. Centralblalt, 1842, p. 955).

En saturant par l’acide arsénieux une dissolution bouillante de potasse caustique et ajoutant ensuite de l’eau, M. Pasteur a obtenu un précipité d’acide arsénieux formé de très petits cristaux dérivant d’un prisme droit rhomboïdal [Comptes rendus, t. XXIV, p. 774).

M. Scheurer-Kestner a trouvé la même variété d’acide arsénieux dans un four à pyrites dans les circonstances suivantes : Le canal principal qui conduisait le gaz acide sulfureux du four à la chambre de plomb était tapissé de cristaux opaques ayant plusieurs millimètres de longueur et composés d’acide arsénieux pur. La présence de cet acide était due à l’emploi des pyi’ites arsénifères pour la fabrication de l’acide sulfurique ; les cristaux opaques et friables qui reposaient sur une masse pulvérulente d’oxyde et de sulfate de fer avaient tous la forme de prismes rhomboïdaux droits.

M. Kestner fit cette remarque, que l’acide arsénieux semblait prendre cette forme lorsqu’il cristallise par voie sèche et très lentement dans un courant d acide sulfureux. Du moins, l’observation de Wœhler, de M. Claudet et la précédente ont été faites toutes les trois sur des cristaux qui avaient pris naissance dans un courant sulfureux plus ou moins mélangé d’air. Mais M. Kestner a vainement cher-

ENCYCLOPÉDIE C1I15IIQÜE.

clié à reproduire cette cristallisation dans un tulie de verre. Il y a dès lors des conditions autres encore qui doivent être remplies, et ces conditions paraissent être la température à laquelle se produit la cristallisation. Lorsque la condensation de la vapeur d’acide arsénieux s’eflectue à une température supérieure à 200'’ ou obtient des prismes.

M. Debray a pu préparer dans le même espace l’acide arsénieux sous ses deux formes cristallines en enfermant une certaine quantité do cet acide dans un tube scellé qu’il enfonça verticalement dans un bain de sable chauffé vers 400’, de façon que la partie du tube contenant l’acide fut seule plongée dans le sable. Dans cette portion du tube, on trouve, après refroidissement, de l’acide vitreux ; à la |)arlie supérieure, où la température n’a pas dépassé 200°, se trouvent des octaèdres, enfin la partie moyenne contient des cristaux prismatiques [Comptes rendus, t. LVIII, p. 1209).

L’acide arsénieux prismatique peut s’obtenir facilement par voie humide. Nous avons indiqué précédemment les méthodes employées à cet effet par M.ll. Kuhn et Pasteur; nous ajouterons la suivante : Lorsqu’on abandonne à elle-même une dissolution concentrée et bouillante d’acide arsénique, sursaturée d’acide arsénieux, celui-ci se sépare de la solution sous forme d’aiguilles prismatiques déliées.

L’acide chlorhydrique dissout l’acide arsénieux avec beaucourp plus de facilité ojue l’eau pure; ce qui peut tenir à la formation de chlorure d’arsenic. En effet, lorsqu’on fait bouillir de l’acide arsénieux avec une solution bouillante d’acide chlorhydrique, il se volatilise du chlorure d’arsenic :

As0=+5HCl=:AsCD-)-3I10.

PROPRIÉTÉS CHIIÏligUES.

L’acide arsénieux se transforme en acide arsénique lorsqu’on le fait bouillir avec de l’acide azotique ou de l’eau régale.

Tous les agents oxydants agissent de même, notamment : l’ozone, le chlore, le brome et l’iode en présence de l’eau, les acides oxygénés du chlore, les acides chromique et permanganique.

La combinaison directe de l’oxygène avec l’acide arsénieux ne se produit ni à froid, ni en chauffant les deux corps en tube scellé à 100° pendant 48 heures, bien que cette oxydation

AsO^-h 0^ = AsO^ dégagerait-!- 52',4.

En présence de l’eau, c’est-à-dire à l’état dissous, la combinaison dégagerait ■q- 59%2.

Cependant à la température ordinaire elle n’a pas lieu d’une manière appréciable, que l’acide soit dissous dans l’eau pure ou dans l’acide chlorhydrique étendu.

Si l’on chauffe à 100°, il y a absorption d’oxygène sensible mais très lente. Avec de l’acide arsénieux et de l’eau pure à 100°, au bout de 48 heures, jV de 1 oxygène nécessaire pour une oxydation intégrale a été trouvé absorbé. Dans une solution chlorhydrique, après 20 heures à 100° il y avait ^ d’oxygène absorbé.

