Conférence à
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magie. Successivement transforme'es, à l’aide de réactifs fort simples, en produits de plus en plus différents de la matière première, elles ont servi à composer des couleurs artificielles, violettes, rouges, jaunes et bleues du plus grand éclat. Ni la fraîcheur et la richesse de nos plantes exotiques aux couleurs les plus variées, ni les reflets d’azur et empourprés de nos insectes, ne dépassent, en beauté, en richesse et en fraîcheur les nouvelles matières colorantes extraites de la houille. Ici l’art a égalé la nature. .4videment recherchés par nos teinturiers et nos imprimeurs sur étoffes, l’acide picrique, la rosaniline et ses composés, le violet d’aniline, la fuchsine, le violet et le bleu de Lyon, plus connus des dames françaises sous les noms de couleurs magenta, solférino, bleu mexico, sont devenus, grâce à l’habileté des fabricants, le point de départ de ventes et d’achats considérables. Le commerce de la garance, celui de la cochenille en ont été gravement atteints dans leurs intérêts. Le moyen d’appliquer ces couleurs sur les étoffes constitue à lui seul aussi une révolution dans l’art de teindre, puisque toutes les préparations préliminaires exigées par les matières colorantes extraites des végétaux et des animaux sont supprimées. On s’en fera mieux une idée par cet exemple : 100 kilogrammes de laine qui se teignent en rouge plein, nuance garance, avec 60 kilogrammes de paluds et 10 journées de travail, peuvent être teints en une heure en rouge plein, nuance fuchsine, avec 1 kilogramme du nouveau principe colorant tiré du goudron. 11 faut quelques secondes et une vingtaine de grammes d’acide picrique pour teindre eu beau jaune 1 kilogramme de laine. Avec la gaude, on doit consacrer encore à la teinture vingt-cinq fois plus de temps et soixante fois plus de substance tinctoriale.
L’ammoniaque est formé de un atome d’azote et de trois atomes d’hydrogène. Si cette ammoniaque perdait un atome d’hydrogène, le reste, forpié d’un atome d’azote et de deux atomes d’hydrogène, ayant acquis la force de combinaison qui réside dans un atome d’hydrogène, pourrait se substituer à un atome d’hydrogène là où il en manque un. 11 peut donc remplacer un atome d’hydrogène de la benzine, et le corps qui résulte de cette substitution est précisément l’aniline ou phénylamine. Ce corps existe tout formé dans le goudron de houille et l’on peut l’extraire des huiles moyennes et des huiles lourdes. Mais un chimiste russe, M. Zinin, est parvenu à le former artificiellement en réalisant par l’expérience le procédé de substitution.
Le toluène peut être transformé d’abord en un corps nitrogéné, le nitrotoluène, et puis en une base corre.spondante à l’aniline et qu’on nomme toluidine. Et l’on Voit que cette toluédène est elle-même un dérivé de la benzine. D’abord on a converti celle-ci en toluène en lui arrachant un atome d’hydrogène et en le remplaçant par un groupe méthylique, puis on enlève un second atome d’hydrogène au groupe betlzyniqüe, qui en renfermait primitivement six, et on remplace le second atome d’hydrogêne par un reste ammoniacal. Tous ces remplacements peuvent être réalisés par l’expériencei
On obtient la rosaniline en oxydant l’aniline, ou plutôt un mélange d’anilirte et de toluidine; car l’anilirte du commercej préparée d’une certaine manière et employée à eet usage, est un mélange de ces deux corps. L’agent oxydant qu’on emploie est l’acide arsénique, qui possède une certainé tendance à perdre de l'oxygène pour se convertir en acide arsénieux. Cet oxygène qu’il perd, lorsqu’on le
ENOYCLOPEUIli CHIMIQUE.
chauffe avec un mélange d'aniline et de toluidine, sert à enlever de l'hydrogène à ces derniers corps ; il se forme de l’eau et de la rosaniline.
