CHINE
M. Gay-Lussac, lieutenant de vaisseau, a publié en 1874, dans la Revue maritime et coloniale, des renseignements précis sur les gisements de bouille en Orient.
Les gisements du Céleste Empire couvrent, dit-il, une surface de 400 000 milles carrés (environ trente fois la surface qu’occupent les houillères de l’Angleterre). Le gisement de la grande province de IIu-Nan possède deux couches distinctes de houille : l’une de bouille bitumineuse, l’autre d’anthracite. Cette dernière est favorablement située pour le transport par eau. Elle couvre une surface égale à celle des anthracites de Pensylvanie, et donne de l’anthracite de la meilleure qualité.
La province de Shank possède un gisement de 50 milles carrés et pourrait alimenter le monde entier pendant des milliers d'années, même en tenant compte de l’augmentation rapide de la consommation. L’épaisseur des couches varie de 4 à7 mètres; la profondeur du gisement est d’environ 170 mètres, et les terrains offrent de grandes facilités pour le creusement des mines.
Mais les Chinois ne savent pas tirer parti de ces richesses. Leurs puits ne sont pas verticaux, mais bien inclinés à 45°, sur une longueur de 150 à 170 mètres. Les hommes portent le minerai dans des mannes pendues aux deux extrémités d’une perche placée sur leur épaule gauche. Les galeries ont environ 2 mètres de haut et autant de large, elles sont soutenues par des planches qui maintiennent des étais de chaque côté. Le passage est couvert en planches formant des degrés que le mineur franchit les uns après les autres, eh s’aidant d’un bâton courbé qu’il porte dans sa main droite.
11 y a bien longtemps que les Chinois connaissent la valeur des larges gisements de combustible fossile qu’ils possèdent.
C’est ainsi que Mareo-Polo, parcourant le nord de la Chine, écrivait déjà, dans ses relations de voyage de 1270 à 1290 : d Dans toute la province de Cathay, on extrait de la montagne certaines pierres qui, mises au feu, brûlent comme du bois, et qui, une fois allumées, restent longtemps en combustion. Lorsqu’on les met au feu dans la soirée, elles brûlent toute la nuit; ce qui fait que beaucoup de gens préfèrent employer ces pierres, bien que le bois soit très abondant; d’ailleurs
1, Verhandlungen der k.k. geologische Reidmnslalt, 25 janvier 1877.
elles conviennent mieux que celui-ci pour le chauffage des étuves et des bains, dont on fait un fréquent usage. »
Vers le cours supérieur du fleuve Yong-ïse-Kiang, plusieurs couches se décèlent par de larges affleurements et sont exploitées sur une petite échelle, au moyen de (paieries percées à travers la montagne.
Dans la province de King-hua, à l’ouest-sud-ouest de Ning-po il existe certains puits creusés à travers des couches d’un charbon brillant non bitumineux, dent la description a été donnée par M. R. Gobbahl. Les exploitations sont à une profondeur qui varie de 90 à 150 mètres. On est arrivé à la houille par une succession de puits de 12 à 15 mèti-es, constituant des étages auxquels on élève successivement le combustible au moyen de treuils.
Malgré la facilité des transports par eau qu’on rencontre dans une grande partie de la Chine, il est évident qu’il faudrait introduire de grands perfectionnements dans l’exploitation des mines de ce pays, avant que les richesses houillères qu’il renferme puissent servir à l’industrie et subvenir aux besoins de la navigation à vapeur des mers orientales.
Le ISorth China Herald raconte que, dans le district de Pékin, on extrait le charbon par des puits ouverts au milieu d’une chaîne de collines peu élevées. La forme de ces puits est une hélice dont le pas fait un angle d’environ 5" avec l’horizon, et le combustible est remonté lentement au jour par des enfants, qui le chargent dans de petits traîneaux, auxquels ils s’attellent en se passant des courroies sur les épaules et entre les jambes. La houille est exploitée par des galeries dont le toit est soutenu par des piliers do bois, et qui sont ventilées plus ou moins bien au moyen de portes placées de distance en distance. Les explosions ne sont pas rares, et les inondations non plus ; mais dans ce dernier cas l’exploitation est abandonnée, et comme on ne connaît pas les galeries de niveau, on se transporte plus loin pour creuser un autre puits. Le district dé Pékin est, du reste, le seul où les travaux aient quelques développements ; partout ailleurs on se contente d’effleurer les couches, et dans la plupart des cas cette simple opération ne donne que du combustible de qualité inférieure.
