‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 21 sur 114 · VI. ACTION DE LA LUMIÈBE · texte numérisé non relu

VI. ACTION DE LA LUMIÈBE

Lorsqu’un faisceau lumineux tombe sur un corps, et particulièrement sur un cristal plus ou moins transparent et poli, il se divise en plusieurs parties en donnant lieu à une série de phénomènes assez complexes.

i . Ce doit être une faute d impression et il faut lire probablement 3,544.

Une partie de ce faisceau est renvoyée par réflexion, en proportion variable suivant l’angle d’incidence, la nature et le degré de poli du cristal, après avoir subi un certain degré de polarisation.

L’autre partie pénètre dans le cristal et y subit une déviation due au phénomène de la réfraction; cette déviation étant différente pour les diverses couleurs du spectre, est accompagnée d’une décomposition de la lumière qui se manifeste plus ou moins suivant que te pouvoir de dispersion de la substance est plus ou moins grand ; elle est quelquefois simple, souvent double, par exemple lorsque la substance ne cristallise pas dans le système régulier, et donne alors lieu au phénomène connu sous le nom de biréfraction : la réflexion, la réfraction et la dispersion contribuent chacune pour leur part à Védat d’un corps.

Le faisceau ainsi réfracté traverse le cristal s’il est plus ou moins transparent et en ressort après y avoir subi une certaine absorption.

Si cette absorption est très forte, la substance est dite opaque ; si elle est de plus en plus faible, translucide d’abord puis transparente ; si elle se produit sur des proportions égales de la lumière incidente, le cristal est dit incolore ; en réalité, il n’y a pas de corps incolores dans la nature et tous, vus sous une certaine épaisseur, finissent par acquérir une coloration déterminée : mais ils le paraissent sous une épaisseur plus ou moins réduite.

Si cette absorption éteint certaines nuances du spectre pour en laisser passer d’autres, elle produit la couleur; c’est du moins la théorie généralement adoptée, théorie fort sujette d’ailleurs à objection, mais on n’en a pas de meilleure : encore cette explication ne tient-elle compte que de la coloration par transmission.

Si elle active et diffuse les vibrations lumineuses et change en même temps leur longueur d’onde, elle produit la fluorescence.

Si elle les emmagasine pour laisser le corps les rendre progressivement et plus ou moins transformées lorsque la source de lumière est éteinte, elle donne lieu à la phosphorescence : phosphorescence et fluorescence peuvent d’ailleurs provenir de la transformation et de l’emmagasinage de vibrations calorifiques ou électriques.

ft. -- TRANSPARENCE ET COULEUR

On est habitue dans le monde à considérer le diamant comme incolore i c’est une erreur ; le diamant peut être incolore, mais il offre habituellement des teintes légères et quelquefois des couleurs très accusées.

Je ne parle pas ici bien entendu de certaines colorations superficielles qui affectent souvent les pierres brutes de diverses provenances, particulièrement celles du Brésil, et qui ne sont pas dues à autre chose qu’au dépôt d’une matière de nature variable, qu’on enlève souvent sur les lieux mêmes par certains procédés pratiques afin de ne pas déprécier le diamant : je parle des colorations proprement dites, affectant toute la masse et apparaissant bien

LE DIAMANT

nettement dans les cristaux taillés, de manière à réduire habituellement, mais aussi quelquefois à augmenter très sensiblement leur valeur.

Les diamants sont généralement transparents, mais ils peuvent être translucides et même opaques : je ne parlerai pour le moment que des premiers.

Lorsqu’on examine une partie de cristaux taillés, classés avec soin par un négociant qui en fait métier et surtout lorsqu’on voit plusieurs de ces parties les unes à côté des autres, il est facile, même à l’œil le plus inexpérimenté, de saisir la différence de nuance qui les distingue. On en verra d’absolument incolores, d’autres se rapprochant de la teinte bleuâtre de l’acier, ou de la nuance verdâtre de l’eau de mer ; mais les plus fréquentes depuis la découverte des mines du Cap seront légèrement jaunes. Comme ces teintes diverses sont accompagnées d’un changement dans l’éclat et les feux des pierres qu’elles affectent, on comprend que, bien qu’il faille souvent un œil fort exercé pour les découvrir dans un cristal isolé de dimension moyenne, elles aient une très grande importance.

Ces teintes sont tellement sensibles dans les parties provenant des lieux de production qu’on leur a donné des noms spéciaux pour les désigner (Diamante deprala au Brésil, Cape white, By water, etc., au Cap), et j’aurai l’occasion d’y revenir plus tard lorsque je parlerai des divers gisements.

Lorsque ces teintes s’accentuent, elles arrivent à produire des diamants réellement colorés, d’abord pâles, puis d’une couleur plus foncée.

