E. — ÉCLAT
L’éclat, ainsi que je l’ai dit au début de ce paragraphe, est intimement lié aux phénomènes de la réflexion et de la réfraction.
La réflexion s’opère, en direction, de manière que l’angle d’incidence et l’angle de réflexion sont égaux et compris dans le même plan.
De même pour la réfraction, l’angle d’incidence et l’angle de réfraction sont compris dans le même plan et le rapport de leurs sinus est constant quel que soit l’angle d’incidence.
Quant aux lois relatives aux intensités des rayons réfléchis ou réfractés suivant l’angle d’incidence et la nature de la surface, elles ont été l’objet de nombreux travaux dont il ne s’est pas encore dégagé de loi bien nette et sur lesquels par conséquent je n’insisterai pas.
Le diamant ne présente à cet égard aucune particularité.
On appelle indice de réfraction la valeur du rapport constant n = qui
mesure la déviation produite sur le rayon lumineux pénétrant à l’intérieur d’un corps. Pour le diamant Delafosse l’évalue en moyenne à 2,470 ; M. Jamin de 2,47 à 2,75. M. Fizeau, en opérant sur une plaque incolore très pure, a obtenu les nombres suivants :
2,4155 pour les rayons rouges,
2,4195 pour les rayons jaunes,
2,4278 pour les rayons verts.
Il a trouvé sur un autre diamant incolore 2,4168 pour les rayons jaunes.
LE DIAMANT
M. Des Cloizeaux a trouvé de son côté :
2,414 pour le rouge,
2,428 pour le vert,
Gliiffres qui concordent très bien avec les précédents.
On remarquera que ces valeurs de l’indice de réfraction sont beaucoup plus considérables pour le diamant que pour tous les autres corps transparents connus; le rubis et le saphir n’atteignent en moyenne que 1,76; la topaze 1,62; l’émeraude 1,58; l’eau 1,536. Dans les imitations artificielles, les cristaux de flint ou de crown ne dépassent guère 1,5 à 1,6, quoique le flint lourd do M. Feil, d’après VAnnuaire du bureau des longitudes, atteigne 1,8.
En revanche, il faut le reconnaître, un certain nombre de minéraux ont un indice de réfraction approché ou même supérieur : parmi les plus connus on peut citer la blende (2,35) et la zigueline ou oxydule de cuivre de Sibèi’ie (2,849) qui appartiennent à la série des corps monoréfringents, et parmi les biréfringents le cinabre, l’argent rouge et laproustite (2,8 à 3,1) ainsi que le chromate de plomb (2,5 à 2,97, Jamin), l’anatase (2,5 Miller), etc.; mais ces substances sont pratiquement à peu près opaques, et la haute valeur de leur indice de réfraction, s’il a un certain intérêt au point de vue théorique, n’en a aucun au point de vue pratique, à cause des phénomènes d’absorption qui se produisent dans leur masse.
La grande valeur moyenne de l’indice de réfraction a une conséquence intéressante au point de vue du jeu de la lumière dans l’intérieur d’un diamant. En effet, lorsque le rayon réfracté arrive à la face opposée du cristal, il doit sortir dans un milieu moins réfringent en obéissant aux mêmes lois qu’à son entrée, de sorte que si l’angle r du rayon réfracté avec la face de sortie est tel que l’angle i doive être plus grand que 90“, le rayon ne peut sortir, subit ce qu’on appelle la réflexion totale, et revient dans l’intérieur du cristal pour ressortir par une autre face soit immédiatement, soit après une ou plusieurs autres réflexions totales de même espèce.
Le calcul donne pour la valeur de cet angle limite environ 24“ 24' : il est plus petit pour le diamant que pour tous les autres corps puisque son indice de réfraction est plus grand, et par conséquent le champ dans lequel s’opère le changement de la réfraction en réflexion totale est fort étendu ; ce qui revient à dire que si même système de rayons lumineux frappe un diamant et un autre corps de même forme, par exemple un diamant artificiel, ce sera dans le diamant qu’un plus grand nombre de ces rayons subira à l’intérieur la réflexion totale et pourra revenir dans la direction de l’observateur.
On appelle coefficient de dispersion la différence des indices de réfraction extrêmes correspondant au violet et au rouge: plus cette différence est grande, plus le spectre est long, plus les couleurs sont étalées. Les valeurs trouvées par différents observateurs pour ce coefficient ne concordent guère entre elles.
oici cependant le tableau que donne M. Jannetaz pour diverses substances :
EKCÏCI.OPKDIE CIIISIIQIJE.
