Yena Ganga (Weinganga
8. Saubira (le pays compris entre les rivières du Sarhind et de l’Indus).
L’Haïma, d’après M. Bail, pourrait bien répondre à des gisements perdus
depuis longtemps, mais «retrouvés depuis près de Simla.
Le second endroit, Matanga, connu plus tard sous le nom de Telingana, comprenait les contrées entre la Kistna et le Godawari, c’est-à-dire la région de Golconde, et s’étendait aussi probablement plus loin dans le sud. Marco Polo parle de la même région sous le nom de .Mutfili après un port appelé Molupalle.
La troisième localité, Surat, n’était pas autre chose qu’un marché d’où les pierres étaient envoyées en Occident ; on dit qu’elles avaient, comme celles de
l’Haïma, une coloration cuivrée. D’après le témoignage de quelques écrivains, on sait en effet que les pierres exportées étaient généralement inférieures à celles qui restaient dans le pays pour l’usage des rajahs et des nababs.
Paunda comprenait peut-être Sarnbalpur, aussi bien que certaines localités dans le Chutia Nagpur ; sinon Sarnbalpur doit être compris, soit dans le pays de Kalinga, qui paraît avoir embrasse les bouches du Mahanadi et les marchés de la côte où l’on allait vendre les diamants, soit dans celui de Saubira.
Kosala est identifié tantôt avec Berar, tantôt avec Ajudhya, On peut y rapporter peut-être les mines de Panna, qui, suivant quelques écrivains, était le Panassa de Ptolémée.
Vena Ganga est sans doute le Beirargurh de l’Aïn-i-Akbari, le moderne Wairagarh, qui est situé sur un tributaire du Weinganga.
Enfin Saubira, si réellement il faut désigner par là le pays compris entre le le Sarbind et l’indus, ne peut se rapporter à aucun gisement actuellement connu.
Les Occidentaux n’ont reçu naturellement que beaucoup plus tard des renseignements quelque peu précis sur les mines d’un monde qui leur a été fermé si longtemps.
Pline parle le premier de rivières dans lesquelles on aurait trouvé le diamant, savoir l’Acesines (Jenaub) et le Gange ; Dionysius Periegetes mentionne le diamant pai’rai les nombreuses gemmes (béryl, topaze, jaspe vert, améthyste) trouvées dans les lits des rivières par les naturels de l’Inde ; Ammien, écrivant au quatrième siècle, cite la région d’Agalhyrse (?), au delà de la mer d’Azof, comme abondante en diamants ; mais il est difficile de savoir à quelle contrée elle correspond dans l’état actuel de nos connaissances géographiques.
D’après M. King, le compte rendu le plus ancien que l’on ait eu en Europe des mines de diamant de l’Inde — il est vrai qu’il est incomplet — est celui qu’on trouve dans le petit traité De Arom. et Simp. Hktoria, de Gardas ab Horto, déjà cité, et dont un abrégé en latin fut publié par Clusius, deux ans après 1 original, en 15C7. Ce compte rendu représente, suivant toute probabilité, le même état de choses qui existait lorsque les commerçants romains venaient d’Alexandrie faire leurs approvisionnements annuels sur les bords du golfe .Arabique.
« Les diamants, dit-il, sont trouvés seulement en trois ou quatre endroits. Dans la province de Bisnagar, il y a deux ou trois gisements qui les produisent, ce qui rapporte un immense gain au roi de cette contrée, car chaque pierre au-dessus du poids de 30 mangelis (150 grains) appartient au souverain. Il y a un autre gisement dans le Deccan, non loin du territoire de l’Imadixa (Imad'» Sha) ou Imad-Moluceo, mais dans les possessions d’un certain prince indigène, qui produit d’excellents diamants, bien que de taille plus petite. Ce sont les pierres connues sous le nom de diamants de vieille roche, et elles sont portées ' en Vente à Lispor, ville du Deccan, où il y a un marché fameux. Les marchands de Gazeratles achètent là et nous les portent ici (à Goa). Ils les portent même aussi loin que Bisnagar, tentés par le grand profit qu’ils en retirent; car ces pierres, naturellement polies et appelées ISaifes par les Indiens, sont infiniment
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préférées à toutes les autres. Il y a un autre gisement sur la mer de Tanjan, dans la contrée de Malacca, qui fournit des diamants appelés aussi diamants de vieille roche, de petite taille mais de bonne qualité. Ils n’ont qu’un défaut, c’est qu’ils sont très lourds, ce qui fait qu’ils sont mieux aimés par les vendeurs que par les acheteurs. »
Au dix-septième siècle, et cent ans après exactement, le célèbre voyageur Tavernier visitait plusieurs mines, et en laissait un compte rendu bien connu, bien souvent cité, mais que je vais reproduire encore non seulement pour être complet, mais aussi parce qu’il décrit, dans un style assez pittoresque, la méthode d’exploitation en usage à celte époque, laquelle ne pai’aît pas avoir beaucoup changé depuis lors ; il donne d’ailleurs sur ces mines divers autres renseignements curieux qu’il n’est pas inutile de connaître :
« J’ai donc esté, dit-il, aux quatre mines dont je vais faire la description et à l’une des deux rivières d’où se tirent les diamants....