Les diamants pâles sont le plus souvent jaunes, et les mines de l’Afrique australe en ont lancé dans la circulation des quantités relativement énormes qui les ont fort dépréciés : tous les gros diamants de cette provenance, on peut le dire, affectent notamment cette couleur, et ils ne trouvent plus guère leur placement qu’aux Indes, parmi les Rajahs dont c’est en quelque sorte un luxe traditionnel et dont les conditions d’existence sont loin d’être aussi larges aujourd’hui qu’autiefois. Il y en a aussi de teintés en vert, en rouge et en bleu, mais ils sont beaucoup plus rares, surtout ces derniers.

Enfin, lorsque la teinte est nette et vive, elle donne ce qu’on appelle des pierres de fantaisie : il y en a de nuances très diverses et il est difficile d’y apporter une classification, chacune d’elles pouvant être comprise entre l’un ou l’autre des divers termes qu’on pourrait chercher à y établir.

On peut citer cependant comme couleurs franches le bleu, le rouge, le vert et même certains jaunes vifs, mais les cristaux qui en sont affectés sont extrêmement rares : en revanche ils sont d’une grande beauté et on a quelquefois donné aux plus beaux pour ce motif le nom de pierres d’affection : quelques-uns d’entre eux sont de véritables merveilles : on peut citer notamment le diamant bleu de Hope, le diamant rouge rubis de Paul P'', le diamant rose du prince de la Riccia, le diamant vert émeraude du musée de Dresde, etc. Rien ne peut peindre la splendeur de pareils joyaux que les rubis les plus parfaits, les saphirs et les émeraudes sont bien loin d’atteindre.

Mais il s’en faut naturellement de beaucoup que toutes les pierres colorées soient aussi pures : elles ont au contraire bien souvent des teintes assez ternes, sont tachées, translucides, quelquefois plus ou moins complètement opaques, etc.

Barbot a essayé, dans son Guide pratique du Joaillier, d’établir pour les diamants de toute espèce et de toute couleur la classification que voici ;

Incolore — limpide—blanc reflet d’acier poli (adamantin).

— — blanc de neige (grande l’’» eau).

— — blanc (!■■» eau).

coloré — blancnuancé jaune, rouge, bleu (l‘'»seconde eau).

— — blanc teinté de jaune ou vert (2"'» eau).

— — blanc grisâtre, jaun. ou verd. (3“» eau).

— — jaune orange ou serin (fantaisie).

— translucide jaune topaze du Brésil (fantaisie).

— — vert foncé ou jaune épais.

— — rouge de brique mat.

— — rouge ponceau vif.

—presque opaque bleu sale.

— — vert bouteille foncé.

— —• brun ou noirâtre.

— opaque noir de jais (carbonate).

Une pareille classification a le tort, ainsi que je viens de le dire, de laisser toujours des trous à travers lesquels on peut passer : c’est ainsi que j’ai vu au Brésil de charmants diamants translucides exactement de la couleur du verre d’urane, mais naturellement plus fins que lui de ton et plus vifs d’éclat, qui ne peuvent rentrer dans aucun de ces types ; il en est de même pour un ravissant petit diamant couleur café blond, d’une eau parfaite et d’un éclat remarquable que M. P. Bapst avait entre les mains il y a quelques mois ; où classer également ces cristaux translucides dont parle Des Cloizeaux, qui offrent des jeux de lumière analogues à ceux de l’opale, quoique moins vifs? On peut dire que les variétés sont infinies.

Quelle est la cause de cette coloration tantôt si nuisible, tantôt si profitable? Ici l’on entre un peu dans le domaine de l’hypothèse.

D. Brewster a bien trouvé, dans l’une de ses nombreuses expériences sur les diamants contenant de petites cavités microscopiques, que certains diamants noirs tirent uniquement leur coloration du grand nombre de ces cavités qu’ils peuvent quelquefois contenir et autour desquelles la substance de la pierre aurait été, dit-il, comprimée et altérée d’une façon remarquable, ce qui empêche la lumière de passer à travers; mais cette explication ne peut servir soit au plus grand nombre des cristaux bruns ou noirs, soit bien moins encore aux pierres colorées proprement dites, pour lesquelles il faut bien admettre le mélange ou l’interposition de matières étrangères.

