CYANURE D’ANTIMOINE
Le ferrocyanure de potassium donne dans une solution d’un sel d’antimoine un précipité blanc qui est un ferrocyanure d’antimoine (Atterberg).
ANTIMONITE D’AMMONIAQUE
On fait digérer de l’oxychlorure d’antimoine dans une solution aqueuse d’ammoniaque. Poudre blanche, grenue, légèrement soluble dans l’eau (Berzelius).
D’après Péligot, les sels d’oxyde d’antimoine renferment un radical (l’antimonvle) dont la composition répond à la formule SbO 2 . « Cette hypothèse d’un radical oxydé, qui en s’unissant avec l’oxygène donne des sels de la même forme que les sels neutres produits par les monoxydes, m’a paru fournir la manière la plus simple de représenter la composition des sels d’antimoine » (Péligot).
ANTIMOINE
ANTiMONiATE d’oxyde d'antimoine (Sb0 3 ,Sb0 5 =2Sb0‘)
Ce composé, appelé aussi acide antimonieux, se forme dans la calcination prolongée à l’air, de l’antimoine ou de son sulfure. D’après Berzelius, l’oxyde d’antimoine finement pulvérisé, quand on le chauffe au contact de l’air, brûle comme de l’amadou en se transformant en acide antimonieux (SbO*).
Le meilleur mode de préparation de ce composé consiste à calciner l’acide antimonique ou de l’azotate d’oxyde d’antimoine.
Propriétés. — L’antimoniate d’oxyde d’antimoine se présente sous la forme d’une poudre blanche qui jaunit chaque fois qu’on la chauffe.
Il est absolument infusible et fixe. Sa densité est 6,695 d’après Karslen. Humide, il rougit le papier de tournesol. Sa chaleur de formation a été déterminée par Dulong en faisant brûler de l’antimoine dans l’oxygène pur :
Sb sol. + O* gaz. = SbO 4 sol. +
On a considéré pendant longtemps l'antimoniale d’oxyde d’antimoine comme un acide particulier, l’acide antimonieux, parce qii’il forme des sels avec les bases alcalines, sels de formule 2M0,Sb0 4 ; mais, comme l’a montré Mitscherlicli, ce n’est là qu’un mélange à parties équivalentes de M0,Sb0 3 -f-M0,Sb0 5 .
Fondons en effet l’acide antimonieux avec un excès de carbonate de soude, et faisons bouillir la masse avec de l’eau; il se dissout de l’anlimouite de soude, l’antimoniate restant insoluble : le composé MO,SbO 4 se comporte donc comme un mélange.
L’acide antimonieux (SbO 4 ) chauffé avec du charbon donne de l’antimoine métallique. Sur le charbon, dans la flamme intérieure du chalumeau, la réduction se fait difficilement, l’antimoine formé s’oxydant à son tour; il faut ajouter du carbonate de soude pour obtenir des globules du métal. Chauffé au rouge, avec du cyanure de potassium, il donne de l’antimoine et du cyanate de potasse (Liebig) ; avec de l’antimoine métallique, il donne de l’oxyde; avec l’iodure de potassium, il se dégage des vapeurs d’iode avec formation d’anliinonite de potasse. Lorsqu’on chauffe l’antimouiate d’oxyde d’antimoine avec du soufre, les produits résultants varient suivant la proportion de ce dernier métalloïde; avec excès de soufre, il y a formation d’acide sulfureux et de sulfure d’antimoine :
Sb0 4 + 5S=SbS3+2S0 î .
Dans le cas contraire, il se forme de 1 oxysulfure d’antimoine.
L’acide antimonieux (SbO 4 ) ne se dissout pas à froid dans le sulfhydrato de sulfure de potassium ; la dissolution se fait à l’ébullition, avec dégagement d’hydrogène sulfuré.
On connaît une combinaison de l’antimoniate d’oxyde d’antimoine avec l’eau.
Elle se prépare en traitant par un acide la dissolution dans la potasse ou la soude de l’acide antimonieux; l’hydrate se précipite alors sous forme de flocons blancs insolubles dans l’eau. Sa composition répond à la formule Sb0 3 Sb0 5 ,21I0.
Fondu avec les bases, l’acide antimonieux (SbO*) donne des sels, qu’on appelait des antimonites, et qui sont en réalité un mélange d'antimoniate et d’antimonite d'antimoine.
Ces sels se comportent, en effet, sous l’action des acides, comme un mélange de chacun des sels séparés. Quelques-uns subissent, quand ou les chauffe, le phénomène d’incandescence; après, ils sont devenus pour ainsi dire inattaquables par l’acide nitrique. Le même fait se présente pour les antimoniates correspondants.
