CONSTITUTION DES CHEMINÉES DIAMANTIFÈRES
C’est cet ensemble de formations sédimentaires ou éruptives qu’ont traversé les roches diamantifères, dont on compte de nombreuses variétés. Leur couleur, leur pâte, leur composition, leur dureté, les minéraux qu’elles contiennent diffèrent non seulement d’une mine à l’autre, mais encore d’un point à un autre d’une même mine, à tel point que chacune de ces variétés peut quelquefois être reconnue par un mineur expérimenté ; mais il y a dans cette variation même une certaine régularité, en ce sens que le passage de l’une à l’autre ne se fait pas au hasard, et qu’il est au contraire assez nettement délimité par des slips ou fentes généralement visibles, d’une épaisseur d’un centimètre au plus, remplies souvent d’une matière talqueuse. Chaque mine est divisée ainsi en un certain nombre de masses et en quelque sorte de quartiers différents dont la forme est celle de colonnes soit verticales, soit même souvent sensiblement Inclinées.
Pendant longtemps ce fait n’avait pas été remarqué ; M. Chaper l’a signalé pour la première fois d’une façon très nette et très précise : « On voit, dit-il, que la sortie des matières ne s’est pas faite en une fois, qu’il y a eu, au contraire, de très nombreuses éruptions, et toutes les observations montrent avec évidence que les coulées successives ont eu lieu à des intervalles de temps suffisamment espacés pour que le minerai des coulées précédentes fût consolidé : les parois verticales formées par l’exploitation dans certaines mines fournissent des surfaces sur lesquelles se dessinent d’une façon frappante les traces des éruptions successives ». Bultfontein et Du Toit’s Pan en ont offert et en offrent encore des exemples remarquables, et M. Moulle en a compté jusqu’à quinze dans la seule mine de Kimberley.
De plus, la masse est recoupée en plusieurs sens par de véritables filons d’une belle roche ayant en général la structure porphyrique et qui est aussi venue probablement au jour en plusieurs fois; tantôt elle sert de limite aux diverses coulées, tantôt elle pénètre dans leur masse.
Malgré les différences que ces divers phénomènes introduisent dans sa com-
EHCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
position et son aspect, il n’en est pas moins certain que la roche diamantifère a partout un faciès sui generis et un certain nombre de caractères communs qui la font immédiatement reconnaître en la distinguant de toutes les autres roches éruptives de la région.
A une profondeur suffisamment grande pour que les circonstances atmosphériques n’aient pu agir sur elle, elle se présente sous la forme d’une sorte de brèche de couleur générale verdâtre ou vert bleuâtre qui lui a fait donner le nom de Mue ground, contenant des fragments de roches de toutes dimensions et un certain nombre de minéraux plus ou moins apparents, parmi lesquels à première vue on en distingue immédiatement un qui ressemble beaucoup à du mica ; un examen plus attentif y laisse voir souvent de petits filets blancs qui forment une sorte de réseau intérieur et qui ne sont autre chose que de la calcite.
La couleur et l’aspect des fragments sont très variables ; tantôt ils sont à angles vifs, tantôt au contraire arrondis, et ils consistent soit en matières ternes, jaunâtres, brunes ou noirâtres, soit en matières cristallines souvent rouges et vertes d’une jolie couleur.
Prise en masse, cette brèche est compacte, tendre, légèrement grasse au toucher; elle se coupe facilement au couteau et se raye sous l’ongle, mais le pic l’entame difficilement et on est généralement forcé de la faire sauter à la dynamite ; exposée aux variations atmosphériques, et notamment à des alternatives de soleil et de pluie, la pâte change de couleur, passe au gris, et se désagrège bientôt en mettant à découvert les fragments de roches ou'les minéraux qu’elle contient.
On comprendra facilement qu’avec une pareille tendance à la décomposition, la partie supérieure et en quelque sorte le chapeau de chaque mine soit formé sur une certaine hauteur de roche altérée : c’est ce qui arrive en effet, et on a trouvé partout, on peut même constater encore sur trois d’entre elles, Kimberley excepté parce qu’on a tout enlevé, que sur une épaisseur de 18 à 24 mètres le blue ground s’est transformé en une masse peu consistante, friable, sableuse, et d’une couleur jaune clair : c’est le yellow ground.
