A. — POIDS EN USAGE
Je commencerai ce paragraphe par la définition de l’unité qui sert, dans le commerce du diamant à évaluer le poids de cette gemme, unité qui, par une singularité bizarre et peut-être unique, a complètement échappé jusqu’ici à la réglementation commune du système métrique.
Cette unité est \& carat (Kouara dans l’Inde), dont le nom vient de la graine de l’arbuste Erythrina corallodendron, qui 'présente, paraît-il, une régularité de poids remarquable ; cette unité, à peu près fixée aujourd’hui, était encore très variable du temps de Tavernier, qui nous a laissé la valeur des différents poids en usage dans l’Inde au temps de son voyage.
« A la mine de Raolconda, dit-il, on pèse par mangelins et le mangelin
est 1 ^ de carat, c’est-à-dire 7 grains.
A la mine de Gani ou de Couleur on se sert du même poids.
A la mine de Soumelpour en Bengala, on pèse par ratis et le ratis est 7/8 de carat ou 5 grains d/2. On se sert du même poids dans tout l’empire du Grand- Mogol.
Dans les royaumes deGolconde et de Visapour, on se sert aussi de mangelins, mais le mangelin en ces lieux-là n’est que 1 carat et Les Portugais se ser-
■vent du même nom de poids dans Goa, mais qui n’est que 5 grains. »
Aujourd’hui toutes les nations civilisées pèsent par carats, mais il s’en faut de beaucoup que ce carat ait la même valeur partout : on n’en compte pas
OCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
moins d’une douzaine différents, dont voici le tableau avec la valeur correspondante :
Pays Valeur du carat en
milligrammes.
Inde.
Allemagne ....
Leipzig.
Hollande.
Amsterdam ....
Portugal.
Madras.
Angleterre ....
Bornéo .
Pologne.
Florence .
Espagne.
En France même, ce poids variait autrefois de 205 à 205,5 milligrammes ; ce n’est qu’en 1871 que la chambre syndicale de la bijouterie, sous la présidence de M. Falize et sur le rapport de M. Baugrand, décida que le poids du <;arat correspondrait exactement à 205milligrammes; la chambre syndicale des négociants en diamants et pierres fines a accepté cette décision en 1877, etdéjà Londres et Amsterdam l’ont adoptée ; il est probable que l’usage ne tardera pas à en devenir universel.
Carat s'écrivait autrefois karat, et l’on a conserve Fusage de l’écrire en abrégé par un k ; il se divise non en parties décimales mais en grains ou quarts de carat, en huitièmes, seizièmes, trente-deuxièmes et même soixantequatrièmes.
B. - COMWERCE
Le commerce du diamant, comme celui de toutes les marchandises, a ses habitudes, ses régies et ses marchés principaux. 11 serait difficile de suivre son développement à travers les âges, les anciens nous ayant laissé fort peu de documents sur ce point intéressant. Voici cependant le curieux récit que nous donne Tavernier sur la manière dont il se pratiquait aux Indes lors de son passage.
« Il y a du plaisir, dit-il, à voir venir tous les matins les jeunes enfants de ces marchands et d’autres du pays, depuis l’âge de dix ans jusqu’à l’âge de quinze ou .seize, lesquels vont s’asseoir sous un gros arbre qui est dans la place du bourg. Chacun a son poids de diamants dans un petit sac pendu à un
LE DIAM/VST.
de ses coslez et de l’autre une bourse attachée à sa ceinture, où il y en aura tel qui aura dedans jusqu’à cinq ou six cents pagodes d’or. Ils sont là assis en attendant que quelqu’un leur vienne vendre quelques diamants, soit de luimême ou de quelque autre mine. Quand on leur apporte quelque chose, on le met entre les mains du plus âgé de ces enfants, qui est comme le chef de la bande : il regarde ce que c’est, et le mettant dans la main de celui qui est auprès de lui, cela va de main en main jusqu'à ce. qu’il revienne à la sienne, sans qu’aucun d’eux dise mot. 11 demande ensuite le prix de la marchandise pour en faire le marché s’il est possible, et si par hazard il l’achète trop cher, c’est pour son compte. Le soir étant venu, tous ces enfants font.une somme de tout ce qu’ils ont acheté, et après regardent leurs pierres et les mettent à part selon leurs eaux, leur poids et leur netteté... Tout jeunes qu’ils sont, ils sçavent si bien le prix de toutes les pierres que si l’un d’eux a acheté quelque chose et qu’il veuille perdre demi pour cent, un autre lui rend son argent. »
Il est probable que ces habitudes ont quelque peu changé depuis lors.