ACIDE ANTIMONIQUE
ACIDE ANTIMONIQUE ANHYDRE (SbO 5 )
Circonstances de production. — L’acide antimonique anhydre s’obtient en chauffant de l’antimoine métallique ou son oxyde, avec de l’acide azotique. L’antimoine finement pulvérisé, comme celui que l’on obtient en précipitant un sel d’antimoine par le zinc, est transformé totalement par l’acide azotique étendu ou concentré, froid ou bouillant, en acide antimonique, sans qu’il y ait formation d'azotate d’anlimoine; car, si l’on sèche la poudre blanche obtenue, qu’on la calcine, il se dégage de l’oxygène sans trace de vapeurs nitreuses (Bourson).
D’après Rose, au contraire, l’antimoine précipité est attaqué plus vivement par l’acide nitrique que l’antimoine ordinaire; mais, môme à l’ébullition, une partie seulement du métal se transforme en acide antimonique, l’azotate formé ne se laissant transformer complètement eu acide antimonique que par plusieurs évaporations à sec avec de l’acide nitrique.
Préparations. — On obtient l’acide antimonique en oxydant par des évaporations répétées avec l’acide azotique, l’antimoine ou son oxyde.
On peut aussi l’obtenir en chauffant ce métal finement pulvérisé avec de l’oxyde rouge de mercure. Si l’on élève trop la température, on n’obtient que de l’acide antimonieux (SbO*) (Bunsen).
On prépare également l’acide anhydre en chauffant modérément l’hydrate d’acide antimonique.
Propriétés physiques. — Poudre jaune-citron qui prend une couleur plus foncée chaque lois qu’on la chauffe.
Sans goût, d’après Berzelius, insoluble dans l’eau, elle rougit cependant le papier de tournesol humide. Sa densité est de 0,525 (Boullay).
Propriétés chimiques. — Chauffé au rouge, l’acide antimonique est décomposé, il perd de l’oxygène en donnant de l’anlimoniate d’oxyde d’antimoine SbO 6 ,SbO 3 .
ANTIMOINE
Chauffé avec une petite quantité de soufre, il donne de l’aâde sulfureux et de l’oxyde; lorsqu’il y en a un excès, l’oxyde est transformé en sulfure :
SbO 5 = SbO 3 + SO a 2 SbO 5 + 8 S = SbS 3 + 5 SO s .
Ce charbon le réduit facilement en donnant de l’acide carbonique et de l’antimoine.
ACIDE ANTIMONIQUE HYDRATÉ
Préparation. — L’acide antimonique forme plusieurs hydrates.
D’après Berzelius, lorsqu’on traite l’antimoine par une eau régale riche eu acide azotique, il reste, après avoir lavé le résidu, un hydrate de formule SbO 5 ,HO.
On obtient également un hydrate d’acide antimonique de la façon suivante : On projette par petites portions, dans un creuset chauffé au rouge, un mélange de 1 partie d’antimoine ou de son sulfure avec 4 parties d’azotate de potasse. Après la combustion on chauffe davantage; la masse pulvérisée est bouillie avec l’eau et la solution qui contient de Fantimoniate de potasse est décomposée par un excès d’acide azotique; on filtre et on lave l’hydrate ainsi précipité.
Le résidu insoluble dans l’eau bouillante (biantimoniate de potasse) se transforme aussi en hydrate par ébullition avec l’acide azotique étendu. On reconnaît que l’hydrate est bien lavé, lorsqu’il commence à passer à travers les filtres et que la liqueur qui passe devient opalescente.
D’après Fremy, Fantimoniate de potasse traité par l’acide nitrique donne un précipité, qui, lavé à l’eau froide, puis séché à l’air, est un hydrate, dont la composition répond à la formule Sb0 5 ,5H0.
Suivant Geuther, au contraire, cet hydrate, après un lavage convenable et une dessiccation prolongée dans l’air sec, répond à la formule SbO 5 ,3 HO. C’est l’hydrate normal correspondant à l’acide phosphorique ordinaire.
Chauffé à 175 degrés, ce composé perd 2 équivalents d’eau et se transforme en l’hydrate SbO 5 ,HO; à 275 degrés, il perd son troisième équivalent d’eau; à 300 degrés, il se décompose en acide antimonieux et oxygène.