Le passage du yellow au blue se fait souvent assez brusquement, d’autres fois par l’intermédiaire d’une roche plus ou moins rougeâtre, dont l’épaisseur peut atteindre cinq à six mètres, et qu’on appelle le rusty ground : ce n’est probablement autre chose que du blue à un degré moins avancé de décomposition formant ainsi transition entre l’intérieur et le chapeau : M. Chaper cependant pense, d’après certains indices, que ce pourrait bien être une coulée spéciale : quoi qu’il en soit, l’un et l’autre, mais particulièrement le yellow, sont en outre chargés dans une forte proportion de matières étrangères apportées par les eaux d infiltration, et d’après M. Moulle, auraient foisonné considérablement, ce qui expliquerait et leur légèreté relative et leur richesse moindre par rapport au blue.
Le blue est donc la roche fondamentale et c’est elle par conséquent que j’étudierai spécialement.
La pâte qui réunit et cimente les fragments ou les minéraux contenus est
LE DIAMANT
une pâte magnésienne que M. Maskelyne, après en avoir fait une étude spéciale, considère comme une bronzile hydratée. On sait que la bronzite n’est autre chose qu’une variété d’enstatite, ou silicate de la même formule (RSiO®) que les pyroxènes, mais où la magnésie prédomine beaucoup sur la chaux ; toutefois, tandis que l’enstatite ne contient que 5 à 7 pour 100 de protoxyde de fer, la bronzite en contient de 7 à 11 ; on peut donc dire que c’est une enstatite ferrifère.
M. Maskelyne en a fait plusieurs analyses qui concordent fort peu entre elles, à cause de la difficulté qu’il y a à séparer cette pâte des divers minéraux qu’elle renferme; en voici une qui donnerait la composition de la roche de Kimberley :
Silice.. ■ • • • 39,732
Alumine. 2,309
Protoxyde de fer. 9,690
Magnésie.24,419
Chaux.10,162
Acide carbonique. 6,556
Eau. 7,547
La chaux et l’acide carbonique existent à l’état de carbonate de chaux qui est distinctement reconnaissable au microscope et peut prendre une très grande importance comme élément conslituant si sa quantité augmente ; il en a été trouvé jusqu’à 60 pour 100 dans la roche de Bultfontein; une forte proportion de silice hydratée se rapprochant de l’opale pénétre également la masse, de sorte qu’on peut présenter la roche diamantifère comme une brèche à pâte de bronzite (ou silicate ferro-magnésien) hydratée, pénétrée en plus ou moins grande quantité de calcite et de silice opaline.
Cette bronzite est restée en partie à l’état de cristaux de petites dimensions et quelque peu altérés, dont l’analyse, faite sur des éléments triés avec soin, a donné :
Proportions d’oxygène.
Silice.
Alumine.
Protoxyde de fer..
Magnésie.
Chaux .
Eau.
Les proportions d’oxygène correspondent donc à peu près à la formule 2(R0,Si0^)H*0, c’est-à-dire à une bronzite dont deux équivalents se sont combinés à un équivalent d’eau.
D’autres cristaux de bronzite prismatiques d’un gris brillant tirant quel-
quefois sur le vert émeraude, et provenant de la roche de Du Toit’s Pan, ont donné à l’analyse :
Silice.
Alumine.
Oxyde de chrome. . . .
Protoxyde de fer. . . .
Oxyde de nickel.
. . . Traces
Magnésie.
Chaux.
Eau.
. . . non déterminée.
On sait combien la détermination des roches est souvent délicate et leur dénomination hasardeuse, principalement lorsque ces roches sont variables de composition d’un point à un autre, comme c’est ici le cas. Il ne faut donc pas s’étonner que divers noms aient été mis en avant pour la désignation de la matière diamantifère ; c’est ainsi que M. Dûnn lui donne le nom de gabbro ou d’euphotide décomposée, tant à cause de sa texture granitoïde que de la bronzite (pyroxène rhombique) qu’elle contient : mais, en somme, le fait principal qui la caractérise est la prédominance d’un silicate magnésien hydraté, provenant de l’altération d’un silicate anhydre, et il serait par conséquent plus simple de l’appeler avec MM. Chaper et Stanislas Meunier, une brèche serpeniineuse; c’est le nom que je lui donnerai dorénavant.
