MODIFICATION ALLOTROPIQUE DE L’ANTIMOINE
Gore a signalé une modification allotropique de l’antimoine à laquelle il donne le nom d’antimoine amorphe, et que l’on obtient par l’électrolyse des solutions de chlorure, de bromure ou d’iodure de ce métal. Il convient, pour réussir, d’employer un courant faible et constant, tel que celui qui résulte d’une batterie de trois éléments de Smée ou de Grove, ainsi que des solutions fortement acides. En électrolysant une solution de 1 partie d’oxyde d’antimoine dans 5 à 6 parties d’acide chlorhydrique d’une densité égale à 1,12, le courant doit avoir une intensité telle, que le poids du métal déposé par heure sur une surface de 9 centimètres carrés soit supérieur à 0 gr ,045. A partir de cette limite et au-dessous, l’antimoine se sépare à l’état cristallin et gris. Avec le bromur-e d’antimoine (1 partie d’oxyde dissous dans 10 parties d’acide bromhydrique d’une densité de 1,3), le poids du métal, précipité par heure, pour 9 centimètres carrés, doit atteindre de 0 gr ,194 à 0 gr ,324; avec l’iodure (1 partie d’oxyde d’antimoine dissous dans 15 parties d’acide iodhydrique d’une densité de 1,25) il doit atteindre 0 gr ,0G48.
L’électrode négative peut être en cuivre, en argent ou en platine.
L’antimoine amorphe obtenu avec le chlorure se présente sous forme de plaques brillantes d’un blanc d’argent ; elles font explosion par le choc ou le frottement avec un corps dur, avec développement de chaleur, et quelquefois de lumière. Ce phénomène est accompagné delà production d’un nuage de vapeurs blanches que l’on doit attribuer à du chlorure d’antimoine interposé et volatilisé au moment de la transformation. Il se produit aussi brusquement vers 96 à 99 degrés, ou quand on touche le métal froid avec un fil métallique chauffé au rouge. Si l’on frotte cet antimoine amorphe sous l’eau à la température ordinaire, il ne se pulvérise pas et n’abandonne pas de chlorure à l’eau ; mais, si le liquide est à la température de 75 degrés, l’antimoine amorphe détonne, l’eau se trouble par suite de la formation des produits de décomposition du chlorure d’antimoine par l’eau. Si on le chauffe pendant longtemps sous l’eau à une température inférieure à celle de sa décomposition, il perd la faculté de se décomposer avec élévation de température.
Les propriétés des dépôts amorphes, obtenus avec le bromure ou l’iodure, diffèrent entre elles et de celles du produit précédent. Ainsi, avec le bromure, la densité n’est que de 5,44, le dépôt est plus mat et moins compact; il ne se transforme brusquement en antimoine cristallisé, au contact d’un fil de fer
ANTIMOINE
rougi, que s’il a été préalablement chauffé à 121 degrés; à 160 degrés, il fait spontanément explosion. Avec l’iodure, on obtient un dépôt gris feuilleté d’aspect faiblement métallique d’une densité = 5,25 qui ne se modifie qu’à 170 ou à 176 degrés sous l’influence d’un fil métallique rougi. Le dégagement de chaleur, au moment de la transformation, est moindre qu’avec les deux produits précédents.
Gore considère maintenant les précipités explosifs qu’il a obtenus comme des combinaisons instables, et en proportions variables d’antimoine avec les sels qui ont servi à les obtenir. Les quantités de substances étrangères qui se séparent au moment de l’explosion varient de 6,3 à 22,2 pour 100. La chaleur spécifique de l’antimoine amorphe est plus grande que celle du métal cristallisé, 0,0631 au lieu de 0,0543.
Lorsqu’on électrolyse un sel d’antimoine, les propriétés du dépôt galvanique varient avec la nature de la solution. Ainsi l’électrolyse d’une solution chlorhydrique de chlorure d’antimoine donne de l’antimoine détonant, peu adhérent à l’électrode.
Lorsqu’on ajoute à la solution de l’oxalate de potasse, le dépôt n’est plus détonant. Les tartrates alcalins donnent un peu de cohésion au précipité. Un courant de faible intensité, passant dans une. solution de sulfure d’antimoine dans un mélange de sulfhydrate et de sulfate d’ammoniaque donne, un dépôt très adhérent (Glassen). La solution de chlorure double d’antimoine et d’ammoniaque jouit de la même propriété (Bertrand).