La décomposition par l’eau du perchlorure d’antimoine, donne un autre hydrate, l’acide métaautimonique, dont la composition correspond à la formule SbO 5 ,4HO lorsqu’il a été séché sur une plaque de gypse. La chaleur de formation de ce composé a été trouvée par Thomsen égale à -f- 114 Cal ,4 :
Sb + O 5 + 4 HO liq. = Sb0 5 ,4 110 sol. + 11 i Cal ,i.
Cet hydrate perd un équivalent d’eau quand on le dessèche sur l’acide sulfurique. A 100 degrés il en perd un second, il reste l’hydrate SbO 5 ,2HO (Daubrawa).
Pour éviter toute confusion entre ces deux acides, Fremy appelle acide antimonique celui qui donne avec la potasse le sel gommeux et le sel insoluble; l’acide mélaantimonique est l’autre acide.
3i2 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
Les propriétés de ces deux hydrates diffèrent par quelques-unes de leurs propriétés, notamment par leurs combinaisons avec les bases, l’acide métaantimonique étant un acide bibasique, tandis que l’acide antimoniqueest monobasique.
Propriétés communes. — L’hydrate se dissout un peu dans l’eau, qui acquiert une réaction acide au papier de tournesol.
Les acides chlorhydrique et tarlrique le dissolvent à chaud.
Au rouge, il déplace l’acide carbonique des carbonates, mais ce déplacement n’a pas lieu dans la solution bouillante.
MÉTAANT1MONIATE
L’acide métaantimonique, dont la composition répond à la formule SbO 5 ,2110, se prépare, comme nous l’avons vu, par la décomposition du perchlorure d’antimoine par l’eau et la décomposition des métaantimoniates par les acides. Il se comporte, en général, comme l’acide antimonique, mais se dissout cependant plus facilement dans les acides, l’eau et l’ammoniaque aqueuse.
Cet hydrate est peu stable: il se transforme même sous l’eau en acide ordinaire.
L’acide métaanlimonique donne deux séries de sels : les métaantimoniates neutres, dont la composition peut être représentée parla formule 2 MO,SbO 5 , M étant un métal, et les métaantimoniates acides qui répondent â la formule MII0 2 ,Sb0 r '.
Les métaantimoniates se forment aussi par l’hydratation des antimoniates :
MO,SbO 5 + IIO = MlI0 s ,Sb0 5 ,
ou par combinaison de ces sels avec un oxyde métallique :
MO,SbO D + MO = 2 MO,SbO 5 .
Les métaantimoniates 2 MO,SbO 5 se comportent par rapport aux antimoniates neutres comme le phosphate tribasique PhO s M 3 par rapport au métaphosphale Ph0 7 M 2 .
Par analogie, on aurait pu appeler antimoniates les sels de formule 2 MO,SbO 5 et métaantimoniates ceux de formule MO,SbO 5 . Nous conserverons cependant les noms donnés par Fremy à ces deux acides.
Propriétés. — Les métaantimoniates sont, pour la plupart, insolubles.
Les sels alcalins sont cristallisables ; ceux de potassium et d’ammonium plus solubles que celui de sodium.
Les métaantimoniates neutres ne sont stables qu’en présence d’un grand excès d’alcali, et se décomposent sous l’influence des dissolvants en sels acides. Ils sont décomposés par les acides ; l’acide chlorhydrique concentré les dissout
ANTIMOINE
complètement, l’hydrogène sulfuré décompose cette solution : chauffés avec du chlorhydrate d’ammoniaque, tout l’antimoine se volatilise à l’éiat de perchlorure.
MÉTAANTIMONIATE DE POTASSE
Sel neutre : 2 K0,Sb0 5 .
Préparation. — Pour l’obtenir, on fond l’antimoniate gommeux avec trois fois son poids d’hydrate de potasse. On dissout ensuite la masse dans l’eau et on évapore jusqu’à cristallisation. Le métaantimoniate neutre donne des cristaux déliquescents, facilement solubles dans l’eau. L’eau froide décompose ce sel en alcali libre et métaantimoniate acide, dont la composition répond à la formule KH0 2 ,Sb0 5 -|-6 HO. C’est l’antimoniate grenu de potasse de Fremy.
D’après Reynoso, on obtient aussi le métaantimoniate neutre de la manière suivante : on oxyde par le permanganate de potasse une solution d’oxyde d’antimoine dans la potasse, ce qui se fait en ajoutant une solution de permanganate jusqu’à coloration rose persistante. On décolore par quelques gouttes de la solution d’oxyde d’antimoine dans la potasse. Après filtration, on évapore le liquide jusqu’à cristallisation.
Sel acide : KII0 s ,Sb0 5 +6H0.
