‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 69 sur 114 · AVENIR · texte numérisé non relu

AVENIR

On peut certainement dire qu’il n’y a pas à la surface du globe une seule région où il ait été accumulé en aussi peu de temps une pareille somme de travail pour triompher de difficultés aussi grandes ; malheureusement le vice radical de l’organisation de la propriété au début a pesé et pèse encore lourdement sur elle, et l’on peut dire en résumé qu’il s’est fait partout, mais particulièrement à Kimberley, une dépense do force vive tout à fait en disproportion avec le but qu’on se proposait.

C’est la redoutable question du reef qui en est la principale cause : j’ai expliqué quelles étaient les difficultés croissantes qui en provenaient et dont la menace sans cesse grandissante est toujours restée comme une épée de Damoclès suspendue sur la tête des exploitants ; on sait que, des 1879, M. Chaper

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avait déjà signalé avec la plus grande clairvoyance et la plus grande netteté le danger de continuer les errements suivis jusqu’alors,- que le manque d’entente entre les intéressés empêchait de modifier.

« L’échéance approche, disait-il à cette époque, l’accélération rapide du rapport des quantités de déblai ■ stérile aux quantités de minerai diminue chaque jour l’écart entre les dépenses d’exploitation et le rendement : le nombre des daims encombrés augmente et, comme conséquence, les différences de niveau des daims contigus s’accentuent de plus en plus : source de difficultés et de procès : beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, n’ont plus vu le jour depuis plus d’un an ; le recouvrement des taxes dans de pareilles conditions se heurtera évidemment à des refus justifiés et probablement insurmontables dont la conséquence ne peut guère être autre qu’une nouvelle répartition des charges communes, c’est-à-dire une aggravation au détriment de ceux qui peuvent encore travailler : d’où nouvelle réduction de l’écart qui constitue le bénéfice.

J’estime que la crise éclatera avant même la fin de l’année 1882 : crise grave et dont les conséquences sont difficilement calculables. Elle sera caractérisée par une cessation brusque de la production de la mine de Kimberley, et par conséquent par une réduction de près des trois quarts dans la production en diamants de l’Afrique australe ; par la suspension de la vie à Kimberley et le départ de la majeure partie de ses habitants; par la dépréciation très rapide et énorme de la propriété minière et même de la propriété superficielle, qui n’en est que le corollaire ; c’est la ruine de Kimberley, ruine temporaire, il est vrai, mais dont le contraste n’en sera pas moins frappant avec la prospérité extraordinaire et continue des années qui auront précédé. »

En réalité, la crise n’a été ni aussi subite ni aussi forte que l’a prédit M. Chaper, d’abord parce qu’en raison des difficultés croissantes, l’exploitation s’est ralentie peu à peu, puis parce que ce ralentissement a fait porter l’activité sur les trois autres mines, dont l’approfondissement était moindre et dans lesquelles l’augmentation inespérée de la teneur en profondeur est venue relever les courages et donner un nouvel essor au travail, mais elle n’en existe pas moins aujourd’hui pour la mine même de Kimberley, où l’on peut dire que l’exploitation du minerai à ciel ouvert, poursuivie encore péniblement pendant quelque temps par la Compagnie Française et la Compagnie Centrale, est aujourd’hui à peu près complètement arrêtée.

Bien que le travail continue dans les autres mines, il est évident que, si elles persistent, les mêmes difficultés se reproduiront exactement dans le même ordre, c’est-à-dire diminution progressive dans les bénéfices par suite de l’aug. nientation des dépenses provenant de l’enlèvement de quantités croissantes de reef, et finalement arrêt complet des travaux.

11 faut donc nécessairement apporter à l’état de choses actuel un remède radical, pour sauver, on peut le dire sans exagération, sinon l’existence même des mines, au moins leur exploitation fort compromise. (Je suppose, bien en. tendu, les conditions géologiques des gisements constantes en profondeur, car personne ne sait, et ne peut par conséquent affirmer ou nier s’il doit y avoir un changement quelconque ; mais il est vraisemblable qu’elles resteront les

mêmes, au moins pour les profondeurs auxquelles on peut songer pratiquement d’ici longues années.)

Quel est ce remède ? 11 n’y en a pas d’autre que l’exploitation souterraine. Très discutée d’abord lorsque le principe en a germé pour la première fois dans l’esprit d’un petit nombre, l’idée a fait peu à peu son chemin, et elle est aujourd’hui, si je ne me trompe, unanimement adoptée malgré l’importance beaucoup plus grande des vols qu’elle entraînera : déjà mêmes les deux compagnies les plus puissantes de Kirnberley, la Compagnie Française et la Compagnie Centrale, ont commencé de grands puits destinés à la mettre en pratique et les poussent activement à l’aide de la perforation mécanique ; et l’on sait que dans les autres mines il a été foncé, pour se rendre compte de la teneur en profondeur, des puits de recherche qui sont un acheminement vers la réalisation de ce système pour ainsi dire obligatoire, qui devrait fonctionner depuis longtemps.

Mais si le principe même de l’exploitation souterraine est universellement adopté, la mise en pratique ne laissera pas de présenter d’assez grandes difficultés, et le choix de la méthode d’exploitation est une question de premier ordre en même temps qu’un des problèmes les plus délicats et les plus intéressants qui puissent être posés à l’esprit d’un ingénieur.

