FLUORESCENCE DU SULFATE DE MANGANÈSE
M. Lecoq de Boisbaudran a découvert que les composés du manganèse présentaient des fluorescences remarquables, tant à cause de la variété et de l’éclat de leurs couleurs que par leur résolution spectrale en une bande caractéristique qui varie d’aspect et de position avec la nature de la substance manganésifére. (Fluorescence des composés du manganèse soumis à l’effluve électrique dans le vide ; par M. Lecoq de Boisbaudran. Comptes rendus de l’Académie des sciences, i. GUI, p. 468.)
'Voici le détail des expériences rapportées par M. Lecoq de Boisbaudran :
1“ Le sulfate de manganèse seul (préalablement chauffé au rouge sombre, suivant le procédé imaginé par M. Grookes pour les terres rares) ne fluoresce pas sensiblement dans le vide.
L’oxyde salin de manganèse Mm0‘, provenant de la calcination du carbonate ne donne rien.
156 E^•CYCLÜPÉDIE CniMIQDE.
2” Le sulfate de chaux seul ne fournit (après avoir été porté au rouge sombre) qu’une faible fluorescence à spectre continu ; mais, quand il renferme un peu de sulfate de manganèse il s’illumine d’une magnifique teinte verte. Une trace de manganèse suffit pour produire cette fluorescence. Avec de sulfate la fluorescence est très belle, et superbe avec Le spectre est pour ainsi dire continu ; cependant il ne contient presque pas de rouge, non plus que de violet : c’est donc plutôt une très large bande commençant d’une façon indécise vers ). = 660, ayant son maximum d’intensité vers 540 et se terminant très vaguement entre le bleu et le violet.
Le carbonate de chaux (non préalablement chauffé) ne s’illumine presque pas dans le vide; mais après forte calcination il produit une fluorescence un peu variable suivant les préparations, mais généralement d’un violet bleu sur les points les plus directement soumis à l’action de l’électrode, violette un peu plus loin, enfin d'un vert bleuâtre à une distance plus grande*. Les spectres de ces fluorescences sont continus *.
Avec le même carbonate de chaux rendu légèrement manganésifère on obtient (après forte calcination) une magnifique fluorescence jaune orangé. Ici la lumière se condense en une brillante bande spectrale nébuleuse commençant, à > = 670 environ, ayant son maximum d’intensité vers 589, la fin de son éclairage principal vers 553, et se perdant vaguement vers 526. Avec de protoxyde de manganèse la fluorescence jaune orangé est très belle; elle constitue une réaction qui paraît être encore plus sensible que celle de la fluorescence verte du sulfate de chaux additionné de sulfate de manganèse.
3“ Le sulfate de magnésie seul (chauffé un instant au rouge sombre) ne m’a donné qu’une faible fluorescence d’un blanc verdâtre, à spectre continu, mais une petite proportion de sulfate de manganèse lui communique la propriété de fluorescer on rouge magnifique. Le spectre se compose d’une belle bande qui commence, nébuleuse, à > = 672 environ, possède son maximum d’éclat vers 620, la fin de son éclairage principal vers 583, et se perd vaguement vers 554.
Du carbonate de magnésie pur n’a pas donné de fluorescence notable, après forte calcination.
Le même carbonate de magnésie contenant un peu de carbonate de manganèse et fortement calciné fournit même fluorescence et bande que le mélange de sulfate de magnésie et de sulfate de manganèse.
4» L’oxyde de zinc, pur ou manganésifère et calciné, ne m’a pas donné de fluorescence notable.
Avec du sulfate de zinc seul, je n’ai obtenu, après calcination au rouge sombre, qu’une faible fluorescence rose pâle, spectre continu.
1. Les sels de chaux réputés purs sont rarement exempts de strontiane et possèdent une belle fluorescence bleue. Je me suis assuré que le carbonate de chaux actuel contient une légère trace de carbonate de strontiane.
2. Les spectres que j’appelle ici continus ne s’étendent pourtant pas sur toute l’échelle spectrale ; ce sont, en réalité, de larges bandes très diffuses, qui s’avancent plus ou moins vers le rouge ou le violet, suivant la couleur de la fluorescence.
MOISSAS. — LE MAXGAKÈSE ET SES COMPOSÉS. 137
Le même sulfate de zinc contenant un peu de sulfate de manganèse produit, après chauffage au rouge sombre, une magnifique fluorescence’ d’un rouge un peu moins orangé que celui fourni par le sulfate de magnésie et de manganèse.
