‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 72 sur 114 · PRODUCTION EN CARATS DES QU.ATRE GRANDES MIN · texte numérisé non relu

PRODUCTION EN CARATS DES QU.ATRE GRANDES MIN

du 1" septembre 1882 du l" mars 1884 Total

au 1« mars 1884 au 1" septembre 1885 pour les trois années

Kimberley. . . 1,429,726 7/8 850,596 1/4 2,280,125 1/8

deBeer’s.. . . 656,427 790,908 5/4 1,447,555 5/4

du ïoit’s Pan. . 709,877 1/8 775,506 5/4 1,485,185 7/8

Bultfontein. . . 758,250 1/4 877,647 1/2 1,615,877 5/4

Total. 6,826,520 1/2

Voilà, je crois, tous les renseignements précis qu’il est possible d’avoir sur la production des mines du Cap. Mais on peut faire quelques hypothèses sur la production totale depuis l’origine, et il est assez remarquable que toutes celles qui ont été faites jusqu’ici offrent, malgré le grand nombre de leurs auteurs, une assez grande concordance.

M. Moulle estime qu’on peut prendre comme moyenne annuelle de la production, depuis l’origine, la production moyenne de 1882 à 1884, c’est-à-dire environ 2,250,000 carats pour les quatre mines; il en déduit pour la période de 15 années de 1871 à 1885 une production totale d’à peu près 51,000,000 de carats, mais il ne dit pas comment cette proportion doit se répartir entre les quatre mines.

Tout en arrivant à peu près au même résultat que lui, j’estime que ce mode de calcul donne un résultat trop faible pour Kimberley et beaucoup trop fort pour les autres mines.

Pour Kimberley, le chiffre de 850,000 carats par an donnerait 12,750,000 carats pour les quinze années d’exploitation; or, si l’on prend le cube extrait de la mine et qu’on admette pour les dimensions moyennes de la cheminée

diamantifère 180 et 255 mètres de diamètre, soit une section de 56,000 mètres

carrés, et pour sa teneur le chiffre de 4,20 carats indiqué plus iiaut par mètre cube, on voit que la production totale serait en nombres ronds ;

A la profondeur de 100 mètres.. . . 15,000,000 carats

A la profondeur de 120 mètres.. . . 18,000,000 carats

La profondeur maximum de la mine est bien de 140 mètres, mais non sa profondeur moyenne, car il faut tenir compte des parties non encore enlevées par l’exploitation, des daims ensevelis sous le reef, etc. ; je pense qu’on peut admettre, pour cette profondeur moyenne, un chiffre compris entre 100 et 120 mètres.

Quant aux trois autres mines, le même mode de calcul ne peut s appliquer ; outre qu’on n’a pas les renseignements nécessaires pour évaluer aussi facilement la profondeur moyenne, la variation de teneur qu’a signalée leur exploitation empêche tout calcul de ce genre. Si leur production de 1882 à 1884 s est élevée, en nombre rond, à 1,500,000 carats, il a été un temps où elles étaient à peu près complètement abandonnées et où cette production était très

faible. Je crois donc que c’est l’estimer à un grand maximum que de l’évaluer à 10,000,000 de carats.

Si l’on ajoute à ces chiffres ceux des mines de Jagersfontein et de Coffeefontein ainsi que ceux des River diggings, et qu’on les joigne aux 25 à 28 millions de carats que nous venons de trouver, on tombe à peu près sur le chiffre de M. Moulle, soit, en nombre rond, 30,000,000 de carats, ou six tonnes de diamants, représentant une valeur d’au moins un milliard de francs; peut être ce chiffre est-il encore au-dessous de la vérité.

Cette énorme production a donné naturellement à la propriété une valeur considérable, mais il faudrait un volume pour faire l’histoire des variations qu’elle a subies suivant les moments de crise ou d’engouement, sans compter bien entendu celles que la richesse présumée — et variable, surtout au début, — de chaque daim y apportait encore. J’en donnerai, je pense, une idée suffisamment exacte, en disant que, dans le principe, la valeur d’un de ces morceaux de terrain de 31 pieds sur 31 augmenta rapidement suivant sa richesse, jusqu’à 100,000 francs en 1873 et 250,000 francs en 1875, pour baisser à partir de cette époque, lorsque les premières difficultés sérieuses de l’exploitation se sont présentées, jusqu’en 1880; à ce moment là, la formation des grandes compagnies accompagnée de manœuvres audacieuses de spéculateurs fit monter — d’une façon exagérée et factice, il est vrai — la valeur de certains des meilleui’s daims jusqu’à 400, 300 000 francs et même un million. Les daims des autres mines n’ont jamais approché de ces prix; on en a vu cependant monter jusqu’à 100 et 150,000 francs au moment de la fièvre de 1880; mais ces prix ne se sont pas maintenus ; ils reviendront peut être avec l’enrichissement observé en profondeur.