Une fois la composition de la pâte établie, je passerai aux éléments qu’elle renferme et qui sont de deux natures bien distinctes, les fragments de roches encaissantes ou sous-jacentes et les minéraux cristallisés.
Les fragments de roches proviennent des dépôts sédimentaires ou des masses éruptives, dont j’ai énuméré plus haut les différents types; on n’avait guère eu jusqu’ici, sur ces intéressants témoins des matières situées en profondeur, que des renseignements en quelque sorte minéralogiques provenant d’un examen spécial à tel ou tel quartier de mine ou à des échantillons rapportés des diamond fields; mais l’approfondissement des mines est venu peu à peu fournir matière à de nouvelles observations et permettre à M. Moulle, en généralisant les résultats, d en faire une étude synthétique à laquelle j’emprunte la plus grande partie des renseignements suivants.
Les fragments de roches d’origine sédimentaire peuvent affecter toutes les dimensions, depuis les plus petits grains jusqu’aux blocs de grosseur considérable allant quelquefois jusqu’à plusieurs milliers de mètres cubes. Lorsque les blocs arrivent à cet énorme volume, et les mines de Du Toit’s Pan et de De Beer’s en offrent des exemples remarquables, ils sont habituellement formés d argile ou de schistes triasiques décomposés : les mineurs leur ont donné le nom caractéristique de floating reef, c’est-à-dire de reef ou rocher flottant, par opposition au main reef, qui désigne la roche encaissante.
Le floating reef, toujours très abondant dans les parties supérieures des mines et dont on a rencontré de très grandes quantités dans le centre de la mine
LE DIAMANT
de Kimberley, a disparu peu à peu dans celte dernière mine à mesure que les travaux s’approfondissaient, bien que, les fragments de schistes de moindre dimension restassent un des éléments importants de la roche diamantifère.
Ces fragments disséminés au hasard dans la pâte rocheuse sont toujours à arêtes vives, bien qu’ils soient très tendres, et on se l’explique très bien en songeant que les chocs inévitables auxquels ils ont été soumis pendant le transport les ont brisés au lieu d’arrondir leurs angles; ils sont habituellement noirs ou grisâtres.
A Kimberley, au-dessous du niveau de 70 mètres, les fragments et les blocs de grès, rares jusque-là, ont commencé à apparaître et à devenir abondants. Ces grès, appartenant à l’étage moyen du karoo, sont argilo-calcaires, tendres, colorés en gris ou en jaunâtre; leurs dimensions peuvent s’élever jusqu’à plusieurs mètres cubes; ils n’ont subi aucune altération, et leurs arêtes sont vives comme celles des schistes.
On rencontre aussi quelques fragments de quarzites et de roches métamorphiques (micaschistes, tàlcschistes, etc.), mais ils sont fort rares.
En outre des roches sédimentaires, on trouve aussi dans la brèche diamantifère des fragments de roches éruptives dont la couleur, l’état cristallin et l'aspect général sont extrêmement variables. Ce sont encore cependant des diorites et des mélaphyres.
Les diorites, qui y entrent en proportion considérable, se rencontrent, soit sous forme de petits noyaux arrondis variant depuis la grosseur d’un grain de millet jusqu’à celle d’une noix, soit sous forme de boulets atteignant les dimensions de la tête et même davantage.
Les petits noyaux cristallisés sont très abondants; ce sont à peu près les seuls éléments rocheux qui résistent à la décomposition dans l’exposition du minerai à l’air après le lavage; ils forment avec les différents minéraux que je citerai plus bas, le gravier caillouteux qui reste après le débourbage dans le traitement du minerai : ces petits noyaux sont très régulièrement disséminés.
Les boulets sont au contraire généralement concentrés dans certaines coulées; M. Moulle attribue leur forme arrondie non pas à l’usure qui a pu résulter des chocs et des frottements qui ont dû se produire au moment des épanchements, mais à la structure globulaire de la roche originelle dont ils ont été détachés, structure dont on trouve de nombreux exemples à la surface du karoo.
