APPLICATIONS DE LA HOUILLE. - RÉSERVE FUTURE DES HOUILLÈRES
« La véritable histoire de la houille, dit M. Simonin, commence avec le dixhuitième siècle; on dirait qu’elle est liée à l’histoire de l’esprit moderne. Et voyez comme tout s’enchaîne ! c’est dans les mines de houille que la machine à vapeur est inventée. En Angleterre, des chantiers profonds sont inondés dans les houillères de Newcastle. On doit d’abord retirer les eaux, si l’on veut continuer à extraire le charbon ; mais la pompe, restée la même depuis Archimède, ne suffit plus ; il faut un engin plus puissant. Savery, Newcomen, Walt, arrivent successivement ; — trois ouvriers qui deviendront trois hommes de génie ! Lu pompe à feu, la machine à vapeur est trouvée ; Watt en arrête presque définitivement les principales dispositions et désormais ce n’est plus l’eau seulement, c’est la houille que la machine extraira des profondeurs du sol, et cela en quantités si considérables qu’elles soient.
« Ce n’est pas tout, le charbon est matière lourde, encombrante, se vend à bas prix. Il ne suffit pas de l’arracher aux entrailles du sol, il faut encore le transporter économiquement, souvent à de très grandes distances. Qui rend le transport difficile, coûteux? L’état des chemins. On modifie ces chemins, sans se douter de la portée immense du résultat qu’on va bientôt obtenir. On imagine les ornières de bois sur lesquelles les roues glissent avec facilité. On les applique d’abord dans les galeries souterraines, puis aux voies de la surface. Mais le bois bientôt s’altère, se pourrit. On remplace les ornières de bois par des ornières de fonte creuses, puis plates, avec un rebord latéral. Le fer ne tarde pas à être substitué à la fonte; le ruban de métal ou rail est trouvé, et avec lui le railway, le chemin de fer. Cela se passe dans les houillères du pays de Galles, comme dans celles du comté de Newcastle est née la machine à vapeur. Attendez, l’invention n’est pas encore parfaite. Le Gallois Trewithick a construit une locomotive avec une simple chaudière cylindrique comme celle des machines fixes. La surface chauffée, la production de vapeur, le tirage ne sont pas suffisants. En outre, pour obtenir l’adhérence sur les rails, sans laquelle on tournerait sur place, la roue motrice est dentée et s’appuie sur une crémaillère. La vitesse est moindre que celle d’une charrette traînée par des chevaux. Est-ce à dire que l’invention va être perdue ? Le génie humain ne s’arrête par dans ses découvertes. C’est en Angleterre, le grand ingénieur George Stephenson, un ancien mineur ; c’est l’illustre Marc Seguin, parent de Montgolfier, qui complètent la locomotive. Seguin, par l’invention de ces mille tubes qui parcourent la chaudière dans ça longueur, et qui donnent passage aux gaz chauds venant de la grille, augmente dans une étonnante proportion la surface chauffée et par suite la production de vapeur. Stephenson complète les idées de son rivai, et, lançant dans la cheminée, par un jet direct, la vapeur qui vient d’agir sur le piston, ravive, par cet ingénieux artifice, le tirage du foyer, gêné par l’invention de Seguin. Désormais la locomotive est complète; comme dans la machine de Watt, on nen modifiera plus que les délails. Voilà la véritable histoire de la houille. Voilà ce qu’a produit le combustible minéral.
COMBUSTIBLES MINÉBAUX.
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,, 11 a fallu pour cela tout le dix-huitième siècle, et les trente premières années de celui-ci; mais aussi quelle conquête! La machine à vapeur, qui ne devait servir qu’à extraire des mines l'eau et le charbon s’est partout introduite ; partout elle a substitué son travail à celui de l’homme, et le mot d’Aristote s’est confirmé « qu’il n’y aurait plus d’esclaves le jour où le fuseau et la navette marcheraient seuls ».
L’emploi du charbon de terre pour le chauffage, ou comme agent de réduction dans les travaux métallurgiques, remonte à une bien plus haute antiquité qu’on ne le croit généralement. Un contemporain d’Alexandre le Grand, Tyrtane, célèbre philosophe et orateur grec, plus connu sous le nom de Théophraste, raconte que de son temps, vers l’an 526 avant Jésus-Christ, les forgerons et les fondeurs de la Grèce faisaient une importante consommation de charbons fossiles, expédiés de la Ligurie et de l’Élide. Suivant Wallis, auteur d’une histoire du Northumberland, les gisements houillers du nord de l’Angleterre furent exploités par les Romains alors qu’ils étaient en possession de cette île. On commença à ouvrir les mines du pays de Liège dès le onzième siècle, mais ce ne fut que sous Henri 111, en 1272, que l’exploitation de gîtes carbonifères de Newcastle eut lieu régulièrement. On possède en outre à Saint-Étiemio des documents inédits qui établissent que la houille y était employée dès le troisième siècle, cependant l’usage ne s’en répandit en France que vers l’année 1680,
M. Houzeau* a esquissé l’histoire de l’homme qui, le premier, conçut l’idée de tirer de la houille un gaz éclairant et qui, le premier, s’est livré à des essais pénibles et coûteux qui ont amené la réalisation d’une aussi vaste entreprise.