« La première des mines où je fus est sur les terres du roy de Visapour, dans la province de Carnatica, à cinq jours de Golconde et à huit ou neuf de Visapour....
«.... Tout autour du lieu où se trouvent les diamants, la terre est sablonneuse et pleine de roches et de taillis, à peu près comme aux environs de Fontainebleau. 11 y a dans ces roches plusieurs veines, tantôt d’un demi-doigt de large et tantôt d’un doigt entier, et les mineurs ont de petits fers crochus par le bout, lesquels ils fourrent dans ces veines pour en tirer le sable ou la terre, qu’ils mettent dans des vaisseaux, et c’est ensuite parmi cette terre qu’on trouve des diamants. Mais parce que ces veines ne vont pas toujours droit et que tantôt elles montent, tantôt elles baissent, ils sont contraints de casser ces roches, en suivant néanmoins toujours la trace des veines. Après qu’ils les ont toutes ouvertes et qu’ils ont ramassé la terre ou le sable qui y pouvait être, alors ils se mettent à la laver par deux ou trois fois et cherebent parmi cette teri’e ce qu’il peut y avoir de diamants. C’est à cette mine où se trouvent les pierres les plus nettes et les plus blanches d’eau ; mais le mal est que, pour tirer plus aisément le sable de ces roches ils donnent de si grands coups d’un gros levier de fer, que cela étonne le diamant et y met des glaces. C’est ce qui fait qu’on trouve à cette mine quantité de pierres faibles ; car dès que les mineurs voyent une pierre où la glace est un peu grande, ils se mettent à la cliver, c’est-à-dire à la fendre, à quoi ils sont beaucoup plus stylés que nous. Ce sont les pierres que nous appelons faibles et qui sont de grande montre. Si la pierre est nette, ils ne font que la passer dessus et dessous sur la roue et ne s’amusent point à lui donner de forme de peur de lui ôter de son poids. Que s’il y a quelque petite glace, quelques points ou quelque petit sable noir ou rouge, ils couvrent toute la pierre de facettes afin qu’on ne voie point les défauts qu’elle a; et s’il y a quelque glace fort petite, ils couvrent cela de l’arreste de l’une des facettes, mais il faut remarquer que le marchand aimant mieux un point noir dans une pierre qu'un point rouge, qüand il y a un point rouge, on brûle la pierre et il devient noir. Cette adresse me fut enfin si connue que lorsque je voyais une partie de pierres qui venaient de la mine, et qu’il y avait des facettes
à quelques-unes et surtout des petites facettes, j’étais assuré qu’il y avait dans la pierre quelque petit point ou quelque petite glace....
.... A sept journées de Golconde tirant droit au Levant, il y aune autre raine de diamant, appelée Gani dans la langue du pays et Couleur en langue persionne. Elle est proche d’un gros bourg où passe la même rivière que je traversai en venant de l’autre mine, et à une lieue et demie du bourg il y a de hautes montagnes qui sont en forme de croissant. Cet espace qui est entre le bourg et la montagne est une plaine où l’on mine et où l’on trouve le diamant. Plus on cherche en tirant vers la montagne, plus on trouve de grandes pierres; mais quand on monte trop haut on ne trouve plus rien.
Il n’y a qu’environ cent ans que cette mine a été découverte, et ce fut par le moyen d’un pauvre homme qui bêchant un bout de lcrre où il voulait semer du millet, trouva ,une pointe naïve pesant à peu près vingt-cinq carats. Cette sorte de pierre lui estant inconnue et lui voyant quelque éclat, il la porta à Golconde et par bonheur pour lui il s’adressa à une personne qui faisait négoce de diamants. Ce négociant ayant sçù du paysan le lieu où il avait trouvé la pierre, fut tout surpris de voir un diamant d’un tel poids, vu qu’auparavant les plus grands que l’on voyait estaient au plus de dix à douze carats. Le bruit de cette nouvelle découverte se répandit bientôt dans tout le pais, et quelques-uns du bourg qui avaient bonne bourse commencèrent de faire foüiller dans la terre, où ils trouvèrent et où l’on trouve encore de grandes pierres en plus grande quantité que dans aucune autre mine. Il se trouve, dis-je, à présent en celle-cy quantité de pierres depuis dix jusqu’à quarante carats, et même quelquefois de bien plus grandes : mais entre autres le grand diamant qui pesait neuf cents carats avant que d’être taille, dont Mirgimola fit présent à Aureng-Zeb comme je l’ai dit ailleurs.