Les fragments de mélaphyre sont aussi très communs, peut être moins que les précédents ; ils ressemblent exactement au mélaphyre traversé par l’éruption de Kimberley et probablement par les autres.
L’examen de tous ces matériaux offre un grand intérêt, parce qu’il fait connaître les assises de l’écorce terrestre traversées par la roche diamantifère avant sa venue au jour, et qu’il peut par là non seulement jeter un certain jour sur son mode de formation au point de vue scientifique, mais encore faire pi'évoir les natures de terrains que devra rencontrer l’exploitation future dans les travaux d’approfondissement; il résulte de ce que je viens de dire que ces terrains appartiennent à la formation triasique moyenne du karoo et même aux systèmes métamorphiques recoupés par des masses éruptives de diorite et de mélaphyre ;
E^■CYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
ce seraient notamment des schistes noirs, des grès argilo-calcaires, peut-être des quarzites et des calcaires et enfin des schistes anciens.
A ce titre, il est intéressant de citer un fait qui n’a pas la même généralité; je veux parler de l’existence du granit dans la roche diamantifère. Jusqu’à ces derniers temps, son existence ainsi que celle des roches cristallines primitives n’avait jamais été constatée dans le blue ground; bien qu’on en eût trouvé quelques fragments plus ou moins décomposés dans les différentes mines, les observations n’avaient pas encore été assez précises pour qu’on pût affirmer le fait d’une façon positive; M. Moulle en a enfin trouvé une très grande quantité dans une kopje presque aussitôt abandonnée que prospectée, celle de Doyl’s Rush, située à un quart d’heure de Kimberley. Le granit s’y présente soit sous forme de gros boulets, soit à l’état de petits fragments, à l’apparence généralement gneissique. Il paraîtrait d'après lui correspondre au gneiss et au granit gneissique du plateau du Bushmanland qui passerait sous Kimberley à l’altitude de 800 à 1000 mètres, c'est-à-dire entre 200 et 400 mètres de profondeur.
Enfin, il y aurait également dans la mine de Jagersfontein de nombreux fragments d’une diorite rubannée qui semblerait passer à un gneiss amphibolique.
Les minéraux, qui se voient souvent fort peu à l’œil nu, mais qui apparaissent quelquefois en grande quantité dans certains échantillons et qu’on trouve d’ailleurs toujours facilement dans les résidus de lavage, ne forment guère, en poids, que le quatre-millième de la roche ; c’est donc, comme on le voit, une très faible proportion. En revanche, les espèces minérales qu’on peut y distinguer sont extrêmement nombreuses, et M. Stanislas Meunier en a reconnu plus de quatre-vingts, parmi lesquelles on peut citer, en outre de la bronzite et de la serpentine. dont j’ai déjà parlé, et de la principale, le diamant, qui sera étudiée tout à l’heure, le grenat, la salite, la vaalite, l’ilménite ou fer titané, la magnétite, la calcite, la pyrite et le zircon. On trouve encore, quoique plus rarement, la topaze, la smaragdite, le quartz, la trémolite, l’asbeste, lawollastonite, la diallage, l’hornblende, le jaspe rouge et l’agate ; enfin, les zéolites sont très fréquentes, particulièrement à la partie supérieure des gîtes.
Le grenat est ordinairement très abondant; bien que transparent, il est rarement bien cristallisé et paraît plutôt avoir été roulé ; cependant, sur certains fragments, on peut voir les restes d’une ou deux faces naturelles, presque jamais de toutes. Habituellement de petite taille, il est limpide et d’une belle couleur rouge qui donne aux produits du lavage, avec les grains verts de la salite, un aspect agréable; mais les petits grains sont plus jolis et mieux conservés dans leurs formes que les gros, qui sont généralement troubles et fragmentaires; ils ne dépassent pas le poids de quelques carats et on n’y trouve jamais des échantillons qui vaillent la peine d’être taillés.