Le bleu de Lyon est dû à M.M. Girard et de Laire. Ces chimistes distingués ont découvert une réaction qui est féconde et qui consiste à chauffer avec de l’aniline du chlorhydrate d’aniline ou d’une autre base analogue. L’aniline ou phénylamine, qu'on ajoute ainsi au chlorhydrate, se convertit en ammoniaque en gagnant un atome d’hydrogène et en perdant le groupe phényle. Celui-ci va se substituer à l’hydrogène enlevé à la seconde molécule d’aniline (phénylamine) qui est ainsi convertie en diphénylamine. Celle-ci n’est donc autre chose que de l’ammoniaque dans laquelle deux atomes d’hydrogène ont été remplacés par deux groupes phényliques. Si l’aniline ou phénylamine est de l’ammoniaque phénylée une seule fois, la diphénylanime est de l’aniline phénylée ou de l’ammoniaque phénylée deux fois. On parvient donc à phényler l’aniline en chauffant son chlorhydrate avec de l’aniline. On parvient de même à phényler la rosaniline en chauffant son chlorhydrate avec de l’aniline; il se dégage de l’ammoniaque, et le chlorhydrate de phényl rosaline ainsi obtenu,, n’est autre chose que le bleu de Lyon de MM. Girard et de Laire. Pour les fixer sur les étoffes, on l’employait autrefois en solution alcoolique. On est parvenu depuis quelque temps à le rendre soluble dans l’eau en le traitant par l’acide sulfurique.
On parvient aussi à méthyler la rosaniline, c’est-à-dire à y introduire un ou plusieurs de ces restes que nous avons appelés méthyle. Ces restes existent dans une foule de combinaisons, entre autres dans le chlorure de méthyle. Il renferme le groupe méthylique uni à un atome de chlore. Et son analogue, l’iodure do méthyle, est liquide et renferme un groupe méthylique uni a un atome d’iode. Lorsqu’on chauffe cet iodure de méthyle avec la rosaniline, l’iode enlève de l’hydrogène à celle-ci et le groupe méthyle qui vient d’abandonner l’iode se substitue à cet hydrogène. On obtient ainsi la rosaniline triméthylée. C’est ce qu’on nomme le violet Hoffmann, du nom de son illustre inventeur.
Pour préparer la rosaniline triméthylée, on prépare d’ahord la rosaniline, et on la méthyle ensuite. Un chimiste distinguée, M. Lauth, est parvenu à renverser pour ainsi dire cette méthode. 11 a d’abord méthylé l’aniline et a oxydé ensuite celte méthylaniline par un procédé particulier. Il est parvenu ainsi à la convertir directement en rosaniline triméthylée. Le produit obtenu est le violet de Paris.
Mais voici de nouveaux faits concernant la rosaniline triméthylée et de nouveaux dérivés colorants de cette belle matière. Elle possède la propriété remarquable de s’unir directement au chlorure ou à l’iodure de méthyle, suivant qu’une molécule de rosaline triméthylée se combine avec une, deux, ou trois molécules de chlorure de méthyle, les combinaisons formées présentent de riches teintes d’un violet Parme, d’un vert éclatant, ou d’un violet bleu.
Beaucoup de travaux ont été entrepris dans l’espoir de convertir en matières colorantes la naphtaline, ce beau carbure d’hydrogène qui cristallise en belles lamelles brillantes et qui offre peu de valeur. Une seule de ces matières mérite dclre mentionnée ici. Ç’est la rosonaphtylamine qui est à la naphtaline ce que la rosaniline est à la benzine. Elle teint la soie en rose et sa solution rouge présente la plus belle fluorescence orangée.
Le phénol et ses congénères doivent naissance à de nombreuses et belles matières
colorantes. On connaît l’acide picrique, dérivé nitrogéné du phénol, qui est jaune, et dont la solution aqueuse est fort employée en teinture; elle communique à la soie une belle couleur jaune. L’acide rosolique est un autre dérivé du phénol. On l’obtient en chauffant ce dernier corps avec de l’acide sulfurique et de l’acide o-valique. On peut s’en servir directement, on peut aussi le transformer en une matière colorante rouge, la coralUne.
