A. — DESCRIPTION GÉOLOGIQUE
Ces gisements ont été visités à bien des reprises différentes et plusieurs voyageurs ou savants ont donné de leurs observations des comptes rendus plus ou moins complets, parmi lesquels ont doit citer plus spécialement ceux de MM. le comte de Suzannet, Burlon, Heusser et Glaraz, Claussen, Hoclieder, de Helmreicben, de Lomonosoff, de Tschudi, de Castelnau, etc. Mais on peut dire que les notions les plus complètes et les plus précises que nous ayons aujourd hui sur eux viennent à peu près en totalité des renseignements publiés depuis trois ans par MM. Orville Derby, Gorceix et de Bovet : c’est donc eux que je prendrai en général pour guides dans ce qui va suivre.
Diamantina (autrefois Tijuco), ville de la province de Minas Geraes et centre principal des gisements qu’elle renferme, est située à 18' à l’ouest du méridien de Rio-de-Janeiro et par 18" 10' de latitude australe, à 1200 mètres environ d’élévation au-dessus du niveau de la mer; elle est distante de 511 kilomètres d’üuro-Preto, capitale de la province, à laquelle elle est reliée par une mauvaise route de chars.
Les caractères géologiques de la contrée qui l’environne ont été décrits par M. Gorceix de la façon suivante :
« Les roches dominantes sont des roches quartzeuses, se réduisant facilement, sous Faction des agents atmosphériques, en sables qui couvrent le sol dans les parties basses, au milieu desquels apparaissent des crêtes de rochers dont la direction générale est N.N.O.-S.S.E., et où le relèvement vers l’ouest s’observe constamment.
De nombreuses veines de quartz fragmenté, hyalin, rarement en cristaux, traversent ces roches et fournissent ces fragments de toute dimension que l’on rencontre à chaque pas.
Les quartzites sont très fréquemment formés entièrement de grains de quartz sans ciment, d’autres fois, mais plus rarement, imprégnés, surtout auprès des fdons de quartz, d'une pâte siliceuse où à l’œil nu les éléments disparaissent, et ils passent alors à l’état de vrais grès lustrés.
Les couches de quartzites et de grès de couleur blanche ou rose sont peu inclinées et en recouvrent d’autres de texture moins grenue, contenant du mica blanc ou jaunâtre, soit disséminé en paillettes dans la masse, soit en amas irréguliers donnant à la roche une apparence hétérogène.
11 existe entre ces deux espèces de roches une liaison telle qu’il est impossible de ne pas les placer dans le même groupe.
Au-dessous de ces roches on rencontre une série de couches présentant les mêmes caractères minéralogiques, mais où le mica est en général plus abondant, disposé en lamelles, augmentant ainsi la schistosité de la roche dont l’inclinaison vers l’ouest est plus considérable, et au milieu desquelles sont intercalés des lits de schistes onctueux avec martite, d’un aspect métamorphique plus prononcé.
On trouve ce groupe bien représenté entre Diamantina et Sào-Joào da Cbapada.
Près de la ville de Diamantina, les couches schisteuses sont très abondantes, ont un aspect cristallin et la plus complète analogie avec certains schistes phylladiens du centre de la province auxquels sont subordonnées les Itabiriles.
En plusieurs points, les filons de quartz qui les traversent contiennent en abondance de la klaprothine qui a même imprégné la roche, et en même temps les cristaux de quartz deviennent très fréquents.
En résumé, sauf quelques pointements de granit et de diorite, les terrains de cette région, où prennent naissance tous les cours d’eau diamantifères, sont formés de séries de deux quartzites, l’une se composant de quartzites micacés avec schistes abondants et martite, les autres de quartzites moins micacés et moins schisteux que les précédents. »
Cette description diffère peu, du reste, de celle qu’avaient donnée il y a longtemps MM. lleusser et Claraz ; j’ajouterai avec eux que les quartzites micacés inférieurs ont reçu d’Eschwege le nom d’ilacolumites, et qu’on s’accorde assez généralement à voir en eux la roche mère des diamants. Cette roche incontestablement métamorphique et d’origine sédimentaire passe, d après eux, fréquemment et par degrés insensibles aux schistes métamorphiques intercalés plus ou moins argileux ou micacés dont parle M. Gorceix, lesquels à leur tour enclavent souvent du calcaire, du fer oligiste schisteux et de l’itabi-
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rite’; on suppose que toute cette série évidemment paléozoïque appartient au système cambrien.
Au point de vue topographique, les environs de Diamantina forment, d’après M. de Bovet, un vaste plateau situé entre onze et douze cents mètres d’altitude, limité vers l’est par la chaîne de séparation des bassins du Jequitinbonha et du Rio Doce,etvers le sud-ouest par la chaîne de séparation du Jequitinhonha et du Rio das Velhas ; ces chaînes se réunissent entre les villes de San Gonoalo etdu Serro, et sauf au pic d’itambé, le plus haut sommet de la région, ne s’élèvent qu’à une faible hauteur au-dessus du pays environnant.