Préparation. — On attaque au rouge, dans un creuset de terre, 1 partie d’antimoine par 4 parties de nitre; on lave le sel à l’eau froide, puis on le fait bouillir pendant deux ou trois heures en remplaçant l’eau qui s’évapore; on filtre. On évapore la solution filtrée, après y avoir ajouté quelques fragments de potasse à l’alcool, jusqu’à ce qu’elle commence à cristalliser. On cesse alors de chauffer; le métaantimoniate acide se dépose, et on le fait sécher sur des plaques de porcelaine dégourdie. Ce sel contient toujours un excès d’alcali. On doit le laver à plusieurs reprises à l’eau froide avant de s’en servir comme réactif (Fremy).
Propriétés. — Les cristaux du sel acide à 200 degrés perdent 6 équivalents d’eau; ils perdent le septième à 300 degrés; il reste l’antimoniate neutre.
Le métaantimoniate acide se dissout difficilement dans l’eau froide, plus facilement dans l’eau chaude; mais dans ses solutions, ce sel se transforme bientôt en antimoniate gommeux, dont il se distingue en ce qu’il ne précipite pas la solution de sel ammoniac, et que dans les solutions étendues des sels de soude, il donne un précipité grenu de métaantimoniate de soude.
Cette propriété le fait employer comme réactif des sels de soude.
MÉTAANTIMONIATE D’AMMONIAQUE
L’acide mélaantimonique se dissout à froid dans une solution concentrée
iii ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
d’ammoniaque après un contact prolongé. Cette solution renferme le métaantimoniate neutre 2 AzH 4 0,Sb0 5 qui n’a pas encore été isolé.
Si l’on ajoute de l’alcool à cette solution, il se sépare un métaantirnoniate acide, dont la composition corrèspond à la formule AzH 4 0,SbO r> ,HO-j-5HO.
Ce sel précipite les sels de soude comme le sel correspondant de potasse. Chauffé légèrement, il se déshydrate en devenant insoluble. A l’ébullition, le sel hydraté se transforme en une poudre blanche insoluble, sans perdre d’ammoniaque : c’est de l’antimoniate neutre d’ammoniaque, dont la composition correspond à la formule AzH 4 0,SbO r ’,4 HO.
Ce métaantirnoniate acide d’ammoniaque présente la propriété curieuse de se changer spontanément et à la température ordinaire en antimoniale insoluble.
MÉTAANTIMONIATE DE SOUDE
Le sel neutre a été peu étudié; lorsqu’on traite une solution d’un sel de soude par le métaantirnoniate neutre de potasse, il se sépare au bout de quelque temps un sel acide cristallisé Na0H0,Sb0 5 -f-6H0. Ce sel est presque insoluble dans l’eau froide et très peu soluble dans l’eau chaude. Chauffé au-dessus de 100 degrés, il perd G équivalents d’eau ; mais ce n'est qu’à près de 300 degrés que toute l’eau s’en va; le sel anhydre qui reste est complètement insoluble dans l’eau.
Le peu de solubilité du métaantirnoniate de soude l’a fait employer comme réactif des sels de soude. Versons un excès d’une solution d’antimoniate grenu de potasse bien exempt d’alcali libre da,ns une solution étendue d’un sel de soude, il se forme un précipité cristallin, même lorsque la liqueur ne contient que I/1000° de soude; seulement, dans le cas d’une solution aussi étendue, le précipité ne se forme pas tout de suite. Ce précipité se forme plus complètement et plus rapidement par l’addition d’un peu d’alcool.
Ce précipité se dissout légèrement dans les lessives de potasse ou de soude, et c’est pour cela qu’il faut laver l’antimoniale grenu de potasse jusqu’à ce que l’eau de lavage précipite immédiatement une solution étendue d’un sel de soude; quand la précipitation n’est pas instantanée, le sel est encore alcalin.
On peut faire aussi la précipitation des sels de soude par l’antimoniate gommeux de potasse, sel plus facile à préparer que l’antimoniate grenu, mais il est plus facile de se tromper dans ce cas. Le sel gommeux, en effet, en dissolution concentrée, donne dans les sels de soude un précipité blanc floconneux, qui, à la longue, se transforme en métaantirnoniate cristallisé.
Mais, comme il arrive souvent que l’antimoniate gommeux tient en dissolution un peu d’antimoniale insoluble qui, avec tous les sels solubles, donne un précipité floconneux, on peut être facilement induit en erreur.
Dans les deux cas, si l’on a un sel à acide organique, il faut le transformer au préalable en un sel à acide minéral, car l’antimoniate de potasse dans les sels organiques à base de potasse, produit souvent un précipité floconneux.