En Europe les diamants arrivaient autrefois par l’intermédiaire des voyageurs, qui n’en apportaient du reste que de petites quantités : plus tard, la découverte des mines du Brésil donna à ce commerce une importance beaucoup • plus grande, qui est devenue énorme depuis une quinzaine d’années, lorsque les diamants du Cap sont venus envahir les places et en jeter chaque année dans la consommation pour une somme de près de 80 millions de francs. Ce sont eux qui aujourd’hui règlent le marché, et il ne sera pas inutile de dire sommairement comment se pratiquent les échanges.
Les petits producteurs du Cap vendent généralement leurs diamants sur place, tels qu’ils sortent de la mine {diggers parceh) ; les grands les vendent soit au Cap, à des acheteurs de maisons européennes qui résident sur les lieux dans ce but, soit directement en Europe où ils les envoient par la poste, comme je l’ai dit.
Les uns et les autres classent ces diamants, qu’ils manipulent par grandes quantités, suivant les différentes qualités requises par le marché de Londres, qui est le centre du commerce du diamant brut, et où viennent se pourvoir les tailleurs de diamants hollandais, belges et français.
Ces acheteurs sont avisés toutes les semaines, par leurs courtiers, du jour exact de l’arrivée de la malle : ils arrivent pour le jour indiqué, au nombre de 10 à 50 ou 60, selon la prospérité des affaires et la demande; les importateurs retirent des banques qui servent d’intermédiaires financiers pour ces opérations les diamants qui leur sont adressés à chaque courrier par leurs acheteurs du Cap ou par les compagnies, et d’après leur tour d’inscription ou de queue, suivant l'expression consacrée, les acheleurs ou tailleurs ont la première, seconde, etc. vue des lots envoyés. Ils examinent les diamants et font leurs offres qui sont acceptées ou refusées. 11 y a quelques années, au temps de la prospérité commerciale, il arrivait souvent qu’une heure après l’arrivée de la malle il n’y avait plus un carat à vendre ; la première vue d’un lot était une faveur extraordinaire accordée par un importateur. Depuis la crise générale des affaires, les tailleurs sont beaucoup moins empressés à traverser le détroit, et
ESCYCLOI’ÉDIE CHIMIQUE.
les importateurs de Londres sont souvent obligés maintenant, pour vendre plus facilement leurs produits, de les consigner à des courtiers de Paris, Anvers ou Amsterdam, qui cherchent à les placer pour leur compte.
Les diamants achetés par les tailleurs sont mis par eux immédiatement en main des différentes branches de l’industrie de la taille, pour être, suivant leurs différentes qualités, clivés, hrutés et polis en hrillants ou en roses. Le diamant taillé provenant de ces opérations est vendu principalement à Amsterdam, Anvers, Paris et Londres, où sont les grands marchés, soit des négociants en diamants, soit des acheteurs qui opèrent pour l’étranger. Ces ventes se font généralement par l’intermédiaire de courtiers, et, spécialement à Paris, en grande partie par des courtières. Ces courtières, qui reçoivent les lots des vendeurs, les soumettent aux différents acheteurs qu’elles vont trouver successivement en demandant le prix fixé par le vendeur. L’acheteur désireux d’acquérir un lot le met sous enveloppe, et cachette en inscrivant sur l’enveloppe son offre comme prix et conditions de payement.
De cette manière, comme le fait justement observer Barbol, on est certain que la partie n’a pu être montrée ensuite à d’autres, et que les pierres qui la composent n’ont pu être changées.
Ces précautions sont prises, d’abord pour la fidélité de la transaction, ensuite parce qu’une partie de diamants ou même une seule pierre de grande valeur peut perdre beaucoup de son prix si elle est promenée, c’est-à-dire présentée partout.
Le rôle de la courtière est de tâcher de faire aboutir l’affaire en faisant hausser les offres d’une part et baisser les prétentions de l’autre. En cas d’accord des deux parties, la courtière livre la marchandise contre un bordereau signé de l’acheteur. Le courtage est généralement de 1/2 pour 100 du côté du vendeur et de 1 pour 100 du côté de l’acheteur.
Certaines courtières, au moment de la prospérité des affaires, ont gagné jusqu’à 25 et 30 000 francs par an.
Ces mêmes courtières servent d’intermédiaires entre les négociants en gros et les joailliers qui achètent plus généralement le diamant en vne d’un but déterminé, par exemple d’un bijou qu’ils ont à fabriquer ; ce sont soit les grands joailliers à haute clientèle, soit les fabricants joailliers qui travaillent en chambre, et qui fabriquent spécialement, tant en France qu’en Angleterre, pour les bijoutiers de Paris ou de Londres ainsi que pour la province et l’exportation-
J’ajouterai enfin que les courtiers et courtières vendent de même les diamants pour vitriers et graveurs, le boort, le carbon, etc., pour lesquels il y a des marchands au détail spéciaux.