C’est sur ce plateau que l'on trouve les diamants, ainsi que dans les ruisseaux ou rivières qui eu découlent et sur lesquels s’est principalement portée l'exploitation : on peut donc diviser les gisement en gisements de plateaux et gisements de rivière, auxquels on peut ajouter si l’on veut, comme catégorie intermédiaire, les gisements de gupiarras, qui se trouvant soit sur le bord même des rivières, soit sur de petits ferrasses situées sur le flanc des vallées à une hauteur quelconque, participent à la fois des caractères des deux précédents.
Le diamant est toujours mêlé à une masse considérable de graviers plus ou moins inégalement roulés, dont l'étude minéralogique a été faite bien des fois, car elle présente un haut intérêt par la diversité des espèces qu’ils renferment; les proportions de chacune d’elles varient d’un endroit à l’autre, quelques-unes disparaissent même complètement, mais leur ensemble facilement reconnaissable constitue toujours un indice précieux pour le mineur, qui sait qu’il est tout à fait inutile de chercher le diamant là où il ne les rencontre pas.
Voici, d’après l’ensemble des travaux de MM. Damour d’abord, puis Derby, Gorceix, de Bovet, etc., la liste des minéraux que l’on y rencontre :
Les plus caractéristiques, ceux qu’on peut regarder comme les véritables satellites du diamant, sont :
Le rutile,
L’anatase,
La brookite et l’arkansite (plus rares).
Le fer titané.
Le fer oligiste ordinaire et octaédrique.
Le fer magnétique.
Mais on trouve aussi beaucoup d’autres espèces, dont les plus fréquentes sont les suivantes :
Quai-tz hyalin, Disthène,
Cbloro-phosphates hydratés de composition complexe.
1. Lilabinte est simploinent une variété de fer oligiste scliisteux accompagnée de quartz et Elle présente quelquefois des couches puissantes et très étendues qui peuvent etrt “ —lierai de fer. Quand elle est pulvérulente, on lu désigne sous le nom de
dernière roche si curieuse qui contient fréquemment do l’or, et qui c'ait légendaire de Gongo-Socco.
c.xploitées comme Jacotiijga. C'est ce notanuneiit exploitée autrefois dans la
LE DIAMANT
Tourmaline,
Klaprothine ou lazulite,
Yiennent ensuite :
Grenat rouge almandin,
Grenat manganésifère (Spessartinc), Zircon,
Diaspore,
Enclase,
Topaze,
Stanrotide,
Sphène,
Fibrolite,
Psilomèlane,
Talc,
Mica,
Or natif ell paillettes ou en petites pépites.
Tantalite,
Yttro tantalite,
Hydro-phosphate d’alumine, Phosphate d’yttria blanc, Phosphate d’yttria titanifère.
Fer niobé,
Étain oxydé,
Mercure sulfuré.
Pyrite,
Hématite,
Limonite,
Graphite.
Un grand nombre de ces minéraux sont bien connus des mineurs du pays, qui leur ont donné, d’après leur ressemblance avec des objets qu’ils ont constamment sous les yeux, des noms populaires : c’est ainsi qu’ils appellent les cristaux fins et allongés de rutile agulhas (aiguilles) ; ceux de disthène, jmlha de arro5 (paille de riz); la tourmaline noire roulée, feijào (haricot commun du pays) ; la klaprothine, pedra de anil (pierre bleue) ; les' chloro-phosphates, favas (fèves) ; le quartz hyalin roulé, ovos de pomba (œufs de pigeon) ; les fragments ovoïdes d’hématite, caboclos vermelhos, etc., etc. Quant à l’ensemble, il est englobé par eux sous le nom général do formaçôes (formations).
La description la plus précise et la plus claire que l’on ait faite des gisements de la région se trouve dans un article inséré récemment dans les Annales des mines par M. de Bovet, que nous prendrons ici exclusivement pour guide ;
« Dans les gisements de rivière, dit-il, le minerai constitué par la réunion du diamant et des diverses formaçôes, le tout considérablement roulé, mêlé à de l’argile et à une très forte proportion de gravier quartzeux, forme ce qu’on appelle du cascalho. Le mot n’est pas traduisible et désigne proprement, pour ces gisements, le minerai de diamant.
Le cascalho repose au fond du lit des rivières, sur la roche en place que les mineurs du pays désignent, quelle que soit sa nature, par le nom de pisarra ; il est recouvert d’abord d’une couche de blocs de rochers, puis d’une épaisseur variable de sables stériles, le cascalho pouvant ainsi se trouver à une profondeur au-dessous du fond de l’eau variant depuis quelques centimètres jusqu’à vingt et trente mètres.