Le commerce des diamants est tout entier concentré à Kimberley, dans un quartier appelé pour celte raison le marché, situé tout au bord de la mine (planche Y), de telle façon que les petites maisons à rez-de-chaussée qui le composent y descendent les unes après les autres au fur et à mesure des chutes de reef : il est vrai qu’on est toujours prévenu par quelque fissure du terrain, et qu’on a heureusement le temps de déménager en emportant les seuls meubles qu’elles contiennent, savoir ; une table et deux ou trois chaises, un coffrefort et une paire de balances. Chaque jour, entre onze heures et midi, les négociants se tiennent à leur bureau et y reçoivent les courtiers, qui vont de l’un à l’autre porter leur marchandise; on y voit passer en quelques minutes des centaines de mille francs de diamants; dans le reste de la journée il y e peu de monde et la nuit le quartier est absolument désert; il contient souvent pour cinq ou six millions de marchandises et n’est jamais attaqué.

C est là, on peut le dire, dans ce misérable coin perdu de l’Afrique australe, que se règle le marché des diamants du monde entier, le marché du taüle devant nécessairement suivre celui du brut, et le brut du Cap étant en si grande quantité relativement à celui des autres mines que ces dernières ne peuvent que suivre le mouvement sans l’influencer.

La marchandise est offerte, soit telle qu’elle sort de la mine et qu’elle a été

LE DIAMANT

produite par telle ou telle compagnie, soit classée en différentes sortes, et c’est là précisément que gît le talent d’un négociant habile, qui, en faisant diverses catégories, en enlevant certains beaux diamants pour les vendre à part, en supprimant également des rebuts qui déprécient une partie, paré sa marchandise et en obtient des prix supérieurs.

Les diverses catégories de diamants dont se composent les classifications en usage sont assez nombreuses ; elles empruntent presque toutes leurs noms à la langue anglaise en usage sur les mines.

La première se compose des crystals ou glassys, c’est-à-dire d'octaèdres parfaits à faces planes et à angles aigus, blancs ou presque blancs; ils sont classés, comme toutes les catégories du reste, suivant leur grosseur.

La seconde, des pierres rondes {round stones), ou cristaux courbes, qui se divisent suivant leur nuance, en cape whiie, c’est-à-dire blancs à peine teintés de jaune, first et second by-water, blancs très légèrement teintés de jaune ou de gris verdâtre.

Les yellow clean stones, qui viennent après, se divisent souvent en off coloured (jaune très léger), light yellow (jaune clair), yellow (jaune), et dark yellow (jaune foncé).

Le mêle' est composé de pierres by-water, cape white, blanches, et même quelquefois brunes, dont la moyenne {average) n’est pas au-dessus de 1 5 à 1 \ carat : le petit mêlé va même jusqu’au ^ de carat. Toutes les pierres qui y figurent sont rondes ou glassys; il n’y a pas de morceaux.

Le cleavage se compose de pierres tachées, maclées, etc., qui ont besoin d’être clivées avant la taille; il y a du cleavage blanc, cape wbite, bywater, etc. Le cleavage noir se compose de morceaux de clivage qui ont beaucoup de taches à première vue, mais qui peuvent donner de jolies pierres après avoir été divisées. Les grandes pierres noirâtres s’appellent spéculative stones. Leur valeur varie suivant leur grosseur et surtout celle des morceaux qu’on pourra en tirer.

Le petit cleavage au-dessous de j de carat s’appelle dans le commerce chips.

Le mélange des mauvais morceaux jaunes, bruns, cleavage noir, etc., composent les parcels inferiors, auxquels on joint souvent le boort; le tout est destiné à être pulvérisé pour servir ensuite à la taille, sauf les fragments, qui sont réservés aux usages industriels.

Voici le tableau des prix des diverses qualités au 30 juillet 1883; je les ai recueillis à Kimberley même, où on les trouvait déjà très bas à cette époque. Depuis cette époque la crise n’a fait qu’augmenter, les cours ont encore baissé et on peut estimer les cours actuels à 20 pour 100 au-dessous de ceux qui sont portés sur le tableau.

COURS DES DlAIflftNTS BRUTS A KIIÏIBERLEY AU 31 JUILLET 1883

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