Mais si cette mine de Couleur est considérable pour la quantité des grandes pierres que l’on y trouve, le mal est que d’ordinaire ces pierres ne sont pas nettes et que leurs eaux tiennent de la qualité du terroir où elles se trouvent. Si le terroir est marécageux et humide, la pierre tire sur le noir ; s’il est rougeâtre, elle tire sur le rouge et ainsi des autres endroits, tantost sur le vert, tantost sur le jaune, d’autant que du bourg à la montagne il y a diversité de terroir. Sur la pluspart de ces pierres après qu’elles sont taillées, il paraît toujours comme une espèce de graisse qui fait qu’on porte incessamment la main au mouchoir pour l’essüier.
Pour ce qui est de l’eau des pierres, il faut remarquer qu’au lieu qu’en Europe nous nous servons du jour pour examiner les pierres brutes et bien juger de leur eau et des points qui s’y peuvent trouver, les Indiens se servent de la nuit et dans un trou qu’ils font dans un mur d’un pied en carré, ils mettent une lampe avec une grosse mèche, à la clarté de laquelle ils jugent de l’eau et de la netteté de la pierre qu’ils tiennent entre leurs doigts. L’eau que l’on nomme céleste est la pire de toutes et il est impossible de la reconnaître tandis que la pierre est brute. Mais pour peu qu’elle soit découverte sur le moulin, le secret infaillible pour bien juger de son eau est de la porter sous un arbre touffu, et à l’ombre do sa verdure on découvre aisément si elle est bleue.
LE DIAJIAÎiT.
La première fois que je fus à cette mine, on pouvait conter jusqu’à soixante mille personnes qui y travaillaient, tant hommes que femmes et enfants qui sont employez à divers offices, les hommes à bêcher, et les femmes et enfants à porter la terre; car on cherche la pierre à cette mine de toute autre manière qu’à celle de Raolconda.
Après que les mineurs ont reconnu la place où ils veulent travailler, ils applanissent tout proche une autre place de pareille étendüe et même un peu plus grande, autour de laquelle ils font une enceinte de muraille d’environ deux pieds de haut ; au pied de ce petit mur, ils font de deux en deux pieds des ouvertures pour écouler l’eau, lesquelles ils ferment jusqu’à ce qu’il soit temps que l’eau s’écoule. Cette place étant ainsi préparée, ceux qui doivent travailler à cette recherche s’assemblent tous, hommes, femmes et enfants, avec le maître qui les met en besogne, accompagné d’une partie de ses parents et amis. 11 apporte avec lui quelque figure de pierre du Dieu qu’ils adorent, laquelle étant mise debout sur la terre, chacun se prosterne par trois fois
devant elle, leur prêtre cependant faisant la prière. Le repas fini, chacun
commence à travailler, les hommes à foiiiller la terre, et les femmes et les enfants à la porter dans la place qui a esté préparée comme j’ay dit cy-devant. Ils fouillent jusqu’à dix ou douze et quatorze pieds de profondeur, mais dès qu’ils ont trouvé l’eau il n’y a plus rien à espérer. Toute la terre étant portée dans cette place, hommes, femmes et enfants prennent avec des cruches l’eau qui est dans le creux qu’ils ont fait, et la jettent sur la terre qu’ils en ont Otée pour la détremper, la laissant ainsi un jour ou deux selon la dureté de la terre jusqu’à ce qu’elle vienne comme en bouillie. Cela étant fait, ils ouvrent les trous qu’ils ont faits à la muraille pour donner passage à l’eau et en jettent encore d’autre par dessus afin que cela entraîne tout le limon de sorte qu’il n’y reste que le sable. 11 y a telle terre qu’il est besoin de laver deux ou trois fois. Ensuite ils laissent sécher le tout au soleil, ce qui est bientôt fait à cause de sa grande ardeur. Ils ont de certains paniers faits à peu près comme un vase dans lesquels ils mettent de cette terre, laquelle ils secoûent comme quand nous voulons nettoyer le bled. La menüe poussière s’en va et le gros demeure, qu’ils remettent après sur cette terre.
Toute cette terre étant ainsi vannée, ils l’étendent avec une manière de rateau et la rendent la plus unie qu’il leur est possible. Alors ils se mettent tous ensemble sur cette terre avec chacun un billot de bois en forme de gros pilon large par le bas d’un demi-pied, et ils en battent la terre en allant d’un bout à l’autre toujours battant par deux ou trois fois. Après ils la remettent dans les paniers et la vannent comme ils ont fait la première fois ; puis ils l’ètendent encore et ils se mettent enfin tous ensemble à un des bords pour manier celte terre et chercher le diamant, à quoi ils sont observez de la même manière qu’à la mine de Raolconda.