• H est loin d’être réparti uniformément sur le lit : il y affecte au contraire une disposition en chapelet, le lit présentant lui-même une allure irrégulière et formant une série de parties profondes et de parties hautes où les roches viennent affleurer au niveau de l’eau. Les parties les plus profondes forment des sortes de puits [poçâo dans le langage des mineurs) où naturellement le cascalho s’est accumulé.
Indèpendamnîent de cette première division sommaire, il y a lieu de distinguer des points particulièrement riches, des caldeirôes (chaudières) et des canoës (canaux).
Un caldeirâo est, à proprement parler, une marmite de géant torrentielle : on en trouve jusqu’à des dimensions considérables tant en diamètre qu'en profondeur dans les régions où la disposition des rives a facilité la production de mouvements tourbillonnants. Ce sont des points de richesse maxima : il est facile d’en comprendre la raison. L’usure produite par le frottement des graviers entre eux ou contre les parois, usure aidée par la présence du diamant, a dû amener peu à peu les grains de gravier à une ténuité suffisante pour qu’ils puissent être rejetés. Le même effet ne s’est produit sur le diamant qu’à un degré à peine sensible, et chaque diamant tombé dans un caldeirâo avait toute chance de n’en plus sortir. Un caldeirâo constitue certainement de la sorte un remarquable appareil d’enrichissement pour le minerai de diamant et l’on en cite dont les dimensions n’avaient rien d’excessif, qui ont donné jusqu’à 8 et 10 000 carats du précieux minéral. »
D’après M. Gorceix, il est un point où, la rivière ayant été déviée de son cours, on peut pénétrer dans des grottes autrefois envahies par les eaux et comblées par du cascalho d’une richesse extraordinaire. Les parois de la roche sont polies comme le marbre le mieux travaillé ; l’éclat des torches se réfléchit comme sur une glace, et à chaque instant le visiteur aperçoit sous ses pas des trous cylindriques aussi réguliers que si le plus habile potier les eût creusés sur son tour.
Il y a une trentaine d’années, après bien des travaux dispendieux, la découverte de quelques-uns de ces caldeirôes suffit pour enrichir la famille de deux individus associés qui poursuivaient des recherches.
Un témoin oculaire rapporte que lorsque, éclairés par des lampes de mineur, ils arrivèrent sous la voûte qui se trouvait là et qu’ils eurent enlevé la couche de sables stériles qui couvrait le gravier d’une de ces cavités, il leur parut constellé de cristaux de cette pierre précieuse, et, sans aucun lavage, ils purent, sur place même, emplir leurs poches de diamants !
Quand une de ces excavations accidentelles dans les roches du lit d’un cours d’eau, au lieu d’avoir une section circulaire, devient très longue tout ep conservant une faible largeur, elle prend le nom de canal: la direction généraledun canal est d’ordinaire celle des couches de roches à travers lesquelles il a été creusé, et il se trouve de la sorte tantôt accompagner la direction générale de la rivière, tantôt la traverser. Le creusement des canaux paraît dû à l’existence, au point où ils se sont formés, d’une veine de moindre dureté, soit d’une couche de quartzite moins dur au milieu d’autres plus durs, ce dont on trouve dans la région des exemples fréquents, soit d’une couche de schistes plus ou moins décomposés au milieu des quartzites. On en trouve aussi quelques-uns qm résultent du même phénomène d’érosiou que la vallée elle-même, là où l’éi'»' sion a enlevé les couches successives de façon à leur laisser une disposition en forme de gradins d’escalier.
Il a dû se produire dans ces excavations longues et étroites quelque chose d’analogue à ce qui se passait dans les caldeirôes, quoique avec
LE DIAMANT
moins de netteté, et en effet les dépôts qu’on y trouve sont généralement riches.
Les gisements de gupiarras contiennent le diamant associé aux mêmes minéraux que les gisements de rivière, mais d’une façon générale ils y sont moins roulés, de sorte qu’on peut dire habituellement si un cascalho donné provient d’une rivière ou d’une gupiarra. Entre le dépôt de cascalho et la roche on trouve une couche d'épaisseur variable, en général faible, d’argile ou de sable ; au-dessus du cascalho, une autre couche variable de terre rouge argileuse : les dépôts sont isolés les uns des autres par des emplacements stériles.
