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C. - RÉSULTAT DE LA TAILLE

Le résultat de la taille peut varier de mille façons et il faut souvent une grande pratique pour déterminer à l’avance, sur le cristal brut, quelle est la forme qui lui convient le mieux et ne lui fera pas trop perdre de son poids : 1 intérêt commercial est ici souvent en désaccord avec le sentiment du beau, qui exige, avant tout, des formes parfaites.

Quoi qu’il en soit, il y a trois formes principales auxquelles on peut plus ou moins facilement ramener toutes les autres, et qui peuvent être considérées comme types : ce sont les formes en brillant, en rose et en table.

La forme en brillant est la plus parfaite de toutes et celle qui donne le plus de feux, du moins aux cristaux petits ou de grosseur moyenne : elle s’applique principalement aux pierres octaédriques natiu’elles ou à celles qu’on peut

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rametier à celle forme par clivage, sans une perte de poids trop considérable. Prenons donc un octaèdre régulier et voyons quelle est la série des opérations par lesquelles il passe à l’état de brillant.

La première consiste à découper à la partie supérieure ou couronne, une table T (fig. 106) parallèle à la base octaédrique, en enlevant une petite pyra-

mide quadrangulaire dont la hauteur est égale au.v ^ de la hauteur AO, et à la partie inférieure, ou pavillon, par une opération analogue, une culasse G, pour la formation de laquelle on n’enlève que g de la hauteur.

11 restera donc, pour la hauteur totale du cristal taillé, ^ > ou les deux tiers

de la hauteur primitive de l’octaèdre, la couronne prenant le tiers et le pavillon les deux tiers de celte hauteur totale, et tous deux étant accolés, suivant une seule et même base commune, appelée la ceinture ou le feuületk.

Les règles de cette première opération n’ont pas changé depuis l’origine, bien qu’on laisse quelquefois un peu plus de hauteur à la couronne pour augmenter le poids de la pierre.

Voici maintenant comment on continuait autrefois :

Le brillant, ainsi dégrossi, portait en dessus et en dessous les faces de l’octaèdre. Sur la couronne, ces faces B (fig. 107), appelées grands biseaux ou hezels, formaient des angles que l’on rabattait par de petites facettes b, appelées

coins et raccourcissant les diagonales de ^ ; on obtenait ainsi le brillant dit

simple taille (fig. lOo), puis on recoupait encore les arêtes ainsi formées par de petites facettes appelées facettes à étoile du côté de la table (e), et facettes de traverse du côté de la ceinture [t), et on finissait par les facettes de clôture (c), placées aux coins du cristal, qui achevaient de donner aux facettes à étoile ou de traverse la forme triangulaire, aux biseaux la forme de losange ; les facettes de traverse et de clôture étaient aussi appelées demi-facettes. On comptait donc sur la couronne, sans compter la table, trente-deux facettes, dont huit étaient des losanges et vingt-quatre des triangles.

D’une façon tout à fait analogue, la partie inférieure avait les angles de ses faces primitives ou pavillons, P, rabattus par des facettes p appelées coins, sur lesquelles on pratiquait encore huit facettes de traverse et huit de clôture : les facettes à étoile seules manquaient.

On avait donc trente-deux facettes en dessus, vingt-quatre en dessous, plus la table et la culasse; soit un total de cinquante-huit facettes, quelle que fût d’ailleurs la taille du diamant

Tel était le brillant recoupé à ceinture carrée. Depuis près d’un siècle, celte taille a été modifiée de façon à introduire plus de régularité dans la forme des facettes : rien n’est changé à leur nombre et à leur disposition ; mais les huit biseaux reçoivent les mêmes dimensions, et les surfaces des losanges et des triangles se rapprochent plus les unes des autres, en même temps que le brillant prend une forme générale un peu plus arrondie (fig. 108).

Les pierres triangulaires sont taillées d’une manière analogue, avec une table par-dessus et une culasse par-dessous, ainsi qu’on peut le comprendre sans difficulté (fig. 109).

