ALLIAGE D’OR ET D’ANTIMOINE
L’or se combine facilement avec l’antimoine. Des traces de ce dernier^métal rendent l’or assez cassant pour le rendre impropre aux usages monétaires.
On peut débarrasser l’or de ce métal en fondant l’alliage et en y faisant passer un courant de chlore gazeux.
ALLIAGE d’antimoine ET DE PLATINE
L’antimoine, comme les composés auxquels il ressemble, c’est-à-dire l’arsenic et le phosphore, s’unit avec incandescence au platine. On peut le montrer facilement en chauffant un peu d’antimoine sur une feuille de platine. La combinaison a lieu avec incandescence. II y a formation d’un alliage fusible qui, fondant par suite de l’élévation de température produite, perce la feuille de platine.
L’alliage est une masse gris d’acier très cassante ; chauffé à l’air, cet alliage perd tout son antimoine.
HYDROGÈNE ANTIMONIÉ
On ne connaît jusqu’ici qu’une seule combinaison entre l’hydrogène et l’antimoine, car l’existence d’un hydrure solide analogue à celui d’arsenic est douteuse.
L’hydrogène antimonié fut découvert par Thompson, et étudié presque simultanément par d’autres chimistes (Vogel, Buchner, Meismer et Hankel, etc.).
L’hydrogène antimonié se forme quand l’hydrogène à l’état naissant se trouve en contact d’une combinaison soluble d’un sel d’antimoine.
On le prépare ordinairement en attaquant par un acide étendu un alliage de zinc et d’antimoine.
La proportion de zinc que doit renfermer l’alliage varie suivant les auteurs; ainsi, Lassaigne conseille de prendre 3 équivalents de zinc pour 2 d'antimoine, et Capitaine 2 de zinc pour 1 d’antimoine. Quand il y a un trop grand excès de zinc, le dégagement de gaz est rapide, mais c’est de l’hydrogène presque pur.
Si on prend plus de 1 équivalent d’antimoine pour 1 de zinc, le dégagement gazeux est très lent, mais on ne recueille encore que de l’hydrogène sensiblement pur.
Lorsqu’on décompose l’alliage d’anlimoine et de potassium par l’acide chlorhydrique, on obtient de l’hydrogène antimonié (Sichiel), de l’hydrogène pur (Capitaine).
Le procédé qui semble donner le meilleur rendement est celui de Humpert, qui traite l’amalgame de sodium par une solution concentrée de chlorure d’antimoine.
Propriétés physiques. —C’est un gaz incolore.Sans odeur, d’après Capitaine; odeur d’hydrogène arsénié, d’après Thompson; une odeur particulière, mais différente de l’odeur de l’hydrogène arsénié, d’après Pfaff. D’après Lassaigne enfin, il a une odeur désagréable ressemblant un peu à celle de l’hydrogène sulfuré, sans agir cependant sur les sels de plomb.
Propriétés chimiques. — La chaleur décompose l’hydrogène antimonié en ses éléments, la décomposition commençant à une température bien plus basse que pour l’hydrogène arsénié. Si l’on décompose le gaz en le faisant passer à travers un tube chauffé, et qu’on y fasse passer ensuite des vapeurs d’iode, l'enduit métallique prend une couleur jaune rougeâtre, tout en restant amorphe et insoluble dans l’eau. L’arsenic, au contraire, donne une combinaison jaunepaille, brillante, cristallisée, et complètement soluble dans l’eau; cette propriété différence complètement ces deux métalloïdes (Meismer et Hankel). Si l’on enllatnme à l’extrémité d’une éprouvette ce gaz, il brûle en donnant des flocons blancs d’oxyde d’antimoine, sans déposer d’antimoine métallique (différence avec l’arsenic).
Un courant d’hydrogène antimonié enflammé à l’extrémité d’un tube effilé, brûle avec une flamme livide bleu verdâtre en donnant d’épaisses fumées
d’oxyde d’antimoine. Cependant, en coupant la flamme par un corps froid, une soucoupe de porcelaine, par exemple, il s’y dépose des taches analogues à celles que donne l’hydrogène arsénié. Les taches formées par ces deux métalloïdes sont d’ailleurs d’aspect différent ; les taches d’antimoine étant beaucoup plus sombres que celles d’arsenic.
Lorsqu’on dissout dans l’acide sulfurique étendu un alliage de zinc contenant 1/5000" d’antimoine, on obtient de fortes taches d’antimoine ; quand l’alliage n’en contient plus qu’un 1/13000", les taches sont à peine sensibles.
L’hydrogène antimonié ne se dissout pas sensiblement dans l’eau, mais se décompose spontanément, au contact de ce liquide, avec séparation d’antimoine, dont les particules en suspension dans l’eau lui communiquent une coloration brune. Cette décomposition a lieu même en l’absence de l’eau; l’antimoine recouvre alors d’un enduit métallique les parois du vase. On observe cette décomposition chaque fois que l’on prépare l'hydrogène antimonié ; l’appareil et le tube à dégagement noircissant rapidement par suite du dépôt d’antimoine.
D’après Vogelet Buchner, le chlore agit lentement sur le gaz.
Conduit à travers de l’eau de chlore, il est absorbé en se transformant en chlorure d’antimoine; les solutions de brome et d’iode agissent d’une manière analogue.