Enfin, sur le plateau, ou rencontre le diamant dans une sorte de conglomérat beaucoup moins roulé que le cascalbo, et que les mineurs du pays appellent gorgulho. Ce gorgulho se trouve en général en couches horizontales formées d’un mélange de gravier grossier et de terre rouge plus ou moins argileuse : souvent aussi la couche de gorgulho est intercalée entre une couche d’argile à la partie inférieure, qui repose directement sur le sol et est un peu diamantifère, et une couche stérile supérieure d’argile rouge d’épaisseur très variable; les minéraux satellites du diamant sont les mêmes que dans le cascalho, mais ils sont souvent à arêtes nettes ; leur abondance est moindre et les proportions des divers éléments sont changées en ce sens qu’on y trouve surtout les plus lourds et notamment les oxydes de fer. Enfin, dans certains cas, le diamant se trouve éparpillé à la surface du sol, à peine mélangé de quelques fragments de quartz, de sorte que, suivant l’expression populaire, il suffit d’arracher l’herbe pour trouver dans ses racines le précieux minéral.
Telles sont les trois catégories que l’on peut établir dans les gisements des environs de Diamantina : leur étude fait ressortir un certain nombre de faits intéressants au point de vue de leur genèse, qui sont les suivants ;
En premier lieu, le diamant et les formations sont en général de plus en plus roulés à mesure que l’on passe du plateau aux gupiarras et des gupiarras aux rivières, et soit dans les gupiarras, soit dans les rivières, à mesure qu’on s'éloigne des sources ; cependant, pour le diamant, il faut dire que le fait est discuté, et que certains prétendent qu'il n’est pas plus roulé dans certains gisements que dans d’autres.
Secondement, la nature des formations satellites est constante, en ce sens que d’une façon générale, les espèces restent à peu près les mêmes ; mais leurs proportions changent, et quelques-unes peuvent même manquer complètement; OD remarque que les plus lourdes se trouvent en plus grande abondance sur les plateaux.
Enfin, la grosseur des diamants, quoique variable par suite des circonstances pour ainsi dire irrégulières et troublées dans lesquelles ils ont été amenés sur tel ou tel point particulier, paraît être plus grande sur les plateaux, tendis que leur abondance y est beaucoup moindre eu égard à une quantité donnée de minerai.
Partant de ces données, voici comment les divers géologues qui ont visité le pays expliquent la genèse des gîtes diamantifères.
Le relief général du sol et, pour ainsi dire, le canevas du système hydrogra-
152 EîiCYCI,OPÉDIE CHIMIQUE.
phique ayant été tracés en quelque sorte par des phénomènes de soulèvement, des phénomènes d’érosion postérieurs sont venus l’accuser et creuser peu à peu les lits encaissés des torrents où l’on trouve aujourd’hui le diamant.
D’après M. de Bovet, l’eau circule quelquefois au fond de véritables couloirs à parois presque verticales tracés en plein rocher sur des hauteurs considérables. Ces couloirs étroits, analogues aux canons du Colorado et que l’on rencontre sur le Jequitinhonha aussi bien que sur ses affluents, sont en général creusés à travers des couches dont la direction traverse celle de la rivière, de sorte qu’il y aurait eu en ces points, à une époque antérieure, de véritables barrages naturels qui ont maintenu d’abord le niveau de l’eau à la hauteur du plateau et ne lui ont permis de s'abaisser peu à peu qu’au fur et à mesure que l’érosion les creusait davantage.
On suppose donc qu’à l’origine et au moment où les eaux recouvraient encore le plateau, le diamant, arraché à son gîte primitif et transporté par les courants avec tous les minéraux qui l’accompagnent, serait venu se déposer sur ledit plateau, donnant ainsi naissance aux gisements de la première catégorie.
Si l’on ne peut affirmer que tous les gisements de cette nature se soient ainsi formés, il est à peu près certain que la plupart du moins doivent leur existence à ces actions de transport dont la date ne doit pas être fort reculée, géologiquement parlant.
Peu à peu, au fur et à mesure du creusement des vallées par les eaux courantes, d’autres diamants provenant des gîtes primitifs, tout aussi bien qu'une partie des précédents repris et remaniés par les eaux, se seraient déposés d’abord sur le flanc des vallées, à un niveau de plus en plus bas, puis enfin dans le lit même des rivières, formant ainsi les gisements des deux autres catégories.
La faible distance qui sépare le gorgulho du plateau du cascalho des rivières ne justifie pas cependant la différence d’aspect du premier, généralement à angles plus ou moins nets, et du second, qui présente toujours l’apparence d’un conglomérat à grains arrondis ou ovoïdes, .àussi est-il probable qu’avant de se fixer et de se cimenter au fond des rivières, ce cascalho a été, aune multitude de reprises différentes, remanié sur place par le remous des eaux dans les innombrables cavités du lit. Il est évident en effet, comme le dit avec raison M. de Bovet, que la reprise constante par l’eau des mêmes matériaux a dû nécessairement produire une usure très active des différents éléments du cascalho, usure beaucoup plus rapide du reste pour tous les autres minéraux que pour le diamant, et quelle a dû amener ainsi, par un procédé analogue à celui des caldeirôes, un véritable enrichissement. Et de fait, le cascalho de rivière est le plus riche des minerais de la région, tandis que le gorgulho du plateau, s’il' donne de plus grosses pierres, n’en est pas moins le plus pauvre en ne considérant que la proportion de diamants en poids, sans tenir compte de la différence de valeur commerciale que peut avoir un même poids selon qu’il est réparti entre un plus ou moins grand nombre de pierres. De même, les différents minéraux qui accompagnent le diamant sont, dans le cascalho de rivière, non seulement plus roulés et plus brillants, mais encore de plus petites dimensions que dans les autres gisements. A ce point de vue, la comparaison entre les minéraux provenant des divers dépôts est fort intéressante.