Les sels de lilhine et des autres métaux étant aussi précipités par l’antimoniale
grenu, il faut, dans la recherche de la soude, se débarrasser au préalable de tous oes métaux.
En opérant avec les précautions indiquées plus haut, on peut reconnaître 1/300' de soude dans du carbonate de potasse, par exemple (Fremy).
ANTIMONIATES
L’acide antimonique se combine avec les bases pour donner des sels. Les anlimoniates alcalins et alcalino-terreux sont incolores ; seules les combinaisons avec la potasse et l’ammoniaque sont solubles. Les antimoniales sont décomposés par les acides. Les acides forts, comme l’acide sulfurique, l’acide azotique, en séparent l’hydrate; les acides faibles précipitent un biantimoniate.
Mis en digestion avec de l’acide chlorhydrique et du fer, ces sels sont réduits et donnent de l’antimoine métallique; l’hydrogène sulfuré les colore en jaune orangé.
L’acide chlorhydrique concentré dissout complètement la plupart des antimoniales. L’hydrogène sulfuré agissant sur celte solution donne, lorsqu’il n’a pas d’action sur la base du sel, un précipité jaune orangé, facilement soluble dans le sulfure d’ammonium.
Certains antimoniates, en particulier ceux de zinc, de cobalt et de cuivre, présentent, lorsqu’on les chauffe au rouge, le phénomène d’incandescence ; ils sont devenus alors moins colorés et très peu attaquables par les acides.
Les antimoniates ont été étudiés principalement par Berzelius, Fremy et Heffter.
ANTIMONIATES DE POTASSE
Berzelius admettait l’existence de deux antimoniates de potasse : l’un insoluble dans l’eau, qu’il nomme biantimoniate, l’autre très soluble, ne cristallisant pas, se présentant toujours à l’état gommeux, qu’il considérait comme l’antimoniate neutre.
ANTIMONIATE 1NSOI.UBLE Oü BIANTIMONIATE (KO,2 Sb0 3 ,6 HO)
Préparation. — Pour préparer ce sel, on projette, par petites portions, dans un creuset chauffé au rouge, un mélange d’antimoine ou de sulfure d’antimoine avec un excès de nitre.
On fait bouillir le contenu du creuset avec de l’eau; on enlève ainsi l’azotate et l’antimoniate de potasse, ainsi que l’arséniate, si l’antimoine contenait de l’arsenic. L'antimoniale insoluble, souillé par les oxydes de métaux que peut contenir l’antimoine, reste comme résidu.
Pour préparer cet anlimoniate pur, on chauffe un mélange de 1 partie d’antimoine pur avec 3 parties de nitre ; le creuset est maintenu au bon rouge pen-
liant une heure et demie; ou pulvérise ensuite la masse refroidie, on la lave d’abord quatre fois avec 4 parties d’eau froide, puis à l’eau bouillante. L’eau de lavage contient l’antimoniate soluble; on y fait passer un courant d’acide carbonique qui précipite l’antimoniate insoluble à l’état de pureté (Figuier).
Propriétés. — Cet antimoniate servait beaucoup autrefois en pharmacie sous le nom de antimonium diaphoreticum ablutum. Il doit ses propriétés, qui sont analogues à celle de l’émétique, à l’antimonite de potasse qu’il contient presque toujours. Cet antimoniate de potasse, qui semble insoluble dans l’eau, s’y dissout cependant presque complètement, à l’aide d’une longue ébullition. Lorsque l’on évapore cette solution, on obtient une masse gommeuse, qui est l’antimoniate gommeux de Fremy.
Le biantimoniate parait avoir une assez grande stabilité. Bouilli avec une dissolution concentrée de potasse, il se dissout entièrement; mais par refroidissement, la liqueur le laisse déposer presque en totalité. Il en reste toujours en dissolution, et cette dissolution donne avec tous les sels solubles, un précipité blanc floconneux. Cette propriété, qu’on ne retrouve pas dans l’antimoniale gommeux ne tenant pas de l’antimoniate insoluble en dissolution, montre que le sel insoluble ne se transforme pas immédiatement en antimoniate gommeux, par ébullition avec les alcalis.
ANTIMONIATE GOMMEUX (K0,Sb0 5 ,5H0)
Préparation. — Pour obtenir commodément ce sel, on calcine le biantimoniate de potasse avec un excès de potasse caustique ; on reprend par l’eau, et l’on évapore la solution à consistance sirupeuse.
Quand on attaque l’antimoine par le nitre, et que l’on chaufle fortement et longtemps le mélange, il ne se forme pour ainsi dire que de l’antimoniale gommeux.
