II. — ESSAIS DE REPRODUCTION
Je passerai brièvement dans ce paragraphe sur les nombreuses idées émises par divers savants touchant la manière dont il faudrait tenter la reproduction du diamant : à chaque théorie sur le mode de formation en répond naturellement une parallèle sur la reproduction ; et des essais très variés ont été faits pour tenter de résoudre un problème dont la solution, tant au point de.vue scientifique qu’à celui des avantages matériels, aurait pour l’inventeur un intérêt considérable.
La reproduction par voie organique n’a pu cependant être tentée, comme on le comprend bien; en revanche, tous les phénomènes chimiques possibles, toutes les actions de laboratoire ont été mises à l'épreuve pour arracher à la nature le secret qu'elle a tenu si bien caché jusqu’ici ; je ne décrirai que les expériences ayant donné un semblant de succès par la reproduction de petits cristaux ou points brillants qui avaient les apparences du diamant et qui sont tout ce que l’on a pu obtenir jusqu’aujourd’hui ; je ne ferai du reste en cela que répéter ce qu’a déjà dit M. J. Ogier, dans Y Encyclopédie (article Carbone).
Les premières expériences paraissent avoir été celles de Cagniard de la Tour, d’abord, puis de Gannal. Ce dernier essaya en 1828 de reproduire le diamant par la décomposition du sulfure de carbone. Il obtint par la digestion du phosphore dans ce corps une pellicule blanche contenant des points cristallisés qui, par filtrage à travers une peau de chamois, lui donna vingt cristaux assez forts pour être enlevés avec la pointe d’un canif, trois autres de la grosseur d’un grain de millet, tous réfléchissant fortêment les nuances de l’arc-en-ciel. Ces trois derniers examinés et essayés donnèrent les résultats suivants :
Ils rayaient l’enclume d’acier, tandis qu’aucun métal ne pouvait les rayer, l’eau en était pure, les feux qui jaillissaient de leur intérieur jetaient un éclat des plus vifs et présentaient tous les caractères d’étincelles du diamant. Au microscope ils montraient la forme dodécaèdrique; un seul avait cinq côtés de l’octaèdre. L’un d’eux fut brûlé, montra la combustibilité du diamant et ne laissa aucun résidu.
Plus tard, Desprelz prit une voie toute différente en soumettant un cylindre de charbon pur à l’action de l’étincelle d’induction. L’appareil était vide d’air. L’un des réophores était constitué par une série de fils de platine enveloppant
LE DIAMANT
l’extrémité du cylindre. L’étincelle ayant jailli pendant un mois, il trouva sur les fds de-plaline un dépôt qui, examiné au microscope, présentait, outre une partie noire, de petits octaèdres brillants. Délayé dans un peu d’huile, ce dépôt polissait le rubis. Despretz pensa avoir ainsi réalisé la transformation du carbone amorphe en diamant.
Le même savant chercha dans une voie notablement différente, bien qu’il ait encore mis en jeu l’électricité, en faisant passer dans de l’eau acidulée le courant d’une pile de Daniell faible, portant comme électrodes des cylindres de charbon purifié. Despretz vit se déposer lentement, au pôle négatif, une couche noire à l’aide de laquelle on réussit à polir des rubis, mais bien plus difficilement qu’avec les fragments octaédriques obtenus par l’étincelle.
Rappelons àce propos les essais de M. Lionnet, qui pense avoir séparé du carbone cristallin par la décomposition du sulfure de carbone au moyen d’un couple formé d’une feuille d’or ou de platine enveloppée d’une spirale d’étain. Le soufre se combine à l’élain et le carbone se précipite.
Il y a quelques années, M. Maclear, en Angleterre, annonçait avoir reproduit le diamant, et M. Maskelyne contredisait ce fait en affirmant que les échantillons obtenus par M. Mactear étaient incapables de polir le saphir et la topaze, assertion contre laquelle M. Mactear a d’ailleurs protesté.
M. Marsden, en chauffant pendant dix heures à haute température un mélange d’argent et de charbon de sucre et en laissant refroidir la masse fondue, a trouvé dans le lingot, après séparation de l’argent par l’acide azotique, du carbone sous ses trois formes différentes : carbone amorphe, graphite, carbone octaédrique ; le graphite est assez abondant, les cristaux sont microscopiques, les uns transparents, les autres colorés en brun, probablement par du carbone amorphe ; ils rayent le verre, le quartz, le saphir, et brûlent dans l’oxygène. Parmi ces cristaux, les noirs sont octaédriques, ils possèdent des arêtes courbes; l’auteur les considère comme de véritables diamants; les transparents sont doués d’un vif éclat adamantin, ont un pouvoir réfringent considérable, sont octaé driques, ne présentent pas d’arêtes courbes et agissent sur la lumière polarisée. M. Marsden pense qu’en l’épétant celte expérience sur une large échelle, on pourrait obtenir des diamants de dimensions moins restreintes.