Substances. Coefficients
de dispersion
Diamant, environ.0.044
Flint-glass jaune de Guinaud, avec acide borique. 0.049
Flint-glass ordinaire.0.036
Saphir.0.029
Grenat. 0.027
Tourmaline.0.019
Crown-glass.0.019
Émeraude.0.015
Cristal de roche.0.014
On y remarquera que le coefficient de dispersion du diamant est inférieur à celui du flint à l’acide borique : Delafosse dit qu’il l’est aussi à celui du zircon et des spinelles.
Ce n’est pas tout : la réflexion à la surface des corps polis ne se contente pas de changer la direction des rayons lumineux, elle modifie aussi leur nature suivant certaines lois qui sont en rapport intime avec leurs pouvoirs réfringents.
Ces phénomènes très délicats, dont l’explication met en jeu les théories les plus avancées de la physique mathématique, ont été étudiés par Brewster, Biot, Humann, Cauchy, Sénarmont, Airy, etc.; mais les travaux les plus récents sont ceux auxquels M. Jamin s’est livré il y a quelques années et dont je vais donner le résumé.
Lorsqu’un faisceau de lumière naturelle tombe sur un corps monoréfringent poli, la portion qu’il l’éfléchit (et même celle qu’il réfracte, s’il y a lieu) sont toujours, comme je l’ai dit, polarisées en plus ou moins grande quantité suivant la valeur de l’angle d’incidence et suivant la nature du corps réfléchissant.
L’angle particulier sous lequel une substance à surface réfléchissante polarise la lumière en plus grande quantité s’appelle, pour cette substance, angle principal d’incidence ou angle de polarisation maxima : pour le diamant cet angle est de 67*>,30.
Mais toutes les substances ne font pas subir les mêmes modifications aux rayons lumineux, et l’on s’en aperçoit en opérant avec de la lumière déjà polarisée qui permet beaucoup mieux que la lumière naturelle une analyse précise du phénomène.
Dans ce cas, Fresnel avait donné des formules pour calculer les intensités de la lumière réfléchie ; mais elles supposent, comme il le dit lui-même, que les périodes de vibration des ondes incidente et réfléchie coïncident à la surface de séparation des milieux; or, l’expérience ne confirme pas toujours cette supposition.
En effet M. Airy a montré que le diamant notamment, et en général les substances qui, sans cesser d’être transparentes, possèdent un indice de réfraction très grand, transforment la polarisation rectiligne du faisceau incident en polarisation elliptique, c’est-à-dire modifient la phase des rayons réfléchis.
Cette polarisation elliptique n’est sensible que dans le voisinage de l’angle
LE ÜIAMASl.
de polarisation maxima, et la différence entre les phases des deux rayons principaux varie depuis tt jusqu’à 2r., entre des incidences, la première inférieure, la seconde supérieure à celle de la polarisation, et qui diffèrent seulement de quelques degrés : ainsi le moindre changement des incidences amène une très grande variation dans la phase.
Depuis lors, M. Jamin a découvert que ce fait n’était pas isolé ; on admettait «Généralement avant lui qu’il y avait deux modes distincts de réflexion, l’un offert par les métaux qui polarisent incomplètement la lumière naturelle et décomposent une vibration plane en deux rayons polarisés parallèlement et perpendiculairement au plan d’incidence, inégaux en intensité et différents dans leur phase, de sorte que la lumière est polarisée elliptiquement; l’autre par les matières analogues au verre, qui offrent un angle de polarisation complète, ne produisent aucune différence de phase entre les rayons principaux, et suivent les formules de Fresnel. Mais les travaux de ce savant ont montré que les lois de la réflexion n’avaient pas cette simplicité théorique, et qu’en réalité il y avait tous les degrés intermédiaires.
Il s’est assuré notamment que la polarisation n’est jamais complète, môme pour la lumière solaire, ni avec le verre, ni avec aucune autre substance dont l’indice de réfraction dépasse la valeur 1,40. Pour celles qui ont un indice voisin de ce nombre, l’alun par exemple, elle devient totale, puis elle cesse de nouveau de l’être pour les substances à indice de réfraction inférieur : les substances dont l’indice de réfraction est supérieur à 1,40 avancent la phase du rayon composant polarisé dans le plan d’incidence, celles dont l’indice est supérieur la retardent.
