‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 10e cahierChapitre 2 sur 86 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Dans la seconde moitié du siècle dernier, vivait à Kœping un modeste pharmacien, Scheele, mort à quarante-quatre ans, et dont les mémoires scientifiques occupent deux petits volumes de 200 pages chacun. Un de ces mémoires qui nous intéresse plus parliculiérement dans cette étude, porte comme titre : De la manganèse et de ses jiropriélés. 11 est de 70 pages et a ôté publié en 1774 ; les expériences sont relatées avec une honnêteté scrupuleuse et rapportées dans un style d'une grande simplicité. Scheele donne des faits et rien de plus ; peu d’explications, peu de théorie, mais quelle belle récolte de faits importants! Dans un seul mémoire Scheele caractérise le bioxyde de manganèse, démontre que ce composé est un oxyde métallique ; il découvre en même temps la baryte se trouvant comme impureté dans le minerai, et enOn il isole un nouvel élément, le gaz chlore. Cette étude du manganèse, faite par des mains expérimentées, conduit son auteur à la découverte de trois nouveaux corps simples : le chlore, le manganèse et le baryum. Un tel résultat a été rarement atteint. Et que l'on ne vienne pas dire qu’à celte époque tout était à faire. On verra par le passage de Bergmann que nous citons en note ‘ que

1. Voici les remarques faites par Bergmann en présentant le mémoire de Sclieeleà l’Académie des sciences de Stockholm :

€ M. Scheele, après avoir examiné la composition du spath fluor, entreprit, à ma prière.

2 ENCYCLOPÉDIE CUIMIQUE.

le bioxyde de manganèse était étudié à la même époque par d’autres chimistes qui n’ont pas su en découvrir la véritable nature.

Jusqu’aux recherches de Scheele, on avait considéré le bioxyde de manganèse ou magnésie noire comme un produit minéralogique de peu d’importance ; Pott en 1740 le regardait comme une mine de fer. Dans son traité de minéralogie publié en 1758, Cronstedt classa cette substance comme une terre particulière, enfin Kaini en 1770 avança que cette matière pourrait contenir un métal particulier. Scheele démontra que la magnésie noire était un oxyde, une chaux, comme l’on disait alors, comparable à l’oxyde de plomb, et ce fut Gahn qui le premier, d’après les conseils de Scheele, le réduisit par la chaleur et obtint le manganèse métallique.

Le bioxyde de manganèse était appelé magnésie noire, magnesia nigra, par assimilation avec l’aimant (en latin magnes, du grec uâyv/jî), Gahn donna au métal qu’il venait d’isoler le nom de magnésium. On craignit plus tard que ce nom ne fût confondu avec celui de magnesia, et on l’appela manganèse, en latin manganesium. Quelques chimistes allemands proposèrent de lui donner le nom de manganium pour le différencier plus complètement du magnésium.

Les applications des composés du manganèse sont très nombreuses. Le bio.xyde de manganèse, qui se rencontre assez abondamment dans la nature, a permis d’obtenir du chlore à bon marché avec l’acide chlorhydrique résidu de

des recherches sur le manganèse ; et l'excellent mémoire qu'il a envoyé à l'Académie contient les expériences multipliées, et la plupart très délicates, qui l’ont occupé pendant trois ans. Je lui ai mandé, depuis, que M. Sage donnait le manganèse pour un mélange de cohalt et de zinc minéralisé par l’acide muriatique ; il a fait sur-le-champ différentes expériences, mais dont aucune n’a pu lui donner le plus léger indice d’une pareille composition.

i Presque tous les minéralogistes placent la manganèse dans les mines de fer. Pott le premier trouva par hasard qu’elle contenait du fer, et Cronstedt ensuite la classa parmi les terres. Il faut avouer cependant que plusieurs phénomènes indiquent assez clairement ses propriétés métalliques.

« Aucune espèce de terre pure ne colore le verre, et toutes les chaux métalliques le colorent. La manganèse a bien plus de rapports avec celles-ci, à n’en juger que par sa pesanteur et sa grande affinité avec le phlogistique ; mais l’expérience suivante me confirme de plus fort dans cette opinion.

