‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 29 sur 114 · B. - CARBON OU DIAMANT NOIR · texte numérisé non relu

B. - CARBON OU DIAMANT NOIR

Le carhon ou diamant noir, appelé aussi quelquefois carbonado, découvert pour la première fois au Brésil en 1845, offre l’aspect de petites masses d’une grosseur variable depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’un œuf, de couleur variant du gris foncé au noir, à surface soit terne, soit luisante, et à éclat résineux. Leur contour extérieur est habituellement irrégulier et même arrondi, mais on en trouve cependant qui sont réellement cristallisées, et cela dans les foimes habituelles du diamant. M. Des Cloizeaux cite un cube complet, à arêtes arrondies et à faces rugueuses, qui était opaque et d’un noir parfait, ainsi qu’un octaèdre brunâtre à faces très raboteuses. J’emprunte au mémoire de Gœppert la figure 84, qui représente en a et & les deux côtés d’un échantillon

l’ig. 8t. — Diamant noir.

dont l’un porte des arêtes dodécaédriques bien nettes tandis que l’autre est

arrondi. La surface est aussi quelquefois rugueuse, comme on le voit en c, qui n’est que la figure h grossie.

Au point de vue de sa structure interne, le carbon est également susceptible de prendre tous les états d’agrégation possibles ; d’après Des Cloizeaux, on en trouve qui offrent une nature essentiellement cristalline et où l’on reconnaît parfaitement, à la loupe, un assemblage confus de très petits octaèdres brunâtres semi-translucides; d’autres fois, la cassure est grenue et légèrement celluleuse ; le plus souvent, elle est au contraire compacte ; quelquefois enfin elle est tellement poreuse qu’elle rappelle celle de certaines ponces dures et à grain serré, et cette struclure se manifeste sur la cassure — dont la couleur est d’ailleurs assez variable, le plus souvent grisâtre, quelquefois violacée — par des points brillants qui ne sont autre chose que des pores ou de petites cavités de formes diverses.

Rivot a décrit encore un morceau de carbon qui, examiné à la loupe, paraissait criblé de petites cavités séparant de très petites lamelles irrégulières, légèrement translucides et irisant la lumière solaire : sur une de ses faces, les cavités étaient disposées en ligne droite, ce qui leur donnait un aspect fibreux comme dans les obsidiennes.

On y rencontre, mais assez rarement, de petites géodes tapissées de cristaux réguliers de diamant incolore : c’est exactement l’inverse du curieux échantillon du cabinet impérial et royal de Vienne, présentant à l’œil un beau diamant bien cristallisé, mais pas tout à fait incolore, dont les faces sont en grande partie couvertes de granulations et ponctuations de diamant noir. Enfin les mines de Bornéo contiennent un assez grand nombre de diamants à noyau de boort ou de carbon enveloppé d’une couche de substance incolore bien cristallisée.

En somme, le carbon paraît composé, de même que le boort, de petits agrégats cristallins, mais beaucoup plus irrégulièrement enchevêtrés et beaucoup moins serrés en quelque sorte que dans ce dernier. Aussi sa densité est-elle notablement moindre que celle des deux autres espèces de diamant. Rivot a trouvé pour la densité à 12“ de quatre échantillons 3,012 ; Silil! 3,416; 3,255, et il attribue ces différences à la porosité plus ou moins grande de chacun d’eux ; il en conclut que la matière elle-même, abstraction faite des cavités, a une densité a peu près égale à celle du diamant ordinaire.

Baumhauer donne les chiffres suivants :

Carbon gris un peu violacé du Brésil. 3,20053

Carbon noir grisâtre du Brésil. 3,29287

Carbon noir du Brésil.3,15155

Carbon sphéroïdal du Brésil. 3,34497

id. id. id. 5,20578

11 ajoute que, chaulfés dans l’eau, les fragments de carbon laissent échapper une grande quantité de bulles gazeuses et qu’il est par conséquent nécessaire, quand on veut exécuter des pesées hydrostatiques, de faire bouillir les échantillons pendant quelque temps dans l’eau, afin de chasser autant que possible l’air qui est logé dans les pores.

LE DIAMANT

La dureté de cette variété de diamant est extraordinaire et beaucoup plus considérable que celle du diamant cristallisé et même du boort : Babinet dit que dans un essai fait autrefois aux frais de l’Institut, un diamant noir de Bornéo, dont on voulait éprouver la dureté, fut remis au diamantaire Gai lais, qui y usa une roue d’acier et une grande quantité de poudre de diamant ordinaire sans pouvoir l’entamer le moins du monde. La pierre n’y perdit aucune de ses aspérités, quoique chargée d’un poids considérable et chauffée à blanc par le frottement qui faisait jaillir des étincelles de la roue d’acier, laquelle fut mise hors de service.