Wealite, variété depyroxène, abondante également, quelquefois même plus que le grenat, se présente sous forme de cristaux ou de fragments de cristaux
3 foncé facilement clivables; quelquefois elle possède de beaux reflets ,^ues à ceux du labrador; quelques spécimens ont été trouvés à Coffeefontefn^ cristallisés et transparents, formant d’assez jolies pierres d’un vert
LE DIAMANT
sombre. Quelquefois le grenat et la salite sont associés ensemble et forment des masses minéralisées arrondies, constituant une très belle roche appelée Éclogite.
La vaalüe, qui n’est en somme qu’une variété de mica, pique de points brillants toute la roche et trompe souvent l’œil des nouveaux arrivés aux champs diamantifères, qui se figurent toujours, en la voyant, apercevoir des diamants. Elle est extrêmement abondante et arrive même parfois à constituer la masse presque en entier; elle se présente en belles lamelles cristallines verdâtres ou brunâtres ; sa forme est celle du prisme hexagonal.
C’est le professeur Maskelyne qui a le premier étudié ce minéral sur un échantillon provenant de Du Toit’s Pan : il a trouvé notamment ce fait assez important au point de vue de la genèse des gîtes diamantifères et sur lequel j'aurai l’occasion de revenir, que, chauffé dans une capsule de platine, un fragment se gonfle et acquiert six fois son volume primitif. M. Stanislas Meunier a trouvé également qu’après s’être entr’ouvert par la chaleur à la manière d’un accordéon, de façon à prendre au moins dix fois l’épaisseur qu’il avait d’abord, il se réduit ensuite progressivement en argile, sous l’influence de l’acide carbonique chaud et humide.
Sa composition est la suivante, après séchage à 100“ :
Silice. 40,835
Alumine. . . . 9,801
Peroxyde de fer. 6,844
Oxyde de chrome traces
Magnésie. . . . 51,358
Soude. 0,670
Eau. 9,717
Acide carbonique traces 99,203
Elle correspond à la formule R^O^.Si O- + 2[5MgO. 2Si0^21P0].
En comparant ces proportions avec celles qui ont été données par M. Gooke pour les vermiculites, en ce qui concerne la jefferisite et la hallite, on voit qu’elles ne sont pas identiques. C’est ainsi que l’on a :
RO RV^ SiO^ IRO
Jefferisite.12 6 13 18
Hallite. 12 2 9 12
Vaalite.12 2 10 8
Ce qui justifie le nouveau nom de vaalite, donné par .M. Maskelyne, du nom de la rivière Vaal.
La smaragdite, assez rare, se rencontre principalement à Du Toit’s Pan, en fragments cristallins présentant les faces d’un prisme qui se rapproche, par
son angle, du type de la hornblende. D’après M. Maskelyne, sa composition serait la suivante, après séchage à 120'’ :
Silice. 52,967
Alumine avec un peu d’oxyde
de chrome. 1,959
Protoxyde.de fer. 4,522
Chaux. 20,475
Magnésie.16,487
Soude et traces de potasse. . . 1,772
Eau. 0,577
Le fer titane ou üménite se trouve en abondance, surtout à Du Toit’s Pan; il est habituellement en grains arrondis, sur lesquels on ne remarque jamais que de faibles indices de cristallisation. Les mineurs le prenaient autrefois pour du diamant noir et lui donnaient en conséquence le nom de carbon, et il a été très difficile de les faire revenir de leur erreur.
11 est noir, à éclat brillant presque métallique et à cassure conchoïdale; mais il n’est pas magnétique. Sa richesse en magnésie est extrêmement considérable et s’élève jusqu’à 12 0/0, ce qui en fait presque une variété distincte.
La magnétite est encore fort abondante, mais ne présente aucun caractère particulier; la calcite, également fréquente, affecte soit la forme du spath calcaire avec beaux cristaux tapissant des géodes, soit l’apparence d’infiltrations amorphes, constituant parfois un élément important de la roche; la pyrite, plus rare, est habituellement concrétionnée en forme de boules; le zircon, plus rare encore, se trouve principalement à üld de Beer’s ; tous les autres minéraux sont d’une rareté extrême et ne méritent pas de nous arrêter plus longtemps.
Mais, en outre de ces éléments constituants, la brèche diamantifère en présente quelques autres dont la formation est certainement postérieure à l’éjection de la masse et est due, soit en totalité, soit en partie, à des actions superficielles, car ils diminuent rapidement avec la profondeur. C’est M. Chaper qui les a signalés avec le plus de détail.
