EXTRACTION DU TELLURE
La méthode à employer pour l’extraction du tellure varie suivant la composition chimique du minéral dont on fait usage.
I. Supposons d’abord que ce minéral soit le tellure feuilleté de Nagyag {Nagyagite)-, c’est une combinaison chimique de tellurure d’or et de sulfures de plomb et d’antimoine ; on peut on i-etirer le tellure par le procédé suivant, dû à Berthier ;
Le minéral finement pulvérisé est traité par l’acide chlorhydrique à Tébulblion, tant qu’il se dégage de l'acide sulfhydrique ; les sulfures de plomb et d’antimoine sont dissous, et le tellurure d’or reste inattaqué.
On traite ensuite ce tellurure par l’acide nitrique, qui dissout le tellure et laisse Tor ; après avoir évaporé à siccité la dissolution de tellure et chassé tout Tacide nitrique, on reprend le résidu par Tacide chlorhydrique, et on précipite le tellure par Tacide sulfureux.
II. Si le minéral est argentifère {Petzite], Berthier recommande la méthode suivante :
Après avoir finement pulvérisé le minéral, on le fera fondre dans un creuset de Hesse avec 8 parties de salpêtre et 20 parties de carbonate de soude anhydre , 1»
niasse en lüsion sera versée dans un vase en Ter, et pulvérisée après complet refroidissement.
Le produit ainsi obtenu sera encore traité deu.v fois de suite de la même façon, avec 8 parties de nitre ; en dernier lieu on le laissera refroidir dans le creuset.
Par suite de ce traitement, l’or, l’argent, le plomb et l'antimoine sont réunis dans un culot au fond du creuset.
Le tellure se trouve à l’état de telluratc de potasse mêlé de sulfete, de carbonate de potasse et d’antimoniate de plomb ; en dissolvant cette masse saline dans l’eau, ce dernier composé reste insoluble ; pour avoir le tellure, il suffit de sursaturer la dissolution par l’acide clilorhydriquc et d’y ajouter du fer pur.
in. Mais aujourd’hui, on emploie surtout, pour le traitement des tellurures auroargentifères, le procédé iiidicpié par Schroetter (Bull. Soc. clnm., t. XVIII, p. 511 et t.XX,p. 502).
Il convient de pulvériser d’abord le minerai et de le traiter à plusieurs reprises par l’acide chlorhydrique bouillant, pour le déljarrasser des carbonates et des sulfures ; ensuite, de faire bouillir le résidu avec de l’eau régale, évaporer la dissolution à siccité, reprendre par l’eau et filtrer. L’or sera ensuite précipité par le sulfate ferreux ou l’acide oxalique ; on précipitera le tellure dans la liqueur filtrée additionnée d’acide chlorhydrique au moyen d’une lame de zinc.
Après avoir porté au rouge sombre la masse noirâtre ainsi obtenue pour volatiliser le chlorure de zinc, l’avoir lavée à l’eau et à l’acide sulfurique pour dissoudre un peu d’argent, on peut, pour avoir du tellure presque pur, la redissoudre dans l’acide nitrique, évaporer à siccité, reprendre le résidu par l’eau et l’acide chlorhydrique et précipiter dans celte dissolution le tellure par l’acide sulfureux ou un sulfite alcalin.
IV. Le tellurure de bismuth naturel fournit assez facilement du tellure pur.
Ou mélange le minéral pulvérisé et débarrassé de sa gangue, avec son poids de carbonate de soude, et en y incorporant de l’huile, on fait avec le tout une pâte épaisse.
On chaulfe ensuite cette pâte dans un creuset couvert, d'abord doucement, tant que les gaz produits par la décomposition de l’huile brûlent entre le creuset et le couvercle, puis plus fortement de manière à atteindre le rouge blanc ; on laisse ensuite refroidir le creuset en évitant l’accès de l'air dans son intérieur.
Le produit ainsi obtenu est lavé sur un filtre avec de l’eau privée d’air par l’ébullition ; il s’en écoule une liqueur fortement colorée en rouge par du tellurure de potassium ; le bismuth et le charbon restent sur le filtre. Exposée à l’air, la liqueur rouge laisse spontanément déposer en (juclques heures tout le tellure qu’elle contient ; on active le dépôt du tellure en faisant passer un courant d’air dans la liqueur.
V. Quoique le tellurure d’argent pur soit assez peu abondant dans la nature, on peut avoir intérêt à en retirer le tellure.
On se sert pour cela d’un tube à deux boules ; le minéral grossièrement pulvérisé est placé dans l’une d’elles ; on le chauffe doucement tout eu laisant passer ilans le
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE, tube un courant de chlore ; on recueille ainsi le chlorure de tellure dans la deuxième houle ; l’opération est terminée quand le chlorure d’argent est amené entièrement à l’état liquide.
Les deux houles étant séparées, on dissout le chlorure de tellui-e dans l’acide chlorhydrique étendu, et dans cette dissolution on précipite le tellure au moyen de l’acide sulfureux ou d’un sulfite alcalin.
Remarques importantes. — 1. Dans les cas où l’on est obligé de mettre le tellure en liberté, par l'acide sullurenx ou un sulfite alcalin, la liqueur doit être exempte d’acide nitrique ; sans quoi, le précipité formé tout d’abord ne tarde pas à se redissoudre en même temps qu’il se produit un dégagement tumultueux de vapeurs rouges.
Si donc la liqueur contient de l’acide nitrique, il faut l’évaporer au bain-marie jusqu’à ce que l’acide chlorhydrique ait éliminé tout l’acide nitrique, redissoudre le résidu par l’acide chlorhydrique et enfin précipiter par l’acide sulfureux.
II. Les dissolutions doivent contenir une assez grande quantité d’acide chlorhydrique libre; en outre, elles doivent être concentrées avant la précipitation ; car les dissolutions étendues ne sont précipitées que d’une manière lente et incomplète.
III. Il est avantageux de précipiter le tellure en chauffant la dissolution à une température voisine de l’ébullition, avant d'y ajouter le sulfite alcalin ou d’y faire passer le courant d’acide sulfureux.
La liqueur prend d’abord une belle couleur bleue par réfraction; le tellure s’agglomère ensuite en gros flocons qui gagnent rapidement le fond du vase. La précipitation est complète, lorsque la liqueur maintenue à l’ébullition reste claire et conserve cependant l’odeur d’acide sulfureux.
Quand on sépare le tellure de la liqueur acide par filtration, il est important que le précipité n’ait pas le contact de l’air, tant qu’il est imbibé d’acide ; dans le cas contraire, il se dissout abondamment, il faut donc le laver à l’eau bouillie, en maintenant le filtre constamment plein, tant que la liqueur qui s’écoule est acide.
Par précaution, on pourra ensuite concentrer la liqueur filtrée, et l’essayer par un sulfite alcalin.