.Je viens à la troisième mine qui est la plus ancienne de toutes et dans le
royaume de Bengala. On peut lui donner le nom de Soumelpour, qui est un gros bourg proche duquel on trouve des diamants, ou plùtost le nom do Gouel fini est la rivière dans le sable de laquelle on les découvre.
Chemin à suivre en partant d’Agra ;
ENCVCLOPÉUIE CHIMIQUE.
D’Agra à Halabas. cosses loO
B’Halabas à Banavous... — 53
De Banavous à Saseron.. — A
D’Âgra à Saseron on va toujours au levant, mais de Saseron pour aller à la mine on tourne au micly et l’on vient d’abord à un gros bourg (21 cosses) puis à une forteresse appelée Bodas (4 cosses), puis à Soumelpour (30 cosses).
Le Gouel passe près du bourg de Soumelpour et vient des hautes montagnes qui sont du costé du midy, et va perdre son nom dans le Gange : c’est cette rivière qui contient des diamants : voici de quelle manière on les cherche :
Après que les grandes pluies sont passées, ce qui est d’ordinaire au mois de décembre, on attend encore tout le mois de janvier que la rivière s’éclaircisse, parce qu’en ce temps là en plusieurs endroits elle n’a pas plus de deux pieds et qu’elle laisse beaucoup de sable tout découvert. Sur la fin de janvier ou au commencement de février, tant du bourg de Soumelpour que d’un autre qui est vingt cosses au-dessus sur la même rivière et de quelques petits villages de la plaine, il sort environ huit mille personnes de tous sexes et de tous âges capables de travailler. Ceux qui sont experts connaissent au sable s’il y a quelques diamants dedans quand ils voient parmi le sable quelques petites pierres qui ressemblent fort à celles que nous appelons pierres de tonnerre. On commence à chercher dans la rivière au bourg de Soumelpour et on va toujours en remontant jusques aux montagnes d’où elle sort, et qui sont éloignées du bourg d’environ cinquante cosses. Aux endroits où l’on croit qu’il y a des diamants, on tire le sable de cette manière.
On entoure ces endroits là de pieux, de fascines et de terre, comme quand on veut faire l’arche d’un pont, afin d’épuiser l’eau et de mettre la place à sec. Alors on tire tout le sable et on ne foüille pas plus que de la profondeur de deux pieds. Tout ce sable est porté et étendu sur une grande place préparée au bord de la rivière, et entourée d’une petite muraille haute d’un pied et demi ou environ. On fait des trous au pied, et quand on a rempli cette place d’autant de sable qu’on juge à pi’opos, on y jette de l’eau, on le lave et on le brosse et tout le reste se fait comme à la mine que j’ai décrite plus haut.
C’est de cette rivière que viennent toutes les belles pointes qu’on appelle pointes naïves, mais c’est rarement que l’on y trouve une grande pierre...
... J ai parlé ailleurs d’une autre mine de diamants dans la province de Carnatica, laquelle Mirgimola, général d’armée et premier ministre d’Estat du roy de Golconde, commanda que l’on fermât parce que les pierres n’étaient pas de bonne eau. »
Cette intéressante narration, dont il ne faudrait peut-être pas croire aveuglément tous les points, donne bien l’idée de ce que devaient être ces mines, exploitées avec tant d’ardeur à cette époque, si délaissées depuis, et on peut dire qu’elle représente encore le travail tel qu’il est pratiqué de nos jours sur quelques points.
Sauf le rapport du grand maréchal d’Angleterre, paru quelques années après la relation de Tavernier, on ne trouve guère plus de renseignements sérieux sur
les mines de l’Inde jusqu’à la fin du siècle dernier. Depuis lors, au contraire, ont paru dans diverses publications pour la plupart étrangères, en particulier en Angleterre et aux Indes, des relations de voyages ou des comptes rendus géologiques qui les ont fait connaître tout au long ; au point de vue du public français on peut citer notamment Jacquemont comme ayant apporté son appoint personnel; mais il faut mentionner aussi les relations du capitaine Franklin et de Newbold, l’ouvrage de Karl Ritter, dans lequel il a résumé tout ce qu’on savait en 1856 sur ces gisements, puis les travaux de Voysey, Heim, King, etc. Enfin, le Manuel de géologie de l’Inde (3"“ partie), par M. V. Bail, en a fait, d’après les mémoires originaux, un compte rendu tellement complet qu’il ne laisse rien à glaner en dehors des renseignements qu’il contient et qu’on sera longtemps encore obligé de s’adresser à lui lorsqu’on voudra parler des gisements de ce pays ; la plupart des renseignements qui vont suivre sont extraits de cet important ouvrage.