Lorsqu’on introduit une lame de platine en partie immergée dans une solution

ARSENIC

chlorhydrique d’acide arsénieux, celte lame détermine une ahsoi’ption lente de l’oxygène. Au bout de 2 mois à froid l’absorption de ce gaz s’élevait au delà de I de la quantité possible; dans un autre essai, elle a atteint le A 100”, au bout de 20 heures, l’absorption s’élevait à près de 1 équivalent.

Il en résulte qu’il faut se garder de mettre des lames de platine en contact avec l’acide arsénieux lorsqu’on veut doser l’ozone au moyen de ce réactif (Berthelet. Bull, de la Soc. ckim., t. XXVlll, p. 496).

L’acide arsénieux est facilement réduit au rouge par le charbon, l’hydrogène, le cyanure de potassium. Si l’on introduit dans un petit tube à essai le mélange de cet acide et de charbon ou de cyanure de potassium et que l’on chauffe la portion du tube qui renferme ce mélange à l’aide d’un bec de Bunsen, l’arsenic vient se sublimer sous forme d’un anneau noir miroitant un peu au delà de la partie chauffée.

Les acides phosphoreux et hypophosphoreux réduisent aussi facilement l’acide arsénieux. Il en est de même de certains métaux.

Si l’on fait bouillir une solution étendue d’acide chlorhydrique avec du cuivre et de l’argent et qu’on y ajoute de l’acide arsénieux, l’argent restera brillant pendant longtemps, tandis que le cuivre se recouvrira immédiatement d’un dépôt noirâtre queM. Reinsch considérait comme de l’arsenic ^.Action du cuivre et de l’argent sur l’acide arsénieux, par M. Reinsch. — News Jahrbuch für Pharmacie, t. XXV, p. 204).

Frésénius reconnut dans le dépôt noir précédent la présence du cuivre. Depuis M. Lippert a analysé ce produit et a trouvé que sa teneur en cuivre varie de 68,82 à 66,58 pour 100, et que par conséquent sa composition se rapproche de celle exigée par la formule Cu^As. L’hydrogène lui fait perdre environ 7 pour 1 00 de son poids et le transforme en un composé gris de l’apparence et de la composition de la domeijkite Gu'As décrit par M. Field. (Sur la nature du dépôt qui se forme sur le cuivre dans le procédé de Reinsch pour la recherche de l’arsenic, par M. Lippert. — Journal für praklische Chemie, t. XXIV, p. 244).

Introduit dans un appareil producteur d’hydrogène, non seulement l’acide arsénieux est réduit, mais l’arsenic se combine à l’hydrogène pour donner de l’hydrogène arsénié.

Lorsqu’on ajoute une solution de protochlorure d’étain à une dissolution d’acide arsénieux dans l’acide chlorhydrique, il se produit aussitôt un dépôt d’arsenic. Cette précipitation n’a pas lieu avec une solution aqueuse d’acide arsénieux.

Cette réaction peut être utilisée pour débarrasser l’acide chlorhydrique du commerce de l’arsenic qu’il renferme. Il suffit de laisser séjourner l’acide chlorhydrique brut pendant 24 heures avec une solution chlorhydrique de protochlorure d’étain; on sépare alors le dépôt et on distille le produit en recueillant à part le premier dixième qui passe légèrement coloré. L’acide ainsi obtenu est complètement exempt d’arsenic (M. Bettendorff, Zeitschrift für Chemie , t. V, p. 492).

M. Fremy, en faisant agir sur l’acide arsénieux l'amalgame de sodium, a obtenu un liquide incolore qui réduit à froid le permanganate de potasse, ainsi que les sels d’or, d’argent, de mercure et de cuivre. Ce produit se décompose lentement en prenant une coloration brune, puis eu laissant déposer de l’hydrure d’arsenic (M. Fremy, Compt. rend., t. LXX, p. 61).

L’acide arsénieux réduit le tartrate double de cuivre et de potasse et y détermine une précipitation d’oxydule de cuivre (M. Terreil). Il réduit également le chlorure d’or avec dépôt d’or métallique.

L'hydrogène sulfuré produit une coloration jaune dans une dissolution d’acide arsénieux ; au bout de quelque temps, ou par l’action de la chaleur, il se forme un précipité jaune de sulfure d’arsenic .4sS^ Ce précipité apparaît immédiatement si la dissolution d’acide arsénieux est additionnée d’acide chlorhydrique.

L’acide arsénieux se comljine avec l’acide sulfurique anhydre ; on a trouvé dans les produits du grillage de certains minerais de cuivre arsénifères de petits cristaux en forme de tables, dont la composition pouvait être représentée par AsO'qSO®.