Cauchy a donné la formule qui permet de calculer le rapport des amplitudes des deux composantes principales, dans le plan d’incidence et dans le plan perpendiculaire, du rayon réfléchi à la surface d’un corps transparent. Soit P l’angle dont la tangente exprime ce rapport, on a :
^ cos»[t -t- r) -f- sin^i sin^(z -t- r)
° " cos^fi — r) -t- s® sin®i sin®(i — r)
La différence de marche entre les deux rayons principaux est donnée par la formule :
g si nt[tg(f -I- r) -+- tg(z — r)]
^ 1 — sin*i tg(i -h r)tg(i — r)
La quantité s est un coefficient toujours très petit, variable suivant les corps, et qui, pour le diamant, est égal à 0,0180.
Le rapport des amplitudes sous l’angle de polarisation maxima (67'’,50) est égal à 0,0190.
Il résulte des faits qui précèdent que certains corps, parmi lesquels le diamant, tiennent en quelque sorte le milieu, au point de vue de la réflexion, antre les corps métalliques et les corps analogues au vei’re. Yerdet ajoute même que quelques-uns d’entre eux (chrysammate et permanganate de potasse, carthamine, etc.), pour certaines couleurs, communiquent aux rayons la polarisation elliptique, et se comportent comme les métaux, pour d’autres polarisent
cjinplètemenl la lumière sous l’angle de polarisation, et sont par conséquent analogues aux corps transparents.
C’est ainsi, d’après lui, que le fer oligiste donne à peine la polarisation elliptique aux rayons rouges pour lesquels il est peu transparent, et l’imprime aux autres d’une façon d’autant plus prononcée qu’ils sont plus réfrangibles. On s’explique de celte manière pourquoi ce minéral paraît souvent bleu lorsqu’il réfléchit sous l’angle de polarisation des rayons polarisés perpendiculairement au plan d’incidence, les rayons rouges manquant alors complètement.
L’analogie qui rapproche de la réflexion métallique celle qui se produit à la surface des corps à fort pouvoir réfringent, notamment du diamant, se manifeste encore dans une intéressante expérience d’Airy.
On sait qu’en plaçant une lentille de verre sur une plaque de métal, on obtient des anneaux colorés par suite de la différence de phase des rayons réfléchis par le métal et par le verre ; Airy a obtenu le même effet en plaçant la lentille convexe sur un cristal de diamant ou sur de la blende ; on aperçoit les anneaux avec un microscope à faible grossissement. Sénarmont a répété cette curieuse expérience avec une autre substance à fort pouvoir réfringent, savoir un persulfure d’arsenic artificiel correspondant à l’acide arsénique.
Les divers phénomènes auxquels donne lieu l’incidence d’un rayon de lumière sur un diamant étant ainsi bien étudiés, on peut se demander maintenant quelle est la cause de l’éclat magnifique qu’il présente et qui en fait la plus belle de toutes les gemmes et par conséquent la plus merveilleuse de toutes les substances du règne minéral.
Il faudrait, pour répondre à celte question, bien préciser ce que l’on doit entendre par le mot éclat, dont le- sens est assez complexe et sur la valeur duquel on ne s’accorde pas toujours.