Un proche parent du phénol c’est le corps connu sous le nom de résorcine, et qui se présente en beaux cristaux blancs. M. Baeyer en a tiré Y éosine, très riche matière colorante, ()ui teint la soie en rouge-rose.
Mais voici le triomphe de la science dans cette voie pleine de surprises et de merveilles ; on est parvenu à former artificiellement la matière colorante rouge de la garance que Robiquet a découverte et désignée sous le nom d’alizarine. L’histoire de cette découverte est particulièrement instructive, et met en lumière la puissance et le rôle prépondérant de la science dans les progrès des industries modernes. L’alizarine est un corps oxygéné; sur la foi d’analyses anciennes, on avait pensé d’abord qu’elle devait se rattacher à la naphtaline et qu’elle pourrait être préparée artificiellement à l’aide de ce dernier corps. Mais un grand nombre d’essais tentés dans ce sens sont demeurés infructueux. Un jour, deux chimistes allemands, MM. Graebeet Liebermann, sont parvenus à retirer de l’alizarine, en lui enlevant tout son oxygène et en y ajoutant de l’hydrogène, non pas de la naphtaline mais de l’anthracène. C’était donc ce dernier corps qui devait être considéré comme le carbure d’hydrogène générateur de l’alizarine, et pour le convertir en cette substance il suffisait de lui enlever deux atomes d’hydrogène et d’y ajouter quatre atomes d’oxygène. C’est peu, direz-vous, et une telle transformation doit être facile à effectuer. Il n’en est rien. Elle est facile à énoncer, difficile à réaliser par l’expérience. Mais ces difficultés ont été vaincues par MM. Graebe et Liebermann, et la question théorique aussi bien que le problème expérimental ont été résolus par une intuition supérieure et une rare habileté. 11 suffira de dire qu’en oxydant l'anthracène par l’acide chromique, on la convertit d’abord en un corps cristallisé en aiguilles jaunes magnifiques qu’on appelle anthraquinone. Cette substance renferme deux atomes d’hydrogène de moins que l’anthracène, plus deux atomes d’oxygène. Pour achever sa transformation en alizarine, il faut encore y ajouter quatre autres atomes d’oxygène. On y parvient. Ainsi obtenue par synthèse, l’alizarine est identique en tous points avec l’alizarine que l’on peut extraire de la garanceh
Des fruits et des fleurs, la chimie n’a pas seulement imité le coloris, elle a pu dans certains cas en reproduire le parfum. Sous le nom d’essence de mirbane, le commerce de la parfumerie consomme une énorme quantité de nitro-benzine, destinée à remplacer, dans les délices des boudoirs, les élixirs hygiéniques, les savons supérieurs et autres produits analogues, la véritable essence d’amandes amères qu’on oublie toujours d’y mettre. Les gourmets qui sont un peu savants, reconnaissent dans le vieux fromage de Roquefort des traces d’éther caprylique découvert par M. Bouis. Avec l’acétate d’oxyde d’amyle, extrait du charbon de terre, on donne une excellente odeur de poires aux compotes pi-éparées avec des
1. Wurtz, conférence sur les matières colorantes artificielles faite à Clermont-Ferrand, le 14 août 1876.
fruits de qualité inférieure; et le plus souvent un sorbet est à l’ananas, quand il a été arrosé d’étlier butyrique; il est aux pommes, quand il eontient du valériatc d’oxyde d’arayle. 11 en est de même des vins. On imite le bouquet du bon vin de Bourgogne avec un mélange d’éther œnanthique, d’éther valéro-amylique, d’éther butyrique et d’alcool.
Enfin, dans la fabrication du gaz d’éclairage par la calcination du charbon de terre, on retire des produits ammoniacaux volatils dont la présence dans le gaz offre de graves inconvénients. En les recueillant par des moyens convenables d’épuration, on transforme ces substances insolubles en une source de bien-être, de richesse agricole et de prospérité industrielle. Le sulfate d’ammoniaque livré à la consommation provient, en effet, en grande partie des usines à gaz ; il sert à la fabrication de l’alun ammoniacal employé par les indicnneurs pour la préparation de quelques-uns de leurs mordants les plus précieux. Les agriculteurs instruits en font usage comme engrais. A la dose de 100 à 200 kilogrammes par hectare, on l’a vu parfois doubler un récolte d’avoine.
