I. BORNÉO
Les renseignements qu’on trouve dans les divers recueils où il est parlé des gisements de Bornéo sont en général confus et contradictoires; je dois ceux qui suivent à l'obligeance de M. R. D. M. Yerbeek, ingénieur en chef des travaux géologiques de Java : ils proviennent du service officiel des mines de l’île et leur authenticité n’est par conséquent pas douteuse.
Les gisements de l’île de Bornéo forment deux groupes bien distincts, 1 un à l’ouest, dans le bassin du fleuve Kapoeas, qui se jette dans la mer, un peu en
aval de la ville de Pontianak, l'autre au sud-est, non loin de la ville de Bandjermassim e.tà peu près en face de Pile deLaut (fîg. 102).
Le groupe de l'ouest consiste en trois îlots situés deux sur les rivières de Landakh et de Sekajam, affluents du Kapoeas, et le troisième sur la rivière de Kapoeas elle-même, en aval de sa jonction avec le Sekajam.
11 paraît que les gisements de Landakh sont connus depuis la colonisation de Pile par les Malais; les premiers navigateurs hollandais qui visitèrent ces parages en parlent, et ils cherchèrent dès l'origine à monopoliser celte liranche de commerce.
Les diamants s’y rencontrent soit dans des couches de diluvium, soit dans des amas de graviers anciens au pied des montagnes, soit dans le lit des rins seaux et rivières qui traversent les régions diamantifères.
LE DIAMANT
Les couches de diluvium se composent de bancs de gravier, de sable et d’argile plus ou moins mélangés d’oxyde de fer; elles forment rarement des poudingues et des grès; leur épaisseur varie de 2 à 12 mètres, et leur stratification est bien définie : ce n’est que dans les couches inférieures qu’on trouve des diamants.
Les amas de graviers anciens sont formés par des galets ou des fragments de roche plus ou moins roulés, peu ou pas stratifiés. Leur origine est torrentielle, et on les trouve disséminés par taches peu étendues au pied des montagnes ou dans les vallées, mais toujours au-dessus du niveau des courants d’eau actuels. Ces amas contiennent le diamant dans toute leur masse. Les fragments de roche qu’ils contiennent sont de nature assez variable ; le quartz blanc, jaunâtre ou rose domine; on trouve ensuite des quartzites gris et noirs, très fins et très durs, des schistes quartzeux et argileux, des grès quartzeux, du silex, de l’amphibole, du corindon bleu et violet et enfin des fragments de roches éruptives, mais assez rares et presque toujours dans un état d’altération tellement avancé qu’il est difficile de juger de leur nature primitive. On-y trouve encore des paillettes de mica blanc, de l’oxyde de fer magnétique, quelques grains de cinabre et quelquefois un peu d’or.
Les diamants qu’on lave dans le lit des ruisseaux ou des rivières proviennent des dépôts des deux catégories ci-dessus d’où ils ont été entraînés par les
Les roches qu’on trouve dans le pays sont : comme roches sédimentaires, des schistes argileux et quartzeux avec bancs de quartzites rattachés à la formation dévonienne, puis des poudingues et des grès argileux probablement beaucoup plus récents et qui paraissent appartenir à la période éocènc ; comme roches cristallines, des granités, des diabases, des gabbros, des andésites et des mélaphyres.
M. G. Van Schelle, ingénieur des mines à Bornéo, pense que les diamants ont leur gîte dans les poudingues et les grès argileux éocènes; on n’en trouve en effet que là où ces couches affleurent,' tandis qu’on n’en a jamais rencontré un seul dans les couches diluviennes formées presque exclusivement par les matériaux provenant de schistes dévoniens, bien que ces couches aient été très exploitées à cause de l’or qu’elles contiennent ; mais leur origine et leur mode de formation y sont aussi obscurs qu’ailleurs et on n’en a jamais trouvé dans la roche en place.
L’exploitation est faite par des Chinois et des Malais.
Les premiers exploitent les couches diamantifères situées au-dessus du niveau des eaux par des travaux à ciel ouvert; les seconds, au contraire, atteignent celles qui sont au-dessous de ce niveau par de petits puits creusés jusqu’à la roche en place et ils grattent la terre diamantifère aussi loin qu’ils le peuvent autour de ces puits. Le minerai est, dans les deux cas, dèbourbé s’il y a lieu, puis lavé au pan.
Ces méthodes d’exploitation sont très défectueuses et aucune exploration raisonnée n’a été faite dans le pays ; il y aurait donc probablement de grands progrès à faire de ce côté ; mais il faudrait pour cela obtenir quelques renseignements des travailleurs et il paraît qu’ils sont fort peu communicatifs.
Les diamants se rencontrent en cristaux plus ou moins roulés et en fragments informes : les formes cristallines dominantes sont l’octaèdre et le dodécaèdre, et il n’est pas rare de trouver des octaèdres parfaits que les Malais appellent inten-mendjadie, pierres toutes faites, parce qu’ils n’ont besoin que de très peu de taille ; on trouve également en combinaison les faces du trioctaèdre et du trapézoèdre (?) ; le type cubique est très rare, les formes hémitropiques très fréquentes, particulièrement en cristaux plats : les faces sont souvent striées.