Propriétés. — Ce produit, d’après Fremy, lorsqu’il a été desséché dans le vide, a pour formule KO,SbO,5HO. Chauflé pendant quelque temps à 160degrés, il perd 2 équivalents d’eau, et. il reste le sel KO,SbO r ’,3IIO. Ce sel est insoluble dans l’eau froide; il reprend son eau en se transformant en antimoniate gommeux lorsqu’on le fait bouillir avec de l’eau. Il se dissout facilement dans l’eau chaude. Cette solution dissout le biantimoniate. Le mélange précipite tous les sels solubles; c’est le caractère de la solution obtenue en traitant par l’eau le produit de l’action du nitre sur l’antimoine.
L’antimoniale gommeux précipite en blanc la solution de chlorhydrate d’ammoniaque.
ANTIMONIATE DE SOUDE (Na0,Sb0 5 ,7 HO)
Il se forme dans la combustion de l’antimoine, ou de son sulfure par l’azotate de soude, et reste comme résidu, quand on lave la matière à l’eau chaude.
ANTIMOINE
D’après Fremy, sa composition répond à la formule NaO,Sb0 6 ,7 HO. Sel presque insoluble dans l’eau froide, il est très peu soluble à l’ébullition ; chauffé à 200 degrés, il perd seulement 2 équivalents d’eau; au rouge il devient anhydre.
antimoniate d’ammoniaqde (AzH 4 0,Sb0 5 ,4 HO)
On dissout l’acide antimonique (SbO r ’,HO) dans une solution chaude et concentrée d’ammoniaque; par refroidissement, il se sépare une poudre cristalline, dont la composition répond à la formule Sb0 B ,AzH 4 0,-j-4H0.
Ce sel est insoluble dans l’eau et perd facilement son ammoniaque.
Lorsqu’on ajoute une solution de chlorhydrate d’ammoniaque à une solution d'antimoniate gommeux, il se précipite, en flocons blancs, un sel acide insoluble dans l’eau.
ANTIMONIATE DE LITHINE
En précipitant le sel de potasse par le chlorure de lithium, on obtient des flocons blancs d’antimoniate de lithine qui deviennent bientôt cristallins. Ce sel se dissout dans l’eau chaude et cristallise par refroidissement.
ANTIMONIATE DE BAIIYTE (Ba0,Sb0 5 ,6 HO)
Lorsqu’on précipite une solution froide d’antimoniale de polasse par le chlorure de baryum, on obtient un précipité floconneux, qui, par le repos au milieu de l’eau mère, devient cristallin; il est légèrement soluble dans le chlorure de baryum.
Sa composition répond à la formule BaO,SbO B .
Lorsqu’on emploie une solution bouillante d’antimoniate de soude, on obtient un antimoniate hydraté, contenant 6 équivalents d’eau, dont la formule est DaO,SbO B ,GIIO.
ANTIMONIATE DE CHAUX
Se prépare comme le sel de baryte. Le sel anhydre répond à la formule Ca0,Sb0 5 ; le sel hydraté à la formule CaO,SbO B ,5HO.
ANTIMONIATE DE STUONTIANE
Se prépare comme le sel de baryte. Le sel anhydre répond à la formule StO,SbO B ; le sel hydraté à la formule StO,SbO B ,GHO.
ANTIMONIATE DE MAGNÉSIE (Mg0,Sb0 5 ,12 HO)
On fait bouillir de l’anlimoniate de soude avec une solution de sulfate de magnésie. Par refroidissement, il se sépare de l’antimoniate de magnésie en cristaux durs et brillants. Sa composition répond à la formule MgO,SbO r ’,12 HO. Chauffé à 100 degrés, ce sel perd 8 équivalents d’eau; à 200 degrés il en perd 10; à 300 il en perd 11 seulement.
ANTIMONIATE DE MANGANÈSE
Obtenu par double décomposition. C’est un précipité blanc, difficilement soluble dans l’eau, devenant gris à une chaleur modérée; puis blanc quand on le porte à une température élevée. L’antimoniate calciné est insoluble même dans les acides énergiques.
ANTIMONIATE DE ZINC
Il a été obtenu par double décomposition sous forme d’une poudre blanche cristalline ; chauffé, il perd son eau de cristallisation et devient jaune.
ANTIMONIATE DE COBALT
On obtient en précipitant une solution bouillante d’un sel de cobalt par l'antimoniale de potasse, une poudre cristalline de couleur rouge; chauffée, cette poudre devient violette et perd son eau; elle devient incandescente au rouge et par refroidissement devient presque blanche.
