DOSAGE DE L'ARSENIC
On peut doser l’arsenic à l’état de sulfure ou à l’état d’arséniate insoluble ou par des liqueurs titrées.
Dosage à l'état de sulfure. — Pour doser l’arsenic par celte metbode, il faut qu’il soit à l’état d’acide arsénieux, car l’acide arsénique n’est décomposé que très lentement par l’hydrogène sulfuré, et la précipitation du sulfure, souvent incomplète, est toujours diflicile. 11 est donc nécessaire, si la liqueur contient de l’acide arsénique, de transformer cet acide en acide arsénieux. Cette réduction so fait aisément en traitant la liqueur par une dissolution d’acide sulfureux ; lorsque la réduction est opérée, on chauffe doucement et sans déterminer l’ébullition du liquide, pour chasser l’excès d’acide sulfureux. La liqueur, ne contenant que de l'acide arsénieux, est acidifiée par de l’acide chlorhydrique et introduite dans un flacon bouché à l’émeri, puis sursaturée par de l’acide sulfhydrique. Une heure après, on fait passer un courant d’acide carbonique jusqu à ce que tout 1 exce» d’acide sulfhydrique soit éliminé. Le précipité, recueilli sur un filtre taré, est ave, ensuite desséche à 100» et pesé. Ce sulfure (AsS») contient 60,98 pour 100 d arsenic.
AUSENIC. 547
Cette méthode ne donne pas des résultats exacts quand la liqueur renferme des ■substances qui de'composent l’hydrogène sulfuré ; dans ce cas le sulfure est mélangé à du soufre précipité. Pour le constater, il faut faire l’analyse du précipité et doser ,1e soufre et l’arsenic. Le sulfure est alors traité par l’acide azotique : l’acide sulfurique produit est précipité à l’état de sulfate de baryte et le poids de ce dernier fait connaître celui du soufre. Quant à l’acide arsénique, on le dose à l’état d’arséniate ammoniaco-magnésien.
Quelques chimistes traitent le résidu de sulfure d’arsenic et de soufre par l’ammoniaque, en se fondant sur la solubilité du sulfure dans cet alcali ; le résidu est du soufre pur. Mais il faut remarquer que le soufre étant légèrement soluble dans une dissolution ammoniacale de sulfure d’arseràc, le résultat obtenu n’est qu’approximatif.
Les arséniates insolubles qui se prêtent le mieux à la détermination de l’arsenic sont ceux de plomb, de fer ou de magnésie et d’ammoniaque.
Dosage de V arsenic à l'état d'arséniate de plomb. — Ce procédé est applicable au dosage de l’acide arsénique libre ou faisant partie de composés qui ne renferment pas de principes fixes susceptibles de le devenir en présence de l’oxyde de plomb. On introduit dans une capsule de porcelaine ou de platine pesée d’avance une quantité connue de la dissolution arsenicale à laquelle on ajoute ensuite un poids déterminé d’oxyde de plomb pur et récemment préparé par la calcination de l’azotate de plomb. Il faut environ 5 à 6 parties de cet oxyde pour 1 partie d’acide arsénique. Après avoir évaporé avec précaution tout le liquide, on chauffe lentement et graduellement le résidu et on le maintient pendant quelque temps au rouge naissant. Il reste un mélange d’arséniate de plomb et d’oxyde de plomb. On retranche du poids total de ce résidu celui de l’oxyde de plomb, et la différence indique le poids de l’acide arsénique qui se trouve dans la portion de la liqueur employée.
Dosage de l'arsenic à l'état d'arséniate de fer. — L’arsenic peut être dosé de cette manière lorsqu’il existe dans une liqueur à l’état d’acide arsénique et ne contenant pas d’autres bases que les alcalis. Si l’arsenic n’était pas sous forme d’acide arsénique, on devrait d’abord l’amener à cet état. Si cet acide était associé à d’autres bases que les alcalis, il faudrait fondre le produit avec un mélange d’azotate de potasse et de carbonate de soude, pour le tranformer en arséniates alcalins solubles et en oxydes métalliques insolubles.