Quant aux cristaux deux pointes, qui ont quelque analogie de forme avec les précédents, en ce sens qu’ils ont les bases formées par des faces octaédriques ou bexoctaédriques, mais qui en diffèrent en ce qu’elles y sont reliées par des faces prismatiques (planche 1, n»® 5 et 6 et fig. 37), on pourrait les tailler de la même manière, mais on perdrait ainsi beaucoup trop de matière, ce qu il

1. Souvent même, on taille quelques facettes de plus pour atteindre le feuilletis du côté de la culasse, d’où l’expre-^sion usuelle de taille en 64.

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faut éviter. Au lieu de faire la fable parallèle à la face octaédrique, on l’incline donc un peu par rapport à cette dernière, et on la fait comme la culasse parallèle à la direction AB (fig. ?î7). Lorsqu’on taille ensuite les facettes laté¬

rales, les deux pointes naturelles A et B restent, mais les autres sautent forcément, parce qu’elles ne sont pas dans le plan de la fable, les unes étant audessus et les autres au-dessous.

On donne également le nom de cristaux deux pointes, ou encore de cristaux quatre pointes couchés, aux pierres en forme d’octaèdres allongés (fig. HO). Pour conserver aussi dans ce cas plus de matière, on se garde de-les tailler à la façon des octaèdres réguliers, et on place la table sur BC, parallèle au plan EFGH. On peut voir que, dans ce cas, la table fera encore sauter deux des angles naturels de la pierre, B et G, et la culasse les angles A et D, les angles en EF et GH étant conservés ou à peu près.

Telle est la manière d’obtenir les formes en quelque sorte théoriques de brillants carrés, ronds ou triangulaires ; mais, comme il s'en faut de beaucoup que tous les cristaux naturels présentent des formes régulières, il peut arriver qu on ait intérêt, au point de vue du poids à conserver à la pierre, à modifier légèrement les principes que je viens d’énoncer et à se rapprocher de la forme Tégulière du brillant, sans cependant l’adopter rigoureusement. C’est ainsi qu on aura, par exemple, le brillant ovale et le brillant poire, représentés

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figures ! H et d!2. Caire a même imaginé une taille dite à étoile (fig. HS)

pour utiliser des diamants bruts sur lesquels on aurait perdu trop de poids par les procédés ordinaires.

La taille en rose, la plus usitée après la taille en brillant, est employée principalement pour les diamants de peu d’épaisseur, surtout pour les macles triangulaires, qu’on fend au préalable suivant le plan d’hémitropie : elle donne à la pierre l'aspect d’un petit dôme plus ou moins surbaissé, s’élevant sur une base, ou collette, obtenue par clivage et, par conséquent, parallèle aux faces octaédriques.

Fig. 114.

bans une rose régulière de Hollande, le dessous est une base large, plate, enfermée dans la monture; le dessus présente vingt-quatre faces (fig- 114); six d’entre elles, placées au centre et appelées faces à étoiles, e, forment la couronne, pyramide hexagonale très surbaissée ; les bases de ces six triangles sont communes à six autres triangles h qui ont leurs sommets sur la ceinture et laissent entre eux un espace rempli par les douze facettes de traverse t. ce qui fait un total de vingt-quatre facettes, dont six pour la couronne et di-x lnut

pour la dentelle. La hauteur doit y être égale à la moitié, et le diamètre de la couronne aux trois cinquièmes du diamètre de la base.

Lorsque le nombre des facettes d’une rose est réduit à dix-huit, on l’appelle demi-Hollande. Les roses de Brabant ou d'Anvers sont à couronne plate et n’ont que dix-huit, douze, ou même six facettes.

bataille en table (fig. 115), fort peu usitée en Occident, mais assez recherchée, comme on l’a vu, par le's Orientaux, peut servir à utiliser les lames de diamant, dont on rabat simplement les angles par des biseaux : il est inutile de s’y appesantir plus longuement.

Fig. 116. Fig. 117.

