‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 101 sur 114 · LE RÉGENT · texte numérisé non relu

LE RÉGENT

Le Régent (fig. 129), qui fait partie des « joyaux de la couronne » de France, est le plus beau diamant du monde. Il pesait brut MO^ et fut réduit par la

Fig. 129.

taille à 136* (Inventaire de 1791); c’est actuellement un brillant recoupé de forme absolument parfaite, d'une bonne pureté sans que sa blancheur soit exceptionnelle, et à peu près sans défaut, car il n’a qu’une petite glace dans le filelis et une autre à un coin dans le dessous.

Aucune pierre ne peut rivaliser avec lui pour l’ensemble de ses diverses qualités.

Trouvé en 1701 à Partial, par un naturel du pays, il était, dit Saint-Simon, de la grosseur d’une prune de reine-Claude et d’une forme presque ronde; il

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fut vendu 1000 livres sterling (25 000 fr.) à Jamchund, le plus fort marchand de diamants de l’Inde, qui le revendit 20 400 livres (510 000 fr.), en décembre suivant, à Thomas Pitt, grand-père de sir W. Pitt, lors de son séjour à Madras comme gouverneur du fort Saint-Georges. Streeter fait remarquer que le bon marché auquel Jamchund le céda montre que sa conscience n’était pas très tranquille sur l’origine de la pierre.

Consigné par Pitt à sir Stephen Evance, de Londres, il fut envoyé sur le navire Bedford, capitaine John Hudson, et porté sur le connaissement pour la faible somme de 6500 pagodes, soit environ 70 000 fr.

Il fut acheté en 1717, pendant la minorité de Louis XV, par le duc d’Orléans, régent de France, qui ne s’y décida que sur les instances de Saint-Simon et du fameux Law ; à ce moment-là il n’était pas encore taillé ; il fut cédé au prix de deux millions, avec abandon au vendeur des déchets du clivage et de la taille. Cette taille, opérée à Londres, dura deux ans; elle fut parfaitement conduite et coûta 5000 livres (125 000 fr.).Le clivage et les petits morceaux obtenus dans l’opération furent estimés 7 à 8000 livres.

Le Régent arriva ainsi en France et fut placé tout d’abord au centre du bandeau de la couronne faite par Rondé et que portait Louis XV le jour de son sacre; resté pendant tout le dix-huitième siècle dans la collection royale, il figura en tête de l’Invenlaire de 1791, où il fut estimé 12 000 000, évaluation Irès sujette à contestation; il fut volé en 1792 avec les autres diamants de la couronne, retrouvé aux Champs-Elysées dans l’allée des Veuves, disent les uns, dans un grenier, disent les autres, où il était caché entre les deux bouts d’une cheville qui fixait deux poutres et qui avait été coupée et raccourcie de façon à loger le diamant.

Quoi qu’il en soit, il rentra donc dans le Trésor; puis, en 1796, à l’occasion des guerres de la première République, il fut donné en garantie, pour six millions de fourrages, à la Banque d’Amsterdam.

On conte à ce propos, dit M. Harry Alis, que la femme du directeur de cette Banque, Yanderberghe, portait constamment le Régent sur elle, cousu dans une ceinture, tandis que le prudent banquier montrait aux curieux une imitation en cristal de roche. Le général Bonaparte, premier consul, chargea Buroc, son aide de camp, d’aller reprendre le diamant en Hollande, après Marengo, et il s’en servit soit pour le bouton de son chapeau, soit pour 1 agrafe de son manteau de cérémonie, soit enfin pour le pommeau de son épée; c’est de cette dernièi’e façon qu’il le porta le jour de son sacre.

L histoire rapportée par Klugc, qu’il aurait été engagé à un marchand ou banquier de Berlin, nommé Treskov, est fausse ; il est également inexact qu’il fut trouvé dans les bagages de Napoléon après Waterloo et transporté à Berlin. En réalité, depuis le commencement de ce siècle, il a suivi le sort des autres diamants de la couronne : exposé à plusieurs reprises différentes aux Expositions universelles ou autres, il attend comme eux que son sort soit décidé par le Parlement.

LE DIAMANT

n. L’ÉTOILE DU SUD

L'Étoile du Sud est le plus gros diamant trouvé au Brésil. Il fut découvert vers la fm de juillet 1855, dans le district de Bagagem, par une négresse. Son poids brut était de 254'^

Fig. 130.

Il fut acheté par un syndicat, à la tête duquel se trouvait M. Halphen, qui. avant de le livrer à la taille, le confia à Dufrénoy pour en'étudier la forme. C’était un dodécaèdre portant un biseau sur chaque face et aplati sur un côté (fig. 150); ses faces présentaient des stries, tantôt disposées régulièrement, tantôt formant une surface rugueuse d’aspect chagriné, ce qui lui ôtait sa transparence; sa densité était de 5,529. Une des faces présentait une cavité octaédrique assez profonde, en a, représentant l’empreinte laissée par un cristal de diamant qui s’y trouvait jadis implanté ; l’intérieur de cette cavité montrait des stries octaédriques très nettes. En b se trouvaient également des

traces d’autres diamants. La face postérieure (fig. 151) portait, outre des traces pareilles aux précédentes, une partie plate en F, où le clivage apparaissait.

Près de ce point on remarquait diverses lamelles noires, considérées comme du fer titané.

L’Étoile du Sud fut réduite par la taille à 12o'‘ f/2 ; c’est aujourd’hui un beau brillant, pur, bien taillé, mais un peu plat (fig. fo2).

Fig. 152.

Le syndicat formé en refusa IfO 000 livres sterling et, ayant laissé passer l’occasion, ne la retrouva plus de longtemps; le diamant fut alors envoyé aux Indes, exposé, et l’ex-Gaikvvar de Baroda, qui avait pour les diamants la même passion que le duc de Brunswick, finit par l’acheter 80 000 livres, soit deux millions de francs.

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