B. — EXPLOITATION
Revenons aux gisements d’alluvion, les seuls importants au Brésil.
L’exploitation des gisements de rivière ne laisse pas d’offrir une certaine difficulté. Elle ne peut se faire qu’en desséchant le lit au fond duquel se trou'e le cascalho sous une épaisseur souvent très grande de terrain stérile, e nécessite pour cela la construction, eu amont et en aval de la section
rivière qu’on veut exploiter, de deux barrages réunis par un canal latéral (planche III).
Le barrage d’amont arrête les eaux, élève leur niveau et les dérive dans le canal qui les conduit en aval du second barrage, destiné à les empêcher de refluer dans les travaux; il en échappe cependant toujours une certaine quantité qui est enlevée par des pompes mues par une roue hydraulique placée à l’aval, et généralement bien faite par les ouvriers du pays. ■
Le peu de largeur et l’encaissement des vallées de la région rendent en général l’exécution des barrages assez facile tandis qu’au contraire ces mêmes raisons augmentent la difficulté de la construction du canal. Les barrages sont en pierres sèches, fascines, mousse, argile, etc. ; le canal est installé sur l’une des rives quand la disposition des lieux le permet ; la plupart du temps, sur sa plus grande étendue sinon sur sa totalité, il est fait en planches et porté sur pilotis.
Le tout a un caractère éminemment provisoire, car si l’on se reporte à la description que j’ai donnée plus haut de la configuration du pays, on comprendra qu’à cause du profond encaissement des cours d’eau leur dérivation en grand est impossible, et que ces dérivations partielles, exécutées sur une petite échelle, avec des moyens d’exécution primitifs et à une faible hauteur, sont, à chaque crue, c’est-à-dire à chaque saison pluvieuse, compromises par les eaux ; aussi s’empresse-t-on généralement, à la fin de la saison, de démonter le canal dont les pièces de bois servent, s’il y a lieu, pour la saison suivante ; quant aux barrages, ils sont régulièrement emportés. Parfois même, des crues subites emportent les ouvrages prématurément, faisant ainsi perdre tout le bénéfice des efforts que l’on avait accumulés.
Une fois le lit de la rivière dégagé, il faut enlever les sables ou graviers stériles, et surtout, si l’épaisseur en est tant soit peu grande, se presser dans ce travail, car on n’a en tout, pour construire les barrages et le canal et pour faire l’extraction, que les quelques mois qui séparent la fin d’une saison pluvieuse du commencement de la saison pluvieuse suivante, c’est-à-dire de la mi-mai à la mi-août; le terrain est fouillé à l'aide de Venxada, sorte de houe usitée dans le pays. On fait sauter les blocs de rocher à la poudre, et on transporte le tout du lit plus ou moins approfondi de la rivière jusqu’à un emplacement choisi dans le voisinage et qui le plus souvent n’est autre que le canal lui-même, si l’eau y coule assez vite par suite de la différence des niveaux d amont et d’aval, ou bien encore le lit de la rivière au-dessous du barrage d’aval.
Le seul instrument de transport usité dans ce travail est le carumbé, sorte de cône très évasé en bois ressemblant à une bâtée, mais d’une exécution beaucoup plus grossière, qu’on remplit à la fouille et qui se porte sur la tête : sa capacité est de 15 kilog. environ; quant au cascalho, il est enlevé de la même façon, mais mis soigneusement à part pour être lavé plus tard, lorsque, la saison des pluies et les crues étant arrivées, le travail d extraction sera redevenu impossible.
Voilà plus de cent cinquante ans que le travail se fait de la même façon et avec les mêmes procédés primitifs; il serait cependant bien naturel d’y utiliser
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la chute tout aménagée par l’établissement du canal et des barrages. M.Carnorra, intendant des mines, avait essayé au commencement de ce siècle de réaliser ce perfectionnement par l’établissement d’un plan incliné sur lequel montaient et descendaient des caissons portés sur roues et mus par des roues hydrauliques ; mais la tentative n’avait pas réussi. M. de Bovet l’a renouvelée, il y a deux ans, avecun plein succès, à l’aide de machines Gramme actionnées encore par des roues hydrauliques et permettant de transporter la force à distance, dans une exploitation qu’il a dirigée près de Diamantina (planche IV); mais après son départ, on s’est hâté de revenir aux anciens errements : « En attendant, dit-il, le travail est fort curieux; les travailleurs, presque tous nègres et esclaves, sont partagés en trois ou quatre bandes, autant qu’il y a de points d’évacuation. Le premier arrivé jette son sable, puis ne bouge plus que le dernierde la banden’en ait fait autant ; tous étant alors réunis chantent ensemble deux ou trois mesures de quelque chant nègre, puis se précipitent en courant vers la fouille, où ils arrivent tous ensemble faire charger leurs carumbés.
Tout cela est à coup sûr fort pittoresque ; vus de loin, ces grands chantiers où circulent trois ou quatre cents travailleurs présentent un spectacle curieux, et, n’étaient les chants cadencés des nègres, font penser à quelque gigantesque fourmilière ; ‘mais c’est d’autre part fort peu expéditif et fort peu économique. »
Les gisements de gupiarras s’exploitent dans la même saison que les gisements de rivières, mais d’une façon différente, en ce sens qu’on n’a à construire ni barrages ni canal ; tout au plus, si le niveau de la gupiarra est rapproché de celui de la rivière, est-on obligé de construire une sorte de petit batardeau latéral pour empêcher l’envahissement par les eaux.
On donne à Diamantina le nom de Lavras de la saison sèche à ces exploitations qui ne peuvent en effet se faire que dans ce temps-là, par opposition aux Lavras de la saison des pluies que portent les exploitations du plateau. Là le cascalho se trouve à la surface du sol et on n’a plus à craindre l’inondation; on peut en principe y travailler toute l’année, mais pendant la saison des pluies on peut plus facilement se procurer l’eau nécessaire aux lavages.
Comme dans les gupiarras un peu élevées sur les flancs des coteaux, on 1 y amène souvent à l’aide de canaux ou même d’aqueducs en bois auxquels on ménage une certaine pente, et on y effectue, en jetant le minerai dans le canal, une sorte de premier lavage qui réduit beaucoup les frais de maind’œuvre.