« On sait que l’alkali fixe peut être presque complètement neutralisé, en le traitant par la voie sèche avec le sang desséché, ou, ce qui réussit encore mieux, avec le bleu de Prusse par la voie humide. Cela provient à la vérité du phlogistique; mais un acide animal paraît en être la cause principale; du moins est-il certain que lorsqu’on emploie du bleu de Prusse, il y a une effervescence sensible, et la dissolution se cristallise régulièrement. Cet alkali ainsi transformé et dissous dans l’eau, est ce qu’on appelle liqueur prussienne; elle précipite tous les métaux dissous dans les acides, mais pas le moindre atome des terres, si ce n’est qu’il y eût excès d’alcali, à quoi l’on remédie par du vinaigre distillé. Si donc on éprouve une dissolution de manganèse avec cet alkali, il se précipite sur-le-champ une terre légère d’un gris jaunâtre qu’aucun acide minéral ne peut dissoudre, deux circonstances qui n’ont lieu qu’avec les métaux et qui indiquent ici clairement la qualité du précipité. Mais, quel est le métal que contient la manganèse? c’est ce qui n’est pas aussi aisé à déterminer. La dissolution de cobalt ne perd pas sa couleur par l’addition du sucre ou d’une autre substance phlogistique, et le zinc ne colore lias les acides; conséquemment il n’y a aucun de ces métaux dans la manganèse, qui, de plus, n’a point de rapport avec toutes les autres terres métalliques connues. Cependant j’ai bien des motifs d’y soupçonner la platine ou or blanc dont la terre n’est pas connue jusqu’ici, ou un nouveau métal qui lui ressemble, du moins par la propriété de résister à la fusion. 11 y a pour ces recherches bien des expériences à faire, qui, si elles fortifient mes conjectures, rendront la manganèse encore plus intéressante. » {Transactions de l’Académie des sciences de Stockholm, année 1774.)

MOISSAS. — LE MÂXGASÈSE ET SES COMPOSÉS. 3

la fabrication du sulfate de soude. C’est sur cette réaction qu’est fondée toute l’industrie du blanchiment.

Avons-nous besoin de rappeler que depuis très longtemps le bioxyde de manganèse est employé dans la fabrication du verre pour décolorer la masse de silicates en fusion.

Le bioxyde de manganèse est utilisé aussi pour la peinture sur porcelaine; il fournit une couleur de grand feu et le nombre de ces couleurs est assez limité. Sa propriété de rendre l’huile de lin siccative a été mise à profit lorsque l’on a cherché à préparer des couleurs exemptes de plomb. Les différents oxydes de manganèse produisent des tons bistre ou marron qui peuvent s'appliquer sur tissus ou servir dans la fabrication des papiers peints. Le manganate de baryte est employé comme couleur verte insoluble. Enfin le permanganate de potasse, qui rend de grands services dans l’analyse chimique, sera certainement utilisé par l’industrie lorsqu’on saura le produire à un prix moins coûteux. Ses propriétés oxydantes permettraient de nombreuses applications, et les essais tentés pour utiliser ce composé dans le blanchiment de certaines fibres, ont déjà donné d’excellents résultats.

Du reste, lorsque l’industrie a besoin d’un produit, il est curieux de voir combien l’étude de sa fabrication peut, si les conditions le permettent, se développer avec rapidité. On aurait bien étonné le monde savant si l’on avait parlé, il y a vingt-cinq ans seulement, de fabriquer industriellement le manganèse métallique. Dans ce groupe naturel formé par le chrome, le manganèse, le fer, le cobalt et le nickel, le métal dont nous nous occupons est bien le dernier que l’on aurait pensé à fabriquer en grand. La facile oxydabilité du manganèse semblait éloigner toute idée de préparation industrielle, et l’on ne pouvait songer, il y a une vingtaine d’années, en voyant le manganèse conservé dans nos collections sous une couche d'huile de naphte, que l’on obtiendrait au haut fourneau et par milliers de tonnes du manganèse titrant 87,50 “/o- C’est là une application industrielle du manganèse toute moderne et très intéressante ; nous verrons plus loin avec quelle rapidité cetté fabrication s’est développée et quels services elle peut rendre à la sidérurgie.

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