‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 11e cahierChapitre 51 sur 233 · SECONDE FORME DE L’ÉTAIN · texte numérisé non relu

SECONDE FORME DE L’ÉTAIN

Le froid produit sur ce métal une transformation remarquable. Les employés russes des entrepôts d’étain savent que, sous l’influence d’une température très basse, il éprouve une modification particulière, à laquelle ils donnent le nom d’étain éparpillé (Nerstreubares Zinri). Les blocs d’étain deviennent cassants, leur surface boursouflée; les uns offrent par places un aspect granuleux et sableux ; les autres se transforment en métal filamenteux ; la surface de certains fragments est recouverte d'aiguilles cristallisées. Pendant l’hiver rigoureux de 1867-1868, des blocs d’étain pur de Banka, abandonnés en plein air à Saint- Pétersbourg, se sont gonflés en prenant dans toute leur masse une structure fibreuse et cristallisée ; en même temps il s’est formé à leur intérieur des cavités tapissées de facettes brillantes. M. Fritzsche, qui a observé ces phénomènes, cite le fait d’une grande quantité de boutons d’uniforme en étain, qui étaient déposés dans un magasin, et qui, au moment d’une inspection, furent trouvés réduits en une masse informe de métal pulvérulent.

M. Schertel a examiné des bagues et des médailles d’étain à peu près pur, qui avaient séjourné trois à quatre siècles dans une boîte en bois placée dans une niche murée de la cathédrale de Freiberg. Tous ces objets, sauf cinq bagues demeurées intactes, avaient subi la modification grise ; ils étaient gris de plomb, et si cassants que le plus léger choc suffisait à les briser. Cette modification semble différer de la précédente, décrite par Fritzsche, par sa grande tendance à se fendiller et à se réduire en poussière.

Fritzsche a reproduit l’étain tel qu’il l’a observé, en refroidissant à — 35 degrés dans un bain d’alcool, des morceaux d’étain pur de Banka; il commence par se former à la surface des excroissances gris d’acier, et chacune d’elles constitue un centre de cristallisation, duquel partent des aiguilles. L’étain modifié par un froid excessif devient gris, en même temps qu’il perd son éclat métallique; mair quand on le chauffe, cette teinte disparaît rapidement, et le métal reprend son éclat habituel en éprouvant une contraction sensible. On s’en assure en prenant deux vases clos remplis de cette poudre d’étain, et, chauffant seulement l’un d’eux; le volume du métal qu’il contient se réduit de beaucoup, alors que celui de l’autre ne change pas ; on rend d’ailleurs au premier sa couleur grise et son aspect primitifs, en l’exposant à la température de congélation du mercure.

Markownikoff a constaté que, si l’on soumet pendant un temps considérable à l’influence d’une basse température des objets d’étain pur récemment fondus, ceux-ci ne tardent pas à affecter la modification grise ; de plus, quand le méta, a une fois commencé à prendre l’état cristallin, et par suite à se réduire en poudre, il continue à subir cette transformation alors même qu’il est de nouveau exposé à la température ordinaire.

Comme ce savant n’a observé le changement moléculaire que sur une partie des objets fondus au même instant, il en conclut qu’outre la température, il

doit y avoir d’autres causes exerçant une influence sur le phénomène; par exemple la vitesse plus ou moins grande avec laquelle se refroidissent les objets coulés en étain.

L’étain de Fritzsche prend déjà à 35 degrés une couleur plus claire, et devient étain ordinaire; sa densité est 5,952. L’étain de Schertel ne s’est transformé qu’à 59 degrés avec une forte contraction; sa densité était 5,797, tandis que celle de l’étain ordinaire est 7,3 environ. M. Régnault a mesuré la chaleur spécifique de l’étain de Fritzsche, après avoir constaté qu’il était bien exempt de traces d’antimoine ou d’arsenic; il a trouvé le nombre0,0545 au lieu de0,0563 obtenu avec l’étain ordinaire.

M. Thalèn a observé dans le spectre de l’étain les raies suivantes :

Intensité.

Orangé.

Jaune..

Vert...

Bleu...

Indigo.

| j larges.

\ | larges.

2 large.

1 large.

M. Salet a étudié spécialement les spectres de l’étain fournis par ses chlorure, bromure et iodure. Quand on volatilise un peu de bichlorure d’étain dans un jet d’hydrogène, la flamme se colore en bleu et répand des fumées de bioxyde d’étain qui s’illuminent en blanc sur ses bords ; son noyau parait formé par deux cylindres concentriques, l’un bleu, situé dans l’intérieur, l’autre faiblement coloré d’une nuance carmin. Le cylindre intérieur donne un spectre continu; la flamme bleue, un spectre primaire rendu confus par la combustion, et présentant les bandes suivantes :

Longueur d'onde.

De 616 à 580 (maximum d’intensité).

Longueur d'onde.

De 545 à 537 (maximum).

— 520 à 407 (maximum, avec maximum en 51b et 510).

— 494 à 480 (maximum).

— 470 à 460 (faible).

— 450 à 439 (bande triple).

— 433 à 424 (bande triple).

— 414 à 408 (faible et vague).

Le cylindre carmin donne une raie unique en 610, précédée d’une bandé diffuse en 618. Si l’on refroidit la flamme avec un courant d’eau, on obtient dans la couche voisine du corps froid, une belle coloration rouge fournissant uniquement la raie 610; elle coïncide avec la raie Li/3 du lithium, ce métal étant d’aillQurs absent de la flamme observée.

Si l’on opère avec de l’hydrogène ayant passé sur des fragments de bibromure d’étain légèrement chauffés, ou bien quand on approche de la flamme précédente une goutte de brome, on voitle noyau bleu prendre une couleur vert clair, sans que la flamme cesse d’être bleue et de donner le spectre précédemment décrit; le noyau vert donne un spectre continu. Dans la flamme refroidie, on voit la couleur verte apparaître éclatante au contact du corps froid ; à côté de la couche verte, et dans les régions moins froides, on rencontre encore la couche carmin donnant la raie 610.

Avec l’iodure d’étain, le noyau central est jaunâtre, il donne toujours un spectre continu.

Ainsi, les divers composés de l’étain introduits dans la flamme de l’hydrogène fournissent chacun trois spectres, dont deux leur sont communs et dont le troisième est continu. Le premier correspond à une atmosphère réductrice avec une température médiocrement élevée, c’est peut-être le spectre primaire de l’étain caractérisé par la bande étroite en 610. Le second se produit à une température plus haute et dans la zone d’oxydation ; il est dû à l’oxyde d’étain. Quand au troisième, qui correspond à une température relativement très basse, il est continu et semble fourni par le sel non décomposé.

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