Tout d abord, la surface et les fissures d’un grand nombre de fragments seraient revêtues, d’après lui, d’un enduit mince, presque toujours mamelonné, passant du bleu cendré au rose pâle, peu visible à Kimberley, mais très apparent dans les autres mines, particulièrement dans le yellow ; la ténuité de cet enduit est excessive, et l’analyse n’a pu en être faite à cause de la difficulté d’en réunir une quantité suffisante.
En certains points de la surface, on aurait trouvé en outre de grandes quantités d’une zéolite, que M. Friedel a reconnue pour de la mésolite ; elle forme en général, principalement à Du Toit’s Pan, le ciment d’un conglomérat superposé au yellow; on y rencontre aussi de nombreux morceaux d’une silice compacte, translucide, légèrement bleuâtre et très rugueuse, qui paraît pos-
LE DIAMANT
térieure à la zéolite. Enfin, à Bultfontein et à Du Toit's Pan, presque tous les fragments de roche éruptive, et seulement ceux-là, voisins de la surface, sont complètement entourés d’un revêtement de matière blanchâtre, fibreuse, à fibres normales à la surface ; ce revêtement paraît être d’autant plus épais que les morceaux sont plus gros ; M. Friedel a reconnu que c’était un silicate hydraté d’alumine et de magnésie.
Tous ces phénomènes ne sont plus observables maintenant que sur les points où l’approfondissement des travaux n’a pas encore enlevé la couche de yellovv; j’en ai parlé à titre de renseignement, afin de n’avoir plus à y revenir, et je vais terminer l’élude des minéraux constituants par le plus important de tous, le diamant.
Le diamant, s’il n’existe pas dans la roche au même titre que les autres minéraux, ce que j’aurai l’occasion de discuter plus tard, s’y rencontre du moins exactement de la même manière, empâté dans la masse et confondu avec eux. Sa proportion, en moyenne, y est infime et varie entre un tiers de carat et 6 carats par mètre cube de roche en place, soit, en poids, de un trente-six millionième à un deux-millionième.
11 se présente sous bien des états divers de cristallisation, de couleur et de grosseur ; mais il est presque toujours enveloppé d’une mince pellicule calcaire, qu’on enlève avec les autres impuretés qui pourraient ternir sa surface en te laissant pendant quelque temps dans de l’acide azotique bouillant.
Quand il est bien cristallisé, il est souvent en cristaux entiers, d’autres fois en morceaux irréguliers appartenant à des cristaux brisés, mais sans que jamais, dans ce dernier cas, on ait trouvé les morceaux correspondants du même cristal : ces fragments atteignent souvent de grandes dimensions, et on en voit qui correspondraient à des pierres entières de 3 à 500 carats.
Les cristaux entiers affectent le plus souvent la forme octaédrique ou dodécaédrique à faces bombées et à arêtes arrondies, dont les gros sont toujours couverts d’un grand nombre de stries; le cube ne se trouve pour ainsi dire pas en Afrique ; l’hexoctaèdre est fort rare et se signale seulement par quelques stries sur les faces, qui semblent indiquer une tendance du cristal à prendre cette forme ; le trapézoèdre ne se rencontre jamais.
Les formes hémiédriques, particulièrement celle de la figure 57, sont très fréquentes au Cap, ainsi que les macles par hémitropie, avec raccourcissement suivant l’axe d’hémitropie ; ce raccourcissement est quelquefois assez fort pour que les angles rentrants disparaissent et que les cristaux prennent l’aspect de tables minces, de lentilles, de cœurs, etc.; les macles par pénétration sont assez rares; j’en ai cependant vu quelques-unes.