L’ammoniaque est même devenue une source économique de froid.
Les services rendus par la houille sont si grands qu’une sorte de panique résulte de la pensée qu’elle pourrait un jour nous manquer.
Des études géologiques sérieuses, faites dans ces derniers temps, ont permis de déterminer d’une manière précise les limites de la plupart des bassins houillers de l’Angleterre, et démontré d’une manière indubitable que ces limites sont formées par le soulèvement des l'ocbes primitives, au delà desquelles il n’y a pas de charbons à espérer.
Comme profondeur on sait doue à quoi s’en tenir. Quant à la délimitation superficielle, il est des points qui laissent concevoir des espérances d’extension ; mais l’incertitude dans laquelle on est à cet égard et les probabilités de dépenses qu’on entrevoit ne peuvent que diminuer, dans une grande mesure, la valeur de ces nouvelles richesses.
« Tous nos gisements houillers, dit M. Warington Smyth, étant donc à peu près reconnus* en étendue et en profondeur, examinons où nous conduit l’extraction actuelle. En considérant, par exemple, celle de 1864, et en admettant que sur une richesse totale supputée de 1600 tonnes par acre et par pied d’épaisseur (soit 15 535 tonnes par hectare et par mètre d’épaisseur) on en ait pu extraire 1500 (soit 10 853, par rapport au chiffre de 13 533, on arrive à cette conclusion que, pendant chaque jour de l’année et à chaque heure du jour et dq la nuit, on a enlevé une masse de charbon de 4 acres et de 2 pieds d’épaisseur (soit 86 664 tonnes), c’est-à-dire un acre à chaque quart d’heure (21 606 tonnes). Qu’on le remarque, il n’y a là à espérer aucune reproduction de la matière ; ainsi que l’a dit avec juste raison un capable écrivain. « nous prenons sans cesse « sur un capital qui ne fournit aucun intérêt annuel, et tout ce que nous prenons, « une fois transformé en lumière, en chaleur et en force, est à jamais perdu dans « l’espace ».
1. La Houille et l'exploitation des houillères en Angleterre, par Warington Smyth, traduit de l’anglais par Gustave Maurice. Paris, 1872.
COMBUSTIBLES MINÉUABX.
« Comment se comportent nos districts liouillers les plus connus? Accusent-ils ou n’accusent-ils pas des symptômes de changements ? Dans le Shropshire la partie ouest du bassin est épuisée, et les travaux se sont concentrés à l’est. Dans le Staflordshire, la fameuse couche Dudley aura, dans peu d’années, passé à l’état de légende. Enfin, dans le grand bassin du Nord on peut dire cpie chaque royalfy est presque épuisée ; de vastes régions ont fourni tout ce qu’elles pouvaient donner, et déjà l’on s’apprête, sur plusieurs points, à quitter la terre ferme pour aller travailler sous la mer du Nord. On voit que l’épuisement rapide de certains districts et l’estimation de ce qui peut nous rester de houille ne sont pas de pures spéculations théoriques. Ce sont là, au contraire, des déductions certaines, établies en quelque sorte par poids et mesure d’après des données relevées judicieusement et avec le plus grand soin.