Une belle bande spectrale commence nébuleuse, à > = 672 environ, a son maximum d’éclat vers 628, la fin de son éclairage principal vers 560, et s’éteint vaguement vers 538.
5“ L’oxyde de cadmium, seul ou uni à l’oxyde de manganèse et calciné, n’a rien montré de notable.
Du sulfate de cadmium réputé pur, n’a donné, après avoir été porté au rouge sombre, qu’une très légère fluorescence d’un blanc jaune-verdâtre. On voit au spectroscope une sorte de bande, faible, large et diffuse, qui a son maximum d'intensité dans le jaune vert et paraît indiquer la présence d’une trace extrêmement petite de manganèse, soit dans le chlorure de cadmium d’où j’étais parti, soit dans l’acide sulfurique qui avait servi à la sulfatation.
Avec le même sulfate de cadmium, additionné d’un peu de sulfate de manganèse, on obtient une éclatante fluorescence d’un vert jaune et une très large bande spectrale commençant vaguement vers > = 662, ayant son maximum d’intensité vers 559, la fin de son éclairage principal vers 495, et se perdant très vaguement vers 456. C’est la plus brillante des fluorescences du manganèse que j’aie obtenue.
6“ Le sulfate de strontiane seul, préalablement chauffé au rouge sombre, produit une assez pâle fluorescence d’un violet lilas clair. Spectre continu.
Le même sulfate de strontiane contenant un peu de manganèse fluoresce assez faiblement en violet rose clair; la teinte est moins bleue, que celle du sulfate de strontiane seul. Spectre continu.
L’oxalate ou le carbonate de strontiane paraissant pur possède (après forte calcination) une très belle fluorescence bleue, moins violette que celle du carbonate de chaux calciné et infiniment plus intense. Les points éloignés du centre d’action de l’électrode sont d’un violet un peu sombre. Spectre continu.
Le même oxalate de strontiane, rendu manganésifère, donne (après forte calcination) une très belle fluorescence bleue, à teinte légèrement plus violette que celle de la strontiane seule. Les points un peu éloignés de l’électrode sont violets. Le spectre de la lumière bleue est continu, mais celui de la fluorescence violette contient une bande diffuse, modérément éclairée, commençant vaguement vers > = 619, ayant son maximum de lumière vers 562, et se terminant d’une façon indécise vers 519. On aperçoit, du côté de l’indigo, une trace de bande faible, large et très diffuse.
Ainsi, contrairement à ce qu’on observe avec les sulfates de chaux, de magnésie, de zinc et de cadmium l’introduction du manganèse dans la strontiane et son sulfate ne modifie pas beaucoup la fluorescence de ces corps.
7“ Le sulfate de plomb seul, préalablement porté au rouge sombre, fluoresce assez faiblement en bleu violet clair. Spectre continu.
Si le même sulfate contient une trace de sulfate de manganèse il produit une fluorescence d’un joli jaune. Ses points éloignés de l’électrode sont un peu plus orangés. Le spectre consiste en une bande commençant vaguement vers
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À=656, ayant son maximum d’éclat vers 582 à 576, et se terminant vaguement vers 551 à 526.
De l’oxyde de plomb manganésifère, modérément ou fortement calciné, ne m’a pas donné de fluorescence notable.
8" Du sulfate de glucine, supposé pur, a produit (après chauffage au rouge sombre) une fluorescence verte d’intensité modérée. Spectre continu.
Avec le même sulfate de glucine contenant un peu de sulfate de manganèse on a une assez jolie fluorescence, notablement plus intense que celle du sulfate de glucine seul, mais cependant pas très brillante. La lumière, d’un vert beaucoup plus jaune que celui du sulfate de glucine, se résout en une bande spectrale (d’éclat assez modéré) qui commence d’une façon indécise vers = 669, atteint son maximum d’éclairage vers 564 et se termine très vaguement vers 484 à 480. Au sein d’un excès (de sulfate de glucine, la fluorescence du manganèse ne se développe donc pas considérablement.
Dans les précédentes observations, j’ai surtout cherché à constater les effets dus à la présence du manganèse ; je ne décris donc qu’à titre de simple renseignement les fluorescences particulières des corps dans un excès desquels on a introduit l’oxyde ou le sulfate de manganèse. Je me suis servi de matières relativement très pures, mais on sait combien peu de substance étrangère active suffit pour modifier sensiblement une fluorescence qui n’est pas elle-même très intense.
La fluorescence de certains de ces composés est une réaction extraordinairement sensible du manganèse, et permet de déceler des traces impondérables de ce métal dans des substances naturelles ou artificielles qui, autrement, paraîtraient en être exemptes.