Si l’on entend cette propriété spéciale qu’un corps peut avoir de renvoyer plus ou moins la lumière qui le frappe, on peut dire que le diamant doit son éclat, le plus intense de tous les corps connus, à sa grande dureté et à son homogénéité, qui permettent de lui donner un poli parfait, à sa grande limpidité ou transparence qui lui fait n’absorber qu’une très faible partie des rayons qui le traversent et à son grand pouvoir réflecteur et réfringent, qui les lui fait renvoyer avec une intensité considérable. La taille a naturellement pour but de mettre en valeur cette propriété, en disposant les facettes du cristal de telle façon que les rayons lumineux entrant par la partie antérieure subissent du côté de la culasse une ou plusieurs réflexions totales et soient renvoyés vers l’observateur : c’est ce que Delafosse fait très bien ressortir dans les termes suivants :
« C’est celle réflexion totale de la lumière transmise à la surface inférieure du diamant qui donne à ce corps tant d’éclat : car cette espèce de réflexion, lorsqu’elle a lieu à la seconde surface d’un morceau de verre, est déjà si intense qu’on l’a comparée à celle des miroirs métalliques les plus polis. La grande transparence du diamant, en rendant son pouvoir d’absorption excessivement faible, est aussi une des causes qui influent le plus sur la vivacité de son éclat :
l’anatase, l’argent rouge et le chromate de plomb, qui ne le cèdent point au diamant sous le rapport de la réfraction, produisent infiniment moins d'effet à la lumière, parce que ce sont des corps colorés, très absorbants et par conséquent d’une faible transparence. On sait que si l’angle réfringent formé par deux faces opposées d’un corps transparent a une valeur au moins double de l’angle limite, aucun des rayons entrés par la première face ne peut émerger par la seconde et tous sont renvoyés sans rien perdre de leur intensité. Or, la disposition des facettes que fait naître le lapidaire sur le diamant est telle quelle tend à réaliser le plus complètement possible cette condition du phénomène. »
J’ajouterai que le diamant doit aux mêmes causes un effet plus remarquable. Tous les lapidaires habitués à manier cette précieuse substance sont unanimes à la considérer comme douée d’une propriété tout à fait spéciale et comme capable de s’imbiber en quelque sorte, suivant leur expression, de la lumière qu’elle reçoit. Ils n’ont pas tout à fait tort. Ce n’est point seulement, comme je l’ai dit, une réflexion totale que subit le rayon lumineux dans un diamant taillé avant de ressortir, mais souvent deux, trois et bien davantage, suivant la direction de la source de lumière et l’orientation des facettes. Dans cet enchevêtrement compliqué des divers rayons, rendu possible par sa limpidité parfaite, il se produit nécessairement une certaine diffusion dans tous les sens, qui semble le rendre véritablement lumineux par lui-même. Cet effet est très sensible lorsqu’on place un diamant dans une chambre noire, et qu’on l’éclaire même très faiblement.
On entend encore par éclat d’un corps cet aspect spécial qui fait souvent reconnaître ou soupçonner sa nature et dont on distingue plusieurs variétés principales, notamment les éclats métallique, vitreux, gras, nacré, etc. Ce genre d’éclat varie habituellement suivant l’inclinaison sous laquelle on regarde la substance, ou même suivant des causes tout à fait indéterminées : tout le monde a observé, par exemple, cet aspect remarquable que prend l’océan les jours de calme, dans certaines conditions d’éclairage, et qui le fait ressembler d’une façon frappante tantôt à une mer d’huile, tantôt à un bain de plomb fondu.
Le diamant, envisagé à ce point de vue, a un éclat tout à fait particulier auquel on a donné, pour cette raison, le nom d'adamantin et qui est intermédiaire entre l’éclat métallique et l’éclat vitreux ; ce fait a été observé depuis longtemps, et Haüy lui-même avait signalé que lorsqu’on fait prendre graduellement à une facette de diamant diverses inclinaisons par rapport à l’œil, l’éclat de cette facette augmente peu à peu et peut finir par offrir une grande analogie avec celui de l’acier poli.
Après ce qui a été dit plus haut, il est facile de voir que ces différences, sinon pour tous les genres d’éclat (car l’éclat soyeux et nacré doit provenir plutôt de la texture des corps qui l’affectent), au moins pour les éclats métallique et vitreux et pour l’éclat adamantin intermédiaire, proviennent de phénomènes de polarisation qui se produisent à la surface réfléchissante et modifient diversement la nature des rayons réfléchis, en changeant la fornie de la vibration.
E^CYCLOl'EDlE CHIMIQUE.
Ainsi se vérifie assez bien l’analogie dont Delafosse avait le pressentiment il y a longtemps et qu’il exprimait en ces termes : « L’éclat est à la couleur ce que le timbre est au ton dans un instrument de musique. » En effet, la couleur d’un corps est déterminée par la longueur d’onde des radiations lumineuses, exactement comme la hauteur d’une note musicale provient de la durée des vibrations acoustiques ; mais de même que chaque instrument, quelle que soit la hauteur de la note qu’il émet, lui communique un certain timbre provenant des diverses harmoniques qu’il produit toujours en même temps que le son fondamental et qui déterminent un mouvement ondulatoire spécial, plus compliqué que la vibration simple sinusoïdale, de même chaque corps ne renvoie par réflexion les diverses ondes lumineuses qui viennent le frapper qu’après avoir fait subir aux vibrations qui les produisent une certaine transformation qui modifie leur forme, et qui est la cause de son éclat.