« Il serait inutile ici de recourir aux estimations qu’on a faites autrefois de la durée de nos bassins houillers; car, à cette époque, on était loin de prévoir l’énorme accroissement que la consommation devait prendre un jour, et d’ailleurs les données qu’on avait n’étaient ni assez nombreuses ni assez précises pour que les calculs auxquels on s’est livré eussent une approximation suffisante. Une exception toutefois doit être faite pour ceux qui sont relatifs au bassin classique de Durham et de Northiimberland ; la position et le caractère des couches de ce bassin, parfaitement définis depuis longtemps, ont dû permettre de les établir avec un certain degré d’exactitude. »
Déjà, en 1846, M. Greenxvell, estimant le rendement probable de chacune des couches du district dont il s’agit, calculait qu’au taux de l’extraction d’alors (10 000 000 de tonnes par an) elles seraient épuisées dans l’espace de 531 ans. Plus tard, en 1854, où l’extraction montait à 15 000 000 de tonnes par an. M. T. Y. Huit portait la durée de la houille à 565 ans, tout en faisant remarquer que cette durée descendrait à 256 ans si l’extraction venait à s’élever à 20000 000 de tonnes. Or, depuis 1864, non-seulement ce chiffre a été atteint, mais il a été dépassé, et comme tout fait supposer que la production continuera de croître, il est évident que la durée devra être réduite dans une forte proportion.
En 1859, M. Edward Ilull a essayé de calculer la masse totale de la houille restant disponible, calcul délicat, pour lequel sa position de géologue du gouvernement lui a permis de relever lui-même les coupes de plusieurs districts houillers et de s’aider des données fournies sur les autres par différentes autorités scientifiques. Mesurant la surface utile de chaque bassin et, d’autre part, calculant d’après les coupes l’épaisseur moyenne de combustible exploitable, il a obtenu pour la masse totale un chiffre auquel il a d’abord fait subir une réduction, dans le but de tenir compte des pertes produites par les phénomènes de dénudation naturelle des couches supérieures. Après cette réduction, qu’on peut regarder comme admissible, il a dû tenir compte non seulement de la houille déjà exploitée, mais encore des pertes probables auxquelles les travaux donneront lieu dans l’avenir, si bien qu’il est arrivé à un résultat définitif de 80 000 000 000 de tonnes représentant la réserve de charbon de toute l’Angleterre.
Dans cette estimation ne sont entrées que les couches situées à une profondeur ne dépassant pas 12 000 mètres, l’exploitation au delà étant considérée jusqu’ici comme impossible ; en revanche, comme il fallait avoir égard à l’extension des
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gisements sous les formations re'centes, la surface réelle des bassins a été comptée pour un tiers en plus.
Revenant sur ce sujet, M. Edward Ilull ‘ a résumé en 1873 les principaux faits connus sur le terrain houiller de la Grande-Bretagne, en utilisant les résultats de l’enquête présentés quelque temps auparavant par le Parlement anglais.
Dans la Grande-Bretagne (Angleterre, Écosse et Irlande), la richesse houillère actuellement reconnue s’élève à . 90 207 millions de tonnes.
Celle qui est recouverte par le permien et par le grès bigarré peut être estimée à . 56 275 — —
Soit en tout . lAG 480 millions de tonnes.
La profondeur maxima à laquelle les exploitations sont regardées comme possibles est estimée à 2300 mètres, à cause de l’accroissement de température et des difficultés de la descente ainsi que de la ventilation.
Si l’on prenait pour base la quantité de houille exploitée en 1870, l’Angleterre en aurait encore pour environ 1260 ans.
M. Yevons arrive à de singulières conclusions relativement au chiffre de progression de la consommation. « Si, en effet, dit M. Warington, on reconnaît qu’en 20 ans, de 1840 à 1860, la production a plus que doublé, est-ce une raison pour admettre que de 1860 à 1880 elle aura doublé de nouveau et doublera ainsi à chaque période suivante d’après une progression géométrique ? En calculant sur ce pied-là, il n’est pas difficile de comprendre qu’il suffirait d’un peu plus d’un siècle pour que l’Angleterre vît tarir la principale source de sa grandeur commerciale! Les manufactures privées de leur force motrice, les hauts fourneaux éteints, les trains de chemins de fer arrêtés, la navigation à vapeur remplacée par la navigation à voiles, nos rues livrées de nouveau au triste éclairage de l’huile, nos foyers enfin complètement vides, tel serait donc le sombre tableau que nous réserverait un avenir prochain; et pouvons-nous croire à des prédictions aussi terribles?