Indépendamment du diamant cristallisé, le Cap fournit beaucoup de hoort, non seulement en prenant ce mot dans son sens véritable, qui a été défini au chap. II, c’est-à-dire en désignant par là le diamant gris habituellement sphérique et toujours à cristallisation confuse, mais en y comprenant aussi, comme on le fait quelquefois dans le commerce, toutes les pierres qui ne peuvent être employées en joaillerie parce qu’elles contiennent trop de taches. Ces taches sont le plus souvent noires, quelquefois rouges ou vertes, et il y en a une si
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grande quantité dans certains échantillons, que les parties qu’on en réunit n’ont plus rien de l’éclat ni de l’aspect du diamant. '
Le boort véritable, qui est très abondant dans certaines coulées de minerai, contient quelquefois au centre des parties bien cristallisées et il atteint souvent de fortes dimensions, 100 à 200 carats.
Si la couleur et l’éclat des diamants du Cap avaient pu, comme ensemble de production, rivaliser avec ceux de l’Inde et du Brésil, il y aurait eu probablement sur cette précieuse pierre, au moment de leur découverte, une crise infiniment plus forte que celle qui a eu lieu ; mais il n’en est point ainsi; les diamants absolument incolores, de première eau, forment une proportion infime de la masse et n’atteignent presque jamais de grandes tailles ; il est même bien rare que la meilleure qualité blanche n’ait pas une légère teinte, bien légère à la vérité et si faible qu’un œil très exercé peut seul l’apercevoir à moins de prendre des termes de comparaison, mais qui n’en existe pas moins; et il faut bien croire que cette teinte est accompagnée de variations assez grandes dans les propriétés de réflexion et de réfringence des pierres, car, sauf de rares exceptions, une pierre parfaite du Gap atteint difficilement l’éclat d’un beau brillant ancien ; elle joue noir surtout à la lumière.
Les diamants de première eau sont souvent cristallisés en octaèdres, soit parfaits, soit avec de légères modifications sur les angles.
La masse principale est formée de diamants jaunes depuis les nuances les plus légères jusqu’au jaune paille ou plutôt café très clair ; ils ont naturellement d’autant plus de valeur qu’ils se rapprochent plus du blanc pur. Les diamants jaunes sont en général nettement cristallisés et presque tous les gros cristaux sont d’une nuance assez foncée, ce qui les a fort dépréciés et a rendu leur placement en France fort difficile ainsi que je l’ai dit ; on cite cependant le Porter Rhodes, du poids d’environ 160 carats, et un diamant récemment découvert de 457 carats 1/2, qui seraient tout à faits blancs.
Les diamants bruns foncés et noirs sont beaucoup moins répandus, ces derniers surtout, aussi sont-ils plus chers. Quant aux pierres de fantaisie, on en trouve fort peu, peut-être moins qu'ailleurs. La couleur qui se rencontre le plus est la couleur orange qui donne de belles pierres assez estimées, puis le vert absinthe. M. Moulle cite un diamant rose violacé d’environ 16 carats. Quant aux rouges, aux bleus et aux verts, ils sont extrêmement rares et n’atteignent jamais de dimensions un peu grandes ; enfin le carbon ne se rencontre pas.
Lorsque le diamant est légèrement enfumé, en totalité ou en partie, et il affecte habituellement dans ce cas la forme pure de l’octaèdre {Smoky stones ou Glassys stones with smoky corners), il présente souvent un phénomène ti'ès curieux : quelques heures ou quelques jours après sa sortie de la mine il se développe en un point du cristal et sans aucune influence connue une ou plusieurs petites fissures suivant lesquelles le cristal ne tarde pas à éclater en un certain nombre de fragments ; la cause en est probablement à des tensions intérieures produites dans la cristallisation ; mais cette explication n’est pas absolument satisfaisante, car dans ce cas l’éclatement devrait se faire sans fissures préalables, ou, pour mieux dire, instantanément avec la production des
LE DIAMANT
fissures qui créent un point de plus faible résistance, d’une manière analogue à ce qui se passe dans le verre trempé et les larmes bataviques. On n’a jamais pu remédier complètement à ce défaut, cause fréquente de désappointement et de pertes sensibles pour l’acheteur, et les divers artifices dont on s’est servi pour en conjurer les effets n’ont pas réussi; c’est ainsi qu’on a essayé de les chauffer dans la bouche, de les oindre de graisse, etc., mais ces procédés ne servent guère qu’à retarder la fêlure jusqu’à ce qu’on ait passé le diamant au voisin.
