D. INTAILLES
A l’art de la taille peut s’en rattacher un autre aujourd’hui à peu près, sinon complètement abandonné, mais qui n’a pas laissé d’être en honneur autrefois, je veux parler de la gravure sur diamant, inventée probablement, du moins en Occident, vers l’époque de la Renaissance et sur laquelle King donne quelques précieux renseignements.
Bien que beaucoup d’intm/Zes prétendues faites sur diamant n’aient été pratiquées, dit-il, que sur des topazes blanches ou des saphirs incolores, Clusius, juge fort compétent, dit que Clément Birago, vers le milieu du seizième siècle, grava sur diamant le portrait de don Carlos, pour être donné en présent de fiançailles à Anne, fille de l’empereur Maximilien 11, et qu’il vit cette inlaille pendant son séjour en Espagne en 1564. Birago grava également sur diamant un sceau aux armes d’Espagne, pour Charles-Quint. Raspe signale la tête de Posidonius le philosophe dans la collection de Bedford, et en attribue la paternité au cavalier Costanzi « qui se distingua par plusieurs gravures sur diamant faisant actuellement partie presque toutes de la collection du roi de Portugal ». Herz décrit dans le catalogue de la collection Hope deux diamants gravés, dont l’un était une large table portant le buste de l’empereur Léopold P'', bien exécuté, avec le creux de l’intaille très bien poli, tandis que l’autre, dont le travail était très inférieur à celui du précédent, portait la tête d’un philosophe, et l'on conserve dans la collection royale d’Angleterre une intaille qui n’est autre que le sceau de Charles 11 quand il était prince de Galles.
M. Dieulafait cite également un diamant qui figurait à l’exposition universelle de 1867, dans la section italienne : ce diamant avait été gravé au seizième siècle, par Jacopo ou Côme de Trezzo ; il était enchâssé dans un anneau d or cylindrique et uni, à l’aide d’un chaton mobile à tourillons : M. Chatrian rappelle encore une intaille représentant le roi des Pays-Bas, qui figurait à l’exposition d(! 1878.
Sans oublier deux diamants célèbres gravés, le Jehan-Ghir-Shah et 1 Akbar- Shah, dont il sera question au chapitre suivant, je puis, grâce à l’obligeance de M. Boucheron, joindre à cette énumération une intaille remarquable que M. Moïana avait entre les mains en 1865. C’était un magnifique brillant indien
LE DIAMAST.
d’environ 30 carats, de forme octaédrique irrégulière, et dont on avait poli sept faces, tandis que la huitième portait, gravée eu creux en caractères orientaux, une sentence religieuse : la finesse et la profondeur du trait étaient étonnantes. Cette pierre a malheureusement été retaillée depuis.
Il ne faut voir dans cet art un peu particulier des intailles sur diamant que le mérite de l’énorme difficulté vaincue, car au point de vue esthétique, le moindre cristal taillé et renvoyant les mille feux du prisme a infiniment plus de valeur : l’art de percer le diamant, au contraire, principalement destiné à permettre d’enfiler les brillolettes, a une utilité beaucoup plus pratique. Cet art se serait perdu, d’après Barbot, il y a un demi-siècle, le dernier dépositaire du secret sur lequel il reposait étant mort à cette époque, de misère et de faim. Mais cette assertion est inexacte, car on perce encore des lames de diamant pour l’application aux tréfileries ; la première ouverture se fait avec des pointes de diamant excessivement aiguës et le percement s’achève au moyen d’un foret enduit de poudre de diamant.