En dirigeant un courant de chlore sur de l’acide arsénieux finement pulvérisé et chauffé avec précaution, M. Bloxam a obtenu du chlorure d’arsenic bouillant à loi". Le résidu est un liquide incolore, transparent, qui se prend par le refroidissement en une masse vitreuse, laquelle, chauffée plus fortement dans un courant de chlore, se volatilise totalement en dégageant de l’oxygène. Ce résidu est formé d’un mélange en proportions variables d’acides arsénieux et arsénique.

M. Bloxam a obtenu une masse vitreuse analogue en faisant passer des vapeurs d’acide arsénieux sur de l’acide arsénique fortement chauffé, mais cette masse n’est complètement transparente que lorsqu’elle renferme 1 équivalent d’acide arsénique pour 2 d’acide arsénieux. Cette combinaison s’obtient difficileiftent à l’état de pureté, parce qu’elle se décompose un peu au-dessus de la température à laquelle elle se forme {Bloxam, Journal ofthe Chemical Society, 2'sér., 1. 111, p.62).

Le trichlorure de phosphore réagit à 110" sur l’acide arsénieux en donnant : dAsO" -h 3PhCl" =: 2 As -I- oPhO" -f SAsCP.

En soumettant à l’action d’un courant électrique une solution étendue d'acide arsénieux dans l’acide chlorhydrique, M. Osann a obtenu sur l’électrode négative un dépôt noir d’arsenic. Avec un courant énergique, on peut obtenir de l’hydrogène arsénié.

L’acide arsénieux est un acide faible, qui colore en rouge vineux la teinture de tournesol. Il ne chasse pas l’acide carbonique des carbonates ; toutefois il se dissout en petite quantité dans les carbonates alcalins. Les combinaisons qu’il forme avec la potasse et la soude laissent déposer de l’acide arsénieux cristallisé, lorsqu’on les étend d’eau, ainsi que nous l’avons dit précédemment en parlant des expériences de M. Pasteur. Il en est de même lorsque ces solutions sont exposées à l’action de l’acide carbonique de l’air. Les solutions ammoniacales d’acide arsénieux, exposées à l’air, laissent dégager toute leur ammoniaque.

M. Thomsen, en effectuant l’oxydation de l’arsenic par le brome en présence de l’eau, a trouvé pour la chaleur de formation de l’acide arsénieux anhydre -H 77 calories et pour celle de l’acide hydraté -f- 73,5.

Une molécule d’acide arsénieux anhydre absorbe donc 3,5 calories en se dissolvant dans l’eau. Cette absorption considérable tend à prouver que la dissolution renferme l’acide arsénieux à l’état d’anhydride et non à l’état d’hydrate.

AsO"’ dissous -j- NaO en solution étendue, dégagent-!- 13", 8 — -!-2NaO -+-15/1

ARSEÎilC.

Tandis qu’il faut 2 équivalents de soude pour saturer 1 équivalent d’acide phosphoreux anliydre, les phénomènes thermiques ne se manifestent avec énergie pour l’acide arsénieux anhydre que pour le premier équivalent de soude. Gela revient à dire que l’acide phosphoreux hydraté est hibasique, tandis que l’hydrate arsénieux qui existe en solution est seulement monobasique. Les sels renfermant plus de base doivent être envisagés comme des sels basiques.

D’ailleurs l’énergie avec laquelle se manifeste la neutralisation est beaucoup plus faible pour l’acide arsénieux que pour l’acide phosphoreux {Deutsche chemische Gesellschaft, t. Vil, p. 1002 et p. 955).

PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUéS.

L’acide arsénieux, à la dose de quelques centigrammes, est généralement considéré comme un poison violent, occasionnant des inflammations et des ulcérations de la muqueuse stomacale et intestinale, accompagnées de vives douleurs; mais cette substance donne lieu à des phénomènes d’accoutumance remarquables.

Les doses faibles de composés arsenicaux ont une influence manifeste sur la formation de la graisse et le développement du foie. A dose un peu forte, il y a amaigrissement, et l’on peut observer que le globule sanguin s’altère; on y trouve quelquefois des cristaux d’hémoglobine; en même temps les urines deviennent ictériques ou albumineuses. La graisse du sang augmente du simple au double et quelquefois au triple. La cholestérine s’est- toujours accrue quand on élevait les doses d’acide arsénieux. Le glucose tantôt augmente beaucoup, tantôt diminue. (M. Ritter, Thèse de doctorat, 1872.)