La solution aqueuse de sulfate de cuivre décompose aussi l’hydrogène antimonié; l’absorption est plus lente, il se forme des flocons noirs d’antimoniure de cuivre
La solution d’azotate d’argent absorbe l’hydrogène antimonié. La réaction peut s’exprimer par la formule
3 Ag0,Àz0 5 + SbH' = iHO.AzO 6 + Ag^Sh.
D’après llouzeau, cette réaction peut servir à doser volumétriquement l’antimoine, le procédé étant applicable à tous les cas où les corps peuvent être ramenés-à l’état d’une combinaison réductible par l’hydrogène, avec production d’hydrogène antimonié; car l’absorption du gaz est instantanée et complète, la quantité d’argent précipité étant proportionnelle à la quantité d’antimoine intervenue sous forme d’hydrogène antimonié. 1 gramme d’argent précipité équivaut àOR r ,18ü7 d’antimoine. Par conséquent, le poids total d’argent étant connu dans sa solution titrée, il suffit d’apprécier celui qui reste en dissolution après le passage du gaz, pour doser l’antimoine. On titre l’argent restant par une solution de sel marin. Cette méthode est précieuse en ce qu’elle est applicable à l’analyse d’un mélange d’hydrogène antimonié et arsénié. En effet, le mélange de ces deux hydrures produit un dépôt d’argent équivalent à l’arsenic et à l’antimoine qui y est contenu, mais l’arsenic restant dans la solution à l’état d’acide arsénieux, peut y être titré par l’hypochlorite de soude. Défalquant donc du poids total d’argent perdu par la solution titrée celui qui correspond à l’arsenic de l’acide arsénieux trouvé, on a l’argent correspondant à l’antimoine et par conséquent le poids de ce dernier corps.
Les analyses faites par ce procédé sont concordantes et s’appliquent surtout aux dosages de petites quantités de ces substances.
L’acide azotique, l’acide sulfurique concentré, absorbent l’hydrogène autimonié en le détruisant. La potasse solide agit de même ; d’après Dragendorff, on peut même employer des solutions de potasse de densité 1,25; l’antimoine se précipite entièrement à l’état métallique, c’est une nouvelle différence avec l’hydrogène arsénié.
L’hydrogène antimonié décompose le percblorure de phosphore en donnant des trichlorures d’antimoine et de phosphore, de l’acide chlorhydrique :
SbH 3 + 3 PhCl 5 =3 PhCl 3 + SbCl 3 -f 3 HCl.
Il est sans action sur le bichlorure d’étain (Mann).
La solution aqueuse de chlorure de mercure absorbe également l’hydrogène antimonié; l’absorption est complète quand le courant gazeux est suffisamment lent. La solution se trouble et laisse déposer des flocons blancs-qui noircissent ensuite. 11 semble se former d’abord un mélange de sous-chlorure de mercure Hg 2 Cl et de chlorure d’antimoine:
12 Hgf.l + SbH 3 = UHg-Cl + SbCl 3 + 3HC1;
le chlorure d’antimoine formé se décomposant ensuite par l’eau ; l’hydrogène antimonié en excès donne une réduction plus complète. C’est la deuxième phase de l’opération.
D’après Jacquelain, l’hydrogène antimonié réduit les solutions de chlorure d’or en donnant un dépôt d’or métallique. Avec le bichlorure de platine, l’absorption du gaz a lieu également; il se dépose un précipité noir, qui serait un antimoniure de platine.
L’hydrogène antimonié passant à travers les solutions alcooliques des métaux alcalins les colore en brun pâle d’abord, la couleur se fonce ensuite, puis la liqueur se trouble et laisse déposer des flocons noirs. L’hydrogène arséuié ne donne absolument rien; c’est une réaction très sensible pour déceler l’hydrogèue antimonié dans l’hydrogène arsénié. Ainsi, lorsqu’on soumet à l’action de l’hydrogène naissant un mélange de 1 partie d’émétique pour 10000 d’acide arsénieux, la solution alcoolique est colorée en brun (Moismer et Hankel).
L’hydrogène antimonié agit lentement sur le soufre à l’abri de la lumière, môme à la température de 100 degrés. A la lumière directe du soleil, il se forme rapidement du sulfure rouge d’antimoine. L’expérience se fait en exposant une feuille de papier recouverte de soufre en poudre aux rayons du soleil dans une atmosphère de ce gaz (Jones).
UYDIUJUE D’ANTIMOINE SOUDE
D’après Uuhland et les recherches plus précises de Marchand, lorsqu’on électrolyse une solution concentrée de sel ammoniac, en prenant un barreau d’antimoine comme pôle négatif, un gros fil de platine comme pôle positif, il se forme des flocons noirs, un abondant dégagement gazeux se produisant sur
ANTIMOINE
l’antimoine. Avec une pile puissante il se produit constamment de petites détonations.
Le gaz brûle avec une flamme blanche très brillante, il y a production de fumées comme s’il contenait un hydrure d’antimoine spontanément inflammable.
Bôttger au contraire par la décomposition du chlorhydrate d’ammoniaque n’a obtenu au pôle négatif que les résultats ordinaires, c’est-à-dire de l’hydrogène, de l’ammoniaque et du chlorure d’azote.
Si l’on traite un alliage de l d’antimoine pour 5 de zinc par l’acide chlorhydrique étendu, le résidu après pulvérisation est une poudre d’un gris noirâtre, qui, après lévigation pour la séparer des parties plus légères, épuisement par l’alcool, lavage et dessiccation au bain-marie, laisse une poudre noire qui, chauffée à 210, laisse dégager 0,001 de son poids d’hydrogène. L’hydrure de formule Sb 2 II devrait en donner 0,004 de son poids, cette poudre n’est donc pas l’hydrure Sb*H pur.
En résumé, les propriétés peu concordantes signalées pour ces deux hydrures d’antimoine laissent à penser qu’ils n’ont été obtenus jusqu’ici que très impurs et en très faible quantité.