Heffter, dans la précipitation d’un sel de cobalt par l’antimoniale de soude, a obtenu un précipité rose, dont la composition répondait à la formule CoO,SbO r ',7HO.
L’eau mère, après un long repos, laisse déposer des cristaux contenant ^équivalents d’eau : CoO,Sb0 5 ,l2IIO.
ANTIMONIATE DE NICKEL
On l’obtient par précipitation de l’antimoniate de potasse parle chlorure de nickel en fiocons verdâtres de formule NiO,SbO r ’,121IO.
Par le repos, la solution laisse déposer des cristaux vert foncé contenant 12 équivalents d’eau : Ni0,Sb0 5 ,12II0, et qui sont isomorphes du sel correspondant de magnésie.
ANTIMOINE
ANTIMONIATES DE FER
S’obtiennent par double décomposition.
L’antirnoniate de protoxyde de fer est un précipité blanc devenant d’un jaune grisâtre par dessiccation; le sel de sesquioxyde est jaune clair.
ANTIMON1ATE D’ALUMINE
Il a été obtenu par double décomposition sous forme d’un sel blanc volumi Reux amorphe.
ANTIMONIATES DE PLOMB
Le sel neutre peut s’obtenir en précipitant par l’azotate de plomb l’antimoniate de potasse ; c’est un précipité blanc caséeux insoluble. Ce sel se produit aussi par l’oxydation au rouge de l’alliage de plomb et d’antimoine à équivalents égaux.
On prépare dans l’industrie un antimoniale basique (jaune de Naples), en fondant ensemble 1 partie d’antimoine, 1 partie de plomb, 3 parties de salpêtre, 6 parties de sel marin; la matière fondue est pulvérisée, puis lavée à l’eau chaude.
On obtient un produit particulièrement beau, en fondant ensemble 2 parties d’azotate de plomb parfaitement pur, 1 partie d’émétique et 4 parties de sel marin pur et sec, et maintenant la masse fondue à la température de fusion du sel marin pendant deux heures. Après lavage, le jaune île Naples reste comme poudre fine.
ANTIMONIATE DE CUIVRE
On le prépare par double décomposition; c’est une poudre cristalline verdâtre dont la composition répond à la formule Cu0,Sb0 B ,5H0. Elle se déshydrate quand on la chauffe et devient noire. Chauffée au rouge, elle devient incandescente, et, par refroidissement, devient blanche.
ANTIMONIATE DE MERCURE
Par double décomposition, on obtient un précipité orangé.
Si l’on chauffe de l’antimoine pulvérisé, avec 6 à 8 fois son poids d’oxyde de mercure, il reste, après avoir chassé l’excès d’oxyde, un antimoniate de mercure vert-olive, dont la composition répond à la formule HgO,SbO B . Ce composé ne se détruit pas au rouge faible.
ANTIMONIATE D’ÉTAIN
D’après Schiff, l’acide métaantimonique, c’est-à-dire l’acide obtenu dans la décomposition du perchlorure d’antimoine par l’eau, se colore en jaune au contact du protochlorure d’étain. Lorsqu’on élève la température à 80 degrés, la couleur se fonce et passe au rouge-brique. La réaction n’est complète qu’au bout d’un jour. Le produit obtenu renferme l’antimoniate d’étain; on le chaulfe pour le purifier dans un courant d’acide carbonique, car au contact de l’air le protoxyde d’étain s’oxyde très facilement; on obtient ainsi un sel dont la composition correspond à la formule SnO,SbO r ‘,2HO.
Pour faire l’analyse de ces sels, à cause de la difficulté qu’on éprouve à Séparer l’antimoine de l’étain, Schiff déterminait le poids de sel hydraté et anhydre que peut fournir un poids connu d’acide métaantimonique.
L’acide antimonique anhydre donne naissance dans les mêmes conditions à une poudre jaune, à laquelle l’analyse assigne la formule 2Sn0,3Sb0 5 ,lH0.
D’après Lenfsen, lorsqu’on précipite l’antimoniate de potasse par une solution de protochlorure d’étain acidulée par l’acide acétique, et qu’on lave à l’eau froide le précipité floconneux obtenu, on obtient un sel basique, dont la composition correspond à la formule 2Sn0,Sb0 5 . Ce sel est très facilement décomposable.