En l’an Vil, un ingénieur des ponts et chaussées de Paris, habile chimiste, se livra à l’étude du gaz produit par la combustion du bois. Cet ingénieur était Philippe Lebon, connu dans le monde et dans sa famille sous le nom de Lebon d’Hombersin. Il étaitnéàBrachay, département de la Haute-Marne, le 2 mai 1767.
Un jour, il remplit une fiole de verre d’une certaine quantité de sciure de bois, et la plaçant sur des charbons ardents, il étudia la fumée produite par cette incomplète calcination. 11 vit que cette fumée s’enflammait au contact d’une autre flamme en jetant une vive et grande lumière. Dès ses premiers essais, il aperçut dans une même opération la carbonisation de tous les corps combustibles, la production de l’acide pyroligneux, du goudron et de la flamme qui pouvaient servir aux usages de la vie en chauffant et en éclairant. C’était toute une révolution dans l’industrie, aussi son esprit s’exaltait jusqu’à l’enthousiasme, et l’on se rappelle encore dans le village où sc fit l’invention le délire de sa joie. Après divers perfeclionnements, l’ingénieur Lebon transporta ses. appareils dans l’hôtel Seignelay à Paris, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, et leur donna le nom de thermolampes (qui échauffent et qui éclairent). 11 établit dans ce local des ateliers pour leur construction, distribua la lumière et la chaleur dans les grands appartements, dans les cours, et dans de vastes jardins décorés de milliers de jets de lumière sous la forme de gerbes, de rosaces et de fleurs. Des ingénieurs distingués lui adressèrent des lettres de félicitations sur sa belle découverte, et un rapport officiel fait au ministre de la marine par le général Saint-llaouen déclare que les résultats avantageux qu’oilt donnés les expériences de thei'mo-lampe du citoyen
1- Histoire de la houille et de ses transformations, Rouen, 1804.
Lebon ont comblé et même surpassé les espérances des amis des sciences et des arts. La Russie voulut attirer Lebon par des offres brillantes. Il répondit que sa découverte appartenait à son pays, qui seul devait profiter de ses labeurs.
Lebon finit à trente-six ans, de la façon la plus tragique. Le 2 décembre 1804, on trouva dans les Champs-Elysées son corps frappé de treize coups de couteau; et son assassin est demeuré inconnu. Lebon laissait une veuve avec un fils mineur, sans fortune, car sou patrimoine avait été presque entièrement dévoré par des essais et des expériences de six années. Le gouvernement fit à la veuve une pension viagère de 1200 francs. Et les Anglais, qui, à différentes reprises, s’étaient associés aux essais industriels de notre célèbre ingénieur, s’emparèrent bientôt de ses travaux et les exploitèrent à leur profit. Ils allèrent même plus tard jusqu’à nier à notre infortuné compatriote le mérite de son invention et à faire graver sur le tombeau d’un des leurs, le nommé Windsor, qu’il était l’inventeur de l’éclairage par le gaz hydrogène.
Parmi les applications du gaz de houille, il faut citer le gonflement des ballons, exceptionnellement remplis d’hydrogène pur.
On retire le goudron de la houille.
Le goudron, a dit Wurtz* est une mine très riche de substances organiques qu’on peut en séparer et dont chacune constitue une indivualité distincte, une espère à part. Si on fait le dénombrement des divers corps qu’on en a retirés jusqu’ici, on trouve qu’ils sont au nombre de quarante-trois. Toutes ces substances existent toutes formées dans le goudron, et y sont mélangées les unes dans les autres. On réussit à les séparer à l’aide de procédés que l’industrie n’a pas tardé à emprunter à la science pure.
Voici d’abord des carbures d’hydrogène. Les uns sont gazeux ; d’autres sont liquides, d’autres enfin solides. Parmi, les liquides on mentionnera la benzine, que tout le monde connaît, le toluène, que Henri Sainte-Claire Deville a rencontré autrefois parmi les produits de la distillation du baume de Tolu. Voici des carbures solides : la naphtaline cristallisée en lames brillantes, et \ anthracène, dont on tire aujourd’hui un si grand parti. Dans cet autre corps, bien connu par ses propriétés antipudrides, le phénol, un troisième élément, l’oxygène est venu s’ajouter au carbone et à l’hydrogène. Enfin il faut se hâter de distinguer parmi tant d’autres substances que l'on pourrait énumérer comme faisant partie du goudron, Vaniline. Gomme l’ammoniaque, l’aniline renferme de l’azote, qui y est associé au carbone et à l’hydrogène. C'est elle qui constitue la matière première la plus précieuse pour la fabrication des couleurs artificielles.
Soumis comme la houille elle-même à la distillation, le goudron donne principalement du brai gras qui reste dans l’appareil, et des huiles volatiles qui distillent à des températures différentes. Quelques-unes d’entre elles ont une densité plus faible que l'eau : ce sont les huiles légères du goudron ; d’autres pèsent davantage, ce sont les huiles lourdes. Chacun de ces produits a reçu un grand nombre d’ap^ plications.
La benzine et la naphtaline ont fourni à Hoffmann, à Perkin, de Londres, et à M. Verguin, de Lyon les éléments de métamorphoses qui tiennent vraiment de la