G. Bose attribue la couleur à des mélanges mécaniques : la teinte verte proviendrait d’après lui d’une substance chloritique; quelques minéralogistes prétendent que les teintes jaunes et brunes sont dues à différentes espèces de carbures ; mais les rouges, les bleues, faut-il les attribuer à la présence d’oxydes métalliques analogues à ceux qui colorent le rubis et le saphir? proviennent-elles de substances qui se sont partiellement fondues dans la masse

LE ÜIAMAKT.

et dont l’excédent subsiste encore souvent au sein de de la pierre à l'état d'inclusions? Dans ce cas, le fer oligiste et l’oxyde de fer hydraté trouvés par Cohen, l’acide titanique découvert par Dumas, la matière charbonneuse analogue à l’asphalte signalée par Gutruf, et d’une façon générale toutes les matières diverses dont on a constaté la présence n’ont-elles pu avoir quelque influence ? C’est ce qu’il est impossible d’affirmer jusqu’à présent, et ce que l’avenir aura peut-ête la faculté de nous apprendre.

Quoi qu’il en soit, comme cette coloration est le plus souvent terne ou imparfaite et qu’elle diminue fréquemment dans une très grande mesure la valeur des cristaux qui en sont affectés, il est assez naturel qu’on ait essayé à bien des reprises de la faire disparaître par divers procédés.

Lorsqu’elle est superficielle, c’est habituellement très facile, et le procédé est d’un usage courant au Brésil, où les pierres sont souvent revêtues d’une croûte très mince de teinte verte, rouge, brune, etc. Il consiste à brûler le diamant avec un peu de salpêtre au fond d’un creuset : l’opération est très rapide, une ou deux secondes seulement, car on ne doit enlever que la couche superficielle; elle est appliquée à Cincora aux diamants rouges et bruns, mais pas aux verts, parce que cette teinte est très séduisante d’aspect, la pierre prenant alors un certain ton mat qui est un trompe l’œil ; on croit les cristaux blancs alors qu’ils ne le sont réellement pas.

Mais en ce qui concerne les véritables colorations s’étendant à toute la masse du cristal, tous les essais faits jusqu’ici ont échoué, et l’on ne comprend pas très bien comment ils auraient pu réussir ; il faudrait admettre que la matière minérale contenue dans l’intérieur de la pierre se décolore sous l’action des agents employés ; mais comment ces agents pourraient-ils l’atteindre et parvenir jusqu’à elle ? en employant la chaleur, comment cette matière colorante disparaîtrait-elle si elle est fixe, et si elle est volatile, comment pourrait-elle s’échapper sans faire éclater la pierre ?

Il y a là, comme on le voit, un problème fort difficile à résoudre.

Cependant il est certain qu’on décolore ainsi certains corindons, et que pour le diamant on a souvent vu quelques couleurs se transformer par l’action de la chaleur. Des Cloizeaux rapporte qu’il a vu des cristaux pénétrés d’une substance verte prendre une teinte jaune pâle après une calcination à blanc dans l’hydrogène, que les cristaux bruns deviennent en général plus ou moins grisâtres, mais que les diamants jaunes du Cap ne changent pas, il est vrai, sensiblement de teinte. Von Baumhauer a vu un diamant vert clair devenir jaunâtre, un autre vert foncé passer au violet ; bien des fois on a vu également changer de couleur les inclusions contenues dans diverses pierres. II ne faut donc pas désespérer de la solution.

L’observation de ce genre la plus curieuse est celle de M. Halphen, citée parles Comptes rendus de l'Institut. Un superbe brillant de 27 carats, presque incolore (blanc légèrement teinté de brun), prenait, lorsqu’il était chauffé à 1 abri du contact de l’air, une couleur rose intense qu’il conservait pendant plusieurs jours lorsqu’on le maintenait dans l’obscurité. A la lumière diffuse, et surtout à la lumière directe du soleil, cette couleur disparaissait promptement

ee ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

pour se reproduire après une nouvelle calcination ; une autre pierre citée par lui avait la propriété de devenir rose par le frottement, mais seulement pour un temps très court; aucune explication de ces faits bizarres n’a été même avancée.

Je ne citerai que pour mémoire et à titre de pure curiosité la supercherie singulière commise il y a quelques années, et dont MM. Chatrianet Jacobs trouvèrent la clef. 11 s’agit d’un gros diamant blanc, ou du moins paraissant tel, acheté fort cher par un négociant cependant très expérimenté, et qui, un beau jour, lavé à l’eau savonneuse, se transforma subitement en diamant jaune d’une valeur fort inférieure. Cet effet peut être obtenu pour tous les diamants de cette nuance, en les trempant dans une solution violette, ou même simplement dans de l’encre violette et en les lavant ensuite à l’eau pour enlever l’excès de coloration ; la teinte violette dont ils restent recouverts se combine avec la teinte jaune du diamant et donne un cristal incolore. La même expérience pourrait se reproduire avec tous les cristaux de nuance claire en prenant pour le bain dans lequel on les trempe des solutions de couleur complémôntaire.

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