LE mAMANT.
A quelle époque faut-il faire remonter la formation de ce cascalho? Probablement à une époque assez récente et peut-être à la période actuelle. MM. Heusser et Claraz ont signalé en effet la découverte, dans un cascalho vierge, de petits fragments de quartz visiblement polis et paraissant avoir servi d’ornements aux Indiens; ils étaient accompagnés d’autres objets taillés et notamment de pointes de flèches ; le cascalho où ces objets ont été trouvés ôtait recouvert de plus de 6 mètres de terre végétale.
On voit que toute cette théorie se tient très bien et présente beaucoup de vraisemblance dès qu’on accepte la donnée première.
Mais ces gisements primitifs du diamant, d’où il a été entraîné sur le plateau de Diamantina, quels sont-ils? quelle est leur nature? quel est leur emplacement?
Déjà depuis bien longtemps on avait remarqué que les ruisseaux ou rivières diamantifères descendaient tous des montagnes des environs, formées d’itacolumites; que le plateau lui-même était formé en partie de cette rocbe, et que dans les endroits où elle n’apparaissait pas ou avec lesquels elle n’était pas en relation, le diamant disparaissait ; de là à admettre que l’itacolumite est la roche mère du diamant et sa matrice originaire, il n’y avait qu’un pas. Pohl et d’Eschwege avaient déjà indiqué cette supposition comme vraisemblable : mais c’est surtout d’ilelmreichen et les voyageurs qui Font suivi qui ont confirmé cette manière de voir et l’ont fait adopter d'une façon générale. L’élude de deux gisements tout particuliers et fort curieux de la province est venue du reste apporter des arguments presque irréfutables à celte hypothèse, et je vais pour cette raison in’y arrêter un peu.
Le premier est celui de Sâo Joào da Chapada, à 50 kilomètres environ à l’ouest de Diamantina : il a été particulièrement étudié par MM. Orville Derby, Gorceix et de Bovct. Découvert en 1853, il a donné lieu à une exploitation assez développée pendant un certain nombre d'années ; mais par suite de la difficulté croissante de l’extraction, jointe au peu de richesse de la mine, il est abandonné aujourd'hui et n’offre plus guère qu’un intérêt scientifique.
Le diamant, d’après M. Gorceix, y est exploité dans des couches d’argile provenant de la décomposition de schistes intercalés dans des quartzites grenus à mica vert ou ilacolumites fortement altérés.
Leur direction commune est nord-nord-est, avec une inclinaison de 50“ vers l'est.
Les couches diamantifères se groupent autour de trois types : l’une, d’un noir bleuâtre, est formée d’argile imprégnée de fer oligiste en petits fragments avec nitile et anatase ; la seconde, de lithomarge, avec cristaux entiers de quartz ; la troisième et la plus importante, dont l’épaisseur dépasse 'l'“,50, est composée dune série de lits d’argile bariolée. Les plans de stratification, parallèles à ceux des quarzites, sont encore très visibles : les feuillets sont contournés, plissés, comme ceux des schistes non décomposés que l’on trouve quelques mètres plus loin. Des fragments de schistes à peu près intacts existent même au milieu de 1 argile. Ces couches d’argile sont traversées par de petites veines de quartz
grenu ou en cristaux bipyramidés, avec fer oligiste et rutile, ne présentant aucune trace de frottement. Le fer oligiste octaédrique se rencontre en certains points en abondance extrême, imprégnant la roche ; en d’autres, il est remplacé par l’oligiste ordinaire... Les diamants trouvés ont des faces rugueuses, des arêtes vives et une teinte superficielle bleu verdâtre. Les uns comme les autres sont bien en place.
Le gisement de Sào Joâo, ajoute-t-il, est comparable à celui des topazes de Boa Vista (près d’Ouro Preto). Tous les deux sont placés dans les mêmes roches métamorphiques, au même horizon géologique, et caractérisés par un grand nombre de substances minérales de même nature.
M. Orville Derby donne de ce gisement une description analogue, mais il termine par cette assertion quelque peu différente ; « Le diamant se trouve à Sào Joâo dans sa matrice originelle, et cette matrice est un filon de quartz accompagné par une roche de nature inconnue contenant du fer et de la tourmaline, ce filon traversant une série de schistes onctueux et d’itacolumites. » Et plus loin il ajoute qu’il a cru reconnaître dans ces filons certains alignements qui, prolongés sur une distance de plusieurs lieues, passeraient par un certain nombre de mines importantes de plateaux.