« Bien que les chiffres relevés pour certaines années semblent, jusqu’à un certain point, donner raison aux pessimistes, nous avons lieu de croire cependant que leur opinion est basée sur un faux raisonnement, et qu’au point où en est arrivée notre production, l’augmentation ne peut plus guère être que de 2 à 5 000 000 tonnes par an ; d’où nous concluons que notre situation houillère n’est pas aussi en péril qu’on veut bien le dire, et qu’en tout cas elle nous permet de reculer à deux ou trois siècles de distance la date fatale de l’épuisement de nos bassins. Mais à côté de cette question il s’en présente une autre. On se demande s’il ne se produira pas des causes capables d’augmenter les prix, et par conséquent de limiter la consommation. La position spéciale, qui fait de l’Angleterre la première nation manufacturière, dépend en grande partie du bas prix de ses charbons. Aujourd’hui les houilles de la Belgique, de la France et de la Russie ne peuvent faire entièrement concurrence aux nôtres, qui viennent, au contraire, sur les côtes du continent, et même, dans certains cas, remontent les lleuves de ces pays jusque vers leurs centres de
1. 1 he Cùal fieldn of Gi’eat B/’îVûï», 1873. 5*' étiilion. LoiulreSi
production. Les raisons en sont faciles à comprendre. La nature a été prodigue envers l’Angleterre, non seulement sous le rapport de la quantité, mais encore au point de vue de la régularité des couches. En France ef en Belgique, les mines les plus favorisées donnent rarement plus de 45 pour 100 de gros chai'bons sur leur production totale, chiffre que la moyenne générale est loin d’atteindre. La position tourmentée des couches en rend l’exploitation plus difficile ; c’est ainsi que pour le boisage seul, on compte 9 deniers à 1 shelling par tonne (Of'jOO à l'‘',2.5), tandis qu’en Angleterre cette dépense n’est en moyenne, dans beaucoup de districts, que de 2 à 5 deniers (0f'’,20 à 0‘''’,50).
« En étudiant la question ries gîtes houillers, il y a une distinction à faire; extraire du charbon passable, mais revenant à un prix élevé, à cause des difficultés de l’exploitation, ou bien produire, comme nous le faisons en Angleterre, les meilleurs charbons au plus bas prix possible, sont deux choses essentiellement différentes. Malheureusement, la plupart de nos districts les plus réputés fournissent un chiffre de production effrayant; on se demande où seront, dans 50 ans d’ici, l’excellente houille pour foyer domestique du Nord, celle de Walsend, si connue sur le marché de Londres, celle de Duddley, celle du Wigan, dite Cannel-coal, enfin celle d’Aberdare, si estimée pour les chaudières à vapeur? »
En France, on a observé que la production houillère avait également doublé à chaque période de 12 à 14 ans, comme le montrent les chiffres ci-dessous :
Années. Tonnes.
En 1881 il a été extrait dans le Royaume-Uni, d’après les rapports [des ingénieurs des mines, 154 184 000 tonnes de houille: c’est une augmentation de plus de 7 millions de tonnes sur 1880, de plus de 20 millions sur 1879, et de plus de 82 millions sur 1859.
Dans les quatre années qui ont suivi 1875, la production est demeurée à peu près stationnaire; mais elle a subi ensuite un accroissement soudain, phénomène qui s’est déjà produit en 1871-1872, et antérieurement dans la période 1864-1866.
Si, remontant jusqu’en 1855, on compare la production de la houille à la population du Royaume-Uni, on remarque que de 1855 à 1865 l’extraction s’est accrue d’une tonne par habitant, et dans les dix dernières années, de trois quarts de tonne environ, pour représenter en 1881 plus de quatre tonnes et demie par tète.
-Au chiffre de cette consommation (1854 millions de tonnes par an), il y aurait de quoi suffire aux besoins de l’Angleterre pendant 943 ans. Mais si l’on applique la progression des 21 dernières années (3 355 000 tonnes), cette masse de combustible serait épuisée en 250 ans.