Voici enfin quelques détails sur les intéressantes et difficiles expériences exécutées récemment par M. Uannay; les résultats de ses essais, sans être concluants, sont pourtant plus précis que ceux qu’on a publiés jusqu’ici sur ce sujet.
M. Hannay a essayé de décomposer par le sodium certains carbures tels que l’esprit de paraffine bouillant à 75"; à une température convenable, en tubes scellés de cristal épais, l’hydrocarbure se décompose, le métal absorbe de l’hydrogène, et il se forme un dépôt de charbon, quelquefois en écailles dures; avec le potassium, on obtient un charbon moins dur; au contraire, le lithium fournit de meilleurs résultats. Ces essais, plusieurs fois répétés, furent le point de départ des expériences relatives à la production du diamant.
M. Hannay s’appuie sur cette idée que si un corps a une action dissolvante sur un autre sans réagir sur lui chimiquement, cette action dissolvante peut s’accroître indéfiniment si l'on accroît indéfiniment la température et la pres-
sion. 11 utilisa donc la réaction ci-dessus indiquée, en opérant à des températures élevées, dans des tubes clos, c’est-à-dire sous des pressions énormes. Des tubes de fonte et d’acier, essayés à diverses reprises, ne purent être employés; des tubes de fer seuls résistèrent quelquefois (longueur, 50 centimètres ; épaisseur, 2 centimètres 1/2; diamètre intérieur, 1 centimètre); pour les sceller, il fallut souder le métal sur lui-même après l’introduction des mélanges ; malgré l’épaisseur des parois, beaucoup de ces tubes éclatèrent ou laissèrent échapper les gaz.
Trois de ces appareils furent remplis, l’un aux 3/4, l’autre aux 2/5, l’autre aux 5/3, d’esprit de paraffine, et on y ajouta 5 gi’ammes de sodium ; la soudure faite, on les chauffa au rouge dans un four à réverbère ; le premier fit explosion; le deuxième résista et renfermait, après refroidissement lent, un peu de charbon en écailles ; le troisième ne contenait que des gaz qui s’échappèrent à l’ouverture ; mais le fer s’était carburé.
M. Ilannay songea alors à dissoudre simplement le carbone à haute pression, et employa comme dissolvant de l’huile de baleine, rectifiée sur du sodium bouillant entre 113“ et 150“, et renfermant des bases azotées; des tubes partiellement remplis de ce’liquide et contenant un peu de charbon de bois furent chauffés au rouge ; on observa dans ces conditions une dissolution partielle et on trouva dans les matières déposées quelques grains de charbon dur, plus ou moins brillants d’aspect.
Le succès relatif de ces expériences fit penser à l’auteur que la présence de l’azole dans la matière employée était une condition favorable; il répéta donc les essais avec les mélanges alcalins et l’huile de baleine mêlée d’un peu d’esprit de paraffine. Un tube, renfermant du lithium, fournit ainsi une masse dure adhérente, dans laquelle un examen attentif permit de reconnaître la présence d’un peu de charbon cristallisé exactement semblable au diamant. Avec le sodium, les résultats furent négatifs. En somme, sur 20 expériences, 3 seulement ont à peu près réussi. Le carbone cristallisé fut recueilli (Os^OlA) et brûlé dans l’oxygène ; l’acide carbonique produit correspondait à 97,83 pour 100 de carbone; enfin, en le brûlant dans l'oxygène, de manière à ne pas perdre de gaz, on reconnut après la combustion l’existence d’un résidu gazeux non absor. bable par le pyrogallate de potasse, probablement de l’azote ; il se pourrait donc qu’il y eût de l’azote combiné chimiquement dans le carbone analysé.
Tels sont les résultats — bien faibles — auxquels on a pu arriver jusqu’ici; il est assez curieux que, sauf dans les expériences de Gannal, les seuls procédés par lesquels on ait pu produire de petits diamants plus ou moins microscopiques aient mis précisément en jeu d’énornres développements de chaleur auxquels la nature ne paraît pas avoir eu recours, suivant l’opinion la plus généralement admise; aussi paraît-il peu probable qn’on arrive jamais par cette voie à produire des diamants d’une taille un peu grande; mais ce qu’on peut dire avec certitude comme conclusion du présent chapitre, rassurante pour les personnes qui ont de grandes quantités de diamants entre les mains à des titres divers, c’est que jusqu’ici le problème ne paraît pas avoir fait un seul pas vers sa solution industrielle.