Ni M. Gorceix ni, je crois, d’autres observateurs vraiment dignes de ce nom, n’ont jamais trouvé le diamant en place à Sào Joâo, ce qui n’est pas étonnant, étant donné la pauvreté du gîte : on ne l’a jamais recueilli que dans les résultats du lavage. Le fait aurait eu cependant un fort grand intérêt.
Quoi qu’il en soit, l’exploitation, commencée aux affleurements, s’est peu à peu développée et a fini par produire, en suivant les couches en profondeur, une grande tranchée à ciel ouvert de plus de 40 mètres de hauteur au milieu, d’une largeur moyenne de 60 à 80 mètres et de près de 500 mètres de long (planche 11). Cette tranchée, d’après M. de Bovet, a coupé à son sommet et perpendiculairement à sa direction, la chaîne de séparation des eaux du bassin du Jequitinhonha et de celui du Rio das Velhas ; de sorte que deux petits ruisseaux naissant au fond de la tranchée coulent dans deux directions opposées; l’un, le Ribeirào Dure, va au Caéthé Mirim, affluent du Jequitinhonha; l’autre, le Ribeirào de Sào Joào, va au Rio d’Ouro fmo et, par là, au Rio das Velhas et au San Francisco.
La direction des travaux est sensiblement celle des couches qui viennent affleurer sur la partie Est de la coupure en bandes horizontales faciles à distinguer à cause de leur variété de coloration : la tranchée a dû être faite à bras, mais le travail manuel aura été probablement aidé, comme dans la plupart des exploitations du Brésil faites en terrain un peu tendre, par le concours de 1 eau, amassée dans des réservoirs supérieurs creusés à la surface du sol, et amenée ensuite par des rigoles sur la fouille. Ce n’était guère que dans R saison pluvieuse qu’on pouvait travailler ainsi.
Un premier lavage devait se faire dans les canaux où l’on jetait l’argile diamantifère et dont l’eau courante débourbait les divers minéraux contenus, on devait finir, comme toujours, à la bâtée.
Dans une expérience faite à Sào Joào, 12 tonnes d’argile diamantifère ont fourni dix petits diamants pesant environ un carat : on voit que c’est peu, mais
on ne s’en étonnera pas si l’on réfléchit qu’il s’agit d’un dépôt en place, non remanié, et par suite n’ayant pas été l’objet de cette espèce d’enrichissement que nous avons expliqué plus haut et auquel on doit la valeur du cascalho de rivière ; il a été cependant plus productif autrefois, car Tschudi rapporte qu’il a vu extraire en deux heures de travail environ 2,5 oitavas, soit près de 45 carats.
Le second gisement est celui de Grào Moçjor, village situé sur une chaîne de montagnes qui borde le Jequitinhonha à l’ouest et se trouve à environ 43 milles portugais ou 300 kilomètres au nord de Diamantina.
Cette chaîne fut explorée pour la première fois en 1813; mais les premiers diamants n’y furent trouvés qu’en 1827. La population s’y porta bientôt et augmenta assez vite dès le début de la révolution, parce qu’on s’empressait d’aller prendre possession des mines abandonnées par le gouvernement : ce fut ainsi vers 1833 que Varroyal de Grao Mogor fut fondé. 11 y avait, d’après Claussen, 2000 hommes au travail en 1859, et deux cents maisons environ lors de la visite qu’y fit le comte de Suzannet en 1845.
D’après Claussen, la montagne de Grâo Mogor, où se trouve le diamant, serait composée de couches de grès psammite assez puissantes et peu inclinées, qui parfois passent aux micaschistes quartzeux (on voit que ce n’est pas autre chose que i’ilacolumite). Pendant plusieurs années, dit-il, on y exploita le diamant dans la roche mère qu’on faisait sauter à la poudre pour en briser ensuite les fragments au marteau et les laver à la bâtée. D’Helmreichen (1846) dit que l’itacolumite diamantifère est exploitée en ce point à ciel ouvert sur trois lieues d’étendue, et qu’on y distingue jusqu’à huit couches d’itacolumite à diamants, chacune de 3 à 4 toises d’épaisseur et de 15 toises de longueur. Ces quartzites. d’après lui, sont blancs, rouges ou jaunes et ont souvent l’apparence d’un conglomérat. Il ajoute qu’un échantillon de 7 carats 1/5 y fut découvert en 1856. Heusseret Glaraz (1859) confirment cette description et disent qu’on peut voir au muséum de Ilio-de-Janeiro divers cristaux de diamant enchâssés dans la roche.
