‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 11e cahierChapitre 68 sur 233 · ÉTAMAGE DU CUIVRE ET DE DIFFÉRENTS MÉTAUX · texte numérisé non relu

ÉTAMAGE DU CUIVRE ET DE DIFFÉRENTS MÉTAUX

On entend par étamage l’opération qui consiste à recouvrir un métal d’une mince couche d’étain qui le préserve de l’oxydation. L’étamage est une opération fort ancienne, et il semble que l’invention en remonte aux Gaulois, qui appelaient rasa incoctilia leurs vases d’airain étamés; Pline ajoute qu’on se sert de l’étain pour recouvrir des vases de cuivre, qui présentent ainsi le double avantage de donner une saveur plus agréable, et d’être préservés de la rouille, Stannum compescil œruginis virus [Pline, llist. Nat., XXXIV, cap. 48. Ed. Lemaire]. On peut d’ailleurs étamer par voie sèche ou par voie humide.

Étamage par voie sèche. — Il s’applique au cuivre presque exclusivement. Pour étamer un vase de cuivre, on le chauffe, puis on le frotte avec du chlorhydrate d’ammoniaque; ce sel transforme en chlorure l’oxyde qui peut se trouver sur la surface et qui empêcherait l’adhérence de l’étain, et le frottement détache aisément ce chlorure. La surface étant parfaitement propre, on y introduit de l’étain pur, que l’on promène sur tous ses points, de telle sorte que le cuivre se recouvre partout d’une couche de ce métal ; mais cette dernière est mince et ne résiste pas à l’usage. On en obtient une plus résistante, en remplaçant l’étain par l’alliage polychrome deBiborel (ôd’étain et2 de fer), mais commeson application sur le cuivre est plus difficile, et nécessite l’emploi d’une température plus élevée, il arrive fréquemment qu’on mélange l’étain avec une quantité de plomb variant entre le dixième et le quart de son poids. Cet alliage donne sur le cuivre une couche plus épaisse et plus solide, mais qui n’est pas sans danger, en raison des qualités vénéneuses du plomb et de ses composés.

Essai rapide des étamages. — Pour s’assurer qu’un étamage ne renferme pas de plomb, le procédé de M. Pordos est le plus rapide, et son application est facile. A l’aide d’un tube de verre plongé dans l’acide azotique pur, on dépose une légère couche de ce liquide en un point quelconque de l’étamage suspecté, et au bout de quelques instants, on chauffe doucement afin de terminer la réaction et de chasser les dernières traces d’acide. On laisse refroidir; à la place où l’on a mis l’acide, il reste une tache blanchâtre, pulvérulente, d’oxyde d’étain, que l’on touche avec une goutte d’une solution à 5 pour 100 d’iodure de potassium qui n’attaque pas l’étain, mais qui jaunit le plomb. On obtient ainsi une coloration jaune, fort appréciable dès que l’étain contient i centième de plomb, et la teinte jaune est d’autant plus intense que l’étain renferme une plus forte proportion de ce métal.

Étamage par voie inimitié. — Il permet de déposer des couches d’étain

excessivement minces; on peut procéder à chaud, à froid, ou par voie galvanique.

Étamage à chaud. — Cette opération, qui porte aussi le nom de blanchiment, s’applique à de nombreux objets de cuivre ou de laiton, particulièrement aux épingles. On commence par les décaper en les faisant bouillir avec une dissolution de crème de tartre, puis on les introduit dans une bassine à fond plat où l’on dispose alternativement des couches d’épingles décapées, de grenaille d’étain et de crème de tartre ; on remplit la bassine de ces couches superposées, puis on ajoute de l’eau et on fait bouillir le tout pendant une heure. Il se forme un tartrate de potasse et de protoxyde d’étain, le zinc que contient le laiton le décompose, et une couche très mince et uniforme d’étain se dépose sur chaque morceau de laiton ; l’opération est terminée au bout d’une heure, et la couche blanche demeure parfaitement adhérente au métal sous-jacent.

Le procédé suivant est plus avantageux que celui qui précède : on dissout dans 150 grammes d’eau, 15 grammes de protochlorure d’étain, et on ajoute à la solution 30 grammes de potasse caustique dissoute dans 300 d’eau. Les objets à blanchir sont disposés sur une feuille d’étain ayant la forme d’un entonnoir percé de trous, et placée elle-même dans un vase con venable. On verse dans ce dernier la solution d’étain, puis on chauffe, en agitant les objets à étamer avec une baguette d’étain. Au bout de quelques minutes ils sont recouverts d’une couche métallique blanc d’argent.

Pour étamer les objets de fer tels que clous, boulons, boucles, etc... on commence par les décaper en les plongeant dans un mélange de 10 parties d’eau avec 1 d’acide azotique et 1 d’acide sulfurique, puis, quand le décapage est complet, on laisse tomber dans le bain, goutte à goutte, une solution de sulfate ou d’acétate de cuivre qui recouvre les objets d’une couche de ce métal excessivement mince, et insuffisante pour supporter le dépôt d’étain. Pour appliquer une enveloppe plus parfaite de cuivre, on remue les objets, on les humecte avec une solulion de protochlorure d’étain, et on les agite vivement dans une solution anmoniacale de sulfate de cuivre renfermant: 16 parties d’eau, 1 de sulfate de cuivre et assez d’ammoniaque pour redissoudre le précipité. Quand les objets sont ainsi recouverts de cuivre, il suffit de les faire bouillir quelque temps avec de la grenaille d’étain, dans une solution de crème de tartre contenant le tiers de son poids de protochlorure d’étain.

Étamage à froid. — On peut étamer facilement le fer à froid, qu’il soit en fils ou en plaques, en le passant dans uneliqueur ainsi composée: on fait bouillir pendant une demi-heure 3 kilogrammes de farine de seigle dans 100 d’eau, on décante, et l’on ajoute à cette bouillie claire 106 kilogrammes de pyrophosphate de soude, 7 de protochlorure d étain cristallisé, 67 de protochlorure d’étain neutre, et 100 à 200 grammes d’acide sulfurique. Le fer passé dans ce ( liquide se recouvre d’une couche d’étain. ^

Étamage par voie galvanique — On dissout de l’étain du commerce dans de l’acide chlorhydrique, on précipite par la potasse et on lave le précipité, puis on

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le dissout dans de la potasse caustique ou dans du cyanure de potassium, et l’on ajoute à la liqueur de l’hydrate de chaux. On suspend comme de coutume dans ce bain les pièces à étamer attachées au pôle négatif de la pile, tandis que le pôle positif supporte des plaques d’étain ; presque tous les métaux industriels peuvent être étamés par ce procédé.

Si l’on ne veut pas avoir recours à l’emploi d’une pile, on peut encore se servir d’une solution de protochlorure d’étain dans une lessive assez concentrée de potasse ou de soude, chauffée entre 50 et 100 degrés. Cette liqueur est placée dans un vase au milieu duquel on en dispose un second en terre poreuse, renfermant une solution de soude caustique et un barreau de zinc; l’objet à étamer est introduit dans le vase extérieur, et on le fait communiquer avec le zinc par un fil conducteur. Si l’on prend le vase extérieur en étain, il rend au fur et à mesure à la dissolution le métal qu’elle dépose, et celle-ci est toujours en état de servir; quand la soude est saturée d’oxyde de zinc, on peut l’en débarrasser avec du sulfure de sodium qui donne un dépôt de sulfure de zinc, et régénère de la soude qu’on peut employer de nouveau.

En augmentant l’alcalinité du bain, l’opération peut être effectuée à la température ordinaire.

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