Il faut croire cependant que tous les échantillons ne présentent pas cette dureté prodigieuse, car on en a taillé, avec la plus extrême difficulté il est vrai, et, en effet, ils sont d’autant plus durs qu’ils sont moins cristallins ; mais comme cette dureté est dans tous les cas très considérable, et que de plus elle n’est pas accompagnée de celte fragilité qui rend le diamant ordinaire assez cassant, on en a profité pour d’assez nombreuses applications à l’industrie, dont je parlerai lorsque je traiterai de l’utilisation du diamant.

Le diamant noir est composé de carbone, mais il contient aussi des matières étrangères mélangées, et cela en plus grande quantité que le diamant crislallisé. Rivot a trouvé pour trois échantillons de Bahia les résultats stiivanls :

Carbone. . . 96,84

Cendres. . . 2,0?)

Dana donne la composition suivante ;

Carbone . . .

Hydrogène . .

Oxygène . . .

Mais cette expérience demanderait confirmation.

Enfin, Baumhauer, en traitant des échantillons par l’eau régale, a trouvé dans la dissolution une assez forte proportion de fer et un peu de chaux, mais aucune trace d’acide sulfurique ni d’alumine.

Le carbone paraît brûler dans l’air, quand il est chauffé au rouge, plus vite et plus facilement que le diamant; d’après M. Damour, il fuse quand on le chauffe avec du nitre. En arrêtant la combustion suffisamment tôt, avant que le morceau fût brûlé tout entier, Gœppert a observé à la surface de petites bulles ou saillies, soit jaunâtres, soit violacées, ce qui lui a fait croire à la présence du manganèse. Après combustion complète, il laisse un résidu de cendres jaunâtres, pouvant conserver la forme même du morceau brûlé et paraissant composé d’argile ferrugineuse et de petits cristaux transparents de forme indéterminable.

•l’ajouterai par anticipation, afin de n’avoir plus à y revenir, quelques ren-

n ni

seignements sur les gisements du carbon. Un certain nombre de morceaus de ce précieux minéral viennent de Bornéo, où se rencontrent les échantillons les plus beaux et les plus durs ; on ne l’a pas signalé aux Indes ; il n’y eu a pas au Gap, et c’est en somme le Brésil qui en fournit la presque totalité. Cependant on ne l’y a guère rencontré que dans quelques gupiarras de Cincora, non loin de Babia; c’est au bord de la rivière San José qu’il a été découvert, et on en a trouvé sur ce point des quantités considérables « dans l’herbe n. Il est extrêmement rare dans les autres gupiarras, à une distance relativement très faible, ainsi que dans le Serro et à Bagagem; toutefois, celui qui provient de ce dernier point est d’une qualité exceptionnelle, c’està-dire inusable : je tiens de M. Gorceix qu’on en trouve également dans la province de Minas, entre Diamantina et Grào Mogor, spécialement près du village de Terra Branca, sur le Jequilinhonha.

M. Des Cloizeaux, qui a examiné de grandes quantités de diamant noir, a trouvé un grand nombre de minéraux mélangés avec lui, et l’on verra plus loin .qu’ils figurent tous dans la liste de ceux qu’on trouve avec le diamant ordinaire : c’étaient des tourmalines noires, quelques zircons et grenats rougeâtres, des cristaux de staurotide brune, du rutile et un minéral particulier, noir, assez tendre, à poussière gris verdâtre, paraissant cristallisé en prisme rhomboïdal oblique, et dans lequel un essai incomplet a fait reconnaître du fer, du manganèse et de l’acide tantalique ; enfin, et ceci est digne d’être noté, il a constaté l’existence de petits grains d’or enchâssés soit dans les cavités extérieures, soit dans la cassure même de quelques échantillons.

J’ai dit que la grosseur des morceaux de carbon variait de celle d’un pois à celle d’un œuf : la moyenne de ceux que l’on trouve est de 20 à 50 carats; les gros morceaux paraissent souvent brisés comme par un choc ; le plus gros de tous ceux qu’on a trouvés pesait 751 carats.

La production, assez forte autrefois, a beaucoup diminué aujourd’hui et n’est plus guère que de 100 oitavas par mois (550 grammes); cette baisse dans la production, coïncidant avec l’usage de plus en plus étendu du carbon, dont les quantités extraites ne suffisent plus aujourd’hui â la consommation, a élevé son prix dans des proportions considérables ; de 0 fr. 25 le carat au début, il est monté à 40 francs pour la qualité ordinaire et à 100 francs pour la qualité supérieure; mais il a un peu rebaissé depuis la crise.

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