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DIAMANTS CÉLÈBRES

Bien que l’énorme valeur représentée par tous les diamants arrachés depuis un temps immémorial aux entrailles de la terre, soit dispersée aujourd’hui entre une infinité de mains, il a existé et il existe encore des collections de joyaux tout à fait extraordinaires.

Les plus anciennes ont été naturellement formées en Orient par les souverains des différentes races qui se sont successivement disputé l’hégémonie de 1 Inde; c’est seulement, d’après Kluge, à l’époque du terrible sultan Mahmoud le Ghasnévide (997-1030) et à la suite de ses guerres de conquête que les diamants commencèrent véritablement à se répandre en Occident. Cependant, il en restait encore dans l’Inde des quantités assez grandes pour que Mohammed I" el Ghoury (1176-1205), pût, après des pillages sans nombre dans ce malheureux pays pendant une trentaine d’années, en laisser dans son trésor, d’après 1 historien Ferishla, une collection qui n’était pas évaluée à moins de 400 livres en poids ; Rundjett-Sing, en outre du Koh-i-noor qui brillait au pommeau de sa selle, en avait, dit-on, fait mettre pour 75 millions aux harnais de son cheval, etc.

11 serait trop long de parler avec quelques détails de toutes les merveilles dont 1 énumération est parvenue jusqu’à nous ; je me contenterai de reproduire la description que Tavernier nous a laissée du trône principal du grand Mogol Aureng-Zeb, qui lui fut montré le 1“ novembre 1665, description confirmée un peu plus tard par Bernler.

« 11 faut remarquer, dit-il, que le Grand Mogol a sept trônes magnifiques, les uns tout couverts de diamants, les autres de rubis, d’émeraudes et de perles.

Le grand trône que l’on dresse dans la salle de la première cour est à peu près de la forme de nos lits de camp, c’est-à-dire d’environ six pieds de long et quatre de large. Sur les quatre pieds qui sont fort gros et de vingt à vingt-cinq pouces de haut, sont posées les quatre barres qui soutiennent le fond du trône et sur ces barres sont dressées douze colonnes qui portent le ciel de trois côtés, n y en ayant point à celui qui regarde la cour. Tant les pieds que les barres qui sont de plus de dix-huit pouces de large, tout est revêtu d’or émaillé et

LE DIAMANT

enrichi de quantité de diamants, de rubis et d’émeraudes- Au milieu de chaque barre, on voit un gros rubi balet cabouclion avec quatre émeraudes autour qui forment une croix quarrée. Puis souvent de côté et d’autres le long des barres se voient d’autres semblables en croix, disposées de manière que dans l’une le rubi est au milieu et autour quatre émeraudes, et dans l’autre l’émeraude est au milieu et quatre rubis balets autour. Les émeraudes sont taillées en table, et les places qui sont entre les rubis et les émeraudes sont couvertes de diamants dont les plus grands ne passent pas dix à douze carats, toutes pierres de monti’e et qui sont fort plates. Il y a aussi en quelques endroits des perles enchâssées dans l’or et à l’un des côtés de la longueur du trône, il y quatre marches pour y monter. Des trois carreaux ou coussins qui sont sur le trône, celui qu’on met derrière le dos du roi est gros et rond comme un de nos traversins de lit et les deux autres qu’on met à ses côlés sont plats. On voit de plus pendus à ce trône un sabre, une masse d’armes, une rondache, un arc et un carquois avec ses flèches, et toutes ces pièces de même que les coussins et les marches, tant de ce trône que des autres six sont toutes couvertes de pierreries qui assortissent celles dont chacun de ces trônes est enrichi.

Je fis compte des gros rubis balets qui sont autour du grand trône, et il y en a environ cent huit tous cabochons dont le moindre pèse cent carats ; mais il y en a qui apparemment pèsent deux cents et au delà. Pour ce qui est des émeraudes, elles sont d’assez bonne couleur, mais il y en a de bien glaceuses, la plus grande pouvant être d’environ soixante carats et la moindre de trente. J’en comptai jusqu’à près de cent soixante et ainsi il y en a plus que de rubis.

Le fond du' ciel est tout couvert de diamants et de perles, avec une frange de perles tout autour, et au-dessus du ciel qui est fait en voûte à quatre pans, on voit un paon qui a la queue relevée faite de saphirs bleus et autres pierres de couleur, le corps d’or émaillé avec quelques pierreries et ayant un gros rubi au devant de l’estomac, d’où pend une perle en poire de cinquante carats ou environ dont l’eau est jaunâtre. Des deux costès du paon, il y a un gros bouquet de la hauteur de cet oyseau, fait de plusieurs sortes de fleurs d’or émaillé avec quelques pierreries. Du côté du trône qui regarde la cour, il y a un joyau à jour où il pend un diamant de quatre-vingts à quatre-vingt-dix carats avec des rubis et émeraudes autour, et quand le roy est assis, il a ce joyau droit à sa vue. Mais ce qu’il y a, à mon avis, de plus riche dans ce magnifique trône, est que les douze colonnes qui soutiennent le ciel, sont entourées de beaux rangs de perles qui sont rondes et de belle eau et peuvent peser la pièce depuis six jusques à dix carats. A quatre pieds loin du trône, il y a aux deux côtés deux parasols plantés, dont les bâtons de sept à huit pieds de haut sont couverts de diamants, de rubis et de perles. Les parasols sont de velours rouge avec une broderie et une frange de perles autour.

Voilà ce que j’ai pu remarquer de ce fameux trône commencé par Tamerlan et achevé par Cha-Gehan, et ceux qui ont les comptes des joyaux du roy et de ce qu’a coûté ce grand ouvrage m’ont assuré qu’il revenait à cent sept mille lacres de roupies, qui sont cent soixante millions cinq cents livres de notre monnaie. »

De nos jours, le goût des joyaux s’est maintenu en Orient; aussi, bien que les

souverains et les rajahs indous, qui ont vu pour la plupart leur fortune décroître sensiblement depuis la conquête anglaise, ne paraissent plus posséder les collections inestimables d’autrefois, le récit des splendeurs étalées pendant le voyage du prince de Galles aux Indes, il y a quelques années, montre qu’il leur en reste encore des vestiges importants et les producteurs du Cap sont fort heureux de leur voir reconstituer peu à peu leurs collections par l’achat des gros diamants Jaunes qui ne trouvent plus guère leur placement en Europe.

Tous ceux qui se trouvaient à Paris, en 1872, se souviennent de la grande quantité de diamants que le Shah portait lors de sa visite en France et qui ne devaient être qu'une faible partie du trésor de la couronne de Perse.

Les joyaux des souverains occidentaux sont loin d’atteindre une pareille valeur; on cite cependant, parmi les plus remarquables, ceux des couronnes de Russie, d’Angleterre et de Portugal ; enfin en France, les Diamants de la couronne forment également une précieuse collection, conservée à peu près intacte jusqu’ici, malgré toutes nos vicissitudes politiques, mais qui paraît malheureusement bien près d’être dispersée au feu des enchères : on me permettra d’y insister un peu plus longuement avant de terminer cet ouvrage par l’histoire des Parangons, c’est-à-dire des diamants les plus gros, les plus beaux ou les plus célèbres à divers titres.

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