En 1881, M. Gorceix a publié une description un peu plus étendue :
« Le bassin de Grào Mogor, à l’extrémité nord de la province de Minas Geraes, a été, dit-il, le premier point du globe où le diamant ait été signalé comme se trouvant en place dans une roche ancienne et entièrement différente des dépôts quaternaires où jusqu’alors il avait été exploité, soit dans le lit des rivières, ‘soit sur les plateaux élevés.
11 est situé à 300 kilomètres au nord de Diamantina. On y trouve une couche de conglomérats dans laquelle le diamant se trouve en place. Ces conglomérats sont formés de galets oblongs de quartz fragmenté ou compact au milieu d une masse granuleuse de même nature que celle qui constitue les quartzites encaissants. Leur consistance est en général peu considérable. On note en même temps en ce point une abondance plus considérable de mica vert et 1 apparition de cristaux entiers à faces brillantes, à arêtes vives, sans trace d’usure, de pyrite martiale et de martite.
Ee diamant a été exploité dans cette roche et il s’y trouve en cristaux intacts.
engagés au milieu du quartz, dans les mêmes conditions que la pyrite et la martite.
Je suis d’avis que cette roche est du même âge que les quartzites flexibles sur lesquels elle, repose, c’est-à-dire appartient au même horizon géologique que les itabirites du centre delà province de Minas qui constitueraient un groupe parallèle au Huronien de l’Amérique du Nord. L’existence de conglomérats et de poudingues au milieu de ces roches ne peut laisser le moindre doute sur leur origine sédimentaire et détritique. »
Enfin, en 1882, M. Orville Derby, qui, dans ses observations géologiques, a été amené à diviser les quartzites de la province de Minas en deux séries, reposant l’une sur l’autre en stratification discordante, dit que la série supérieure est certainement un conglomérat; que M. Gorceix l’a établi positivement, bien qu’il ne se prononce pas sur la question de savoir si ce conglomérat appartient à une série différente des quartzites inférieurs, et que le diamant s’y présente avec des minéraux roulés de roches plus anciennes : il signale même pour la première fois plusieurs autres gisements comme offrant le même caractère que Grào Mogor.
Ce sont d’abord ceux de Bom Successo et de BoaVista, situés dans l’Alto de Curralinho, entre Üiamantina et la rivière du Jequitinhonha, et placés de part et d’autre d’une petite vallée terminée par un monticule de conglomérat dont les éléments entraînés et remaniés par les eaux ont constitué le gîte diamantifère, puis ceux de la Guinda et de la Sopa, situés au sud-est de Diamantina, dans lesquels se trouveraient deux couches de cascalho, l’une de formation récente analogue au gorgulho de plateau, l’autre plus ancienne formée par un conglomérat appartenant à la série des quartzites supérieurs comme celui de l’Alto de Curralinho.
C’est du gisement de Grào Mogor que proviennent tous les échantillons de diamant dans l’itacolumite qu’on trouve dans les cabinets de minéralogie : d’Helmreichen endécrit quatre qu’il suppose authentiques : le muséum de Riode-Janeiro én contient des spécimens intéressants. Mais le prix élevé qu’on a payé les premiers a fort encouragé la fraude et il en a été fabriqué de toutes pièces en grande quantité.
Quoi qu il en soit relativement à ces dernières observations, il n’en est pas moins vrai, et c est là le fait capital qu'il faut retenir, que, au moins on ce qui concerne les environs de Diamantina, les gîtes alluvionnaires sont en rapport constant avec l’itaeolumite et n'apparaissent jamais qu’avec cette roche, et de plus que les diamants y sont toujours associés aux autres minéraux qu elle renferme; puis, qu’indépendamment de ces gîtes alluvionnaires, de beaucoup les plus importants au point de vue industriel, il se rencontre dans la même province certains gisements, d’âge infiniment plus ancien, mais au sujet desquels les divers géologues qui les ont visités fournissent des renseignements quelque peu variables.
Les uns seraient compris dans les itacolumites elles-mêmes, c’est-à-dire dans des couches de quartzites ou degrés plus ou moins schisteux en grand, appartenant au système silurien ou cambrien (type de Sào Joào), les autres dans des
LE DIAMANT
conglomérats plus récents appartenant soit au même système, soit à un système supérieur (type du GràoMogor).
Dans les premiers, le diamant serait contenu soit dans la masse même de ces itacolumites, soit dans des veines plus ou moins interstratifiées analogues à toutes les veines quartzeuses qu’on voit presque constamment courir, surtout au Brésil, dans les schistes métamorphiques, soit enfin dans de véritables filons s’étendant au loin sur une étendue de plusieurs lieues.
Pour les seconds, le mol de filon n’avait pas été prononcé antérieurement à M. Gorceix et les géologues qui avaient visité le gisement de Grào Mogor n’avaient jamais parlé que de la présence du diamant dans la roche elle-même. Pour M. Gorceix, au contraire, l’origine filonienne du diamant dans ce gisement ne fait point doute.