On peut distinguer encore les demi-brillants, que l’on taille en dessus à trente-deux facettes, et dont le dessous est plat comme celui des roses; les brillants doubles, formés de deux diamants rapportés, accolés suivant la ceinlure.et ayant la forme générale du brillant ordinaire; les roses doubles (fig. H6), formées par un diamant dont les deux côtés ont reçu la taille en rose; les briolettes ou brillolettes, diamants taillés en forme de poire, brillantés sur tout leur pourtour, sans table ni culasse, et généralement percés (fig. H 7); les pendeloques, également en forme de poire, dont la taille se rapproche plus ou moins de celle du brillant avec table et culasse ou de la rose; les pierres à porii'ait, qui ne sont autre chose que des brillants à deux faces parallèles, réunis par une même couronne facettée, etc. Les variétés peuvent être en quelque sorte infinies, mais elles se ramènent toujours aux trois formes fondamentales que j’ai décrites.

Si on voulait les comparer l’une à l’autre, on pourrait dire que le brillant est la plus parfaite de toutes, à cause de son aspect bien régulier, et surtout •les feux qu’il jette et que nulle autre forme ne donne avec la même intensité : la rose donne de très vifs effets de réflexion, mais presque pas de jeu, c’està-dire de feux ; la table n’a guère d’autre mérite que celui d’une parfaite trans-

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parence, lorsque le diamant est de bonne qualité ; on vante également beaucoup la brillolette, dont la multiplicité des facettes, jouant dans toutes les directions, donne au diamant un très vif éclat.

Le choix de la meilleure taille à donner à une pierre est, je l’ai déjà dit, souvent fort difficile ; mais même dans le cas où, par l’aspect du cristal brut, cette forme s’impose en quelque sorte, soit pour la taille d’un octaèdre régulier la forme en brillant, soit pour la taille d’un cristal hémitrope plat la forme en rose, il est permis de se demander si ces types sont les meilleurs et si la science ne pourrait pas trouver des dispositions de facettes faisant mieux ressortir l’éclat de la pierre.

Ce problème, résolu jusqu’ici par empirisme, n’a pas été, je crois, l’objet d’une étude scientifique. Babinet dit quelque part qu’il n'a jamais eu le temps de l’aborder : c’est que la question est en effet fort complexe. Il faut tenir compte de plusieurs faits, tels que la disposition habituelle des sources de lumière, la première réflexion à la surface du cristal, dont l’intensité dépend de l’inclinaison de ses faces par rapport aux points lumineux, la réfraction de la partie qui pénètre dans l’intérieur, variable également, la réflexion totale que ces derpiers rayons y subissent et qui peut se multiplier un assez grand nombre de fois avant l’émergence définitive, enfin l’orientation de ces rayons émergents dont la sortie doit se faire dans la direction du spectateur et non par le pavillon. De plus, telle forme qui donnera le plus vif éclat par réflexion donnera peu de feux, comme, par exemple, la forme en rose. Si l’on essaie d’étudier l’effet de tous ces phénomènes qui se combinent, on arrive bien vite à une complication telle que le problème a probablement rebuté beaucoup de chercheurs. Ce que l’on peut affirmer, c’est que la taille actuelle ne donne certainement pas les formes les plus avantageuses, au moins pour les gros diamants, et qu’à voir les pierres célèbres on ne peut que s’étonner de la faible quantité relative des feux qu’elles jettent. Il faut en chercher la cause dans cette observation de Babinet, déjà citée au chapitre II, que la grandeur des faces y superpose les pinceaux lumineux de diverses couleurs et reconstitue ainsi la lumière blanche dont la taille avait eu précisément pour but de séparer les couleurs composantes. L’avenir introduira certainement sur ce point des modifications importantes, d’autant plus que la perte de poids subie par les cristaux bruts est extrêmement grande. On l’évalue à 50 pour 100 dans les petits, jusqu’à 60 pour 100 et plus dans les gros, s’ils sont de forme régulière; le tableau suivant montre celle qui a été subie par quelques-uns des plus gros diamants connus :