11 y a certainement encore beaucoup de vague dans cette théorie, sur laquelle je n’insisterai pas davantage ; mais les fondements en paraissent assurés, et il est probable que de nouveaux faits viendront plus tard la confirmer et la développer.
Enfin, il y a un effet remarquable produit par le diamant et que l’on confond souvent dans le langage ordinaire, sous le nom d’éclat, avec les phénomènes qui précèdent, je veux parler des feux qu’il jette et que l’art, venant au secours de la nature, développe si puissamment ; ces feux proviennent de la dispersion.
Le pouvoir dispersif du diamant étant l’un des plus considérables qui soient connus, les couleurs du spectre réfracté sont plus étalées et les feux qui en proviennent plus nets, plus variés et plus brillants : comme pour l’éclat par réflexion, la taille, qui favorise la divergence des rayons en tous sens, et la limpidité du cristal, qui les empêche de s’affaiblir dans leur passage, concourent à la production de ces feux éclatants avec lesquels le spinelle, le zircon, certaines espèces de flint, etc., ne peuvent rivaliser, soit parce qu’ils n’ont pas le même pouvoir dispersif, soit parce qu’ayant un pouvoir [dispersif plus grand, ils n’ont ni la même transparence ni le même pouvoir réfringent.
La différence d’effet est même très sensible pour les diverses espèces de diamants suivant leur provenance : si le diamant du Cap est moins beau que le diamant du Brésil ou d’Orient, cela provient moins de sa couleur que de son éclat ; il est moins limpide et jette surtout beaucoup moins de feux que les autres : en revanche, il réfléchit peut être mieux les rayons lumineux et miroite davantage. Certaines personnes trouvent en outre que les pierres jaunes ont, à la lumière artificielle, plus de vivacité que les blanches. Au Brésil, il y a entre les divers gîtes des différences sensibles : ainsi le diamant le plus beau à tous les éclairages est celui du Serro, comparable à celui de l’Inde ; celui de Canavieiras, qui est si beau le jour, perd à la lumière une partie de ses qualités et n’a guère plus dans ces circonstances que le jeu noir du diamant du Cap. Toutes ces variations doivent provenir de différences extrêmement faibles dans les propriétés d’absorption, de réfringence et de dispersion des diamants de diverses provenances et, par suite, de diverses qualités.
LE DIAMANT
Il faut dire que cet effet a besoin d’être aidé et servi par des artifices convenables.
Pour qu’il se produise avec une grande intensité, il faut, comme le dit Babinet, d’abord que la lumière éclairante ne soit pas trop volumineuse, car il y aurait recouvrement des diverses couleurs et reproduction du blanc, puis que les facettes du diamant ne soient pas trop larges, car alors l’œil recevrait toutes les couleurs à la fois, ce qui produirait encore le même résultat de recomposition.
C’est pour réaliser le premier point qu’il indique cette manière de regarder un diamant lorsqu’on veut lui faire renvoyer les feux les plus étincelants :
« Je perce, dit-il, un carton blanc d’un trou un peu plus grand que la grosseur du diamant à essayer, puis, faisant passer un rayon de soleil au travers de ce trou, j’oppose à ce rayon la pierre à essayer, en la mettant à une certaine distance du trou derrière le carton, mais de manière à ce qu’elle reçoive en plein le rayon solaire sur la face antérieure, où est la table. Aussitôt on voit le reflet de la table se marquer sur le carton par une figure blanche semblable à la table elle-même. Tout à l’entour sont de petites bandes irisées des couleurs primitives de la lumière, dont les principales sont le rouge, le jaune, le vert, le bleu et le violet, .\lors, si les couleurs sont bien séparées dans ces petites bandes irisées, si le nombre de ces petites bandes est considérable, si elles sont espacées bien également autour du reflet blanc de la table, le diamant est bien taillé. »
Mais ce procédé n’est pas applicable dans les circonstances où on désire le plus faire briller les richesses d’un écrin, et il ne serait d’ailleurs pas suffisant pour obtenir l’effet que l’on cherche ; lorsqu’on voit, sous un éclairage approprié, resplendir une belle parure, il y a là plus que des feux éclatants, il y a aussi des feux variés et presque, serait-on tenté de dire, une véritable scinlillation.
La scintillation, comme on le sait, est l’effet produit par une source de lumière lorsqu’elle émet successivement et à intervalles très rapprochés des feux de diverses couleurs et de différente intensité; elle n’existe spontanément que dans la lumière émise par les étoiles, et encore seulement par celles qui sont notablement au-dessus de l’horizon.