Les remèdes qu’on entrevoit à l’épuisement de la houille sont : le lavage de la houille qui, prenant plus d’extension, permettra de tirer parti des houilles impures sur une plus grande échelle.
En outre, on arrivera à tirer parti des couches minces jusqu’ici négligées, car si déjà aujourd’hui, on en exploite dans le Somersetshire, qui n’ont plus que 30 à 35 centimètres d’épaisseur, pourquoi regarder partout ailleurs comme inexploitables celles qui ont 60 centimètres?
Quant aux difficultés provenant de la profondeur, avec les perfectionnements qu’on apporte sans cesse aux machines d’épuisement et d’extraction, il sera toujours facile de les surmonter dans certaines limites.
Dans la formation houillère des Galles du Sud et du Lancashire, ainsi que dans le terrain de certains districts dont la surface est occupée par le grès rouge du Trias, on peut rencontrer la houille à des profondeurs de 1500, 2400 et même 5000 mètres. Suivant l’opinion des hommes compétents, l’exploitation ne serait guère possible que jusqu’à 1200 mètres, limite au delà de laquelle elle deviendrait impraticable, en raison des difficultés créées par l’accroissement de température. Cependant une longue pratique des mines profondes porte M. W. Smith à croire que cette limite n’est pas infranchissable et qu’avec des moyens convenablement combinés on pourrait vaincre la difficulté.
Des expériences faites dans les mines de différents pays ont démontré qu’à partir d’une certaine région, comprise en général entre 9 et 18 mètres, région où le thermomètre reste stationnaire, la température du sol, à mesure qu’on descend, augmente à raison de 1 degré centigrade par 50 mètres en moyenne. Si donc, les ouvriers peuvent travailler à l’aise dans les mines profondes, cela tient à ce que l’air qui arrive par le puits d’entrée refroidit les parois des excavations, et qu’à mesure qu’il circule tout en s’échauffant jusqu’au moment où il opère sa sortie, il est constamment remplacé par l’air frais venant du dehors. Mais il n’en est pas de même au début d’une exploitation, où la ventilation est imparfaite. Ouvrir alors des galeries à une profondeur de 450 à 600 mètres est un travail très pénible en raison de la chaleur qu’il faut subir. Dans ces circonstances, il n’est pas rare de voir le thermomètre s’élever devant le front de taille jusqu’à 24 et 51 degrés centigrades ; mais on a remarqué que, dès qu’un courant peut être établi, il suffit de quelques semaines pour que la température baisse sensiblement. Gomme exemple remarquable de refroidissement rapide, on cite celui qui eut lieu aux mines métalliques connues sous la dénomination de Cliford amalgamated mines (Cornouailles), dans une galerie située à une profondeur de 495 mètres, et où l’air était, en juillet 1864, de 40° C. et s’éleva jusqu’à la fin du printemps suivant à plus de 50 G. ; dans une autre galerie placée un peu moins bas, à 477 mètres, le même phénomène s’est produit alors que, dans l’origine, le thermomètre marquait 20“,50 C. et s’était môme élevé un an ou deux auparavant jusqu’à 38° C.
En 1851, M. Rogers, entreprenant le fonçage d’un puits à la houillère d’Aberearn, eut l’idée d’envoyer par un tuyau, jusqu’à une petite distance des ouvriers, un jet d air comprimé qui, en se dilatant à la sortie, produisait un abaissement de température de plusieurs degrés.
Tout pourrait donc se réduire à une question de ventilation.
D ailleurs, les machines d’épuisement et d’extraction, en se perfectionnant, pourront triompher des nouvelles difficultés qui pourraient surgir. En effet, sous ce rapport, n est-il pas déjà possible d’entrevoir des dispositions qui permettraient, dans un puits très profond, d’établir à moitié chemin un relai de machines, de telle
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sorte que l’extraction s’opérât en deux fois ? Ne pourrait-on, ainsi que l’ont déjà proposé MM. Méliii et Guibal, appliquer le système du mouvement alternatif dL échelles mobiles destiné aux ouvriers, et s’en servir pour remonter d’une manière continue des wagons de charbon ?