On dissout une quantité connue de fer dans l’acide azotique, on mélange cette solution à la liqueur arsenicale et on ajoute de l’ammoniaque en excès. L’oxyde de fer se précipite en entraînant la’totalité de l’acide arsénique àM'état d’arséniate de fer basique. Il est nécessaire que l’oxyde de fer soit en excès, autrement le précipité serait gélatineux et ne pourrait être qu’imparfaitement lavé. Le précipité est rouge brun quand l’oxyde de fer est en quantité suffisante; la proportion qu’il convieni d’employer est 1 partie de fer pour 2 parties d’acide arsénique que l’on suppose exister dans la substance à analyser. La liqueur est placée dans un endroit chaud ; lorsque le précipité est rassemblé, on le recueille sur un filtre, on le lave avec soin et on le dessèche. Il faut ensuite le calciner à une chaleur modérée au commencement, pour que l’ammoniaque soit volatilisée sans que l’acide arsénique soit réduit.
puis on chauffe au rouge intense. Il suffit de retrancher du poids du précipité celui connu de l’oxyde de fer pour connaître la quantité d’acide arsénique qu’il contient (Berthiér).
En remplaçant dans ce procédé l’ammoniaque par le carbonate de baryte, il est possible de doser l’arsenic à l’état d'arséniate de fer en présence des oxydes métalliques qui ne sont pas précipités par le carbonate de baryte. La liqueur arsenicale mélangée à un poids déterminé de fer en dissolution dans l’acide azotique, est mise en contact pendant plusieurs heures et à froid avec un excès de carbonate de baryte. Au bout de ce temps, le précipité insoluble que contient la liqueur renferme l’oxyde de fer, l’acide arsénique et l’excès de carbonate de baryte. Ce précipité est lavé d’abord par décantation, puis sur un filtre ; ensuite il est calciné pendant longtemps à une chaleur modérée. Le résidu de cette calcination est pesé et dissous dans l’acide chlorhydrique; la baryte est alors précipitée à l’état de sulfate. Le poids du sulfate de baryte produit sert à calculer celui du carbonate de baryte. La quantité d’acide arsénique est obtenue en retranchant du poids du résidu les poids connus du carbonate de baryte et de l’oxyde de fer.
Si la liqueur à analyser contenait de l’acide sulfurique, il faudrait, avant de commencer le dosage, éliminer cet acide par le chlorure de barium (Kobell).
Dosage de l'arsenic à l'état d’arséniate ammoniaco-magnésien. — Pour employer ce procédé, il faut encore que l’arsenic soit à l’état d’acide arsénique. La liqueur est d’abord mélangée avec un excès d’ammoniaque, qui ne doit point la troubler, même après quelque temps ; puis on y verse un léger excès d’une dissolution de sulfate de magnésie additionnée de chlorhydrate d’ammoniaque, en proportions telles que la magnésie ne soit pas précipitée par l’ammoniaque. L’acide est complètement précipité à l’état d’arséniate ammoniaco-magnésien insoluble. Après douze heures de repos, le précipité recueilli sur un filtre desséché et taré est lavé avec de l’eau ammoniacale, desséché à 100“ et pesé. L’arséniate ammoniaco-magnésien, desséché à 100“, renferme 62,9 pour 100 d’acide arsénique ; il correspond à la formule AzIPO,2MgO,AsO®-|-IIO (Levol).
Ün admet généralement que l’on ne peut pas calciner ce sel pour le transformer en pyroarséniate de magnésie, parce que l’arsenic serait réduit en partie et volatilisé. Cependant M. Mac Yvor dit avoir obtenu de bons résultats en séchant l’arsemate ammoniaco-magnésien à 120“, puis l’introduisant dans un creuset de porcelaine qu’il porte successivement à 140 et à 180“ dans une étuve à air, et quil chauffe ensuite sur un brûleur de Bunsen et finalement à la lampe d’émailleur. [Chemical News, t. XXXII, p. 285.)
M. Chancel, pour évaluer la proportion d’acide arsénieux contenue dans une liqueur, utilisa la propriété que possède l’iode de transformer instantanément, au sein d’une liqueur alcaline, l’acide arsénieux en acide arsénique :
AsO-4- 2(NaO,I10)+ 2 1+ HO = 2NaI+ Asü^SHO, et se servit à cet effet d’une liqueur titrée d’iode.
ARSENIC