D’après les expériences de MM. Schmidtet Stuerzwage de Dorpat {Journ. fürprakt. Chem., t. LXXVIll, p. 575), l’acide arsénieux introduit dans la circulation détermine une diminution considérable dans l’usure des organes et tissus ; en d’autres termes, les phénomènes organiques de la vie s’accomplissent, sous l’influence de l’acide arsénieux, sans provoquer dans le corps des transformations, des altérations, des sécrétions et des excrétions aussi nombreuses que celles qui seraient nécessaires pour l’accomplissement des mêmes fonctions dans les circonstances ordinaires.

Cette diminution dans l’usure des organes et tissus pourrait s’élever au chiffre ■considérable de 20 à 40 pour 100, meme sous l’influence de très petites doses d’acide arsénieux.

Elle est surtout frappante lorsqu’on opère sur des poules qui ne vomissent pas après l’ingestion de l’arsenic et ne rejettent pas leur nourriture ordinaire ; mais même chez les chats, qui sont sujets aux vomissements après l’injection de l’acide arsénieux dans les veines et chez lesquels la nutrition a éprouvé un temps d’arrêt, la dépense organique se trouve réduite d’environ 20 pour 100 après avoir préalablement soustrait la diminution occasionnée par le manque de nourriture.

Ces résultats expliquent d’une manière satisfaisante ce fait bien connu des maquignons, celui de l’engraissement facile des chevaux en leur administrant de faibles doses d’acide arsénieux.

En effet, si l’animal reçoit en même temps une quantité de nourriture égale à ■celle qui lui est donnée ordinairement et qui est reconnue suffisante pour son état

5‘20 ENCYCLOPÉDIE CIIUIIQUE.

normal, la diminution dans la production d’acide carbonique et d’urée, sous l’in fluence du traitement arsenical, doit laisser dans le corps une quantité équivalente de matières albumineuses ou protéiques et de matières grasses.

Lorsqu’on administre des doses plus fortes d’acide arsénieux, on voit apparaître des symptômes nerveux qu’on peut classer en deux catégories : irritation spinale et paralysie. A la première peuvent être rapportés les vomissements, la respiration accélérée, le pouls faible ; à la seconde, l’assoupissement, la faiblesse et une respiration ralentie et laborieuse.

Ces expériences sont encore intéressantes sous cet autre rapport, qu’elles tendent à confirmer les relations publiées sur les mangeurs d'arsenic, relations qui ont été contestées par beaucoup dé toxicologistes.

On peut citer à ce sujet différentes affirmations ; « L’emploi de l’acide arsénieux, à la dose de rjj à ^ de grain, est non seulement inoffensif, mais même bienfaisant. Non seulement des chevaux vieux et usés acquièrent par là une nouvelle vigueur et un meilleur appétit, etc., mais des pigeons auxquels on l’administre présentent également plus d’animation et plus d’avidité à prendre leur nourriture ; dans la haute Styrie, les paysans se servent de petites doses d’arsenic blanc comme condiment pour certains mets : par exemple, le fromage. » (Penny Cyclopedia of the Society for the diffusion of useful Knowledge. Lond. 185^, l.ll,p. 405).

Le docteur Stromeyer, dans son livre (Medicinische jiraklische Darstellung gesammelter Kreuwheitefaelle und des Heilverfahreus aus dem Tagebuch meiner Erfahrung. Wien-Gerold 1831), cite, comme preuve de l’aptitude de l’organisme à s’accoutumer même à l’arsenic, l’exemple d’un paysan qui pendant très longtemps prenait 10 grains d’acide arsénieux (près de 0s’’,o) par jour, mélangé avec scs aliments.

M. Roscoë, après avoir reçu communication d’une série de lettres adressées par 17 médecins de la Styrie à l’inspecteur médical du gouvernement autrichien à Gratz, conclut : que dans son opinion il était parfaitement prouvé que non seulement l’acide arsénieux était très répandu et parfaitement connu parmi les populations de la Styrie, mais encore qu’on y avait l’habitude de le prendre à des doses qui sont généralement considérées comme suffisantes pour occasionner la mort par empoisonnement dans les circonstances ordinaires (E. Kopp, Bull, de la Soc. chimique, 1801, p. 21).