Le docteur J. Margow'an, qui a parcouru le Japon, fait le l’écit suivant :
« J’ai visité, dit-il, plusieurs houillères du Japon, et je crois que, si les produits n’ont pas les qualités désirables, cela lient moins à leur nature qu’à l’ignorance complète des habitants dans Part d’exploiter. Les Japonais ont bien, à une certaine époque, demandé à la Hollande quelques machines; mais, soit qu’elles fussent défectueuses, soit que personne n’ait su les conduire, toujours est-il qu’elles n’ont apporté aucun changement favorable dans l’état des travaux. A Deseina (Tihou-Tao), île située au , sud-ouest de Nagasaki, j’en ai trouvé plusieurs dans un état complet de rouille, et j’ai vu les mineurs travailler dans des circonstances assez désavantageuses pour faire douter de la véracité des récits qui ont représenté la condition des travailleurs de cette contrée sous des couleurs favorables. Sur la côte deFuzen, j'ai vu des enfants tout à fait nus et des femmes presque complètement dépourvues
de tout vêtement, et cela par un froid assez vif, remonter la colline pour ainsi dire à quatre pattes, en s’attelant à de petits chariots remplis de houille. En présence d’un pareil spectacle, il est permis de faire des vœux pour que les machines viennent affranchir ces malheureux d’un travail aussi sauvage. »
BASSINS HOÜILLERS D’AFRIQUE
Z.VMBÉZIE
Dans le milieu du mois de février 1879, on annonçait qu’une mine de houille avait été découverte dans l’Afrique centrale, sur les bords du lac Nyanza.
Un voyageur anglais, M. Rhodes, qui accompagnait le capitaine Elson, avait gagné l’extrémité septentrionale du lac Ryenzé, et s’était avancé sur la rive occidentale. En remontant un ravin, à 1 mille du lac et à 10 milles au sud de Florence-Bay, il parvint à 50 mètres au-dessus du lac, et aperçut de petits morceaux de charbon mêlés au gravier d’un ravin. Il découvrit ensuite trois veines de houille. L’une a une épaisseur de plus de 2 mètres, et les autres ont de 50 centimètres à 1 mètre. Les indigènes savaient que ce charbon était de l’espèce de celui que l’on brûle à bord des navires.
En remontant le fleuve Zambèze, et laissant sur sa gauche la Luyena, on aperçoit nie de Macliiroumba. Pour aborder cette île, on se rapproche de la rive gauche du fleuve, et l’on entre dans un canal de 150 mètres de largeur. Vers le milieu de sa longueur, on voit une échancrure, d’environ 40 mètres de hauteur; elle est coupée à pic dans le grès houiller et il en sort une rivière qui se jette dans le grand fleuve.
Cette rivière, e’est le Muaraze, exploré en 1881 par M. P. Guyot.
Près de son confluent avec le fleuve, les deux berges du Muaraze sont formées d’une muraille de grès de couleur grise, qui va en s’affaiblissant jusqu’à disparaître dans le sol.
Lorsque cette muraille est dépassée, on entre complètement dans le terrain houiller, caractérisé par des bancs successifs de grès et de schiste noirâtre. Le fond de la rivière est sableux et rempli de rognons de carbonate de fer.
On peut dire que le Muaraze coule en grande partie sur le terrain houiller. Toutefois le charbon qui en a été extrait ne paraît pas exploitable, à moins qu’à la suite de sondages, on ne constate un changement dans la nature des terrains. Cette houille, en général, se présente en filets d’une très faible épaisseur, coupés par des schistes charbonneux.
Il ne faut pas oublier que Livingstone a le premier signalé l’existence, dans le bassin du Zambèze, d’une formation houillère importante. MM. Kuss et Lapierre ont récemment retrouvé sur le Morongozé, affluent du Rovugo, une galerie de mine ouverte autrefois par l’illustre voyageur.
Le bassin houiller de Tête a été décrit en détail On peut voir sur la figure 91. que nous empruntons à M. Kuss ^ que ce bassin s’allonge le long du Zambèze et prend son plus grand développement dans l’angle compris entre le Zambèze et son affluent le Rovugo. L’auteur en a reconnu et en indique à peu près exactement les limites au nord-est et à l’est ; la limite sud-ouest n’a été relevée par lui que sur deux points, à l’ouest et au sud de Tête ; on n’a pu reconnaître non plus l’étendue exacte de la langue de terrain houiller qui suit le Zambèze en le remontant en