11 s’agit, ne l’oublions pas, d’une masse considérable, atteignant comme dimensions horizontales au moins deux ou trois centaines de mètres et pratiquement indéfinie en profondeur'; homogène en ce sens qu’elle n’a ni stratification ni sens de clivage et que de plus on ne peut deviner à priori quelles sont les parties plus ou moins riches; de solidité inconnue ou à peu près, car personne ne sait comment elle se comportera dans l’air chaud et humide de l’intérieur : si l’on réfléchit que cette masse a une valeur relativement élevée, puisque, d’après les chiffres que j’ai donnés plus haut, elle contient en moyenne à Kirnberley 4.55 carats au mètre cube de roche en place, soit une valeur d’environ UO francs, et peut contenir jusqu’à 7.17 carats au mètre cube, soit à peu près 170 francs; que par conséquent il importe, surtout dans un pays où tout atteint des prix très élevés, de ne pas laisser improductive dans la mine une quantité plus ou moins notable de minerai pour lequel on a déjà fait une dépense assez forte, puisqu’on a atteint et épuisé la région où il se trouve, et qu’on a procédé à toutes les installations nécessaires pour l’extraire; si 1 on ajoute à cela qu’il n’y a pas de bois sur les lieux pour le soutènement des ouvrages, que celui qui va pouvoir y arriver par chemin de fer sera nécessairement assez cher, et qu’il faudra par suite en restreindre l’emploi dans la plus grande mesure possible; enfin, si l’on pense à l’énormité des intérêts engagés, au mauvais travail des noirs et au gaspillage ou au danger qui peuvent résulter d’une exploitation mal conduite, on pourra être convaincu qu'il y a là matière à sérieuse réflexion.

La méthode qui se présente la première à l’esprit est la méthode par piliers et estaus sans dépilage, qui ne nécessite aucun boisage : mais elle offre ici deux graves inconvénients : d’abord, on laisse dans la mine une proportion de matière — de valeur élevée, je l’ai dit — assez considérable et succès-

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sivement croissante, puisque les piliers doivent être de plus en plus épais au fur et à mesure qu’on s’approfondit; de plus, ces piliers sont constitués par une roche qu’on sait se déliter rapidement, lorsqu’elle est en fragments, sous l’influence des agents atmosphériques, et bien que les parois du blue exposés à l’air sur les côtés de quelques mines se soient bien tenus, il est permis de supposer que l’air chaud et humide d’une exploitation souterraine produirait à la longue l’effet qui se produit aujourd’hui sur les floors, et compromettrait plus ou moins vite très gravement la sécurité de l’ensemble.

Les énormes effondrements qui pourraient être la conséquence d’une pareille manière de faire me paraissent devoir fatalement conduire, peut-être avec certaines modifications, à l’une des deux méthodes employées habituellement pour l’exploitation des gîtes puissants de quelque valeur, je veux parler de la méthode en travers avec remblais et de la méthode en travers avec dépilages.

Dans l’une comme dans l’autre on partage le gîte en étages horizontaux d’assez grande épaisseur, mais tandis que dans la première on subdivise chaque étage, pris dans le sens descendant, en tranches horizontales prises dans le sens ascendant qu’on remblaye au fur et à mesure de l’exploitation, dans la seconde, au contraire, on prend ces tranches elles-mêmes dans l’ordre descendant, on trace chacune d’elles par piliers et galeries en laissant un estau d’épaisseur variable, et l’on dépile en battant en retraite.

Je ne crois pas que la première doive donner de bons résultats économiques à Kimberley. Elle nécessite un boisage assez considérable, alors que le bois est cher; elle exige des ouvriers soigneux et habitués à ce genre de travail, ce qu’on ne peut attendre à aucun degré des Cafres; enfin il est pei-mis de se demander si le remblai friable et ébouleux produit par les schistes encaissants n’enlèverait pas précisément à l’exploitation le caractère de sécurité qu’il serait censé lui donner.

Je pense donc que c’est à la méthode par dépilages qu’il faudra se ranger : elle offre, ce me semble, de notables avantages dans les conditions où l’on se trouve aux Diamond Fields, en prenant une cote mal taillée entre les méthodes qui enlèvent tout le minerai en dépensant beaucoup de bois et celles qui en laissent une grande quantité en n’en dépensant pas du tout : l’abattage y est relativement économique, surtout si l’on réserve une épaisseur d’estau suffisamment grande, et l’on y sera forcé par mesure de sécurité; enfin, si elle donne lieu à un certain gaspillage, elle me paraît rentrer, beaucoup plus que la précédente, dans les moyens des travailleurs noirs; et comme les inconvénients qui la font quelquefois rejeter pour des gîtes puissants n’existent pas à Kimberley, ou existent à un moindre degré qu’ailleurs, je veux parler des affaissements qui se produisent à la surface du sol à la suite de travaux de ce genre et de l’introduction des eaux dans la mine, toutes choses qui sont déjà en partie produites à l’hem’e qu’il est, et qui n’ont pas, du reste, à Kimberley les mêmes inconvénients qu’ailleurs, j’incline à penser que c’est là, peut-être avec quelques modifications que les circonstances locales imposeront ou dont ailes indiqueront l’opportunité, la véritable méthode à adopter dans 1 avenir.

Ce procédé d’exploitation nécessite à peu près impérieusement une entente

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commune entre toutes les compagnies, et une direction unique dans la conduite des travaux de chaque gîte sous peine de compromettre encore les richesses que l’avenir tient en réserve : cette réunion a failli se faire autrefois, en 1876, époque où la mine tout entière de Kimberley fut offerte aux capitalistes européens pour 10 millions de francs par M. Lynch, qui avait reçu pouvoir de tous les possesseurs d’alors; mais il ne trouva pas à la placer, et toutes les tentatives faites depuis lors ont échoué à cause des gros intérêts en présence ; il faut espérer qu’elle finira par se réaliser et qu’on arrêtera enfin le gaspillage effroyable d’efforts et d’argent que le manque d’entente a produit Jusqu’ici, au grand détriment de tous.

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