Ces conclusions sont peu d’accord avec les résultats des expériences effectuées par MM. 0. Caillol de Poney et Ch. Livon. D'après ces auteurs, lorsque l'on soumet des chats, par exemple, à un régime arsenical continué à faible dose pendant longtemps, ces animaux semblent, dans la première période, s’en trouver admirablement, car ils mangent davantage, ils engraissent et ont tous les signes d’une très bonne santé; mais le traitement continuant, ces mêmes animaux, apres être restés pendant un certain temps dans cet état de santé parfaite, commencent a maigrir; la diarrhée les prend, ils perdent l’appétit et deviennent languissants ; ils finissent enfin par mourir dans un état d’anémie et de maigreur qui fait un contraste surprenant avec l’état dans lequel ils se trouvaient dans la première pério e de l’expérience. l’autopsie, tous les muscles y compris le cœur sont d une pâleur extrême; le feie, le poumon et les reins présentent à l’œil nu tous les caractères c

ARSENIC

la dégénérescence graisseuse ; les ganglions mésentériques sont tous très hypertropliiés et ont subi aussi la dégénérescence graisseuse.

MM- Comil et Brault avaient déjà signalé la dégénérescence graisseuse du foie, des poumons et des reins dans l’empoisonnement aigu {Compt. rend., t. XGIV, p. 1566).

Ludwig a étudié la répartition de l’arsenic dans l’organisme après les intoxications par les composés arsenicaux. Il s’est servi à cet effet des organes de personnes empoisonnées ou de gros chiens de 20 kil. qu’il soumettait à une intoxication aiguë ou chronique.

Chez un homme mort à la suite d’ingestion d’arsenic et dont il a analysé le foie, le cerveau, un rein, 600 grammes de muscles pris à la cuisse et 255 grammes d’os (tibia et péroné), il est arrivé aux résultats suivants :

100 grammes de foie contenaient O»'', 00538 d’arsenic.

100 — cerveau — 0 ,00004 —

100 — rein — 0 ,00515 —

100 — muscles — 0 ,00012 —

c’est-à-dire que la proportion d’arsenic contenue dans un même poids de cerveau, de foie, de rein et de muscles est représentée par 1 — 84 — 129 — 3.

Les principaux résultats obtenus par les analyses des organes d’hommes et d’animaux peuvent se résumer ainsi :

Dans l’empoisonnement aigu ou chronique, l’arsenic peut être retrouvé dans les os. Si les doses employées ne sont pas mortelles, on trouve encore de l'arsenic dans les os longtemps après qu’on a cessé d’administrer le poison ; chez un chien qu’on avait tué 27 jours après l’ingestion de la dernière dose, on retrouva de l’arsenic dans les os. On n’en trouva pas chez un autre tué au bout de quarante jours, tandis que son foie en contenait une quantité notable.

Le cerveau ne contient jamais qu’une petite proportion d’arsenic aussi bien dans les empoisonnements aigus que dans les chroniques. Le foie au contraire en renferme toujours une très forte proportion ; il en est de même des reins, qui peuvent même dans les cas aigus être plus riches que le foie. Les muscles en contiennent peu, mais toujours plus cependant que le cerveau. Dans les intoxications chroniques où la guérison survient, c’est le foie qui conserve le [ilus longtemps l’arsenic après qu’on a cessé de l’administrer à l’intérieur. Chez un chien tué 40 jours après l’ingestion de la dernière dose, on trouva une forte proportion d’arsenic dans le foie, alors que le cerveau, les os et les muscles n’en contenaient plus trace. [Schmidt's lahrbüche, B. 189, n» 5.)

Ces conclusions ne concordent pas avec les résultats des expériences effectuées par M. Scolosuboff. Il résulterait en effet de ces dernières que l’arsenic, loin de se localiser dans les muscles, se condenserait tout spécialement dans le tissu nerveux et qu’il n’envahirait que consécutivement le foie et les muscles.

Ces recherches ont été faites sur des chiens, des lapins, des cobayes, des grenouilles. Les premiers de ces animaux surtout peuvent impunément absorber de grandes quantités d’acide arsénieux, qui sont, pour un même poids d animal, inoffensives à des doses de 15 à 18 fois plus fortes que les doses mortelles pour l’homme. Le chien augmente de poids, en général, et ne présente de dégénérescence

Ô22 ENCYCLOPÉDIE CIliMIQUE.

graisseuse ni du foie, ni des muscles, quoiqu'il se soit localisé dans son cerveau et sa moelle des quantités notables d’arsenic. Les animaux en expérience prenaient leur nourriture ordinaire additionnée d’un volume connu de solution titrée d'arsénite de soude.

Le tableau suivant donne les quantités d’arsenic retirées (au moyen de l’appareil de Marsh) de 100 parties fraîches de divers organes chez les animaux soumis à l’action continue de l’arsénite de soude :

100 «'■ de muscles frais.

100 8*' de foie .

BOULEDOGUE ayant pris, durant 34 j .

dos doses croissantes d’AsO® depuis 0t%003 jusqu’à Oc^lSO par jour.

Bien portant.

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