PROPRIÉTÉS DU SÉLÉNIUM
La température d’ébullition du sélénium a été déterminée par M. Troost, en employant la méthode décrite dans cette Encyclopédie, tome I, page 486; ce savant ayant trouvé des nombres compris entre 664“ et 666°, a admis le nombre 665" jiour le point d’ébullition du sélénium sous les pressions voisines de 760""". On ])eut donc utiliser cette température constante, comme celle du mercure et du soufre en ébullition, pour effectuer, dans des vases en verre de Bohême, des réactions chimiques qui exigent un temps prolongé, et pour déterminer des densités do vapeurs. (C. R-, tome XCIV, page 1508.)
La vapeur du sélénium est moins foncée que celle du soufre, mais plus que celle du chlore ; elhi ne dégage l’odeur du raifort que quand elle est à une température assez élevée pour s’oxyder. Lorsqu’elle se condense dans des vases étroits, elle donne naissance à des gouttelettes noires qui se rassemblent comme celles du mercure ; mais si on la fait arriver dans de larges vaisseaux, où elle puisse être brusquement refroidie par l’air qui y pénètre aussi, elle se dépose sous forme d’une poudre rouge-cinabre analogue au soufre en fleurs.
Avant de se déposer, elle ressemble à une fumée rouge.
Sa densité de vapeur à . . . 860" est .... 7,67
(H. Sainte-Claire Deville et L. Troost, Ann. de chim. et de phys. (3), t. LVlll, p. 290 et 297.)
Conductibililé électriiiue du sélénium. — On sait depuis Berzélius que le sélénium vitreux ne conduit pas l’électricité; llittorf a montré le premier que le sélénium métallique est, au contraire, bon conducteur. M. Willougby Smith a fait voir, en 1873, que la résistance opposée par le sélénium au passage d’un courant électrique est moindre lorsqu’il est exposé à la lumière que lorsqu’il est dans l’obscurité. En général, toute variation dans l’intensité de la lumière qui éclaire le sélénium, entraîne des variations correspondantes dans la conductibilité de ce métalloïde. Cette propriété a été appliquée par M,M. Graham Bell et Tainter à la construction du photophone, instrument qui a pour objet de transmettre les sons par l’intermédiaire d’un rayon lumineux. {Ann. de chimie et de phys. (5), t. XXI, p. 399.)
Ayant en vue la construction du photophone, on s’est attaché à produire la variété du sélénium dont la conductibilité électrique est la plus sensible à l’action de la lumière. MM. Graham Bell et Tainter ont conseillé le procédé suivant.
On chauffe sur une étuve à gaz ordinaire le sélénium noir vitreux du commerce. A partir d’une certaine température, sa belle surface polie se ternit, et paraît se
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couvi'inrun léger nuage; après quelques instants, toute cette surlace est devenue granuleuse et cristalline; il n’y a plus qu’à laisser refroidir le sélénium sans précaution spéciale.
Le changement d’aspect qui vient d’être décrit résulte de ce que le sélénium prend, tout en restant solide, l’état cristallisé. Pour s’en assurer, il suffit de supprimer la source de chaleur dès l’apparition de la pellicule terne dont il a été parlé ci-dessus, et d’observer au microscope la surface du sélénium ; on y voit des cristaux distincts et séparés, semblables à des flocons de neige grisâtres sur un fond rouge rubis. Si la cristallisation est plus avancée, ces cristaux ressemblent à des basaltes détachés les uns des autres.
Le sélénium ainsi préparé est bon conducteur de l’électricité et sensible à l’action de la lumière.