La grosseur des diamants est naturellement très variable. Dans les débuts de l’exploitation, le peu de soin qu’on apportait au lavage ne laissait apercevoir que les pierres d’une certaine taille; mais au fur et à mesure qu’il s'est perfectionné, on a vu qu’il y avait, en Afrique tout aussi bien qu’ailleurs, des 1 1
diamants de très petite dimension, de ^ et même de de carat, et qu’il
suffisait de les chercher avec assez de soin pour les trouver. En revanche, il y a infiniment plus de gros cristaux qu’ailleurs. Alors qu’au Brésil une pierre de 15 à 20 carats est une grande rareté, il ne se passe pas de jour qu’on ne trouve en Afrique, dans l’une des quatre grandes mines en exploitation, un ou deux gros diamants de 50 à 100 carats, et le nombre de ceux qui en sont sortis depuis quinze ans est certainement de plusieurs milliers, c’est-à-dire plus considérable que le nombre de ceux qui ont été extraits pendant des siècles de l’Inde ou du Brésil.
M. Cohen cite un diamant de 409 carats comme étant le plus gros qui ail été découvert; mais depuis qu’il a fait paraître son mémoire, c’est-à-dire l’année dernière, on a découvert le diamant de 457 carats 1/2 dont je viens de parler plus haut; c'est actuellement la plus grosse pierre sortie des diamond fîelds.
J’ai dit que le diamant se trouvait dans la brèche serpentineuse qui lui sert de matrice exactement de la même manière que les autres minéraux, mais il s’en faut de beaucoup que sa proportion y soit constante. On avait, dès l’origine, remarqué cette variation pleine de déceptions ou d’agréables surprises pour les mineurs qui travaillaient fiévreusement leurs concessions et voyaient la richesse passer de l’une à l’autre sans pouvoir y découvrir de loi. C’est simplement au phénomène des coulées différentes et successives qu’il faut l’attribuer. Cette variation, dont la raison a été indiquée par SI. Chaper, s’est surtout présentée au débul lorsqu’on exploitait les champignons de déjection qui avaient empiété les uns sur les autres d’une façon irrégulière et qu’un faible approfondissement suffisait pour faire traverser des nappes d’épanchement successives; mais il se présente aussi en profondeur, quoique à un moindre degré, parce que les colonnes d’ascension des différentes coulées ne sont pas toujours verticales et affectent souvent, au contraire, une inclinaison assez prononcée.
En revanche, dans l’intérieur de chaque coulée, principalement dans les parties un peu profondes des mines, la teneur a une constance tellement remarquable qu’on peut prévoir à peu près sûrement les résultats du traitement
d’un jour à l’autre, en admettant bien entendu que les matières traitées proviennent de points voisins de la mine ; un exploitant qui a procédé au lavage d’une certaine quantité de minerai sait ainsi, d’une façon très approximative, par les proportions des jours précédents, quel est le résultat qu’il doit en attendre.
Enfin, si l’on considère l’ensemble du gîte, il paraît y avoir, au moins pour trois mines sur les quatre, un enrichissement régulier et progressif très marqué au fur et à mesure de l’approfondissement. Ce fait, très contesté d’abord, car l’importance en est énorme pour les intérêts en présence, ne paraît plus discutable aujourd’hui.
Si celui de Kimberley a été très faible et peut-être nul, ceux de De Beer’s, Du Toit’s Pan et Bultfontein ont présenté au contraire une progression considérable et sont allés jusqu’à doubler, tripler et au delà la valeur du minerai depuis le niveau supérieur jusqu’à celui de 400 pieds; je reviendrai tout à l’heure en détail sur cet enrichissement lorsque je décrirai chaque mine en particulier.
Aucune explication n’a été donné jusqu’ici de ce fait intéressant dont la constatation est tout à fait récente ; en tout cas, l’expérience a absolument démenti les diverses théories avancées par quelques auteurs qui avaient pensé que ces mines étaient plus riches, soit au niveau des schistes noirs par opposition au niveau des mélaphyres (Dünn), soit au voisinage des dykes de diorite (Maskelyne),etc. ; rien de tout cela ne s’est trouvé exact lorsque le développement des travaux a permis d’énoncer quelques règles générales s’appuyant sur un ensemble d’observations suffisant.