Une solution chaude de ce sel dans l’acide chlorhydrique est précipitée en jaune par l’hydrogène siilfuré, ce qui montre la formation du slannate d’oxyde d’antimoine Sn0 2 ,Sb0 3 . Le sel sec est coloré en brun noir par Phydrogène sulfuré.
antimoniate d’urane (5U0,3Sb0 5 -f- 15H0)
Lorsqu’on ajoute à une solution d’antimoniate de potasse du chlorure d’uranium, on obtient un précipité gélatineux soluble dans un excès de ce dernier réactif ainsi que dans une solution concentré d’acide chlorhydrique. L’acide nitrique décompose l’antimoniate d’urane ainsi obtenu en mettant l’acide antimonique en liberté.
ANTIMONIATE DE QUININE
A été proposé comme fébrifuge par La Caméra.
FLUORURES D’ANTIMOINE
TRIFLUORURE D’ANTIMOINE
On l'obtient facilement en dissolvant l’oxyde d’antimoine dans l’acide fluorhydrique. En évaporant lentement cette solution entre 70 et 90 degrés, il se
ANTIMOINE
dépose en tables ou octaèdres orthorhombiques ; si l’évaporation est plus rapide, il se forme des prismes ; si elle a lieu en présence d’un excès d’acide, il se forme de petites paillettes (Flückiger).
Les octaèdres obtenus par voie humide semblent appartenir au système rhombique.
On peut obtenir aussi le fluorure d’antimoine (?) sous forme d’une masse épaisse très blanche, en distillant dans une cornue de platine un mélange d'oxyde d’antimoine et de fluorure de mercure (Dumas).
Le fluorure d’antimoine est déliquescent et assez volatil, il ne fume pas à l’air, mais il perd de l’acide fluorhydrique en se transformant en oxyfluorure. Il possède une odeur différente de celle de l’acide fluorhydrique qui ressemble un peu à celle du chlorure d’antimoine. Il est soluble sans décomposition dans l’eau.
La chaleur de formation du fluorure d’antimoine a été trouvée vers 13 degrés SbO 3 crist. prism. + 31IF1 gaz. = SbFI 1 sol. + 3 HO sol. + 47081,4.
D’après Guntz, la chaleur de dissolution du fluorure d’antimoine dans une grande quantité d’eau est égale à—2 Cal ,0, la dilution des solutions concentrées de ce sel absorbant de la chaleur comme le font les sels stables dans leur dissolution. De la mesure de la chaleur dégagée par l’action d’équivalents successifs d’acide fluorhydrique ajoutés aux solutions de fluorure d’antimoine, on peut conclure l’existence d’un fluorhydrate de fluorure de formule SbFl 3 ,3HFl qui n’a pas été isolé à l’état de pureté.
La chaleur de formation du fluorure d’antimoine explique pourquoi ce composé n’est pas décomposé par l’eau. En effet, d’après Derthelot, pour que la décomposition n’ait pas lieu, il faut que l’on ait, entre la chaleur de formation du fluorure d’antimoine et de l’acide fluorhydrique en solution étendue, l’inégalité suivante :
Désignons par la notation (Sb-f-Fl 3 ) la chaleur de formation du fluorure d’antimoine à partir de l’antimoine métallique et du fluor gazeux par (H-j-Fl), celle de l’acide fluorhydrique (Sb-f-O 3 ), celle de l’oxyde
(Sb + Fl 3 ) > (Sb + O 3 ) + 3L(H + Fl) + 11,8 - 34,5],
ou bien
(Sb + Fl 3 ) — 3(H + F) > SbO 3 + 3 (11,8 — 34,5].
En prenant pour chaleur de formation de l’oxyde le nombre -{-8301,7, 0 n trouve que
(Sb + Fl 3 ) - 3 (H + Fl) = 2501,9,
(Sb + O 3 ) + 3(11,8— 34,5) = + 1501,6.
Par conséquent, le fluorure d’antimoine ne doit pas être décomposé par l’eau : c’est ce que l’expérience confirme.
:J52 encyclopédie chimique.
Le fluorure d’antimoine est acide aux réactifs colorés. En se servant de la phtaléine du phénol comme indicateur, on peut titrer alcalimétriquement tout le fluor qu’il contient.
Le fluorure d’anlimoine se combine avec les fluorures des métaux alcalins pour donner des fluorures doubles.
Ces sels doubles au contact du sodium se décomposent avec détonation. On les obtient en traitant par l’acide fluorhydrique en excès, un mélange en proposions convenables d’oxyde d’antimoine et de carbonate alcalin, puis eu évaporant le tout.
OXYFLUORUKE U’ANTIMOINE
En desséchant dans du papier buvard du fluorure d’antimoine humide, il reste une poudre blanche non déliquescente, qui est un oxyfluorure SbO î Fl (Flückiger).