« Il peut très bien se faire, dit-il en parlant des conglomérats de cette région, que la plus grande partie de leurs éléments minéralogiques aient été empruntés à des granités et à des pegmatites dont la Serra do Mar contient de nombreux et importants gisements, mais je ne crois pas que cette proposition puisse être étendue à tous ces élémenis.
Les minéraux de toutes natures, l’or, les tourmalines, l’amphibole, les oxydes de titane, etc., minéraux en filons, en fentes, ou en couches intercalées entre les strates, ne proviennent certainement pas de dépôts plus anciens et se sont bien formés là où on les trouve aujourd’hui. 11 en est de même d’une partie du mica qui abonde dans certains termes de cette série de terrains et surtout de la fuchsite en cristaux nets, brillants, si abondants dans les quartzites métallifères des environs d’Ouro Preto.
Pourquoi le diamant ferait-il exception à ces minéraux qui, au Brésil, l’accompagnent constamment ?
Si lui aussi provenait de la destruction de terrains plus anciens, ne devrait-on pas le trouver disséminé plus irrégulièrement au milieu des couches dont les éléments auraient avec lui une commune origine?
Or, dans un très grand nombre de points de la province, il existe des quartzites, des schistes identiques à ceux de Diamantina, de Grào Mogor, etc. ; leur destruction donne lieu à des graviers qui, à première vue, ont une très grande analogie avec les cascalhos diamantifères. Bien des chercheurs de diamants les ont essayés, et jamais une seule de ces pierres précieuses n’est venue récompenser leurs travaux.
A Grào Mogor, la couche de conglomérat a une grande extension : on peut suivre ses affleurements sur une longueur de 300 à 400 mètres ; on la retrouve sur le bord ouest, au milieu même de la ville ; elle a été l’objet de bien des recherches et il est impossible d’affirmer qu’ailleurs qu’au point indiqué un diamant y ait été trouvé en place. En ce point, elle a été soumise à des actions secondaires qui ont apporté la silice, le quartz cristallisé qu’on y rencontre aussi, la pyrite, etc. 11 peut exister d’autres de ces cbeminées au milieu de cette couche ; une seule expliquerait difficilement l’existence du diamant dans des dépôts d’alluvion d’une grande étendue. 11 peut même se faire que le diamant, comme quelques minéraux, se soit aussi formé à une certaine distance de la fente primitive.
Ce sont des faits qui expliqueraient bien comment de temps en temps, à Grào Mogor, après les grandes pluies, apparaissent ([uelques diamants dans les graviers provenant de la destruction du conglomérat, destruction que les habitants facilitent en le sillonnant de petits canaux.
Si le gisement primitif du diamant au Brésil devait être placé dans les roches cristallines, il faudrait admettre que les agents de destruction de ees roches ont spécialement, à l’époque où ils ont agi, attaqué les parties où cette pierre précieuse se rencontrait et n’ont laissé que celles qui étaient stériles.
En effet, de Diamautina à Grào Mogor, on rencontre un grand nombre de petits ruisseaux prenant leur source et courant sur les granités : leurs graviei-s empruntent leurs élémenls à ces roches, et le diamant n’y a jamais été rencontré.
Plus has, dans le cours moyen du Jequitinhonha, dans le bassin d’une série d’affluents de l’Arassuahy, les granités, les pegmatites dominent; c’est au milieu d’eux que sont creusés les lits du Cravata, Sétoubal, Ouroubou, Pianhy, etc., où abondent les pierres colorées : cymophane, tripbane, andalousite dichi’oïque, béryl, tourmaline, grenat, etc., et la staurotide, le disthéne, la tlbrolite.
Avec l’aide d’un de mes collaborateurs, M. Sena, nous avons retrouvé les gisements primitifs de ces minéraux, soit dans des filons de quartz au milieu des granités et des micaschistes, soit dans la pegmatite même.
Les graviers qui les contiennent ont été soumis, pendant des années, à des lavages analogues à ceux des dépôts diamantifères ; pourtant aucun diamant n’y a été signalé. 11 me semble donc plus rationnel de considérer le diamant, au Brésil, comme un minéral de filon, au même litre que l’or, les oxydes de titane, les terres phosphatées et ses autres satellites. »
En résumé, les différences entre les appréciations émises jusqu’ici laissent planer encore quelques doutes sur la question, et l’origine filonienne du diamant n’est aucunement démontrée : il ne faut du reste pas s’étonner de ees divergences qui proviennent de la difficulté considérable des observations dans ce pays où la violence et la fréquence des pluies tropicales donnent aux phénomènes de décomposition superficielle des roches une intensité prodigieuse et qu’il est difficile de s’imaginer si l’on n’en a pas été soi-même le témoin.