La couleur des diamants varie beaucoup; la plupart sont incolores; les plus fréquents après ceux-là sont ceux qui ont une légère nuance jaune ou bleue; mais on trouve aussi des cristaux jaunes, violets ou verts. Les diamants noirs plus ou moins foncés et gris sont assez communs (boort et carbon) ; il y a aussi des diamants dont le noyau gris ou noir est recouvert d’une enveloppe incolore bien cristallisée.
En ce qui concerne la grosseur, ce sont les diamants au-dessous d’un carat qui forment 90 à 95 pour 100 de la production totale ; puis viennent les pierres de 1 à 5 carats ; celles qui dépassent ce poids sont très rares. Le prince malais qui est le chef de la principauté de Landakh possède cependant plusieurs gros diamants trouvés dans son territoire, et bien qu’ils ne puissent être pesés à cause d’une épaisse monture d’argent qui les fixe, M. Yan Sclielle estime que quelques-uns dépassent le poids de 100 carats.
Vers 1880, les mines du Sékajam n’étaient guère exploitées que par une quarantaine de Chinois ; il y avait au contraire encore plus de 350 ouvriers occupés aux mines de Landakh : quant aux couches diluviennes des bords du Kapoeas, elles ne sont plus exploitées d’une manière régulière ; on y creuse de temps en temps quelques puits : mais la production y est tout à fait insignifiante.
Les gisements diamantifères du Sud, c’est-à-dire des districts de Tanah-Laut, Martapoera et Riam, sont formés par des dépôts sédimentaires récents recouvrant des terrains tertiaires éocènes analogues à ceux dont je viens de parler et contenant des couches de charbon'. Ces terrains tertiaires sont redressés et plissés par des éruptions d’andésite qui se développent principalement à leur base en s’intercalant entre eux. et des assises anciennes de schistes chloritiques, talqueux, micacés et amphiboliques, qui forment dans le pays les contreforts des deux chaînes de montagne de Bobaris et de Meratoes, composées elles-mêmes de gabbros et de serpentines.
Les alluvions diamantifères forment une large bande le long des collines tertiaires et seulement sur le versant faisant face à la mer, tandis que les dépôts aurifères qui existent dans la région encadrent et recouvrent les schistes anciens et ne contiennent pas de diamants ; la couche diamantifère proprement dite est composée de graviers roulés de minéraux divers, et dn sables plus ou moins liés par de l’argile. On y trouve surtout du quartz de plusieurs couleurs, des morceaux d’andésite et de grès micacé, ainsi quune pierre bleuâtre appelée par les Malais Batoe-tatimahan (pierre qui ressemble au plomb), et qui paraît être du corindon ; son plus ou moins d’abondance indiquerait la richesse du gîte.
Les diamants y sont habituellement isolés, quelquefois empâtés dans un
LE DIAMANT
hydroxyde de fer, et souvent accompagnés de paillettes d’or et de platine, de grains de fer chromé, de magnétite et de brookite.
La puissance de la couche varie entre 20 centimètres et un maximum de 2mètres dans les fortes dépressions de terrain. Elle repose sur une couche d’argile bleue et elle est recouverte d’une épaisseur de 1 à 6 mètres d’autres alluvions composées de graviers, d’argile, et quelquefois, comme dans les environs de Bentok, de fragments arrondis de limonite ; on rencontre principalement l’alluvion diamantifère dans le voisinage des rivières et dans les dépressions de terrains couvertes d’eau pendant la saison pluvieuse.
Les procédés employés autrefois par les Malais pour l’exploitation de ces gîtes paraissent avoir été les mêmes que ceux du groupe de Landakh ; c’est surtout dans les environs du village de Tjampaka (district de Martapoera), de Banjoe-lrang, Bentok et Liang Anggang, ces trois derniers situés dans le district de Tanah-Laut, qu’on travaillait : on y trouve encore des milliers de petits puits : mais les travaux ont été abandonnés presque partout depuis 1878, au moment de la baisse du diamant : une société franco-néerlandaise qui avait obtenu pour 25 ans, en 1882, la concession d’un terrain de plus de 2QOO hectares entre Tjampaka et Banjoe-lrang, y avait immédiatement installé ses machines et ses pompes : mais les travaux, interrompus au commencement de 1885, n’étaient pas encore repris au commencement de l’année dernière. La production de tout ce groupe est donc actuellement insignifiante.
On trouve encore des diamants dans le pays de Koesan, faisant partie de l’état de Pegattan, vassal du gouvernement des Indes néerlandaises : ils sont de belle qualité, mais la production est également très faible.
11 n’est pas possible d’évaluer, même approximativement, la production en diamants de l’île de Bornéo : les petits souverains malais s’étaient, en effet, arrogé depuis longtemps le droit d’acheter tous les diamants du poids de 5 carats et au-dessus à des prix établis arbitrairement, ce qui faisait que les exploitants les cachaient et les exportaient en contrebande.
On ne connaît guère à ce sujet que les chiffres suivants publiés dans les bulletins officiels du gouvernement des Indes néerlandaises et représentant le poids et la valeur des diamants importés à Java.
Années. Poids en carats. Valeur en florins '.
Remarques.