Lorsque, par une belle matinée de printemps ou d’automne, la terre se revêt de ce merveilleux manteau de rosée qu’on voit briller au soleil levant, l’oscillation des petits brins d’herbe, ou même le simple mouvement de la marche de l’observateur suffisent pour produire, à cause de la variété de couleur des radiations renvoyées et de la multitude des points lumineux très voisins constitués par chaque gouttelette, un effet qui se rapproche jusqu’à un certain point de la scinliliation naturelle: c’est un effet analogue qu’on cherche à produire avec les parures de diamant.
Il existe pour cela un premier artifice employé souvent par les joailliers : c’est de monter ces parures sur des tiges flexibles, oscillant légèrement au moindre mouvement de la personne qui les porte, ce qui change à tout instant l’orientation des pierres et leur fait émettre par conséquent des feux de couleurs diverses. Mais toutes les parures ne comportent pas ce genre de monlui’e.
employé spécialement pour les parures de tête, et dans ce cas, c’est l’éclairage qui doit être le facteur principal de leur scintillation. Cet éclairage, qui a une très grande importance pour l’effet qu’on veut obtenir, doit être essentiellement mobile ; toute lumière fixe, si la personne qui porte la parure est ellemême immobile, ne produira pas de scintillation.
« Si un seul point lumineux, multiplié par les facettes du diamant, produit plusieurs feux colorés, il est évident, dit Babinet, qu’avec plusieurs points lumineux on obtiendra des feux bien plus nombreux et bien plus agréables à l’œil. C’est ainsi que l’illumination aux bougies et aux petits becs de gaz à nu est infiniment plus favorable à l’éclat des diamants que l’illumination par des lampes ou becs de gaz entourés de gros globes de verre dépoli. Il y a quelques années, c’était la mode (qui peut-être subsiste encore *), pour les dames parées qui assistaient à l’Opéra, d’aller pendant l’entr’aete prendre des glaces dans le salon de Tortoni. La pièce d’entrée, sans doute pour éviter l’effet du vent, était éclairée par des lampes à globe ; la seconde l’était par un lustre à bougies. Or, en suivant de l’œil la marche d’une dame couverte de diamants et passant d’une pièce à l’autre, il se faisait à l’entrée de la pièce illuminée par les bougies une radiation telle que l’œil le plus distrait en eût été frappé, et l’on a pu entendre plus d’une fois une exclamation d’étonnement à la vue d’un effet si inattendu. Ajoutons que, dans les soirées de contrat où l’on expose l’ècrin de la fiancée à la curiosité du public, on met souvent deux grosses lampes pour éclairer la table sur laquelle est posé cet écrin. C’est une maladresse : faites apporter deux candélabres à quatre ou cinq bougies chacun, et vous changerez comme par magie l’effet des diamants, dont l’ensemble fera tout de suite ce qu’on appelle parterre ou corbeille de fleurs.
« Lorsque j’ai été invité à voir des collections d’amateurs qui renfermaient un beau diamant princier (au-dessus de 10 carats), je me suis donné souvent le plaisir de lui faire produire tous ses feux en allumant devant une glace posée sur une cheminée de marbre huit ou seize bougies. Le reflet de la glace doublait le nombre des bougies ; alors, en tournant le dos à la glace et tenant le diamant à la hauteur de la tête, en face de l’œil, on obtenait, en le secouant haut et bas et le faisant miroiter, des effets ravissants. »
Cette observation pourrait être renouvelée d’une façon encore plus concluante avec la lumière électrique, et surtout avec les lampes à incandescence, dont le ton se rapproche un peu du jaune et dont la fixité absolue se prête mal aux jeux de lumière nécessaires pour faire ressortir les joyaux. La lumière blanche rachète par son éclat ce que sa fixité a d’imparfait ; mais en somme, on peut dire qu’à égalité d’intensité lumineuse, rien n’a remplacé, pour l’exposition d’une parure ou l’éclairage des pierreries à un bal, les simples bougies à lumière tremblotante dont les mille points lumineux, revêtus par la dispersion des plus riches couleurs, se réfléchissent en tous sens, et, à défaut, les candélabres ou les lustres munis de becs de gaz à papillon, incomplètement ouverts do manière à laisser la flamme mobile; on arrive au meilleur effet en mariant les deux lumières, et l’on obtient ainsi les deux résultats nécessaires, intensité et mobilité.