Poids

avant la taille après la taille

Régent. 410 136 7/8

Graiid Mogol. 787 1/2 279 9/16

Koh-i-noor. 186 1/16 106 1/16

Étoile du Sud. 2.54 1/2 125 1/2

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Les premiers ateliers de Berquen furent ouverts à Bruges, d’où ses ouvriers passèrent à Anvers et à Amsterdam, et ce n’est qu’en 1526 qu’un Florentin nommé Matleo del Nessaro en établit un à Paris ; mais, pendant trois siècles, c’est-à-dire jusqu’à ces dernières années, cet art passa par des vicissitudes sans nombre qu’il serait trop long de rapporter. Enfin, en 1871, à la suite de la découverte des mines du Cap, qui a augmenté la production d’une manière si prodigieuse, il a fini par prendre définitivement son essor.

Aujourd’hui, c’est Amsterdam qui possède le plus grand nombre de tailleries : d’après MM. Jacobs et Chatrian, il n’y en aurait pas, dans cette ville, moins de dix-neuf, dont une seule compte quatre cent cinquante meules et occupe plus de mille ouvriers ; Anvers compte également une quinzaine d’ateliers, ou plutôt de fabriques, suivant l’expression en usage; en France, il a été tenté bien des essais à diverses reprises, notamment ceux de MM. Philippe et Bernard (taillerie impériale) pour ne citer que les derniers; mais tandis que ces essais n’ont consisté qu’à faire travailler en France des ouvriers hollandais, c’est M. Ch. Roulina qui a eu l’honneur d’installer définitivement la première taillerie importante, en formant des apprentis français avec des contre-maîtres hollandais engagés à prix d’or.

11 en existe aussi maintenant en Angleterre et aux États-Unis.

Avant la découverte des mines du Cap, le prix du polissage en brillant était d’environ 7 francs par carat pour des pierres d’un carat. Les ouvriers hollandais en avaient le monopole à peu près absolu; ils étaient organisés en corporation et leurs statuts étaient très sévères, principalement au point de vue de l’interdiction faite aux sociétaires de former des apprentis, même hollandais, autrement qu’en remplacement des ouvriers décédés. Toute contravention à cet article faisait exclure l’ouvrier des ateliers.

L’abondance des arrivages du Cap en diamants bruts modifia peu à peu ces restrictions, et les ouvriers furent bientôt obligés de faire de nombreux élèves; malgré cela, la main-d’œuvre augmenta bientôt de 7 jusqu’à plus de 20 francs pour la pierre brute d’un carat. A Anvers, où l’on ne taillait que la rose, on se mit petit à petit à tailler le brillant ; en France, des ateliers nouveaux se fondèrent; on utilisa même les tailleurs de pierres fines du Jura, qui apprirent à tailler en tâtonnant, et M. Roulina créa également à Saint- Claude deux tailleries importantes en faisant enseigner aux lapidaires la manière de prendre le fil de la pierre par les contre-maîtres français qu’il avait formés à Paris.

Il en est malheureusement résulté, par suite de la concurrence de la main d œuvre, jointe au ralentissement des affaires qui a coïncidé avec elle, un abaissement notable des prix, qui sont aujourd’hui revenus à peu de chose près, à ceux d’avant 1870 ; la pierre d’un carat brute se paye environ 8 francs.

Ces prix sont établis d’après un tarif dressé par la corporation et qui- sert de base entre patrons et ouvriers ; ils augmentent avec- la petitesse des pierres. Ainsi les pierres de cinq au carat se payent environ 20 francs le carat, et ainsi de suite.

Les prix de brutage et de clivage, ainsi que ceux du polissage des roses, ont subi les mêmes variations.

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Au taux actuel, les bons ouvriers peuvent encore gagner de 800 à 1000 francs par mois pour le gros et 200 à 500 francs pour le petit, net de tous frais, salaires supérieurs à ceux de n’importe quelle industrie, surtout en temps de crise.

Je noterai en finissant qu’au début des arrivages du Cap, les ouvriers habitués à tailler les grosses pierres (chose fort commune aujourd’hui) étaient si peu nombreux qu’ils firent la loi aux marchands, et qu’on en cite ayant gagné plus de 100 000 francs en un an.

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